Palestine occupée

Il était une fois une fête de l’Aïd... à Naplouse


Une histoire vraie, qui commence par une fête de l’Aïd comme aujourd’hui, qui se passe à Naplouse, et qui nous serre le coeur. A l’occasion de ces fêtes de fin d’année, nous remercions Rich, photographe britannique qui a choisi de vivre en Palestine, nos pensées vont vers tous les Palestiniens qui endurent avec tant de courage le blocus qu’on leur impose, et nous espèrons qu’un plus grand nombre d’humains imposeront un peu plus de justice au cours de l’année à venir.


Jeudi 20 Décembre 2007

Derrière le Mur – Une Famille.

Jameela était radieuse en orange et bleu, une jolie robe en jean orange et bleue avec un chemisier orange terminé par un gros nœud devant. Ses chaussures de cuir marron avaient aussi une rosette qui tranchait sur ses petites socquettes blanches. Elle portait sur le côté de la tête un pompon rouge et jaune qui maintenait bien en place un bouquet. Raghada avait choisi des pantalons imprimés léopard assorti à une longue chemise aux manches retroussées par-dessus laquelle elle portait un t-shirt noir avec brodés dessus ces mots « High Rock Girl ». A l’épaule pendait un petit sac à main assorti imprimé leopard et comme toujours ses grands yeux noirs pétillants et son sourire éclatant éclairaient tous les endroits où elle se trouvait, comme un flambeau. Le sourire de Jeameela réchauffait également le coeur tandis que nous descendions tous la rue main dans la main. Il était évident à voir dans les rues ces foules de gens dans leur vêtements élégants que tout le monde avait fait le même effort pour mettre ses plus belles affaires. Mais c’était un jour spécial, c’était l’Eid Al Fiter (Aïd) la fête qui marquait la fin du mois saint du Ramadan.

Jameela a trois ans. Raghada est l’une des quatre sœurs aînées de Jameela et a environ huit ans. Comme nous marchons ensemble dans les rues étroites du camp de Balata et dans le soleil, lentement pour tenir compte des petites enjambées de Jameela, Ragahda m’a dit fièrement qu’elle avait des shekels dans son sac aujourd’hui. Les adultes donnent de l’argent aux enfants lors de cette fête, souvent un shekel, et Raghada était excitée d’avoir sa propre petite réserve aujourd’hui. Elle m’a demandé où je voulais aller, mais ça m’était égal, j’étais tout simplement heureux de passer du temps avec elles. Elle a voulu me montrer le petit parc qui était ouvert avec quatre balançoires et l’antique et grinçante Grande roue miniature, qui mesurait un peu plus de deux mètres de haut. Les filles se sont balancées ensemble et ont posé pour des photos, toujours souriantes. Raghada voulait aller sur la roue, elle voulait que je la voie tout en haut. J’ai voulu payer le shekel pour un tour mais elle a immédiatement refusé. Pendant que la roue tournait, deux jeunes visages rayonnaient en me regardant puis disparaissaient pendant que tournait la roue, avant de réapparaître toujours aussi pleins de vie et d’espoir comme toujours. Ragahada agitait la main et applaudissait chaque fois qu’elle me voyait pendant que Jameela se contentait de sourire et s’agrippait à la barre de métal rouillée de leur petit carrosse comme sur les montagnes russes de Disneyland… mais c’est peut-être ce que sont devenues maintenant tant de vies.

Nous avons quitté le petit bac à sable clôturé qui amusait tellement les enfants du camp et sommes redescendus vers la partie la plus basse du camp qui fait dos aux champs avant de courir en direction des collines de Naplouse. Jameela bavardait avec quiconque l’écoutait et Raghada et moi communiquions du mieux que nous pouvions dans mon arabe mal fichu. Des enfants nous regardaient d’un air interrogateur pendant que nous marchions, certains connaissaient Raghada et lui demandaient des nouvelles de sa famille, d’autres me regardaient puis regardaient les filles avant de hocher la tête en me disant :

- « Ajnebi » ? (« Etranger » ?).

