Philosophie politique

«Il n’y a pas de paix sans justice»

La conception de l’homme est capitale


Entretien avec l’ancien ministre allemand du Travail et des Affaires sociales Norbert Blüm, Bonn


Mercredi 4 Avril 2007

Horizons et débats: Monsieur Blüm, vous avez écrit un nouveau livre intitulé «Gerechtigkeit. Eine Kritik des homo oeconomicus» («Justice. Critique de l’homo oeconomicus»). Pourriez-vous, pour commencer, en préciser les principaux thèmes?

Norbert Blüm: L’idée fondamentale concernant la justice tourne depuis 2000 ans autour de la thèse «à chacun son dû.» Mais il faut d’abord préciser qui est ce «chacun». Le socialisme répond: C’est l’être social, l’être générique. Pour le libéralisme, l’homme est un individu et rien d’autre. Ce sont là deux vérités partielles. Un homme est aussi bien un individu qu’un être social. L’hérésie à laquelle nous sommes brutalement confrontés est le néolibéralisme, qui est un individualisme, comme le libéralisme, mais particulier, plus accentué: il réduit l’individu à sa seule dimension économique. On fait de l’homme un homo oeconomicus qui n’a rien d’autre en tête que la recherche de son avantage. Ce n’est pas seulement une caricature d’homme, c’est un homme amputé de son humanité. Chaque chose a son prix, et ce qui n’a pas de prix ne vaut rien, voilà l’affirmation fondamentale: Nous avons affaire là à un pur matérialisme et à des individus atomisés.

Or la dignité de l’homme relève d’une autre catégorie. Elle n’est pas cotée en Bourse et les meilleures qualités de l’homme ne s’expriment pas en euros et en centimes. La réduction de l’homme à une entité économique est la pire atteinte, l’atteinte la plus brutale à l’intégrité de la personne humaine. C’est une guerre menée non pas avec des armes, mais au moyen du lavage de cerveau. L’homme ne pense plus qu’en termes économiques: ce qui ne m’apporte pas d’avantage, je ne le fais pas. L’homme est privé de son essence, le monde devient un monde d’égoïstes, un monde triste, très fatigant, car l’homme doit toujours calculer. C’est un monde voué à l’effondrement. Il n’y a aucun individu qui ne dépende pas d’autrui. Et si un jour on l’inventait, ce serait un voisin très désagréable, probablement dépourvu d’amour.

Il fut un temps où ce que vous décrivez dans votre livre et dont vous nous parlez était évident pour beaucoup de gens. Qu’est-ce qui s’est passé, d’après vous, et quand cela s’est-il passé pour que ce ne soit plus le cas aujourd’hui?

Il y a certainement plusieurs raisons à cela. Une des raisons pour lesquelles le néolibéralisme est devenu si sauvage réside dans la fin de la concurrence entre le système de l’Est et celui de l’Ouest. Tant qu’il avait le socialisme comme mouvement opposé, le libéralisme se devait d’être social car il était obligé de prouver qu’il servait mieux l’homme que le socialisme. Après l’effondrement de ce dernier, beaucoup de gens ont pensé qu’il n’y avait plus d’obstacle. Ce fut alors la loi de la jungle.

La deuxième raison réside dans les efforts considérables déployés à grands frais pour influencer l’opinion concernant l’écoulement des biens de consommation: on a sanctifié le consommateur. Comme s’il n’y avait rien d’autre. L’opinion publique est concentrée sur cette question. La contribution des associations patronales allemandes aux réformes sociales peut se résumer à un seul terme: baisse des coûts. L’homme n’apparaît plus que comme un facteur de coûts. Puisque nous sommes face à une concurrence globale, c’est le meilleur marché qui l’emportera. Cette logique nous amènera à réintroduire le travail des enfants et à considérer l’exploitation de l’homme comme une chose convenable. Dans les mines chinoises, 6000 mineurs par an sont victimes d’accidents mortels. Il n’y a pas de protection contre les accidents du travail. Si tel est le critère, nous devrons nous y conformer. Une fois par mois environ, je lis dans les journaux que telle ou telle rivière chinoise est polluée. Il n’y a pas de protection de l’environnement. Quand ce ne sont que les coûts qui comptent, on ne respecte plus ni l’homme ni la nature. C’est assurément la fin de l’humanité; et ce qui est bête, c’est que ce ne sont plus seulement les pauvres qui seront concernés. Ce que les riches n’ont pas pris en considération, c’est qu’il n’y aura pas d’île salvatrice pour eux. Nous nous comportons comme des moutons qui se jettent dans l’abîme.

