Economie

Il faut changer les principes de l'économie.


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Jean-Marie Pollé
Lundi 11 Mars 2019

Il faut changer les principes de l'économie.
Il faut changer les principes de l’économie.

« Ce qui veut dire que plus il (l’être humain) recherche à dominer, plus il produit. Mais cela veut dire aussi que cette production est distribuée hiérarchiquement puisque c’est la recherche de la dominance hiérarchique qui constituera sa motivation fondamentale. Le cercle est fermé, vicieux et ne peut aboutir qu’à l’expansion économique, à l’insatisfaction mitigée en pays industrialisés, à la souffrance muette et fataliste en pays sous-développés, à la pollution grandissante et à la mort de l’espèce. » Henri Laborit dans La nouvelle grille 1974.

Les principes de l’économie dont il est question ci-après, ce sont ceux développés dans l’ouvrage de Gregory N. Mankiw et Mark P. Taylor intitulé principes de l’économie (4e édition, chez deboeck). Certes, s’ils ne sont pas repris dans tous les ouvrages qui parlent, d’économie, il est clair qu’ils sont partagés par de très nombreux économistes. Quand les auteurs parlent de l’économie, il s’agit de la leur évidemment considérant qu’il n’y en pas d’autres qui pourraient être performantes.
Mais avant d’aborder ces principes, ils écrivent que l’économie décide « qui mange du caviar, qui mange des pommes de terre » (p.4). On ne peut être plus clair : l’économie qui assure la survie des personnes, elle le fait de manière très inéquitable quand il s’agit d’en répartir les fruits. Pour eux cela coule de source, c’est dans les gènes de l’économie qu’ils préconisent, sans autre justification, comme s’il n’y avait d’autres possibilités d’organiser la survie de l’espèce humaine. Pour eux, il n’y a pas la moindre hésitation possible.
Premier principe: « Les individus sont face à des arbitrages » (p.6). Il est évident que l’on ne peut tout avoir : il y a des choix personnels comme des choix économiques ou politiques. Mais une fois de plus ici, rien ne justifie que les possibilités individuelles d’arbitrage en économie ne soient pas égales pour les uns et les autres, si ce n’est l’argument repris ci-après.
Au niveau politique, pour eux, les choix à opérer seraient déterminés par la recherche de « de l’efficacité » ou « de l’équité » (p.7). Ils affirment en effet que la recherche de l’équité a pour conséquence que le « gâteau se rétrécit » (p.7).
Voilà une affirmation purement gratuite qui justifie l’inégalité du partage du gâteau. Cette inégalité est ce qui assurerait une économie bien portante parce qu’elle générerait un plus grand gâteau. Une fois de plus, l’inégalité du partage du gâteau est génétique dans l’économie qu’ils préconisent. Ils la considèrent même comme étant indispensable.
Deuxième principe: « Le coût d’une chose mesure ce à quoi on renonce pour l’obtenir » (p.8). En d’autres mots, qu’est-il opportun de choisir en fonction évidemment de mon seul intérêt ? Ils prennent l’exemple des études universitaires.
D’une part, il y a le coût réel de l’université (minerval, logement, renoncement à un revenu pendant la poursuite des études…) et les avantages que l’on peut escompter si l’on est muni d’un diplôme universitaire (revenu plus important, travail plus intéressant…). Ils reconnaissent que ce n’est guère facile à calculer. Mais on pourrait aussi envisager des études qui pourraient être gratuites qui permettrait à chacun de se réaliser compte tenu de ses possibilités et non compte tenu de la richesse du milieu où il est né. Ce qui aurait en outre comme avantage de ne pas inscrire la vénalité comme moteur indispensable de l’économie.
Troisième principe: « Les individus rationnels raisonnent à la marge » (p.9). Cela signifie que lorsque l’on doit choisir, ce choix se fera entre le supplément de coût et les avantages que l’on aura en plus. Ils reprennent l’exemple des études : que coûtent les années d’étude supplémentaires et que pourraient m’apporter de supplément de revenu, les nouvelles compétences acquises. Une fois de plus, c’est la vénalité individuelle qui importe.
On peut tenir ce raisonnement pour toutes les dépenses mais la « marge » diminue en fonction de l’importance du revenu. De plus il est de plus surprenant que l’on parle de rationalité alors que l’on est inondé de publicité, celle-ci pour but premier de nous rendre le moins rationnel possible.
Quatrième principe: « Les individus réagissent aux incitations » (p.9). Ce principe permet aux auteurs d’aborder le problème du prix qui à la fois motive le choix du consommateur (essentiellement compte tenu de ses revenus) mais aussi de producteur (essentiellement compte tenu des bénéfices escomptés).