Avant que j’ai pu répondre Raghada intervenait déjà ; « La hoo falasteeny, hoo ahoy ! » (Non il est Palestinien, c’est mon frère ! )

Quand elle disait ces mots elle levait la tête vers moi fièrement, pressait ma main et souriait. Chaque fois que nous approchions l’un des nombreux petits commerces partout dans les rues du camp de Balata Raghada s’arrêtait et levait le visage vers moi :

« Rich Shu bidak ? Shu bidak Rich ? Chocolata, cola … ? (« Rich que veux-tu ? Que veux-tu Rich ? Du chocolat, du cola… ?)

Je refusais poliment et offris d’acheter aux petites filles une boisson, mais mon petit guide ne le permit pas. A chaque fois que je faisais ça elle semblait désappointée et frustrée, remettait sa petite collection de shekels dans son sac à main miniature, imprimé de chat. Mais comme ça s’est répété deux ou trois fois, mon entêtement stupide ou mon orgueil ou je ne sais quoi qui me disait de refuser, céda. Le visage de Raghada s’illumina tandis que j’acceptais son offre de boisson fraîche et elle se mit à chercher soigneusement dans la glacière pleine de boissons sans alcool d’une modeste petite épicerie, recherchant la plus fraîche. J’ai acheté deux petits gâtaux au chocolat et nous sommes restés ensemble dans l’ombre de la ruelle qui n’avait pas plus d’un mètre de large, nous délectant de ce petit plaisir.

Jameela avait fini, plus barbouillée de gâteaux au chocolat qu’elle n’en avait mangés mais elle était heureuse malgré tout. Raghda fut encore plus heureuse dès que j’eus accepté son offre de boisson. C’était un jour rare pour elle que de parcourir tout le camp avec ses beaux habits et deux shekels dans sa poche, beaucoup pour n’importe quel enfant de Balata, et tout ce qu’elle voulait c’était de partager son plaisir avec moi.

Balata est devenu comme un second foyer pour moi en Palestine au cours de ces dernières années et pour beaucoup, c’est à la famille avec laquelle j’ai eu l’honneur de résider dans le camp au cours de cette période, que je le dois. Les filles sont deux des sept frères et sœurs de la famille, tous me sont devenus comme des frères et des sœurs. Jameela était très jeune quand je suis venu pour la première fois et ça a pris un petit moment avant que nous fassions connaissance l’un et l’autre ; maintenant toute heureuse elle fait des cercles autour de moi toute heureuse en jouant à cache-cache. J’adore passer du temps avec elle comme avec toute la famille. Il y avait seulement six des fils et filles d’Abu Abud dans la maison quand je me suis installé ici pour la première fois alors que l’un des deux fils, Abud, était en prison comme tant d’autres à Balata. Il avait quinze ans quand il a été emprisonné. Aussi quand Jeameela est née elle n’a pas connu son frère, elle n’a pas pu le voir. Elle ne l’avait jamais vu en chair et en os jusqu’à ce qu’il soit relâché un an plus tard. Quand j’ai rencontré Abud pour la première fois il avait été relâché seulement un mois ou deux plus tôt, j’avais vu beaucoup de photos de lui et c’était bon de voir la famille de nouveau réunie, mais j’ai pu voir aussi aussi combien c’était déroutant pour Jameela, elle ne le connaissait simplement pas. Les choses sont différentes maintenant et leur relation c’est autant d’amour et d’affection qu’avec tous les autres dans cette famille étroitement unie tandis que Jameela a grandi pour connaître son frère.

Quelques jours avant les Fêtes de l’Aid nous étions tous assis ensemble dans le living room familial. Nous venions de voir « Bab Al Hara » - la série télé syrienne qui a captivé les gens dans toute la Palestine avec, tous les soirs, ses contes de résistance à l’occupation, bien qu’(il s’agisse de la résistance syrienne à l’occupation française et non de cette entreprise moderne colonialiste qui domine la vie en Palestine. Cette famille n’a pas été différente de la plupart des autres en Palestine en choisissant cette année de regarder ce programme nocturne.