Est-ce qu’on peut nommer les responsables de cette évolution? Par exemple des partis, des associations, des groupes financiers, des individus?

Ce n’est pas compliqué, ce sont les hommes. Mais la démocratie a l’avantage que chacun peut participer à la formation de l’opinion. Il faut s’en servir. Mais il faut toutefois percer une épaisse couche d’idéologie. C’est un postulat des Lumières que nous devons aujourd’hui opposer au lavage de cerveau néolibéral. Emmanuel Kant disait: «Aie le courage de te servir de ta raison». Nous devons revenir à la raison. Mais cette raison est encore mise hors service par un marketing subtil au service des détenteurs de capitaux.

Est-ce qu’il existe des pays qui profitent particulièrement du néolibéralisme?


Je crois que personne n’en profite réellement et si c’est le cas, cela ne durera pas. Et on ne peut plus situer les profiteurs dans un ou plusieurs Etats précis. Les 385 familles les plus riches du monde possèdent la moitié du produit social mondial. Elles sont partout. Même la Russie, l’Etat qui a succédé à la grande Union soviétique, compte aujourd’hui 20 milliardaires. Personne ne peut prétendre que c’est le résultat de leur application et de leur esprit économe. C’est le résultat d’une corruption présentable, d’une économie sans règles. Nourris par les idées des Chicago Boys1 qui ont dit aux réformateurs russes qui avaient envie de s’instruire pour bâtir le système post-soviétique: dérégulation, privatisation, concurrence. C’est tout. C’est ainsi qu’on crée la prospérité. Et effectivement, une certaine prospérité a été créée, on peut la contempler sur la Riviera ou à Chypre où la mafia l’a transférée. Mais les masses n’en ont pas profité. C’est le suicide du capitalisme, car sans prospérité pour tous, il n’y a plus, à la longue, de prospérité pour les riches. C’est ce que savait le vieil Henry Ford2: Je ne peux m’enrichir que si mes ouvriers peuvent acheter les automobiles que je fabrique. Mais de cette manière, le capitalisme de luxe ira à sa perte. Il n’aura plus d’acheteurs. Qui va, à la longue, acheter des T-shirts produits par des ouvrières qui ne gagnent qu’un dollar par jour? Peut-être qu’on pourra encore écouler ces T-shirts en Occident, mais je ne peux pas mettre plus de cinq T-shirts par jour. Même s’ils sont gratuits. Si les pauvres ne deviennent pas des clients eux-mêmes, le capitalisme ira à sa perte, et il est sur cette voie.

Une partie des richesses est de nature purement virtuelle. Elles ne correspondent ni à des biens ni à de la création de valeur, c’est un pur jeu de paris organisé par les hedge funds3 et les grandes banques. 95% des billions de dollars n’ont rien à voir avec des bien réels, c’est un jeu purement virtuel. Et vous pouvez être sûr qu’un jour ce jeu prendra fin. Seulement cette fin sera terrible. Nous devons éviter cet effondrement parce qu’il entraînera beaucoup de monde. Nous avons maintenant besoin à l’échelle globale de l’ordre créé jadis à l’échelle nationale.

Mais comment faire? Je ne crois pas que ce soit en créant un Etat mondial. Ce serait impossible et cela n’est pas souhaité, mais il faut des règles du jeu pour l’économie financière internationale. Le FMI et la Banque Mondiale devraient se souvenir qu’ils ont une mission de régulation et l’Organisation internationale du travail ne pas se borner à rédiger des conventions comme les lapins font des petits, mais les faire respecter: convention sur la protection des travailleurs, convention sur la protection des enfants. Tout le monde les signe, mais on ne les applique pas. On rédige des textes et on croit que tout est bien.

Quelle est la position des partis représentés au Bundestag face à ces questions?

Je crois que les partis allemands sont dans l’incertitude et qu’ils compensent cela par du verbiage. Ainsi je considère le fait que la CDU (Union chrétienne démocrate) ait intitulé son programme de base «Une nouvelle justice grâce à plus de liberté» comme un aveu d’impuissance. Quelle est cette liberté? Celle de Bill Gates? Et pour qui? Que signifie «liberté»? Est-ce la loi de la jungle où le plus fort mange le plus faible?