Cela permet aux auteurs d’affirmer qu’il importe que les pouvoirs publics demandent aux économistes de mesurer les effets directs et indirects, des mesures qu’ils comptent prendre. La réponse dépendra évidemment des objectifs choisis par les économistes.
Une fois de plus, pour ce principe et le précédent, c’est la somme des comportements individuels animés par leur seul intérêt personnel qui est pris en compte comme base de leur économie par ailleurs utilisée sur presque sur la totalité de la planète.
Il est évident que les économistes sont les mieux à même de mesurer l’impact d’une mesure au niveau économique. Mais cela dépend évidemment des principes et des règles dont découle l’organisation économique choisie. Ils semblent oublier que d’autres principes et d’autres règles pourraient déterminer une autre économie ayant d’autres objectifs.
Cinquième principe: « L’échange est profitable à tous » (p.11). D’une part, ils ont raison. En effet, aucun pays ne pourrait survivre en totale autarcie. Des échanges sont donc indispensables. Mais ils n’abordent pas le coût écologique de ces échangent au niveau planétaire (réchauffement climatique et d’autres pollutions… ainsi que l’épuisement des ressources…). Au contraire, ils se réjouissent des très nombreux échanges USA/Chine sans même évoquer ne fut-ce que les problèmes posés au niveau climatique, par les grands transporteurs de containers.
Notons que c’est dans le développement de ce principe que l’on peut lire : ainsi dans un certain sens, d’un point de vue économique, chaque famille se bat contre toutes les autres familles (p.11). Est-ce vraiment humainement la meilleure façon de concevoir l’activité économique et la survie de tous?
De plus, à ce niveau, n’est pas abordée l’étude de la balance entre la valeur des importations et des exportations en ce qui concerne ses effets.
Ne sont pas analysés non plus, les raisons pour lesquelles les produits importés sont moins chers que les produits locaux et ce malgré les coûts du transport.
Sixième principe : « Les économies de marché sont habituellement un bon mode de l’organisation de l’activité économique » (p.11).
Ils nous disent que les planificateurs centraux qui guidaient la totalité de l’activité économique, se sont montrés peu performants, ce qui a fait que ces pays ont finalement opté pour l’économie de marché. A l’expérience, on sait maintenant que le centralisme démocratique est un oxymore, une façon poétique d’appeler la dictature. Dans une économie de marché, chaque entreprise est en quelque sorte son planificateur. C’est vrai mais il importe de savoir quels sont les objectifs premiers de l’entreprise et qui exerce le pouvoir? C’est d’autant plus important que certaines entreprises ont un tel pouvoir qu’elles imposent à tous leurs choix, leur seul et unique objectif étant de faire des bénéfices sans avoir d’autres préoccupations. Le marché ne doit pas nécessairement totalement être rejeté mais il importe qu’il soit encadré par des valeurs humaines
On est d’ailleurs en droit de se demander si la puissance de quelques-uns ne risque pas de provoquer l’effondrement de l’organisation économique comme les décisions l’ont provoqué dans certains pays au pouvoir économique hyper centralisé.
Encadré majoritairement par les mêmes valeurs, tout un chacun doit se sentir obligé de participer à la prise des décisions en matière économique, qu’il agisse en tant que travailleur/leuse ou consommateur/trice. Mais il faut aussi que ces prises de décisions soient largement décentralisées de façon à mettre en place une démocratie participative décentralisée comme par ailleurs cela devrait aussi être le cas à propos des décisions politiques. Evidemment dans les eux cas, c’est en fonction de principes préalables et partagés par une majorité que les décisions locales doivent être prises.
Les auteurs eux, parlent d’un marché où se présentent de nombreux acteurs qui agissent en fonction de leurs seuls intérêts, ce qui a pour conséquence le bien être global. Et c’est ici qu’ils parlent d’Adam Smith et de la main invisible, celle-ci orientant ces intérêts individuels au bénéfice de l’intérêt général. Comment peut-on encore parler de cette main invisible quand on connaît l’état de la planète et l’avenir que l’on peut pressentir. Il faut finalement être complètement borné et ne pas voir que l’existence de cette main invisible n’est en fait qu’une croyance n’ayant aucun fondement dans la réalité des faits.
Septième principe: « L’Etat peut parfois améliorer la situation du marché » (p.13). Mais la première chose sur laquelle ils commencent à insister, c’est que l’Etat doit d’abord accorder la propriété du bien à ceux qui le produisent. En fait, ils donnent deux exemples de productions assurées par un indépendant: un agriculteur et un restaurateur. Il est vrai que ni l’un, ni l’autre ne produirait s’il ne pouvait dégager un revenu. Les auteurs comptent sur les tribunaux pour que ce droit soit respecté. C’est évident mais il est clair que ce droit de propriété recouvre bien plus. De plus, dans les entreprises, ceux qui sont considérés comme producteurs, sont ceux qui détiennent l’outil de production.