Raghada et moi jouions au morpion . Le téléphone a sonné ; c’était l’oncle de la petite fille. Abu Abud a bavardé passionnément avec son frère comme il le fait bien souvent la nuit. Alors Jameela est venue parler à son oncle au téléphone ; son père lui tenait le téléphone pour qu’elle puisse parler mais elle a préféré chanter « Shater, Shater », une chanson pop de Nancy Ajrala qui a été le succès de cet été en Palestine. Elle frappait des mains et chantait dans le téléphone souriant comme toujours, d’autant plus que nous riions tous. Comme elle chantait ce qui me frappa c’est qu’elle essayait de construire autre relation familiale avec un parent qu’elle n’avait jamais rencontré. Elle connaît le visage de son oncle par le portrait géant de la prison suspendu derrière la télévision dans le living room, mais elle n’e l’a jamais rencontré et pourtant elle parle et chante pour lui régulièrement au téléphone. Jameela aura quelques années de plus avant que finalement elle finisse par rencontrer son oncle, s’il est relâché de prison à l’heure. Voilà comment les enfants sont obligés de grandir en Palestine, de construire leurs relations avec les membres de leur famille à travers des photographies et s’ils ont « de la chance » par téléphone. Des milliers et des milliers d’enfants vivent comme ça, séparés de leurs proches à cause de la prison ou des balles de fusil, et bientôt Jameela devrait avoir un nouveau petit frère ou petite sœur car sa mère était enceinte, un autre enfant qui sera forcé de grandir séparé de ses proches parents et de ceux qui lui sont le plus chers.

Je partage une chambre avec Abud quand je suis à Balata. Pendant bien des nuits nous nous sommes assis jusqu’à pas d’heure dans sa chambre, parfois à cause de l’assourdissant barrage de tirs automatiques de l’IOF Forces Israéliennes d’Occupation) et des explosions qui faisaient trembler les murs du camp, d’autres fois en parlant simplement. Nous avons souvent parlé de son arrestation et de son temps passé en prison. Il m’a montré ses vieux albums de photos, celles des amis avec lesquels il a grandi. En feuilletant les pages, il commentait les photos de ces jeunes garçons, ses amis d’enfance : « Fi sission, fi sission, mayiet, fi sission, mayiet.. » (En prison, en prison, mort, en prison, mort.. »)

D’autres nuits il m’a montré sa collection de lettres et de dessins de prison. Il garde encore son petit calepin dans lequel il dessinait quand il était enfermé. La plupart des dessins sont à l’encre, dessins de mains entourées de fil de fer barbelé, carte d’une Palestine qui saigne, Che Gevara, drapeau palestinien. De temps à autre, d’étranges bouts de texte, généralement de simples mots, flottent quelque part sur une page. Un mot revient sans cesse, c’est « hop » (amour »), un autre mot c’est « huriya » (« liberté »). Abud riait souvent quand il voyait « hop » : « Ay hop ? Wein el hop ? Wein mumkin inlaqi el hop fi sission ?” (« Quel amour ? Où est-il l’amour ? Où trouvons l’amour, en prison ??? »

Une nuit il m’a donné un petit bracelet qu’il avait fait en prison aux couleurs du drapeau national, et un anneau pour aller avec. Je ne voulais pas accepter quelque chose que je considérais comme si personnel, mais il a insisté, et souvent il vérifiait que je le portais. Il m’a demandé aussi des détails sur la vie en Europe, comment ça faisait de voyager, de vivre sans Occupation, ni checkpoints ni martyrs. Abud peut seulement rêver de vivre avec ces droits fondamentaux, lui qui ne peut pas quitter Naplouse, lui qui n’est pas autorisé à passer les checkspoints de l’IOF qui entourent la ville.