Dans ce contexte, «liberté» signifie manifestement optimisation des possibilités de choix. Si c’est là la forme la plus développée de la liberté, alors le prototype en sera l’idiot. Il n’a pas d’attaches. Il a un grand nombre d’options. Il peut faire ce qu’il veut. Cette liberté n’est pas liée à la responsabilité.

Et la justice, qu’est-ce qu’il faudrait changer à la justice traditionnelle? Je pense qu’elle obéit à la conception de l’homme selon laquelle chacun aura son dû. Qu’est-ce l’homme? Si ce n’était qu’un individu égoïste, la justice serait différente, elle ne serait qu’une justice d’échange. S’il était un être collectif, il n’y aurait qu’une justice collective. Mais dans la tradition chrétienne, la justice a au moins trois dimensions. Premièrement, entre les individus: c’est le principe d’équivalence. Deuxièmement, il y a la justice distributive, souvent critiquée: Qu’est-ce que l’individu peut attendre de la collectivité? Et troisièmement, il y a la justice légale: Que doit faire l’individu pour la collectivité? Et c’est uniquement dans cette «Trinité», du moins selon l’optique chrétienne, que la justice est pleinement établie. Si on l’ampute, si on la réduit à la justice d’échange, elle ne répondra pas aux grandes questions du monde, c’est-à-dire la paix, la protection de la nature.

Que signifie la liberté, à la différence de ce que vous venez de dire?

Si l’on remonte dans la tradition de la philosophie chrétienne, on en arrive à la notion de nature humaine. On n’entend pas du tout par là notre équipement théologique mais notre nature d’êtres de raison. Laisser s’épanouir la raison, c’est là le but de la vie humaine. Un arbre peut dépérir ou rester un arbre. Un homme peut réussir ou échouer dans ses entreprises, il peut suivre sa vocation ou la rater. Mais quelle est sa vocation? Elle réside dans sa part de responsabilité à l’égard des autres. Les Grecs utilisaient le très joli mot d’eudaimonia, grand bonheur. Pour Aristote, ce bonheur ne pouvait pas se réduire à la jouissance, sinon un bœuf qui mange du raisin serait l’être le plus heureux du monde. Ce doit être l’état de celui qui réussit sa vie dans une bonne société. C’est cela, le but de la justice. Elle a encore deux aspects, d’une part, elle est une vertu et de l’autre, un principe qui structure notre société. Le but de la liberté, c’est de satisfaire cette exigence, d’épanouir ce telos. Bien sûr cela ne peut être imposé. C’est cela, la part individuelle de la notion chrétienne de liberté. Cela commence par le respect de l’autre, par la dignité de l’homme. La dignité, dans la conception chrétienne, ne vient pas du pouvoir, elle est donnée par Dieu. Elle échappe donc à la manipulation humaine. Tous les hommes ont cette dignité et cette conception chrétienne ne peut justifier ni une société raciste ni une société de classes.

Si les partis n’ont pas d’idée précise de la justice, où voyez-vous aujourd’hui des alliés?

Je pense que nous vivons dans une phase transitoire et que les gens ne sont pas d’accord avec ce qui est proposé comme solution à la mode. Ils ont compris que le néolibéralisme est déjà sur le déclin. Les précurseurs actuels n’ont pas encore découvert qu’ils sont déjà l’arrière-garde. C’est arrivé fréquemment au cours de l’histoire.

Les gens ne se laissent pas faire, ils ne veulent pas être considérés uniquement comme des facteurs de coûts. Les meilleures forces humaines, culturelles et religieuses se révoltent contre cela. Le fondamentalisme est une des formes de révolte, certes totalement inadéquate et surtout barbare. Mais il s’est développé parce que le projet de vie occidental – toujours plus haut, plus vite, plus loin – ne satisfait pas les besoins métaphysiques de l’homme. L’Occident a laissé un espace libre pour ceux qui voulaient davantage que l’offre et la demande. S’il ne satisfait pas ce besoin, il disparaîtra.

Mais je constate que la prise de conscience augmente dans les Eglises, dans le monde entier. Beaucoup de gens qui réfléchissent ne participent plus à l’abêtissement général. Dans le fond, tout cela n’est que du marketing. Les grandes multinationales ne sont plus qu’un service de logistique avec marketing. Il n’y a plus rien derrière qu’un label de marque. La société Nike, le grand équipementier sportif, fait fabriquer ses articles ailleurs et colle son logo sur la marchandise. C’est tout.

