Conflits et guerres actuelles

Il est temps de regarder en face la réalité afghane



Vendredi 10 Octobre 2008

Il est temps de regarder en face la réalité afghane
Il vaut la peine de réfléchir sur comment ce pauvre Afghanistan plongé dans les ténèbres de l’ignorance est arrivé dans la situation actuelle. Photo : Socialist Unity


Eric S. Margolis, 6 octobre 2008


    Pour ceux qui savourent l'ironie historique, l'empire soviétique s'est effondré dans les années 1989-1991 dans l’implosion de son économie due à la ruineuse course aux armements contre les États-Unis et les lourdes charges d'occupation de l'Afghanistan. Dix-sept ans plus tard, c’est au tour de l'autre grande puissance impériale mondiale, les États-Unis. Redoutablement gonflé par la dette galopante, et le poids de 50% des dépenses militaires mondiales, le château de cartes connu sous le nom d'économie étasunienne s’est enfin effondré.


    Les nouvelles apocalyptiques de New York et Washington ont éclipsé la plupart des autres affaires mondiales. C'est malheureux parce que, pour la première fois, il y a un soupçon de lumière au bout du tunnel afghan. Ce n’est peut-être qu’un camion-bombe venant en sens inverse.


    Hamid Karzai, le Président afghan installé par les États-Unis, a révélé la semaine dernière qu’il a demandé à l'Arabie Saoudite de négocier la paix avec l'alliance des tribus et les groupes politiques connus sous le nom de Taliban, qui résistent ensemble à l'occupation occidentale. L'Arabie saoudite, qui fut l'un des rares pays à reconnaître le gouvernement Taliban, garde une influence considérable en Afghanistan et reste un ami fidèle du Pakistan.


    Le Mullah Omar, le chef Taliban, a rapidement rejeté la proposition de Karzaï, affirmant que les États-Unis allaient droit vers le même genre de défaite catastrophique en Afghanistan que celle rencontrée par l'Union Soviétique. La panique financière en cours en Amérique du Nord donne du poids à sa parole.


    L'économie étasunienne est en grave danger et ses trois grands constructeurs automobiles peuvent bientôt se retrouver en faillite. Dans un encadré dingue, alors que Wall Street et le système bancaire affrontent leur désintégration, l'insouciant Pentagone vient d'annoncer qu'il payera 300 millions de dollar à des contractants étasuniens pour diffuser en Irak de la propagande pro-étasunienne. Une idiotie remarquable, en dépit du fait que Washington pourrait bientôt ne plus avoir l'argent nécessaire pour assurer les paiements des opérations en Iraq, et les 250 à 300 millions de dollars par mois de pot-de-vin au Pakistan, pour la guerre contre ses propres populations tribales rebelles pachtouns le long de la frontière afghane.


    Le compétent et franc commandant étasunien en Afghanistan, le général David McKiernan, a été appelé d'urgence par au moins 10.000 soldats. Les forces des États-Unis et de l'OTAN en Afghanistan sont de plus en plus sur la défensive, forcées de défendre durement les vulnérables colonnes de ravitaillement, en dépit de leur énorme puissance de feu et maîtrise aérienne totale.


    Les attaques contre les convois étasuniens et de l'OTAN se déclenchent même sur le port de Karachi. L’idée des États-Unis de propager au Pakistan une guerre qu’ils ne peuvent gagner en Afghanistan est de la démence militaire et politique.


    Étonnamment, le général McKiernan semble rompre avec la méthode de l'administration Bush. Il propose des pourparlers politiques avec les Taliban et reconnaît que la guerre devait être conclue diplomatiquement. Les militaires savent que cette guerre ne peut être gagnée sur le champ de bataille. Le prédécesseur de McKiernan a déclaré au Congrès que 400.000 soldats seraient nécessaires pour pacifier l'Afghanistan. Il y a actuellement 80.000 soldats dans l'ouest afghan, et beaucoup d'entre eux rechignent à engager le combat.


    En contraste net, j'ai demandé récemment à Karl Rove, l'ancien conseiller principal du Président Bush, comment les États-Unis peuvent-ils toujours espérer gagner la guerre en Afghanistan. Avec son regard vif d’orgueil impérial, Rove a vivement répondu, « plus de Predators (drones armés de missiles) et d‘hélicoptères ! Ensuite, nous irons au Pakistan. »


    Cela m'a rappelé cette merveilleux ligne du poète Hilaire Beloc sur l'impérialisme britannique au 19ème siècle que j'utilise dans mon nouveau livre, America Raj : « Quoi qu'il arrive, nous avons la mitrailleuse Maxim et ils ne l'ont pas. »


    Bien que la branche d'olivier de Karzai ait été rejetée, le fait qu'il ait rendu cela public est très important. Ce faisant, lui et le général McKiernan ont brisé le stupide tabou occidental de négocier avec les Taliban et leurs alliés.