D’autre part, ils affirment que le choix d’un Etat en matière économique se situe entre deux pôles: « l’efficacité » et « l’équité » (p.13). Pour eux, il s’agit de corriger le fait que la main invisible n’alloue pas toujours l’allocation des ressources de manière efficace. Le marché a donc des défaillances, ce sont les prises en compte des externalités (ce sont les pollutions, le réchauffement climatique…) et d’autre part, le fait d’un monopole éventuellement détenu par un producteur.
Ils insistent sur le fait qu’avant une prise de décision, il importe pour les décideurs de l’Etat, de demander l’avis des économistes. Ils ont raison, il est en effet dangereux de changer un ou deux éléments dans une organisation complexe. Mais pour eux, il n’y a qu’un système, le leur. C’est d’ailleurs pour cela que leur ouvrage s’intitule « Principes de l’économie ». Peut-être est-il opportun de remplacer ces principes par d’autres et sur base de ceux-ci, de construire une tout autre organisation mieux à même de répondre aux problèmes qui surgissent de toute part.
Les sept principes ci-dessus concernent d’après les auteurs, la microéconomie c’est-à-dire comment agissent les différents acteurs de l’économie. La macroéconomie c’est-à-dire ce qui se passe dans l’ensemble de l’économie concerne les trois principes suivants qui parlent d’inflation, de chômage et de la croissance économique.
Huitième principe: « Le niveau de l’économie dépend de sa capacité de produire des biens et services » (p.16). C’est la fameuse notion de P.I.B. (Produit Intérieur Brut). S’il est vrai que ceux qui ont un haut revenu, peuvent mieux vivre matériellement, la théorie économique qui ne pose pas la répartition du gâteau produit (la main invisible est loin d’être toujours performante en la matière, ils le reconnaissent eux-mêmes) est tout aussi peu performante que la main invisible. Dans cet esprit d’équité inégalitaire, la question se pose de manière cruciale. En 2009, la Belgique avait un P.I.B. par habitant, de 43.615 $ (dollar U.S. 2009) d’après les statistiques du Fond Monétaire International. Ce P.I.B. par habitant, était supérieur à celui de l’Allemagne. Il n’empêche que 20% de la population (25% des enfants) vit au seuil de pauvreté ou en dessous de ce seuil. Comment un ou une économiste peut-il ou elle encore se montrer en public ? Et en ce qui concerne le partage du gâteau mondial, il est encore plus mal partagé. Dans tous les cas, ils n’ont qu’à avoir plus de croissance de leur P.I.B. telle est la réponse de la plus part des économistes partisans de cette organisation économique.
Mais jamais on ne s’interroge sur les limites éventuelles de cette croissance. Bien plus, elle est généralement considérée comme illimitée. Or si toute la planète consommait par tête d’habitant comme le fait en moyenne chaque européen, cela exigerait que l’on dispose de 3 à 4 planètes. Il y a peu, à Namur, un conférencier très connu répondait à une personne qui lui demandait ce qu’on ferait quand nos ressources seraient épuisées, il a répondu que l’on irait s’approvisionner sur Mars. Voilà un très sérieux candidat pour le prix Nobel du crétinisme.
La croissance économique très inégalitaire comme la répartition des ressources tout aussi inégalitaire montrent à elles deux combien la croyance en la main invisible est absurde. Comme l’est toute autant la croyance en des ressources illimitées: la terre n’est pas illimitée, c’est une évidence.
Il est urgent que l’activité économique tienne compte de la limitation des ressources. Qui achèterait une voiture pour laquelle il n’y aurait aucun moyen de mesurer la quantité de carburant encore disponible ?
Ils précisent aussi que l’augmentation du revenu moyen des travailleurs n’est pas le résultat de l’action des syndicats mais bien due à l’augmentation de la productivité. C’est sans doute partiellement vrai, mais il faut quand même reconnaître même s’il est loin d’être parfait, un meilleur partage du gâteau n’aurait pas atteint le niveau d’aujourd’hui s’il les syndicats n’avaient pas existé.
Une plus grande équité égalitaire dans partage du revenu national ou mondial n’est pas seulement un principe conséquence d’un plus grand humanisme mais une garantie très efficace d’une paix intérieure d’un pays ou de celle de la planète. La même garantie existe aussi seulement si les ressources sont également partagées selon ce même principe.
Neuvième principe: « Les prix augmentent lorsque la banque centrale imprime trop de monnaie » (p.18). La quantité de monnaie disponible doit correspondre à la richesse du pays. Si cette égalité existe, mettre plus de monnaie en circulation diminue évidemment la valeur de chaque unité monétaire. C’est évident, et donc les prix augmentent.