Vous diriez donc que les Eglises pourraient contribuer grandement à amorcer un retour en arrière?

Je crois que les chances n’ont jamais été aussi grandes. Au cours des 150 à 200 dernières années, leurs grands concurrents furent le libéralisme puis le socialisme. Elles étaient prises au piège entre les deux. Cette concurrence n’existe plus. Du socialisme, il ne reste plus que des ruines. Et le capitalisme n’a tenu aucune de ses promesses. Les hommes sont à la recherche d’un ordre qui évite les erreurs aussi bien socialistes que capitalistes. Et là, l’Eglise offre sa doctrine sociale chrétienne, si elle comprend sa chance.

Une nouvelle encyclique sociale n’est pas nécessaire car tout a été dit. Ce qu’il faut, c’est quelques personnes qui incarnent cette doctrine et quelques évêques qui élèvent la voix et parlent si possible de manière concrète, qui appellent l’exploitation exploitation, qui qualifient de barbare cette flexibilisation qui efface aussi les dimanches. Peut-être faut-il dire aux capitalistes et à leurs estimés représentants qu’ils sont des barbares, des gens incultes. C’est ce que l’Eglise doit dire sans ménagements, et peut-être faire mettre à la porte un de ces grands exploiteurs. Le pape Pie XII4 ne s’est pas gêné d’excommunier des communistes, ce qu’à l’époque j’ai trouvé assez dur et impitoyable. Ce serait bien d’excommunier un de ces gros exploiteurs. Si le Vatican a besoin d’adresses, je peux lui en fournir.

Dans votre livre, vous écrivez que vous avez quelques réserves à formuler envers la Conférence épiscopale allemande.

Le message social des évêques allemands du 12 décembre 2003, «Das Soziale neu denken» (Repenser le Social) est à mon avis un catalogue de platitudes néolibérales. C’est qu’il a été écrit par des personnes fidèles à cette tradition. Monsieur Tietmeyer, ancien président de la Banque fédérale, s’y connaît en matière d’argent. Je crains qu’il n’ait pas encore lu Thomas d’Aquin5. Mais le texte des évêques est un aveu d’impuissance quant à la doctrine sociale. C’est une hérésie d’écrire que c’est à l’individu qu’il revient de gérer ses affaires. L’individu n’a qu’une part de responsabilité. Il n’existe pas de «moi» sans «toi». Il ne peut se retrouver lui-même en tant que personne qu’à travers le «toi» et le «nous». Ce n’est pas un individu qui se tourne ensuite socialement vers son prochain, il ne peut être individuellement responsable qu’à travers sa part de responsabilité commune. On a pu constater, après le raz-de-marée de la Nouvelle-Orléans, ce qu’était un monde de responsabilités individuelles : ceux qui avaient assez d’argent sont montés dans leur voiture et sont partis et les autres se sont noyés.

Nous avons mieux à offrir dans notre tradition que la théorie libérale de la justice de Rawls6 qui juge légitime et juste un changement lorsqu’il profite le plus aux plus défavorisés. Et c’est à lui que les évêques allemands se réfèrent. Je vais vous montrer la banalité de cette théorie à l’aide d’un exemple. Une personne a huit saucisses, l’autre n’en a qu’une. Celui qui a huit saucisses lui en donne deux. L’autre a maintenant trois saucisses et lui six. Et avec cela, on n’est même pas sûr que ce soit juste. Rawls lui-même, ce que les évêques ne disent pas, ne s’en sort pas sans postuler des biens de base, les mêmes pour tous. Comment peut-on faire de si pauvres emprunts à une théorie de la justice certes respectable mais qui n’a rien à voir avec la tradition chrétienne, qui n’est qu’une variante de la théorie libérale de la justice? C’est comme des soldes. Le titre du texte des évêques est déjà suspect. J’aurais plutôt dit Penser la nouveauté socialement.

Vous placez donc pour le moment peu d’espoir dans les institutions allemandes établies?

