Economie

Il est grand temps de réduire la dette colossale de l’Allemagne



Karl Müller
Jeudi 19 Novembre 2009

Il est grand temps de réduire la dette colossale de l’Allemagne

Tous les citoyens et citoyennes peuvent y contribuer

L’expert aux finances de la fraction FDP au Bundestag, Hermann Otto Solms, aurait gâché ses chances de devenir ministre des Finances en déclarant en interne que pour lui il n’était pas question de baisses d’impôts à crédit, selon la «Neue Zürcher Zeitung» du 27 octobre, qui spéculait sur la composition du futur gouvernement allemand. Et le journal ajoutait: «C’est en contradiction avec le Credo du moment.»
Si ces propos sont exacts, le nouveau gouvernement allemand a mal commencé.
Et de fait: les accords de coalition1 parlent certes d’une «orientation vers des économies durables» et d’une «consolidation véritable des budgets publics», mais dès qu’il s’agit de modalités concrètes, on évite les réponses précises. Le nouveau gouvernement préfère miser d’abord sur une forte croissance économique, qui doit être enclenchée par diverses mesures, hélas en partie douteuses, et qui résoudrait dans une large mesure les problèmes des budgets publics.
Tous les gouvernements allemands de ces 40 dernières années – quelle que soit leur couleur – se sont déclarés partisans d’une politique financière solide. En paroles. Car la dette publique allemande n’a fait que croître presque d’année en année, indépendamment du taux de croissance: depuis la réunification elle est passée de 536 milliards d’euros (début 1991) à 1,5 billions d’euros (fin 2008). Et dans les 20 années précédentes, celle de la vieille RFA était passée de 63 milliards d’euros (en 1970) aux 536 milliards de 1991.
En extrapolant on peut prédire que la dette, en 2020, dépassera 100% du PIB espéré – contre en gros 73%2 cette année. Et en 2040 elle dépasserait même 180% de la création de valeur, même si celle-ci se remet à croître nettement.
L’accroissement de la dette publique réduit les marges de manœuvre des dépenses publiques, qui profitent directement aux citoyens; car les intérêts aussi continueront à croître: d’un peu plus de 100 milliards d’euros en 2009 ils passeront à 201 milliards en 2020 et à 643 milliards en 2040 – plus que la totalité du budget fédéral actuel.3
Dès aujourd’hui l’Allemagne ne remplit plus les critères de stabilité prévus pour la zone euro.4 Et cette situation ne risque pas de s’améliorer si l’on poursuit la politique actuelle – bien que le nouveau gouvernement ne jure, en paroles, que sur les critères de stabilité. Si l’on ajoute que désormais la majorité des 16 membres de l’UE appartenant à la zone euro ne remplit plus les critères de stabilité, il est clair que l’idée même d’une devise unique européenne stable est bonne à jeter à la poubelle.
Et l’on peut donc sans doute en dire autant de tous les projets politiques liés à l’instauration de la monnaie unique. Il ne reste qu’une «élite» européenne qui a pris la grosse tête et qui fait passer ses intérêts avant le bien commun. Elle préfère les diktats centralisés à la liberté et à la démocratie.
En profitent ceux qui veulent affaiblir l’Europe, principalement les créanciers des Etats, qui encaissent chaque année plus d’intérêts. C’est-à-dire les grandes institutions financières internationales.
Mais pourquoi n’est-on pas prêt à rectifier le cours?
Pour le moment les gouvernants du monde entier prétendent que la gravité de la crise économique et de la récession interdit de tuer dans l’œuf, par des mesures d’économie, les faibles signes de reprise. C’est la leçon que l’on a tirée de la grande crise économique de 1929. A l’époque un économiste britannique, John Maynard Keynes, a formulé une nouvelle théorie exigeant en cas de chute de la demande de consommation privée une augmentation de la demande publique pour relancer l’économie. Par ces temps de crise, l’Etat pouvait et même devait s’endetter.
Toutefois on néglige presque toujours d’ajouter que cette théorie implique que l’Etat réduise ses dépenses lorsque la relance est acquise, revienne à un budget équilibré et s’acquitte de ses dettes. Ce que personne en Allemagne – ou dans un autre pays de l’UE – n’a jamais fait depuis 40 ans.
Il s’agit donc de bien plus que de mettre en pratique une théorie économique.
Un exemple: les dépenses de l’Etat créent des attentes et des acquis putatifs. Ce que l’Etat accorde aujourd’hui, il lui sera difficile de le reprendre demain. Les cadeaux fiscaux pour les riches n’ont jamais été repris au cours des dernières années. Mais aussi: plus de 30% de la création de valeur allemande, soit à l’heure actuelle 700 milliards d’euros par an, sont consacrés aux budgets sociaux. Il y a des régions en Allemagne, où plus de 50% de la population est tributaire des versements de l’Etat ou de la protection sociale. Le nouveau gouvernement allemand veut affaiblir le principe de solidarité dans la protection sociale en la finançant de plus en plus au moyen des recettes fiscales, c’est-à-dire en augmentant encore la part de l’Etat, autrement dit de tous les contribuables, dans les prestations sociales.
Certains prétendent que dans la perspective des élections au Landtag de Rhénanie Nord–Westphalie, au printemps prochain, et qui seront décisives pour le maintien d’une majorité de coalition au Bundestag, le nouveau gouvernement ne s’attaque pas encore concrètement à la dette publique. Proposer de réduire les budgets publics pourrait effrayer des électeurs potentiels.
Mais cela ne veut-il pas dire que l’Etat et ses dettes nous concernent, nous, citoyens? Les politiciens et les citoyens n’ont-ils pas une responsabilité commune en matière de réduction de la dette publique, c’est-à-dire de notre dette à tous?
La dette publique de la Suisse est bien moindre que celle de l’Allemagne. Elle se situe à environ 45% de la création de valeur, contre environ 73% en Allemagne. C’est en lien avec la démocratie directe pratiquée en Suisse et avec une politique fiscale décentralisée et proche des individus. En Suisse, ce sont les citoyens et citoyennes qui décident, dans leurs communes, des dépenses publiques et de la nécessité d’abaisser ou de relever le taux d’imposition. Cela vous rend plus économe, diminue la fraude fiscale et la corruption et engendre des décisions raisonnables. Il y aurait bien des choses à ajouter. La substantifique moelle en est que les citoyens et citoyennes, conscients de leurs responsabilités envers la collectivité, qu’ils peuvent à leur tour modeler grâce à leurs droits à la parole et à la décision, luttent contre l’endettement public.
Mais même si la Constitution allemande ne prévoit pas encore la démocratie directe, tout le monde peut se mettre à réfléchir et à parler avec les autres des moyens d’épargner à l’Etat – et donc au contribuable et concitoyen – certaines dépenses et de faire face en individu autonome, donc libre et solidaire, aux défis du monde actuel. Et alors aussi démarrer des projets concrets.