Nous ne nous étendrons pas plus en détails sur les problèmes extrêmement complexes que sont ceux de la monnaie.
Aujourd’hui, la valeur de la monnaie est déterminée en bourse et en gros, elle est estimée d’après la bonne santé de l’économie (la croissance ?) du pays ou des pays qui émettent cette monnaie et ce, à la bourse où l’on estime les différentes monnaies. Mais se pose la question de savoir comment en arriver à ce que sa valeur soit déterminée par du réel, du concret. On éviterait ainsi toute spéculation qui elle peut occasionner beaucoup de dégâts à l’économie du pays ou des pays qui contrôlent la dite monnaie.
Dixième principe: « A court terme, la société est confrontée à un arbitrage entre inflation et chômage » (p. 18). Ils abordent ici la courbe de Philips qui est loin de faire l’unanimité, ils le reconnaissent, mais ils montrent qu’à court terme il est possible de faire fonctionner cet arbitrage: plus d’inflation c’est moins de chômage. Mais cela ne durera qu’un certain temps, car progressivement les travailleurs demandent compensation à cette perte de leur pouvoir d’achat et l’augmentation des salaires provoque des licenciements ce qui fait remonter le chômage. Cette liaison n’existe vraiment qu’à court terme. S’ils ne le disent pas ici, seule la croissance peut faire diminuer le chômage et nous avons vu que la croissance infinie est impossible. Et est écartée la solution d’un meilleur partage pour permettre aux plus pauvres de survivre dans des conditions humainement acceptables.
Que conclure de ces principes ? Une chose saute aux yeux: l’ensemble est organisé en partant de l’individu et d’un égocentrisme on ne peut plus exacerbé. On est seul contre tous. L’action individuelle dans le seul intérêt de chacun permet d’assurer le bien de tous, disent-ils. C’est le but d’une certaine façon de concevoir l’économie et d’assurer la survie de tous mais dans quelles conditions et aussi vers quel avenir ? Mais c’est pour cette raison « la survie » que l’organisation de l’économie marque et marquera toujours profondément la culture. Mais ne serait-il pas plus opportun de revenir sur ce qui caractérise le plus la personne humaine, c’est-à-dire sur le fait que la personne humaine est un animal social. En d’autres mots qu’il a besoin des relations avec les autres pour survivre et évoluer. Dès lors, ne serait-il pas logique que comme acteur de la vie économique, il agisse d’abord pour assurer la survie des autres qui en retour assurent sa survie. Cela semble devrait être le premier principe de l’économie : chaque citoyen responsable agit d’abord pour assurer la survie des autres.
L’égocentrisme est central dans l’économie d’aujourd’hui et quasi sur l’ensemble de la planète. Mais celui-ci est-il acquis ou inné ? A ce jour, rien n’a été trouvé qui explique qu’il soit génétique. Il y a donc beaucoup de chances qu’il soit acquis, qu’il soit culturel, et renforcé chaque jour par le type d’économie « choisi ».
Il est donc impératif de d’abord assurer la survie des autres, c’est dans l’intérêt de chacun. Ce qui implique que c’est la coopération plutôt que la compétition qui doit prévaloir. Ce qui a pour conséquence qu’il est impossible de considérer toutes ces personnes comme étant sur un marché. Ce qui importe, c’est que tout un chacun puisse coopérer au maximum de ses possibilités. La valorisation des actions individuelles au sein de l’économie est arbitraire puisque on ne doit pouvoir ne se passer de personne. Dans cet ensemble d’acteurs coopérants, il est difficile de déterminer la part individuelle du gâteau résultant de la production de tous. Finalement, il est opportun que ce gâteau soit partagé de façon à atteindre la plus grande équité égalitaire possible, d’autant que l’on sait maintenant qu’en Europe, il est absurde et suicidaire d’encore croire à la croissance. Bien plus, il doit y avoir décroissance, la gâteau devenant plus petit, son partage selon une équité égalitaire est d‘autant plus justifiée. Le choix d’un bénéfice pour tous doit être la base de tout choix économique.
Cette impossibilité de croissance infinie, voire la nécessité d’une certaine décroissance a des conséquences importantes dont celle reprise ci-après. Il est en effet impossible d’encore admettre le moindre déficit dans le budget courant d’un Etat. Et dans ce budget doit être compris tous les frais annuels relatifs aux investissements à l’exception des investissements eux-mêmes. C’est avec les amortissements de ces derniers, compris donc dans ce budget annuel que l’on pourra faire de nouveaux investissements. Reste à déterminer a limite absolue de ces investissements..