Je ne dirai pas cela non plus. Tout le monde peut apprendre. J’estime par exemple que Josef Ratzinger7 a assez de bon sens pour ne pas laisser se noyer la doctrine sociale catholique dans la soupe inconsistante du néolibéralisme. Je n’attends pas de l’Eglise catholique qu’elle s’occupe de la manière d’organiser les retraites. Mais elle doit énoncer les grands principes de la doctrine sociale. Qu’est-ce que le personnalisme, la solidarité, la subsidiarité? J’entends toujours dire que subsidiarité signifie responsabilité individuelle. C’est faux. La subsidiarité, c’est le principe de compétence de la solidarité. Elle donne des structures à la solidarité. Sans solidarité, la subsidiarité n’est que du vent.

Est-ce que plus de démocratie directe changerait quelque chose en Allemagne actuellement?

Je ne sais pas. Ce que je vois maintenant, c’est que la «Bild-Zeitung» pollue les esprits. Les gens, pour le problème des retraites par exemple, répéteraient sans doute les bêtises que la «Bild-Zeitung» leur prêche tous les jours. Et ce qu’elle prêche est inspiré par le grand groupe d’assurances Allianz8.

Le plus important, c’est l’éducation des gens. Une démocratie vaut ce que valent les gens qui y vivent. Directe ou indirecte, c’est une question d’organisation. Mais sans éducation, sans culture, ils ne font rien bouger du tout, en tout cas rien de sensé. Il y a encore les organisations professionnelles du mouvement ouvrier catholique, les familles Kolping. Ce seraient les premières à qui confier cette mission d’éducation. Et les chaires de doctrine sociale ont connu des jours meilleurs. Il nous faudrait un Nell-Breuning9.

Terminons par une question qui préoccupe de nombreuses personnes. Quel est le rapport entre la justice et la paix?

Il n’y a pas de paix sans justice. C’est une évidence. Où naissent les conflits? Là où les gens ont un sentiment d’injustice. Ils sont très sensibles à l’injustice. Il n’est pas nécessaire d’avoir étudié Platon. Nous ne savons pas toujours ce qui est juste, mais chacun sait ce qui est injuste. Quand 30 000 personnes meurent chaque jour parce qu’elles n’ont rien à manger, on n’a pas besoin de cours sur la philosophie de la justice, on a besoin de justice. Et si un milliard de personnes n’ont pas d’eau potable, il n’y aura pas de paix. Elles ne mourront pas de soif en silence comme des moutons. Elles lutteront. Et les 600 millions de personnes qui n’ont pas de toit n’accepteront pas cela. Ce n’est qu’une question de temps. Nous allons vers une grande catastrophe mondiale. Et les pays industrialisés très développés ne sont pas aussi solides qu’ils le pensent. Leur complexité les rend vulnérables. Il suffit de peu pour faire perdre pied à une grande civilisation.



1 Les Chicago Boys furent, dans les années 1970, un groupe d’économistes libéraux qui avaient fréquenté l’université de Chicago. Ils conseillèrent entre autres Augusto Pinochet dans sa politique économique et financière. Le groupe se composait d’Arnold Harberger (Latin American Finance Workshop), de Milton Friedman (Money and Banking Workshop) et d’autres adeptes de l’école de Chicago. L’idée fondamentale des Chicago Boys était que l’Etat doit se tenir le plus possible à l’écart de la vie économique et laisser faire le secteur privé, qu’il doit se limiter à la politique monétaire.

2 Henry Ford (né le 30 juillet 1863 à Wayne County, Michigan, USA, et mort le 7 avril 1947 à Dearborn, Michigan) a fondé la Ford Motor Company. Il a perfectionné de façon systématique la technique des chaînes de montage pour la construction des automobiles et a rendu possible la construction en série de voitures particulières à un coût peu élevé. Ses employés avaient une journée de travail de 8 heures et il recevaient en 1913 déjà un salaire journalier de cinq dollars, nettement au-dessus de la moyenne d’alors. Pendant la fabrication du modèle T, produit à plus de quinze millions d’exemplaires entre 1908 et 1927, les salaires sont même montés à 6 dollars. Ford a également offert à ses employés un système nouveau de participation aux bénéfices. Le fait que les salaires dépassaient considérablement ce qui était habituel jusque-là relevait d’un calcul économique: Ford voulait augmenter le pouvoir d’achat de ses ouvriers pour assurer l’écoulement de ses produits fabriqués en série.