A la mi novembre, Abud, Jameela, Raghda et toute ma famille attendaient avec impatience la naissance du nouveau membre de la famille. Le temps est finalement arrivé et Abu et Um Abud ont quitté Blata pour se diriger vers l’hôpital. Tout le monde était très excité. La naissance s’est bien passée et vers 8 heures du soir les deux parents sont repartis au camp berçant un nouveau-né fille appelée Tasbeeh, ce qui signifie « Toujours remercier Dieu ». Pour tout le monde elle représentait un beau rayon d’espérance Mais Tasbeeh allait apprendre dès ses premières heures dans quel monde elle est née…

A peine six heures après le retour de la mère et du bébé au camp de Balata, leur maison fut entourée par des douzaines de soldats de l’IOF. Tasbeeh n’avait même pas bénéficié d’une nuit de sommeil avec sa famille quand sa tranquillité a volé en éclats, des bombes assourdissantes ont explosé et des tirs de M-16 atteint la porte d’entrée en métal. Au moment où Abud ouvrait la porte juste après 3 heures du matin d’autres bombes sonores ont été tirées sur la maison. Tasbeeh pleurait au milieu de toutes ces explosions alors que les IOF faisaient irruption dans la maison et se mettaient à questionner Abu Abud. Alors, au milieu des explosions quelqu’un se fit silencieux. Tasbeeh s’était arrêtée de pleurer :

« … ma femme a couru vers elle. Sa bouche était remplie de sang. Ma femme l’a retournée et a essayé de l’aider à respirer, elle lui massait le dos et la poitrine et essayait d’éponger le sang de sa bouche… » Après quelques secondes la petite poitrine de Tasbeeh commença à se soulever de nouveau. Elle était encore dans les premières heures de sa vie quand on lui a fait ça, sa première rencontre avec les IOF, et ça avait failli la tuer.

Abud et ses frères sortis de force dans la nuit noire. Là, on les a laissés debout contre le mur d’entrée de la maison pendant que les IOF écrasaenit tout sur leur passage dans la propriété. Quand les IOF partirent de la maison d’Abu Abud ils laissaient derrière eux destruction et dévastation, et ils laissèrent une empreinte sur l’esprit d’un enfant au premier jour de sa vie, empreinte qui ne la quittera pas jusqu’à la fin. Mais dans leurs actions les IOF ont aussi avalisé (le fait) qu’un autre petit membre de cette famille doit maintenant grandir séparé de son frère, beaucoup comme Jameela l’avait dû en ses premières années. Quand les IOF ont tout écrasé en entrant dans la maison ils transportaient leur habituelle panoplie de munitions de mort, quand ils l’ont quittée ils emportaient avec eux une partie de la famille. Ils ont arrêté de nouveau Abud, il a maintenant 18 ans.

Abud avait attendu impatiemment la naissance de sa nouvelle petite sœur comme toute la famille, mais maintenant il est parti, et elle devra grandir sans son grand frère. Abu et Um Abud étaient encore très inquiets pour Tasbeeh. Plus tard quand Um Abud est venue voir sa fille nouvelle née elle a trouvé du sang provenant d’une oreille de Tasbeeh et ils se sont immédiatement précipités à l’hôpital craignant une blessure due aux explosions. Les médecins spécialistes de l’hôpital de Naplouse ont retiré du sang des poumons de Tasbeeh . Les médecins craignaient aussi que Tasbeeh ait perdu l’un de ses tympans à cause des explosions, mais ont dit qu’ils préféraient attendre qu’elle ait quelques mois de plus avant de commencer à faire d’autres tests.

Quand j’ai entendu les nouvelles au sujet d’Abud et de Tasbeeh je me suis senti malade, c’était un jour qui avait commencé avec tellement d’impatience et d’excitation pour cette famille. Je me suis mis à penser qu’avant, à peine un mois plus tôt, nous avions tous fêté ensemble le Ramadan et l’Aid. Comment nous avions parlé de la naissance du nouvel enfant. Je me suis rappelé comment quand j’avais été hospitalisé après un accident de voiture en octobre Abud avait été la première personne à téléphoner et comment sa famille était venue me chercher à l’hôpital pour me ramener à la maison et s’occuper de moi. Je me suis rappelé l’appel de Jameela à son oncle en prison, et ses premières années sans Abud, et j’ai pensé à tout ce cycle qui maintenant recommençait. J’ai pensé à une nuit sombre du camp de Balata qui commença par une belle nouvelle arrivée et se termina par un départ insupportable. Une nouvelle vie qui a commencé et s’est presque terminée dans les explosions, le sang, et la séparation, de sa première nuit dans ce monde. Autour d’un nouveau bébé qui peut ou peut ne pas avoir eu la chance de poser les yeux sur son grand frère avant qu’il ait été éloigné de force pour une durée de temps que ne dicte aucune autre loi que celle de ses occupants. J’ai pensé aux fusils et aux bombes assourdissantes, aux téléphones et aux photos ;