La différence entre les revenus individuels tous revenus confondus, doit être réduite de 1 à 4 ou de 1 à 3 ou de 1 à 2 voire encore plus. Il faut revenir les pieds sur terre et abandonner les croyances qui se révèlent inexistantes dans la réalité. Le point de départ doit être le minimum qui permette à chacun de mener une vie décente et épanouie et étant donné le fait qu’on ne peut redistribuer plus que le gâteau, cette répartition la plus égalitaire possible est indispensable si l’on veut garantir la stabilité du pays. D’autant qu’il est indispensable dans une Société civilisée d’avoir des Services Publics (administrations diverses, le courrier, le téléphone, les transports en commun, l’eau, les diverses énergies…), de bénéficier d’un enseignement gratuit, de soins gratuits, d’allocations familiales, d’allocations de chômage, d’une pension (la même pour tous).
On peut se demander si la différence salariale n’est pas justifiée par le fait qu’il faille mieux récompenser ceux qui permettent à d’autres de gagner encore bien d’avantage. Il faut donc que chacun puisse participer de manière rémunérée à l’activité économique dans la mesure de ses possibilités. L’organisation de l’économie doit le permettre. C’est un droit et un devoir que chacun puisse participer à la production économique rémunérée et le revenu de cette production doit être partagé selon une équité égalitaire.
Il faut appliquer ce principe aux habitants d’un pays mais si l’on veut garantir la stabilité de celui-ci. Si l’on souhaite établir cette stabilité à l’ensemble de la planète, il faut appliquer ce principe à l’ensemble des revenus de la population mondiale. La croissance infinie n’est matériellement pas possible, c’est une certitude. On nous présente aujourd’hui l’économie circulaire comme étant la solution au futur épuisement des matières premières. C’est envisageable mais il y aura toujours des pertes et parfois la matière récupérée doit être déclassée. Enfin s’il faut récupérer des matières utilisées en très petite quantité par unité produite cela est très difficile et coûteux.
Pour certaines terres rares indispensables aux nouvelles technologies (portables, batteries, éoliennes, …) et pourtant utilisées en très petite quantité par unité produite, on estime déjà que pour une bonne dizaine d’entre elles, dans 50 ans ou moins et si on n’en augmente pas la consommation ce qui semble illusoire, de toute façon il n’y en aura plus. Et nous sommes obligés d’admettre qu’en Europe et aussi dans d’autres régions on consomme déjà beaucoup plus que ce à quoi on a droit. Il n’a pas d’autre choix que de rechercher activement et intensément comment passer à la récupération. La paix au niveau planétaire ne peut être garantie que par un partage d’une équité égalitaire entre tous ses habitants, des ressources renouvelables et non renouvelables ainsi que du partage du produit de l’activité économique.
Voilà déjà quelques premiers principes. Il est évident que respecter les quatre principes que je viens d’énoncer ne sera pas chose aisée mais il importe que l’on change de paradigme économique avant qu’il ne soit trop tard. Et ces premiers principes sont insuffisants.
La propriété telle qu’elle est conçue aujourd’hui - c’est à moi et j’en fais ce qu’il me plaît- est-elle la seule manière de concevoir notre rapport aux choses ? C’est une des faces de l’égocentrisme du modèle économique actuel. Dans le capitalisme, il est le ressort d’une compétition effrénée à la possession par les uns toujours au détriment des autres puisqu’à tout moment, le gâteau ne sait avoir qu’une valeur donnée. C’est évidemment le contraire de l’équité égalitaire. D’autre part, dans un monde limité, cette course sans limite est particulièrement mal venue. N’est-il pas opportun de substituer au droit de propriété, un droit d’usage d’un bien commun. Cela implique entre autres choses que l’on puisse utiliser un bien donné et le réutiliser le plus longtemps possible. On devrait exercer ce droit d’usage à l’égard du sol, du sous-sol, de toutes les réalisations humaines… de toutes les ressources renouvelables ou non renouvelables. Tout devient bien commun… mêmes les découvertes qui sont aujourd’hui une façon pour quelques-uns d’énormément s’enrichir. Tout revenu doit être limité quelle qu’en soit sa nature. De plus l’utilisation d’un bien commun doit être encadrée par un cahier de charges. Pour un bien non périssable, une durée de vie minimum doit être imposée. Il doit pouvoir être réparé « sur place » et quand il est arrivé en fin de vie, il doit être retourné au producteur pour récupération. Cela est la véritable économie circulaire. Notons ici qu’il n’est jamais possible de récupérer la totalité de la matière utilisée. En ce qui concerne les biens naturellement renouvelables, il importe ici de mettre en place une économie qui évite les déchets notamment en alimentation. Il faut que tous les déchets résultant de leur utilisation soit récupérés et transformés pour leur rendre une nouvelle utilisation possible.
