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Il serait temps que l’Allemagne remette en cause sa relation à l’Iran


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Karl Müller
Mardi 9 Octobre 2007

Il serait temps que l’Allemagne remette en cause sa relation à l’Iran

par Karl Müller, Allemagne

Dans une interview réalisée par la chaîne de télévision américaine CBS du 23 septembre, le président iranien Mahmud Ahmadinejad a, une fois de plus, affirmé la renonciation de son pays à l’arme nucléaire, tout en en donnant les raisons. L’Iran n’a pas besoin d’armes nucléaires du fait qu’elles ne le serviraient pas. L’Union soviétique, détentrice d’armes nucléaires, s’est effondrée; ces dernières ne servent en rien les Etats-Unis, comme le démontrent les résultats désastreux de la guerre en Irak. «Le temps de la bombe est passé» titrait la traduction allemande de l’interview.
On pourrait, bien sûr, prétendre que cette affirmation est mensongère, comme ce fut le cas à l’égard d’Israël qui, dans les années soixante et soixante-dix, avait nié officiellement construire une bombe atomique. ­Seymour Hersh en a donné une description détaillée dans son livre «Israël, une puissance atomique – le potentiel de destruction secret au Moyen-Orient», qu’on ne trouve malheureusement plus que chez les antiquaires.

Aucune preuve d’un programme atomique militaire iranien

Il faut souligner que personne, ni l’Agence internationale de l’énergie atomique AIEA, qui a un large accès aux installations nucléaires de l’Iran, ni l’un ou l’autre des services secrets peu favorables à ce pays n’ont pu apporter une preuve d’une mise en route d’une bombe atomique. Il n’en fut pas de même pour Israël. Seymour Hersh a décrit dans le détail que les gouvernements américain et français étaient parfaitement au courant du programme d’armement atomique israélien. Mais à l’époque personne ne s’en souciait.
Il est d’autant plus grotesque de monter en épingle l’enrichissement de l’uranium jusqu’à en faire un Casus belli, ou pour le moins de le mener jusqu’au Conseil de sécurité des Nations Unies. Tous les médias prétendent depuis plus de deux ans que l’Iran affirme que son programme atomique ne sert que des buts pacifiques, mais que «l’Occident craint [!?] cependant que l’Iran prépare des armes atomiques sous le couvert d’une utilisation pacifique de l’atome.»
Même l’AIEA, dont le directeur général El Baradei pouvait déclarer le ­17 septembre devant l’assemblée générale de l’organisation que de grands progrès dans les négociations avec l’Iran avaient été accomplis et qu’on était en route pour une mise au point des questions en suspens, devrait néanmoins ajouter comme «point critique» que l’Iran continuait d’enrichir l’uranium.

L’Iran a le droit d’enrichir de l’uranium

C’est son bon droit dont il faut se souvenir constamment. Et il n’y a d’interdiction dans aucune convention signée par ce pays. Toute l’affaire relève de la volonté politique d’un groupe d’Etats aux intérêts de domination caractérisés, mais sans aucune espèce de fondement de droit, qui ont présenté au Conseil de sécurité ce problème de l’enrichissement de l’uranium en Iran, ayant auparavant contraint le Conseil des gouverneurs de l’AIEA de prendre une décision ouvrant la voie à cette démarche. Mais des décisions du Conseil de sécurité peuvent être, elles aussi, en contradiction avec le droit international. Ce fut évidemment plusieurs fois le cas au cours des années passées. Ce n’est pas par hasard que presque tous les experts et la grande majorité des Etats membres exigent une réforme des structures de décision de cet organe.

Les contorsions intellectuelles de la politique étrangère allemande

Il n’y a aucune preuve que l’enrichissement de l’uranium en Iran doive servir à la fabrication d’une bombe atomique. Le porte-parole du gouvernement allemand Gross dut admettre, lors d’une conférence de presse gouvernementale le 26 septembre, «que l’enrichissement de l’uranium n’est en soi pas une preuve que le pays tend à la construction d’une arme atomique», ceci en réponse à la question de savoir si «un programme d’enrichissement de l’uranium était déjà une preuve que le dit pays se dirigeait vers la fabrication d’une arme atomique.» Ce même porte-parole ne put apporter de preuves que tout particulièrement l’Iran veuille utiliser son programme d’enrichissement de l’uranium à des fins militaires. Il put, tout au plus, rappeler que le Conseil de sécurité avait exigé que l’Iran cesse son enrichissement de l’uranium du fait «que cela pouvait servir, entre autre, à la production d’armes de destruction massive». Ces contorsions intellectuelles de la politique étrangère allemande rappellent l’atmosphère absurde et inquiétante des romans de Kafka.

