Palestine occupée

Il faut le dire : ce n’est pas ça, le Fatah


par Israël Shamir

25 juin 2007

http://www.israelshamir.net/

traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier


Israël Shamir
Lundi 9 Juillet 2007

 Il faut le dire : ce n’est pas ça, le Fatah
Les Palestiniens sont le peuple le plus libre qui soit sur Terre. Ils l’ont prouvé une nouvelle fois, en ce mois de juin, en fracturant les infâmes chambres de torture de Dahlan

[voir http://www.spiegel.de/international/world/0,1518,489898,00.html ], libérant les prisonniers qui y étaient enfermés et envoyant bouler les petites frappes entraînées par la CIA chez leurs maîtres juifs.

 

Je suis fier de leur victoire sans pareille : les Américains sont, quant à eux, incapables de se débarrasser de Guantanamo et de leurs autres geôles pleines de millions de prisonniers (plus que dans le Goulag de Tonton Jo Dougashvili) ; les Britanniques sont incapables de démantibuler leurs caméras de surveillance et les Saoudiens sont infichus de se débarrasser de leurs gouvernants inféodés à la CIA. Les gens ne sont pas si nombreux que ça, à avoir réussi à supprimer la machine de la terreur et de l’oppression, en écrasant ces polices sécuritaires, clones de la Gestapo, qui poussent comme champignons après l’ondée un peu partout dans le monde. Dans la Palestine future, la chute de la Prison de Sécurité Préventive de Gaza sera célébrée exactement de la même manière dont les Français célèbrent la Prise de la Bastille.

 

C’est la victoire du peuple sur l’oppression. Mieux : c’est la victoire de la loi contre l’anarchie, car la Palestine avait, et a toujours, son gouvernement légitime, tandis que l’appareil sécuritaire voyou tentait de se placer au-dessus de la légalité. C’est une authentique  victoire populaire, car elle a réussi, sans nulle vengeance et sans effusion de sang inutile. Les médias israéliens en ont fait des tonnes avec une soixantaine d’hommes de la sécurité, qui demandaient la protection israélienne. Mais, en réalité, même sur ce nombre (extrêmement réduit, quoi qu’il en soit), plus de la moitié ont demandé à retourner à Gaza. Ils savaient qu’il n’y aurait pas de vengeance à leur encontre, pas de chasse à l’homme, aucune Nuit des Longs Couteaux ni de Procès de Moscou, pour les combattants du Fatah [vaincus] : le peuple a vaincu, il n’y a pas de guerre civile, il n’y a pas non plus de bain de sang. Les malfrats de la garde prétorienne ont perdu, et une chance de redevenir des hommes s’offre désormais à eux.

 

La magnanimité, la largesse, les sentiments fraternels furent et restent les caractéristiques de cette révolution populaire. S’efforçant de semer la discorde, fidèles à leur habitude, les médias consensuels ont présenté cette révolution glorieuse comme une victoire du Hamas sur le Fatah. C’est une exagération. Le peuple de Gaza s’est battu contre les gangs de Dahlan, contre des criminels sans foi ni loi qui tentaient d’établir leur règne de la force et de la violence sur l’ensemble de la bande de Gaza. Les lecteurs de Tolkien se souviennent sans doute de la Bataille de Bywater, où les Hobbits libres écrasent les brutes de Sharkey, qu’ils expulsent du Comté. Ces gangs étaient les restes d’une sinistre domination précédente ; ils avaient été mis en place par le Saruman israélien, et leur défaite n’était plus qu’une simple question de temps. Mais Dahlan ne représente pas, à lui seul, le Fatah ; il en va de même de Mahmoud Abbas, intronisé roi du Bantoustan de Ramallah par les Etats-Unis et Israël. Le véritable Fatah, ce sont Marwan Barghouthi [cette marionnette ? ndt], qui est toujours encagé dans le Goulag juif, ainsi que d’autres hommes magnifiques et d’autres valeureux combattants qui ont porté haut le nom de la Palestine, depuis la bataille de Karaméh jusqu’à l’Intifada. Ce sont eux, le véritable Fatah, et on garde une place pour eux dans la Galerie des Gloires de la Révolution palestinienne.

 

Je connais bien les combattants du Fatah ; je les ai rencontrés dans leurs villages, dans les collines de la Palestine, tandis qu’ils prenaient un bref instant de repos après de nombreuses années d’exil et de prison. Ce sont de grands hommes, qui ont été tout autant abasourdis par la soumission honteuse d’Abou Mazen au diktat israélo-américain que quiconque. La victoire des habitants de Gaza peut les mobiliser pour un ménage en règle de la maison, et leur faire recouvrer les traditions révolutionnaires qui sont les leurs. Dahlan et Rajoub, ces brutes sécuritaires, ainsi que leurs alliés politiques, Abou Mazen et Saeb Erekat, ont usurpé – que dis-je, ils ont privatisé – le nom du Fatah, exactement de la même manière que les gros bonnets du KGB ont privatisé le communisme et que les élites judéo-mammonites ont privatisé l’entreprise libératrice des pères fondateurs de l’Amérique. Que les combattants du Fatah ne soient surtout pas affectés par la défaite de Dahlan ! De plus, ils peuvent poursuivre sur leur lancée et se débarrasser de ces loups-garous qui ont usurpé le beau nom du Fatah, au service du Shin Bet.