Et j’ai pensé à une famille…"`

Rich

(Traduit par Carole SANDREL)

CAPJPO-EuroPalestine

ENGLISH TEXT

Behind the Wall – ‘Family’

Jameela looked radiant in orange and blue, a beautiful denim dress with a sewn in orange shirt finished off with a huge bow at the front. Her brown leather shoes also carried a bow which stood out from the fold-down lace of her tiny white socks. At one side of her head a red and yellow bobble secured a bunch firmly in place. Raghda had chosen leopard print trousers and matching long sleeved shirt on top of which she wore a black t-shirt emblazoned with the words ‘High Rock Girl’. Over her shoulder hung a small matching leopard print handbag and as always her huge sparkling brown eyes and glistening smile lit up any room in which she stood like a beacon of light. Jameela’s smile was equally heartwarming as we all walked down the street hand in hand. It was clear from the throngs of smartly dressed people out in the streets that everyone had made a similar effort to don their finest wares. But it was a special day, it was Eid Al-fiter, the festival that marked the end of the holy month of Ramadan.

Jameela is three years old. Raghda is one of Jameela’s four older sisters and about eight. As we walked through the narrow streets of Balata camp together in the sun, slowly so as to account for Jameela’s little strides, Raghda told me proudly that she had shekels in her bag today. Adults give children gifts of money, often a shekel, to children for the festival and Raghda was excited that she had her own little supply today. She asked me where I wanted to go but I didn’t really mind, I was just happy spending time with them. She wanted to show me the little park that was open with four swings and a miniature and ancient looking creaky Ferris wheel of sorts that went little more than two metres high at its uppermost point. The girls went on the swings together and posed for some photographs, smiling as always. Raghda wanted to go on the wheel, she wanted me to see her at the top. I tried to pay the shekel for the ride but she refused immediately. As the wheel turned two young faces beamed down at me and then disappeared again as it rotated, before bouncing back as full of life and hope as ever. Raghda waved and clapped every time she saw me, whilst Jameela just grinned and gripped the rusty metal bar of their little carriage as though she was riding a Disneyland rollercoaster… but then maybe that’s what so many lives have become now.

We left the tiny fenced-in sandpit that was providing so much fun for the camp’s children and walked down to the lower end of the camp which backs onto fields before running away towards Nablus’ hills. Jameela chattered away to anyone who was listening, and Raghda and I communicated as best we could with my broken Arabic. Children looked quizzically at us as we walked, some knew Raghda and asked about her family, others looked at me, and then at the girls, before nodding at me :

“Ajnebi ?” (“Foreigner ?”)

Before I could answer Raghda would always interject :

“La hoo falasteeny, hoo ahoy !” (No he’s Palestinian, he’s my brother !”)

As she said it she looked up at me proudly, squeezed my hand, and smiled. Every time we neared one of the many small grocery stores around the streets of Balata Camp Raghda would stop and turn to face me :

“Rich Shu bidak ? Shu bidak Rich ? Chocolata, cola… ?” (“Rich what do you want ? What do you want Rich ? Chocolate, cola... ?”)