Quoiqu’il en soit, il est important que la vie ne se résume pas à une course à la possession. Il importe avant tout que l’être ne soit plus remplacé par l’avoir.
La monnaie doit être une valeur d’échange. Personne ne peut vivre en autarcie. Il en est ainsi la plus part du temps pour une région ou un pays, fussent-ils très riches. Nous l’avons dit plus haut, il y a le problème d’estimer sa valeur.
Mais avec cette monnaie, il est possible aujourd’hui d’acheter une part voire jusqu’à la totalité du capital d’une entreprise. La valeur d’une part peut devenir plus importante au fil du temps par un partage des bénéfices de l’entreprise. Rien ne justifie cet enrichissement individuel qui une fois de plus, provoque l’enrichissement des uns au détriment des autres. Et petit à petit plus on a de capital, plus de pouvoir dans l’entreprise. Le moteur principal de l’entreprise est alors l’enrichissement personnel des actionnaires et le renforcement de leur pouvoir au sein de celle-ci. Il faut donc en revenir au principe de base des coopératives. Pour exercer le pouvoir au niveau économique, que ce soit comme consommateur ou travailleur, l’ensemble des citoyens doit pouvoir le faire selon le principe une personne, une voix. Evidemment, il faut que la décision s’inscrive dans le domaine du possible et quoiqu’il en soit, il est tout aussi évident qu’une entreprise ne peut perdre de l’argent à l’exception des services publics. Un intérêt égal à l’inflation peut être possible. Il faut que celui ou ceux qui placent de l’argent puisse le récupérer mais sans que cela puisse être une source d’enrichissement. Une entreprise peut devenir obsolète. Pour cette raison, il faut que les investissements se fassent par le biais de fonds de placements de manière à répartir cette disparition de valeur (notons que si les amortissements sont arrivés à terme et tous ont été réinvestis ailleurs, il n’y a que très peu de pertes). Notons ici que le même raisonnement doit être appliqué aux investissements immobiliers ce qui aurait comme conséquence une diminution d’au moins 50% du prix des loyers.
Un raisonnement identique doit être tenu pour les emprunts consentis auprès d’une institution financière aucun intérêt ne devrait être demandé si ce n’est un montant pour les frais.
On le sait, les matières premières non renouvelables ne sont pas inépuisables. Il est donc urgent de faire le relevé de ce qui est encore disponible. Il est plus que temps de bâtir une économie qui tiennent compte de ces limites et de leur répartition parmi les habitants de la planète. Encore une fois, qui achèterait une voiture n’ayant aucune possibilité de mesurer la carburant qui reste disponible. Pourtant, en ce concerne les matières premières, c’est ce que nous faisons depuis toujours. Il est temps de réagir. Que reste-t-il comme matières premières disponibles?
Le contexte dans lequel s’inscrit notre vie et celle de l’ensemble de la planète s’est établi au fil du temps dans un équilibre très fragile. Il est donc important de savoir comment la vie a résolu les problèmes qui se posaient de façon à s’en inspirer dans la mesure du possible. D’autre part, les actions produites par l’économie perturbent ce milieu. Les processus de production peuvent parfois même être extrêmement nocifs et même empêcher à terme la survie de la vie sur la planète. C’est ce qu’on appelle les externalités. Celles-ci doivent être évitées à tous prix, les anciennes doivent être réparées et le coût doit être pris en charge dans le calcul du prix des produits. Quand les dommages sont irrécupérables, la production de ces produits doit être interdite. Par exemple, en ce qui concerne le réchauffement climatique, aucune dépollution n’est possible. Il faut donc interdire ce qui est à son origine. A ce jour, pratiquement rien n’est fait mis à part de beaux discours. De même, en ce qui concerne les matières renouvelables, il faut fixer des seuils en dessous desquels il est interdit de descendre et les rejets qui perturbent l’équilibre doivent être réduits à zéro. Toute activité économique doit avoir le souci de ne pas perturber le milieu où s’exerce cette activité. Aujourd’hui, à tous les niveaux de notre environnement disparaissent de nombreux éléments. Or ce dernier est avant tout le résultat d’un fragile équilibre de tous ses éléments obtenu très lentement. Personne ne sait quelle est la conséquence de la disparition d’un seul élément et on en perd des milliers.