 

Jonathan Steele nous a rappelé, à juste titre,

[voir http://www.guardian.co.uk/comment/story/0,,2108820,00.html ]

que le fait d’ « armer des insurgés contre des gouvernements démocratiquement élus est une marotte des Etats-Unis qui ne date pas d’hier, et il n’est nullement accidentel qu’Elliott Abrams, vice-conseiller ès sécurité nationale et architecte manifeste de la subversion anti-Hamas, ait déjà été un élément clé dans la fourniture par Ronald Reagan d’armes aux Contras qui combattaient le gouvernement démocratiquement élu du Nicaragua, dans les années 1980 ». Mais ces Contras, ubiquistes dès lors que survient une révolution – qu’il s’agisse des Chouans de la Vendée, ces Contras de la Révolution française, des Cosaques du Don, ces Contras de la Révolution russe, de l’Unita de Savimbi, ces Contras de la Révolution angolaise –, avaient effectivement, quant à eux, quelque vérité plaidant en leur faveur et ils exprimaient certains intérêts légitimes. C’est la raison pour laquelle nous approuvons et nous soutenons le caractère miséricordieux de la révolution du Hamas : celui-ci, en effet, est prêt à travailler à la cause palestinienne en associant à son combat les éléments les plus sains [ou plutôt : les moins pourris, ndt] du Fatah.

 

Cependant, il est des leçons que l’on peut – que dis-je, que l’on doit absolument – retenir : la direction du Fatah a succombé à la tentation israélo-américaine à cause de son idéologie déficiente. Le nationalisme, cette arme de désintégration massive, a été exportée vers l’Est par les colonisateurs occidentaux afin de diviser pour mieux conquérir. Jusqu’au 19ème siècle, l’Orient ignorait ce qu’était le nationalisme, car il était encore uni par la foi et gouverné par ses dirigeants traditionnels, les successeurs de Constantin le Grand et de Soliman le Magnifique. T. E. Lawrence a libéré les bacilles du nationalisme au Hejaz, où il les avait apportés cachés dans sa besace de selle de l’Intelligence Service, et c’est lui qui a sapé cette belle unité orientale. Il a promis aux Arabes leur indépendance des « Ottomans honnis », mais rien de bon n’a résulté de leur trahison : les colonisateurs britanniques, américains, puis, plus tard, sionistes, se sont partagé le butin, tandis que les indigènes étaient de plus en plus opprimés.

 

Le nationalisme est par nature, nécessairement, une sorte d’idéologie particulariste du style « do it yourself ». En Palestine, en Egypte, en Syrie, cela fut compensé par un socialisme universaliste, mais avec l’évaporation de cet élément socialiste, le Fatah s’est retrouvé avec son seul nationalisme vicié, condamné à l’échec. « Ce sont des nationalistes, comme nous », disent les sionistes – de Sharon à Avnery –, en parlant du Fatah. « Ils seront très heureux avec un drapeau, un hymne national, un compte en banque en Suisse – comme nous ! Ils se contenteront bien d’un Bantoustan ou deux… »

 

Mais ce n’est pas demain la veille, que les Palestiniens trahiraient la Palestine pour une illusion d’indépendance ! Tous les Palestiniens, je veux dire : tous ceux qui habitent en Palestine – natifs et immigrants - ont besoin de la Palestine dans sa totalité, et non pas des deux pourcents que représente Gaza, ni des dix pourcents que représente l’enclave de Ramallah, mais bien des 100 %. Nous pouvons avoir toute la Palestine ensemble, non pas en la divisant, mais en l’ayant en partage. L’Islam est une foi universelle, comme le christianisme, et ses fondements sont plus adaptés à notre Etat universel que ne l’est le nationalisme de papa, qu’il soit arabe ou qu’il soit sioniste. Un processus similaire est à l’œuvre en Turquie, où le nationalisme kémaliste est devenu un allié des Américains soutenu par les militaires à la pointe des baïonnettes, tandis que le parti islamiste, lui, répond aux aspirations du peuple.

 

Les peuples de l’Orient croient en Dieu ; c’est pourquoi la Lumière vient d’Orient : Ex Oriente Lux. Par ailleurs, ils savent, d’expérience, que les athées n’ont ni scrupules ni compassion, alors que nous avons besoin de dirigeants miséricordieux. Ignorez cet épouvantail à moineaux appelé « islamofascisme », ou « danger islamique ». C’est un mythe, créé par Podhoretz et ses semblables ; c’est une menace inventée, tout comme l’étaient le Péril Jaune, le panslavisme ou le communisme. Nous n’avons pas peur des adeptes de l’Islam, nous qui vivons jour après jour avec eux.

 

Le processus d’édification d’une nation, en Palestine, est loin d’être achevé. Un nouveau paradigme doit être trouvé, qui soit à même d’unir ses tribus et ses groupes dans une unique société, en démantelant l’Autorité Nationale Palestine – et l’Etat juif, comme l’a à très juste titre formulé Avrum [Avraham] Burg. La séparation et la tendance à l’indépendance de telle ou telle partie de la Palestine s’avèrent constituer une stratégie défaillante.

 

La Palestine ne saurait être divisée.

 

Les amis de la Palestine et les amis d’Israël doivent œuvrer, ensemble, pour unifier. Et non pour séparer.



Lundi 9 Juillet 2007

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