1     Cet accord de 124 pages, portant le titre «Croissance. Education. Solidarité.» mériterait d’être lu et débattu par un maximum de citoyens et citoyennes. Il serait important d’en faire une critique détaillée, mais elle ne peut trouver place dans ce cadre.
2     Ces données se réfèrent à une estimation du Bund der Steuerzahler Deutschland e.V. (Association des contribuables allemands) établie début juin 2009. En 2008 l’endettement total atteignait 65,9% du PIB.
3     Les chiffres retenus proviennent du texte de Dieter Meyer: «Die Schuldenfalle. Eine Untersuchung der Staatsverschuldung ab 1965 bis 2025 (mit Ausblick auf den Zeitraum bis 2040)» [Le piège de la dette. Une enquête sur l’endettement public de 1965 à 2025 (avec projection jusqu’en 2040)] publié le 22/5/09 sur www.staatsverschuldung-schuldenfalle.de
4     Selon le Pacte pour la stabilité et la croissance qui engage de façon contraignante tous les pays de la zone euro, l’endettement public ne doit pas excéder 60% du PIB annuel et l’accroissement annuel de la dette 3% de ce même PIB.

http://www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=1872 http://www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=1872



Jeudi 19 Novembre 2009


Commentaires

1.Posté par Le journaliste le 20/11/2009 03:44 | Alerter
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RON PAUL AVERTIT LE MONDE D'UNE REVOLUTION AMERICAINE IMMINENTE


Très inquiétant discours du sénateur Ron Paul qui met en garde les Américains d'une révolution à venir en raison de la folie qui s'est emparée du gouvernement d'Obama. Un discours grave et annonciateur qui parle même de folie qui va mener au chaos et de "l'esclavage vendu comme liberté" et du "socialisme vendu comme capitalisme". Un politicien visionnaire comme on n'en voit plus en France.

CLIQUEZ ICI POUR LA VIDEO , http://leweb2zero.tv/video/rikiai_764ae268e96b858

c'est sous-titré en français, et regardez bien jusqu'au bout.