I would politely refuse and offer to buy the girls a drink but my little guide would not allow it. Every time I did this she seemed disappointed and, frustrated, would put her little collection of shekels back in her miniature cat-print handbag. After this was repeated two or three times my stupid stubbornness, or pride, or whatever was telling me to refuse, crumbled. Raghda’s face lit up as I accepted her offer of a cold drink and then she meticulously picked through a cool box full of soft drinks in a cramped little grocery store looking for the coldest. I bought a couple of small chocolate cakes and we stood together in the shade of alleyways no more than a metre wide enjoying our treats. Jameela ended up wearing more of the chocolate cake than she ate, but she was happy nevertheless. Raghda was even happier once I had accepted her offer of a drink. It was a rare day for her to walk around the camp dressed-up with a couple of shekels in her pocket, much as it was for any child in Balata, and all she wanted was to share her treat with me.

Balata has become like a second home to me in Palestine over the last few years and much of that is down to the family with whom I have had the honour of staying in the camp over this time. The girls are two of seven siblings in the family, all of whom have become like brothers and sisters to me. Jameela was very young when I first stayed with them and it took us a while to get to know each other, now she happily runs me in circles playing hide-and-seek, I love to spend time with her as I do with all the family. There were only six of Abu Abud’s sons and daughters in the house when I first began staying there as one of the two sons, Abud, was in prison like so many others from Balata. He was 15 when he was imprisoned. So when Jameela was born she didn’t know her brother, she couldn’t see him. She never saw him in person until he was released from prison a year or so later. When I first met Abud he had been released only a month or two earlier, I had seen many photos of him and it was good to see the family back together, but I could also see how confusing it was for Jameela, she just didn’t know him. Things are different now, and their relationship is just as loving and affectionate as all the others in this tightly-knit family unit as Jameela has grown to know her brother.

A few days before the Eid Festival we were all sat together in the family living room. We had just finished watching ‘Bab Al Hara’ – the Syrian TV series that captivated people across Palestine with its nightly tales of resistance to occupation, albeit Syrian resistance to French occupation rather than that modern day colonialist enterprise which dominates life in Palestine. The family have been no different to most others in Palestine in their nightly choice of viewing this year. Raghda and I had been playing ‘noughts-and-crosses’. The phone rang, it was the girls’ uncle. Abu Abud chatted away eagerly as he does on many nights to his brother. Then Jameela came to speak to her uncle on the phone. Her father held the phone so she could talk but instead she began to sing ‘Shater, Shater’, Nancy Ajram’s pop song which has been the hit of the summer in Palestine. She clapped and sang away down the phone, smiling as ever as we all laughed. As she sang it struck me that here was another family relationship she was trying to build with a relative that she had never met. She knows her uncle’s face from the huge prison portrait that hangs behind the television in the living room, but she has never met him though she talks and sings to him regularly down the phone. Jameela will be a few years older yet before she finally gets to meet her uncle, if he is released from prison on time. This is how children are forced to grow-up in Palestine, building relationships with family members through photographs and, if they are ‘lucky’, telephones. Thousands and thousands of children are living like this, separated from their relatives because of prisons or bullets, and soon Jameela would have a new little brother or sister as her mother was heavily pregnant, another child who would be forced to grow-up separated from her nearest and dearest.

I share a room with Abud when I stay in Balata. Many nights we have sat up until all hours in his room, sometimes because of the deafening barrage of IOF automatic gunfire and explosions bouncing off the walls in the camp, other times just talking, more often than not a disturbing combination of the two. We have often talked about his arrest and time in prison. He has shown me his old photograph albums of the friends he grew up with. As he flicks through the pages he comments on the young boys in the photographs, his childhood friends :

“Fi sission, fi sission, mayiet, fi sission, mayiet…” (“In prison, in prison, dead, in prison, dead…”)

Other nights he has shown me his collection of prison letters and drawings. He still keeps his little notepads in which he drew whilst locked-up. Most of the images are in ink, sketches of hands wrapped in barbed wire, a map of Palestine bleeding, Che Guevara, a Palestinian flag. Occasionally odd pieces of text, usually just single words, float somewhere on the page. One reoccurring word is ‘hop’ (‘love’), another is ‘huriya’ (‘freedom’). Abud would often laugh when he saw ‘hop’ :

“Ay hop ? Wein el hop ? Wein mumkin inlaqi el hop fi sission ?” (“What love ? Where is the love ? Where do we find love in prison ???”