Angela Merkel s’est présentée devant l’ONU comme porte-parole du clan belliciste

A tout cela s’ajoute le fait que la chancelière allemande Angela Merkel s’est présentée le 25 septembre devant l’Assemblée générale de l’ONU où non seulement elle a revendiqué une place pour l’Allemagne dans le Conseil de sécurité, mais elle s’est encore exprimée de la façon suivante: «Ce n’est pas à la communauté internationale de prouver que l’Iran construit une bombe atomique, mais à l’Iran de convaincre le monde qu’il n’en veut pas.» Le tout se terminant par l’exigence de «sanctions accrues, si l’Iran ne se soumet pas.»
Le monde avait déjà entendu de telles formules absurdes de la part des va-t-en guerre américains avant la guerre d’Irak. Alors l’Irak devait convaincre le monde entier qu’il ne possédait pas d’armes de destruction massive…
Ainsi la chancelière allemande a confirmé une fois de plus qu’elle est le porte-parole des bellicistes américains et israéliens, dans ce dernier cas par son affirmation ultérieure que «l’Allemagne a une responsabilité historique en faveur de l’existence d’Israël» – dont on se demande ce que cela signifie sinon un blanc-seing pour toutes les violations du droit international commises par l’Etat israélien, cette «responsabilité» n’étant plus prise par elle au nom de la raison d’Etat, comme simple chef du parti chrétien démocrate (CDU), comme en juin 2006, mais en tant que chancelière de l’Allemagne fédérale.

Un obstacle face aux efforts sincères de paix

En prenant ouvertement parti pour l’un des gouvernements les plus bellicistes, elle devient un obstacle et un frein aux efforts de médiation des autres politiciens européens en vue d’éviter une nouvelle guerre au Moyen Orient. Ceci d’autant plus qu’elle n’a pas eu un mot concernant les violations du droit international par le gouvernement israélien, la misère croissante des Palestiniens, les ­bombes atomiques israéliennes réelles, les occupations de terres illégales ou l’attaque de l’aviation israélienne contre la Syrie, en parfaite violation du droit international.

Merkel ne parle pas pour l’Allemagne

Il faut savoir, toutefois, que Madame Merkel, dans ses positions extrêmes, ne parle pas pour l’ensemble du gouvernement allemand, même pas pour l’ensemble du parti chrétien-démocrate. En écoutant attentivement, en sachant lire entre les lignes, on saisit les nuances. Interrogé lors d’une interview du ­Deutschlandfunk le ­27 septembre, ­Ruprecht Polenz (CDU), président de la Commission des Affaires étrangères du parlement allemand, répondit à la question du rédacteur qui voulait savoir «quelle est l’alternative la plus intelligente, soit de souligner sans cesse qu’il faut à tout prix éviter une attaque militaire, ou bien reconnaître clairement que cette option est toujours envisagée»: «je reconnais, a-t-il dit, qu’on ne peut pas renoncer à l’option guerrière. Toutefois, on comprend vite que l’intervention militaire ne peut vraiment pas apporter de solution. C’est pourquoi il faut s’efforcer de suivre un chemin qui mène vers la table de négociations. […]

Surmonter la paralysie et en revenir au droit international

L’écueil est précisément l’exigence de suspendre l’enrichissement de l’uranium. Jusqu’à présent Téhéran s’y est refusé et il ne semble pas que les autorités iraniennes changent d’avis. Il faut trouver une voie pour surmonter cette paralysie.»
Et c’est précisément de cela qu’il s’agit. Surmonter ce point d’accrochage pour sortir de cette impasse. Cela n’ira pas sans un changement de conception et un retour au droit international. C’est indispensable, car c’est la voie pour éviter de nouvelles guerres. Cela d’autant plus que la responsabilité de l’Allemagne prend de l’importance au vu de l’arrivée au pouvoir des va-t-en guerre en France

http://www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=502 http://www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=502



Lundi 8 Octobre 2007

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