Un GRAND MERCI A PIERRE JOVANOVIC

REVUE DE PRESSE : http://www.jovanovic.com/blog.htm

2.Posté par Will91 le 20/11/2009 05:30 | Alerter
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Article dangereux qui ne tient compte que du fait accompli allant dans le sens des libertariens libéraux pouvant débouché sur de nombreuses dérives.
Parce que les citoyens ne sont tout d'abord pas responsables de la dette fruit en France du travail de Barre, Giscard et Pompidou, alors qu'au final, ils en supportent déjà pratiquement tout le coût. C'est en effet en 1973 qu'il fut décidé que la nation française ne disposerait plus désormais du droit de battre monnaie et que pour s'offrir le luxe désormais d'un système social de santé, d'éducation, de recherche, etc, digne de ce nom, il lui fallait emprunter aux banques.
Parce que l'on ne nous décrit jamais dans le détail les budgets nationaux qui sont la somme des différentes taxes perçues sur son peuple auxquelles s'ajoutent ces emprunts. Or que dire des milliards de francs accordés aux entreprises sans le moindre droit de regard des politiques et sans aucune contrepartie ? Les culpabilise-t-on de la même manière que le peuple de France qui ose rêver d'un système éducatif ou de santé performant pour ses enfants ?
Parce que l'on confond toujours à desseins, l'endettement d'un état et l'endettement de ses citoyens. Ce qui est loin d'être la même chose.
Parce qu'enfin, si les citoyens décidaient de la gestion des finances avec pour seul paradigme la dette, cela marquerait, sans l'ombre d'un doute, la fin de la conception que nous nous faisons encore, ceci malgré les attaques répétées de l'europe (en minuscule), de la république et de sa nation. J'entends, nous, peuple de France. Ainsi une telle vision ne manquerait pas de déboucher sur une double citoyenneté (censitaire et de seconde zone) si chère au FMI et autres banques mondiales sur la base de "un dollar, un vote", ce qui sous des dehors de liberté et de responsabilités, serait en fait une régression à l'instar de tout ce qui politiquement se décide à l'heure actuel, parachevant ainsi un projet sans doute pensé de longue date, soit la destruction des derniers espaces démocratique au profit d'un système fondé sur le cens, la Suisse n'étant pas franchement, contrairement à ce que peut croire l'auteur de cet article, un parangon de démocratie.
Will91

3.Posté par cielétoilé le 20/11/2009 08:42 | Alerter
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Le journaliste : une analyse incisive de Ron Paul mais bien juste . Les républiques laissent la place à des empires et la liberté à l'esclavage .la perte des valeurs (liberté) va entraîner de fortes réactions , à moins que de l'intérieur du système, des événements ne changent la donne .Je connais l'américain pour avoir en horreur le communisme et voilà qu'on lui sert une chinamérique mais avec l'amérique valet au service de la Chine . ça, la base et les milieux intermédiaires, jamais ils ne l'accepteront !Il y avait déjà dans l'opinion publique américaine un mécontentement vis-à-vis des impôts fédéraux et des dépenses "incontrôlées" pour toutes sortes de politiques pas vraiment acceptées (conflits extérieur) .Il faut que les autres pays du monde réalisent que les citoyens américains, même si un petit temps ils ont été manipulés avec le 9/11 , n'ont pas forcément l'avis des leurs dirigeants . Maintenant que tout s'écroule comme un jeu de dominos , l'économie, la monnaie mais aussi la liberté menacée par cet étrange partenariat communiste-capitaliste , ce que prédit Ron Paul n'est pas du tout déplacé . Mais regardons en Europe ce qu'il se passe . Ici aussi les choses vont mal et les peuples sont dépossédés de leur peu de liberté et de démocratie par la formation d'un empire européen dirigé par une poignée de personnes .

4.Posté par la truie qui file le 20/11/2009 10:29 | Alerter
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Aimee Allen chante pour les valeurs fondatrices representée par Ron Paul .

http://www.youtube.com/watch?v=s3_hDAEHLyo&feature=rec-LGOUT-exp_fresh+div-HM

Et il en manque en France et dans chaque pays d'Europe ou ailleurs des Ron Paul et des Aimee Allen pour restaurer cette dignité bafoué des individus

http://www.youtube.com/watch?v=01fj9Niso_g&feature=related

et s'il y a des gens qui pensent que le Rock en Roll est autre chose que du rock en roll
qu'ils se bouchent les oreilles et ferment les yeux , les artistes de tout temps defendent la liberté quel que soit leur "style" !

c'est le silence qui devient de la violence
http://www.youtube.com/watch?v=W_mRgyIUuBc&feature=related

http://www.youtube.com/watch?v=6U0-38K5qW8&feature=related

http://www.youtube.com/watch?v=P1yz3vAFAl4




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