A ce propos, qu’il me soit permis de soulever la problématique des énergies dites vertes. Elles consomment beaucoup de terres rares dont la production peut être extrêmement polluante. D’autre part, souvent elles sont produites par des personnes particulièrement exploitées, voire par des enfants. Ces énergies vertes (panneaux solaires éoliennes batteries indispensables…) ne sont finalement que d’un vert très pâle. Notons que comme nous l’avons déjà écrit, les réserves de ces terres rares sont peu importantes et particulièrement mal répartie sur l’ensemble de la planète. Et sans terres rares, plus de « higt tech » possibles (pc, téléphone portable, tablettes diverses…).
Il faut savoir qu’en ce qui concerne les terres rares, à ce jour, pour la grande majorité d’entre elles, la récupération est inférieure à 5%. Et qu’on arrête de nous bassiner les oreilles avec les voitures électriques. Chaque voiture contient plus ou moins 10 kg de terres rares. Remplacer les voitures d’aujourd’hui par des voitures électriques est impensable. C’est un fantasme pour nous faire fuir la réalité. Il faut réserver les terres rares aux éléments indispensables à la survie de tous et surtout axer la recherche sur la récupération.
De plus en plus notamment grâce aux higt tech, la machine remplace de plus en plus le travail de la personne. C’est utile et bienvenu dans certains cas. Mais à force de remplace la personne par des machines, on en arrive à créer de plus en plus de chômage. Il ne faut pas perdre de vue que moins il y a de travailleurs, moins il y a de consommateurs, moins il y a de production à partager équitablement. Quant aux délocalisations, très souvent elles doivent être considérées comme des crimes d’incivisme. Chez nous, une décroissance est indispensable mais il faut que le travail soit partagé entre tous et s’il y a trop peu d’heures de travail à rémunérer, cela devient intenable.
On en arrive aujourd’hui à vouloir remplacer l’intelligence humaine par une intelligence artificielle. Etre dirigé par une machine à laquelle il faudrait être totalement soumis. A-t-on le droit d’appeler cela une avancée ? Peut-on mettre au rebus le cerveau humain, cette merveille de l’évolution de nombreuses milliers d’années. D’autant qu’il faut alors se mettre à la botte de quelques informaticiens, seuls capables de concevoir ces machines à penser et finalement qu’on en arrive à une machine qui les conçoive toutes. Et le cerveau humain commencera à dégénérer. Déjà on observe une diminution du volume du cervelet siège de la mémoire et ce, parce celle-ci est de moins en moins utilisée. Et sans mémoire disparaît la créativité. Pourquoi les habitants de la silicone valley inscrivent-ils leurs enfants dans des écoles n’utilisant ni P.C., ni tablettes… dans leur enseignement.
Les échanges nous l’avons déjà écrits, sont indispensables mais l’on observe que les pays dont les exportations sont supérieures aux importations s’enrichissent alors que dans les cas contraires, ils s’appauvrissent. Il importe donc que partout et toujours, les exportations ne dépassent pas les importations et vice versa. Vu ce qui a été écrit précédemment, cette régulation doit s’inscrire dans un rationnement de la consommation des matières premières et dans une répartition égalitaire des revenus au niveau planétaire. Même s’il faut y arriver de manière progressive, la plus grande urgence nous est imposée. Et c’est ici que doit être envisagé la taxe sur un produit importé quand il est moins coûteux que le même produit localement. Une taxe de régularisation doit permettre que le prix reflète des conditions de production identiques.
Faut-il supprimer la publicité ? Je ne crois pas. Mais il faut qu’elle permette uniquement un choix rationnel. Pour un ou plusieurs articles mis en publicité, il faut qu’un certain nombre de critères soient repris, tous ceux fixés par la Loi et rien qu’eux. Le consommateur pourra alors faire un choix plus rationnel. Et la véracité des données annoncées doivent pouvoir être vérifiées par un laboratoire indépendant. C’est pour cette raison que tout lobbying doit être absolument être strictement interdit. Les lobbyistes sont des menteurs légaux, c’est absurde. Toute publicité doit aider au mieux le choix rationnel du consommateur.
La limitation des naissances, est-ce un problème économique ? Pas uniquement mais c’en est sûrement un. L’économie doit permettre la survie de tous et donc il y a des limites à ne pas franchir. Et long débat pourrait intervenir. Mais je ne crois pas qu’il y place ici pour ce débat. Partons du principe que le taux de fécondité idéal doit être en moyenne de deux et ce jusqu’à preuve du contraire. Mais il importe que la limitation des naissances doive être la conséquence d’une information, d’une conscientisation et donc fruit de la participation volontaire de tous.
La participation de tous doit être la règle pour toute décision économique, et ce grâce à une information complète et régulière de toute personne. (Et pour toute décision politique).