One night he gave me a small bracelet that he made in prison in the colours of the national flag, and a ring to go with it. I didn’t want to accept something that I thought would be so personal, but he insisted, and often checked that I wore it. He would also ask me about life in Europe, about how it felt to travel, to live without Occupation, checkpoints, and martyrs. Abud can only dream about living with such basic rights, he cannot leave Nablus, he is not allowed through the IOF checkpoints which surround the city.

By mid-November, Abud, Jamela, Raghda, and all the rest of the family were eagerly awaiting the birth of their new family member. The time finally came and Abu and Um Abud left Balata in the direction of the hospital. Everybody was very excited. The birth went well and around 8pm the two proud parents returned to the camp cradling a new baby daughter called Tasbeeh, which means ‘always thank God’. She was a beautiful ray of hope for everyone. But Tasbeeh would come to learn in the first few hours of her life about the world that she had been born into…

Around six hours after mother and baby had arrived back in Balata Camp their house was surrounded by dozens of IOF soldiers. Tasbeeh had not even enjoyed one nights sleep with her family when her peace was shattered as sound bombs exploded and the butts of M-16’s pounded on their metal front door. As Abu Abud opened the front door just after 2am more sound bombs were thrown in to the house. Tasbeeh was crying amongst all the explosions as the IOF barged in and began questioning Abu Abud. Then, amongst the explosions somebody went quiet. Tasbeeh stopped crying :

“…my wife ran to her. Her mouth was filled with blood. My wife turned her over and tried to help her to breath, she was massaging her back and chest and trying to get the blood from her mouth…”

After a few seconds Tasbeeh’s little chest began to move again. She was still in the first few hours of her life when she had this, her first encounter with the IOF, and it nearly killed her.

Abud and his brother were forced outside into the dark night. There, they were made to stand against the front walls of the house whilst the IOF smashed their way through their property. When the IOF left Abu Abud’s house they left behind destruction and devastation, and they left an imprint on a child’s mind in the first day of her life that will stay with her until the last. But in their actions the IOF also guaranteed that another little member of this family must now grow-up separated from her brother, much as Jameela had to in her earliest years. When the IOF smashed their way into the house they were carrying their usual array of lethal munitions, when they left they took with them part of the family. They arrested Abud again, he is now 18 years old.

Abud had been eagerly awaiting the birth of his new sister much like all the family, but now he is gone, and she will have to grow-up without her big brother. Abu and Um Abud were still very worried about Tasbeeh. Later when Um Abud went to check on her new daughter she found blood coming from one of Tasbeeh’s ears, they immediately rushed back to the hospital fearing some kind of injury from the explosions. Tasbeeh had blood cleaned from inside her lungs by dedicated doctors in a Nablus hospital. The doctors also fear that Tasbeeh has lost one of her eardrums because of the explosions, but said they would prefer to wait until she is a few months older before beginning to run further tests.

When I heard the news about Abud and Tasbeeh I felt sick, it was a day that had started with so much family anticipation and excitement. I thought about how less than a month earlier we had all enjoyed Ramadan and Eid together. How we had talked about the birth of a new child. I remembered how when I was hospitalised after being involved in a car crash in October Abud was the first person that I rang, and how his family came to collect me from the hospital and took me home to care for me. I remembered Jameela’s phone call to her uncle in prison, and her first years without Abud, and thought about how the whole cycle was now being repeated. I thought about one dark night in Balata Camp that began with a beautiful new arrival and ended with a sickening departure. About a new life that began and almost ended amongst the explosions, bleeding, and separation, of its first night in this world. About a new baby who may or may not have had the chance to lay eyes on her big brother before he was dragged away for a length of time dictated by no law other than that of his occupiers. I thought about guns and sound bombs, about telephones and photographs.

And I thought about family…"

Rich

http://www.europalestine.com/spip.php?article2916 http://www.europalestine.com/spip.php?article2916



Jeudi 20 Décembre 2007

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