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Incendies, vandalisme et attaques racistes en Occident


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Les mosquées vont-elles payer pour les bombes?

Si les appels à l’exercice de la tolérance et au respect des différences ont été nombreux et prompts après les attentats de Londres, les réflexes désormais traditionnels des médias occidentaux n’en sont pas moins révélateurs: c’est sur les mosquées, les images des prédicateurs et des imams et les déclarations mal traduites recueillies après les prières que se sont rabattus les journalistes pour alimenter l’actualité.


Lundi 11 Juillet 2005

Les prêches d’un imam à la Grande Mosquée de Londres, près de Regent’s Park, celui d’un autre à Paris ou à Rome, ont pour une fois intéressé plus les «infidèles» que les «fidèles», peut-on oser. C’est dans les quartiers arabes et musulmans de Londres, dans leurs mosquées précisément et dans leurs prêches du vendredi que l’on a pensé trouver l’illustration de cette différence fondamentale explosive, l’exotisme des images choisies et les déclarations ambiguës que l’on peut commenter selon son propre préjugé professionnel ou éditorial.

Les figures de l’opposition islamiste du «Londonistan» ont été traquées par les médias jusqu’à les pousser à dire la phrase qu’il faut ou celle qui ne faut pas. Cette chasse au propos détonant est l’équivalent industriel presque de la chasse au musulman qui dépasse aujourd’hui la simple mécanique de l’onde de choc après les bombes qui ont fait plus de cinquante morts, selon le bilan, toujours provisoire.

Si l’inculpation passive du musulman n’a, pour un temps, été illustrée que par les lapsus des premières déclarations des politiques et par quelques incidents spontanés et «isolés» selon la terminologie, la chasse aux musulmans et sa mise sous pogrom risque très vite de dépasser l’émotion et le discours non-dit ou les suggestions par la manipulation de l’image et du raccourci. Le prétexte sécuritaire, les impératifs de la méga-enquête déclenchée par les autorités et une sournoise volonté de déconnecter l’analyse de ces attentats de leurs implications internationales, laissent les communautés musulmanes de l’Occident seules face à une inculpation idéologique et religieuse presque automatique. Ainsi, et si les musulmans de l’Europe ont partagé le jeudi noir des Londoniens, ils seront presque seuls à être les victimes du vendredi noir du lendemain. Climat de peur et déclarations d’innocence, condoléances et appels à la coopération n’ont pas empêché les courriels haineux, les appels à la vengeance et les insultes en actes prises en charge par les ailes de l’extrême droite informelle et les inscriptions racistes sur les murs des quartiers musulmans.

Signe d’une radicalisation qui s’organise, au moins six centres de la communauté musulmane de Nouvelle-Zélande ont été la cible d’actes de vandalisme à la suite des attentats meurtriers de Londres. Selon l’AFP, les fenêtres et les portes des bâtiments visés à Auckland ont volé en éclats et les mots suivants ont été peints en noir sur leurs murs extérieurs: «Londoners rip» (Londoniens, reposez en paix), dans ce qui a tout d’une opération coordonnée, a précisé la police.

Une réaction qui attire l’attention, surtout pour sa synchronisation qui fonctionne presque comme la signature de quelques groupes qui se sentent accrédités pour donner corps à un sentiment général et exprimer par les actes ce que le conditionnement médiatique et le discours ambiant suggèrent comme une mission à «accomplir» ou au moins comme un message qui attend le zèle de quelque-uns.

Face à cela, les dirigeants de la communauté musulmane et de la classe politique en Nouvelle-Zélande ont réagi par une traditionnelle condamnation, qui reste cependant sans poids devant les évènements. L’attaque sera même qualifiée d’inédite de par son importance par le président de la Fédération de Nouvelle-Zélande des associations islamiques, Javed Khan, qui a souligné que c’était la première fois qu’une action d’une telle ampleur était perpétrée à l’encontre des 40.000 musulmans vivant dans le pays.

Le risque d’une «guerre aux mosquées» semble si important, par ailleurs, que les chefs des cinq grandes communautés religieuses présentes en Grande-Bretagne se sont empressés de condamner dans une déclaration commune, hier dimanche à Londres, les attentats de jeudi contre la capitale britannique. «Nous sommes rassemblés également dans un autre but: exprimer notre engagement commun pour (...) vaincre le fléau du terrorisme, qui nous a été rappelé avec une clarté dévastatrice par les événements des jours récents à Londres», a affirmé le président du Conseil des mosquées et des imams britanniques, Zaki Badawi. Par ailleurs, et si le pays de Tony Blair semble avoir espéré une sorte de réaction mature des Anglais, dits «plus politisés que les Américains de l’après-11 septembre», le sursis pour les musulmans ne semble pas avoir trop longtemps duré puisque qu’un premier incendie criminel a été déclenché samedi dans une mosquée de Birkenhead (nord-ouest de l’Angleterre), deux jours après les attentats. L’incendie s’est déclaré très tôt samedi dans le centre culturel islamique Wirral de la mosquée Shah Jalal et a causé des dégâts légers. Le bâtiment était vide, mais un homme habitant dans un appartement situé au-dessus a dû recevoir des soins à la suite de l’inhalation de gaz toxiques, a indiqué la police. La liste semble être ouverte puisque «plusieurs actes à caractère raciste» ont eu lieu depuis les attentats de jeudi à Londres, selon l’un des responsables de Scotland Yard, soulignant qu’une personne avait été «grièvement blessée».

K. D.



Lundi 11 Juillet 2005


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