Voilà quelques principes auxquels il est plus qu’urgent de réfléchir. Le réchauffement climatique a déjà commencé, on ne peut plus se permettre de tergiverser. Les réserves de matières premières non renouvelables et principalement les terres rares ont déjà largement diminuées, les matières renouvelables sont très mal partagées et certaines comme les réserves halieutiques sont en voie de disparition… Une dernière remarque s’impose. Il est impossible de changer de principes si cela est décidé par un seul pays riche. L’Europe ou du moins ses pays les plus riches pourraient le décider et ainsi ensemble montrer l’exemple. Les principes exposés ci-dessus peuvent être une bonne base de réflexion. Le temps presse. Il est plus que temps de changer de paradigme économique ou les enfants d’aujourd’hui finiront par connaître l’enfer.
Le dix mars 2019 – Jean-Marie Pollé, travailleur social retraité.



Bibliographie
Alberto Acosta – Le buen vivr,
Christian Arnsperger – Critique de l’existance capitaliste,
Patrick Artus et Marie-Paule Virard –Croissance zéro,
Geneviève Azam – Le temps du monde fini,
Gauthier Chapelle – Le vivant comme modèle,
Isabelle Delannoy – L’économie symbiotique,
Gilles Dostaler et Bernard Maris – Capitalisme et pulsion de mort,
Renaud Duterme – De quoi l’effondrement est-il le nom ?,
James K. Galbraith – Crise grecque, tragédie européenne,
Nicholas Georgescu-Roegen – La décroissance,
Tom Hogkinson – L’art d’être libre,
Ivan Illich – Libérer l’avenir,
Ivan Illich – Energie et équité,
Ivan Illich – La convivialté,
Paul Jorion – Le dernier qui s’en va éteint la lumière,
Paul Jorion et Bruno Colmant – Penser l’économie autrement,
Tim Jackson – Prospérité sans croissance,
Naomi Klein – Tout peut changer,
Naomi Klein – Dire non ne suffit plus,
Paul Krugman – Sortez-nous de cette crisse… maintenant,
Henri Laborit – L’homme et la ville,
Henri Laborit – La nouvelle Grille,
Pierre Larrouturou – Pour éviter le krach ultime,
Serge Latouche – Le pari de la décroissance,
Michel Lepesant – Politiques(s) de la décroissance,
François Lenglet – Tant pis ! Nos enfants paieront,
Matthieu Liétard – Homo Coopérans 2.0,
Rosa Luxemburg – Introduction à l’économie politique,
William Mcdonough et Michael Braungart – Cradle to cradle,
Donella Meadows, Dennis Meadows et Jorgen Randers – Les limites de la croissance,
Edgard Morin – La voie,
Edgard Morin – L’aventure de la méthode,
Baptiste Mylondo – Un revenu pour tous,
Fabrice Nicolino – Ce qui compte vraiment,
Hélena Norberg-Hodge – Quand le développement crée la pauvreté,
Yuval Noah Harari – Sapiens, une brève histoire de l’humanité,
Maurizio Palante – La décroissance heureuse,
Petrella Riccardo – Au nom de l’humanité,
Philippe Pignamm et Isabelle Stengers – La sorcellerie capitaliste,
Guillaume Pitreon – La guerre des métaux rares,
Thomas Piketty – Le Capital au XXIe siècle,
Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot – La violence des riches,
Pierre Rabhi – Vers une sobriété heureuse,
Hubert Reeves – Là ou croit le péril… croit aussi ce qui sauve,
Hubert Reeves – L’avenir de la vie sur terre,
Hubert Reeves et Frédéric Lenoir – Mal de terre,
Olivier Rey – Une question de taille,
Jeremy Rifkin – La troisième révolution industrielle,
Gilbert Rist – La tragédie de la croissance,
Marc Roche – Histoire secrète d’un Krach qui dure,
Marc Roche – Les banksters,
Pablo Servigne et Raphaël Stevens – Comment peut tout s’effondrer,
Pablo Servigne et Gauthier Chapelle – L’entraide l’autre loi de la jungle,
Joseph E. Stiglitz – Le triomphe de la cupidité,
Yannick Vanderborght – Philippe Van Parijs – L’allocation universelle,
Jean Ziegler – Retournez les fusils !,
Jean Ziegler – Destruction massive,
Collectif – Décroissance ou récession,
Collectif – Pistes pour en finir avec le capitalisme,
Collectif – Vers une société de post croissance,
Collectif – Ceci n’est pas une crise,
Collectif – Que faire contre les inégalités,
Collectif – Le progrès m’a tuer,
Collectif (Kairos) – Illimitations,
Collectif – L’antiproductivisme,
Collectif (les verts : alliance libre européenne) – Nourrir l’Europe en temps de crise,
La revue Kairos,
Le bulletin de liaison du Mouvement politique des objecteurs de croissance (L’escargot déchaîné).




Lundi 11 Mars 2019


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