    Laissez-nous rappeler que les Taliban ne sont pas un « mouvement terroriste, » comme le prétend la propagande de guerre en Occident, mais qu’ils ont été créés en mouvement religieux islamique consacré à la lutte contre le communisme et le commerce de la drogue.


    Jusqu’à mai 2001, les Taliban recevaient un financement des États-Unis. En fait, la CIA maintient des contacts étroits avec eux, dont beaucoup étaient des Moudjahidin soutenus par les États-Unis dans la lutte anti-soviétiques des années 80, dans l’éventualité de les utiliser contre les régimes communistes d'Asie Centrale et de Chine. Les attentats du 11/9 ont fait que la CIA a immédiatement coupé ses liens avec les Taliban et brûlé les fichiers associés.


    Durant ces dernières années, la guerre de propagande occidentale a tellement diabolisé les Taliban que peu de politiciens ont le courage de proposer l’évident et inévitable règlement négocié à ces sept ans de guerre inutiles. Une exception notable est venue en avril dernier, quand le secrétaire général de l'OTAN, Jaap de Hoop Scheffer, a admis que la guerre pourra se terminer seulement en négociant, pas militairement.


    Le gouvernement Karzai ne peut pas étendre son autorité au-delà de Kaboul, car cela signifierait renverser le trafic de drogue ouzbek et tadjik, les seigneurs de guerre et les chefs communistes qui sont à la base de son pouvoir. Il n'existe pas de véritable armée nationale afghane, juste une bande de mercenaires peu enthousiastes qui prétendent combattre.


    La guerre actuelle en Afghanistan n'est pas vraiment contre Al-Qaida ou le « terrorisme. » Elle sert à ouvrir un couloir sécurisé à travers le territoire tribal pachtouns pour exporter les richesses pétrolières et gazières du Bassin de la Caspienne de Asie Centrale vers l'Ouest. Les Etats-Unis et les forces de l'OTAN en Afghanistan sont essentiellement des troupes de protection des pipelines repoussant les autochtones hostiles.


    Barack Obama et John McCain se sont trompés sur l'Afghanistan. Ce n’est pas une « bonne » lutte contre le « terrorisme, » mais une guerre coloniale classique du 19ème siècle pour faire avancer le pouvoir géopolitique occidental vers les riches ressources de l’Asie Centrale. Les Pachtouns afghans qui vivent là-bas sont prêts à se battre pendant encore 100 ans. Certainement pas les puissances occidentales.


    Comme l’a dit le prestigieux père fondateur américain Benjamin Franklin, « il n'y a ni bonne guerre, ni mauvaise paix. » Il est temps pour l'Occident d’affronter la réalité en Afghanistan.



    Eric S. Margolis est un chroniqueur international primé, publié dans plusieurs journaux. Ses articles paraissent dans le New York Times, l'International Herald Tribune, le Los Angeles Times, Times of London, le Gulf Times, le Khaleej Times et Dawn. Visitez son blog : www.ericmargolis.com/



Original : www.ericmargolis.com/political_commentaries/time-to-face-facts-in-afghanistan_7.aspx
Traduction libre de Pétrus Lombard pour Alter Info



Vendredi 10 Octobre 2008


Commentaires

1.Posté par Ash le 10/10/2008 12:45 | Alerter
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salut
America Raj : « Quoi qu'il arrive, nous avons la mitrailleuse Maxim et ils ne l'ont pas. »

Ce que ce poète ne sait pas que les résistants ils savent pourquoi ils font la guerre* mais les armées ne savent pas que quoi ils font la guerre*.et l’histoire de l’humanité la montrée plusieurs fois. pour cela ils ont a la fin les têtes entre les jambes.
* liberté et dignités
** l’argent et hégémonie

2.Posté par tarci le 12/10/2008 12:25 | Alerter
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si, on sait pourquoi : La guerre actuelle en Afghanistan n'est pas vraiment contre Al-Qaida ou le « terrorisme. » Elle sert à ouvrir un couloir sécurisé à travers le territoire tribal pachtouns pour exporter les richesses pétrolières et gazières du Bassin de la Caspienne de Asie Centrale vers l'Ouest. Les Etats-Unis et les forces de l'OTAN en Afghanistan sont essentiellement des troupes de protection des pipelines repoussant les autochtones hostiles.
On peut dire la même chose de l'Irak !

3.Posté par OUMAR le 13/10/2008 22:11 | Alerter
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Assalam anlaykoum, Dans tous ces pays en conflit , on constate que les alliés poussent les musulmans les uns contre les autres à s'entre-tuer . Et si c'est le 1er objectif des alliés croisés ???

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