Nous avions bien raison de dénoncer le débat sur l’identité nationale lancé par le gouvernement en guise de diversion par rapport aux problèmes sociaux et comme arme de racolage électoral des frontistes et autres racistes de France. Nous l’avions même qualifié de débat piège-à-cons : voilà qu’il a fait deux belles prises ! La première était jusqu’à présent parfaitement inconnue du grand public. La scène se déroule durant l’une des premières dates en
province, en l’occurrence à Verdun, de "l’identité nationale tour" : "Lorsque les journalistes tendent leur micro à André Valentin, maire UMP de Gussainville (40 habitants, selon le dernier recensement), l’élu juge qu’il est « temps qu’on réagisse, parce qu’on va se faire bouffer ». Par qui ? « Y’en a déjà dix millions, dix millions que l’on paye à rien foutre », répond-il", raconte L’Humanité, qui a mis en ligne la vidéo de France 2 illustrant l’épisode. Mais de qui donc parle-t-il ? Le journaliste de RTL lui demande s’il pense qu’il y a trop d’immigrés en France et il répond alors : "Sérieusement, je le crois". Problème, "À la mi-2004, 4,9 millions d’immigrés résident en France métropolitaine ; ils représentent 8,1 % de la population", recense l’Insee. En parlant de dix millions, Valentin inclut-il des Français d’origine étrangère ? A qui il faudrait retirer leur nationalité ? Et que dire de son éructation qu’ils seraient payés "à rien foutre" ? On pouvait attendre de la part du patron des députés UMP, Jean-François Copé, une vigoureuse condamnation de propos aussi scandaleux. Or comment réagit-il, au micro de RTL ? "On va libérer la parole. Point. Et moi j’estime que ces sujets, c’est parce qu’on n’en a pas parlé pendant trop longtemps." Pardon ? Pas un mot pour suggérer que, peut-être, Valentin aurait tort ? Et libérer quelle parole ? "Franchement, la libération d’une parole raciste et xénophobe est-elle vraiment souhaitable ?", rétorque sur son blog Patrick Lozès, président du Conseil représentatif des associations noires de France, à qui on ne saurait donner tort ! Avec son improbable sortie, Copé est donc la deuxième victime du débat piège-à-cons. Eric Besson a su l’éviter cette fois : il a publié un communiqué hier soir dans lequel il a dénoncé des "propos xénophobes qui sont intolérables, et a sollicité le préfet de la Meuse afin d’envisager les suites qui devront y être données", précise Le Figaro. Et si ce fichu débat revenait comme un boomerang dans la face des UMPistes ? Les voilà obligés de désavouer ce que disent ceux qu’ils invitaient justement à prendre la parole, en agitant ce thème de l’identité nationale, à savoir les sympathisants de l’extrême droite et assimilés. Ces derniers ne manqueront pas de s’offusquer : "Il a raison, Valentin !" et de pester contre Besson, coupable à leurs yeux de condamner ses propos au nom de la "bien-pensance" et du "politiquement correct", on les entend d’ici. Et le piège-à-cons de se refermer sur ceux-là mêmes qui l’avaient posé.
En ce qui nous concerne, nous nous associons à l’Appel de Mediapart, Nous ne débattrons pas : "Par principe, nous sommes favorables au débat. A sa liberté, à sa pluralité, à son utilité. C’est pourquoi nous refusons le « grand débat sur l’identité nationale » organisé par le pouvoir : parce qu’il n’est ni libre, ni pluraliste, ni utile. Il n’est pas libre car c’est le gouvernement qui le met en scène, qui pose les questions et qui contrôle les réponses. Il n’est pas pluraliste car sa formulation réduit d’emblée notre diversité nationale à une identité unique. Il n’est pas utile car cette manœuvre de diversion est une machine de division entre les Français et de stigmatisation envers les étrangers. Affaire publique, la nation ne relève pas de l’identité, affaire privée. Accepter que l’Etat entende définir à notre place ce qui nous appartient, dans la variété de nos itinéraires, de nos expériences et de nos appartenances, c’est ouvrir la porte à l’arbitraire, à l’autoritarisme et à la soumission. La République n’a pas d’identité assignée, figée et fermée, mais des principes politiques, vivants et ouverts. C’est parce que nous entendons les défendre que nous refusons un débat qui les discrédite. Nous ne tomberons pas dans ce piège tant nous avons mieux à faire : promouvoir une France de la liberté des opinions, de l’égalité des droits et de la fraternité des peuples".
Rappel : Procès pour "injures publiques", J -1. Venez soutenir plumepresse au tribunal !