3 Hedge Funds. Ce sont des produits du marché des capitaux émis par des sociétés d’investissement de capitaux et dont les investisseurs peuvent acquérir des parts. A l’aide du capital recueilli, le fonds achète essentiellement des titres appartenant à différents secteurs d’investissement pour augmenter le capital investi sur les marchés financiers internationaux. A la différence des autres fonds d’investissement, les hedge funds sont beaucoup plus libres dans le choix des stratégies d’investissement. Au plan international, il n’existe pratiquement aucune règle, si bien que la structure, la composition et les risques des hedge funds peuvent être très divers. Comme tous les fonds d’investissement, ils visent l’optimisation du profit. Les hedge funds émis ailleurs qu’en Allemagne sont soumis à une surveillance plus ou moins stricte mais échappent la plupart du temps au système de contrôle des marchés financiers et ont la plupart du temps leur siège dans des paradis fiscaux. A la fin de 2006, l’ensemble des hedge funds représentaient dans le monde un volume d’environ 1,3 billions de dollars.

4 Pie XII (Eugenio Maria Giuseppe Giovanni Pacelli), né le 2 mars 1876 à Rome et mort le 9 octobre 1958 à Castel Gandolfo fut Pape de 1939 à 1958.

5 Saint Thomas d’Aquin: Son éthique concilie celle d’Aristote avec l’éthique chrétienne augustinienne. La vertu consiste dans la mesure, dans l’équilibre entre des oppositions contraires à la raison. Le comportement moral se caractérise par le respect de l’ordre de la raison (droit naturel, éthique naturelle) et correspond ainsi à la volonté de Dieu. Saint Thomas a remplacé les quatre vertus cardinales classiques par les trois vertus chrétiennes que sont la foi, l’amour et l’espoir.

6 John Rawls (né le 21 février 1921 à Baltimore et mort le 24 novembre 2002 à Lexington, Massachusetts) était un philosophe américain considéré comme le principal théoricien du libéralisme politique. Sa théorie de la justice est une simple théorie des procédures de justice.

7 Josef Ratzinger: Benoît XVI.

8 Allianz est une compagnie d’assurances privée à but lucratif présente dans le monde entier. Elle offre des assurances-vieillesse dont les bénéficiaires économisent un capital qui leur est remboursé à partir d’un certain âge en une fois ou sous forme de retraite. L’idée fondamentale de solidarité n’existe plus. Celui qui verse beaucoup reçoit plus tard (éventuellement) beaucoup d’argent et celui qui verse peu ne reçoit que peu d’argent.

9 Oswald von Nell-Breuning SJ (né le 8 mars 1890 à Trêves et mort le 21 août 1991 à Francfort-sur-le-Main) était un théologien catholique, un économiste et un philosophe social. Il est considéré comme le «père de la doctrine sociale catholique». Il a élaboré les fondements de la doctrine sociale catholique et influencé son développement pendant des décennies. Il s’est investi de diverses manières dans l’application des trois principes qui constituent la base d’une politique sociale: personnalité, solidarité et subsidiarité. Les thèmes centraux de ses quelque 1700 publications sont les relations entre le travail et le capital, l’importance des syndicats, la cogestion et le marxisme.

Norbert Blüm est né le 21 juillet 1935 à Russelsheim. Catholique, marié et père de trois enfants, il vit à Bonn.

Après l’école primaire, il fait un apprentissage d’outilleur, puis il fréquente des cours du soir et obtient son baccalauréat. Il fait alors des études de philosophie, de linguistique, d’histoire et de théologie et passe son doctorat en philosophie.

Depuis 1969, il fait partie de la direction fédérale de la CDU. De 1977 à 1987, il est président central des commissions sociales des travailleurs chrétiens démocrates. De 1981 à 1982, il est député au Bundestag à Berlin, ministre des Affaires nationales et représentant du land de Berlin au niveau national. Du 4 octobre 1982 au 26 octobre 1998, il est ministre du Travail et des Affaires sociales. Depuis 2002, il s’engage de plus en plus en faveur des Palestiniens des Territoires occupés. Il participe à plusieurs voyages en Palestine avec le fondateur de Cap Anamur Rupert Neudeck.

Son dernier livre est intitulé «Gerechtigkeit. Eine Kritik des homo oeconomicus» (ISBN-10: 3-451-05789-1; ISBN-13: 978-3-451-0578-2)



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Mercredi 4 Avril 2007

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