Géopolitique et stratégie

IRAN – ETATS-UNIS : ENTRE LA LOGIQUE DES SANCTIONS ET LA LOGIQUE DE LA GUERRE


L'Iran ne dominera pas le Proche-Orient et le golfe Persique ne sera pas contrôlé par l'Iran. Téhéran doit comprendre que les Etats-Unis défendront leurs intérêts dans la région. Et dans l'intérêt de tous les autres pays, les Etats-Unis s'efforceront d'y obtenir la stabilité, de garantir des livraisons libres de pétrole et de gaz. C'est en ces termes que le sous-secrétaire d'Etat américain Nicholas Burns a commenté la décision du Président Bush de déployer dans le golfe Persique deux groupes aéronavals au lieu d'un.


Piotr Gontcharov
Vendredi 26 Janvier 2007

IRAN – ETATS-UNIS : ENTRE LA LOGIQUE DES SANCTIONS ET LA LOGIQUE DE LA GUERRE
Piotr Gontcharov, observateur politique de l'Agence RIA Novosti



Le ministre français des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, a récemment déclaré à la chaîne de télévision LCI que la communauté internationale, qui exige de l'Iran qu'il renonce à ses activités dangereuses dans le secteur nucléaire, s'en tient à la "logique des sanctions" et non à la "logique de la guerre". La situation autour de l'Iran se développe toutefois ces jours derniers plutôt selon la seconde variante, et nettement à l'encontre de la volonté de la communauté internationale, si cette volonté existe de manière générale.

Un nouveau groupe aéronaval créé récemment pour l'occasion par les forces aéronavales américaines se dirige vers le golfe Persique. Il est composé du porte-avions nucléaire John C.Stennis, fort d'un équipage de plus de trois mille hommes et de quatre-vingts avions, ainsi que de huit navires d'escorte et de quatre sous-marins atomiques.

Est également déjà présent dans le golfe un groupe aéronaval du même type ayant à sa tête le porte-avions Dwight D.Eisenhower. Avec l'arrivée dans le golfe du Stennis, la puissance des forces aéronavales déployées sur place par les Etats-Unis doublera.

Des batteries du système antimissiles américain ultramoderne Patriot sont également envoyées dans le golfe.

C'est ainsi que Washington a, enfin, répondu à une question en suspens depuis longtemps : que se passera-t-il si l'Iran pousse les Etats-Unis dans leurs derniers retranchements ? A proprement parler, la question a souvent été posée ainsi : que se passera-t-il si les Etats-Unis poussent l'Iran dans ses derniers retranchements ? On sous-entendait par là que si l'Iran ne renonçait pas à sa propre conception de développement de son programme nucléaire, les Etats-Unis, en tant que principal ennemi de ce pays, lui imposeraient dans un premier temps des sanctions, puis engageraient une opération militaire. Et l'on dépeignait invariablement un scénario catastrophe pour les Etats-Unis : l'Iran détruit toute l'infrastructure pétrogazière dans la région du golfe Persique, bloque le détroit d'Ormuz en y coulant deux pétroliers et leur cargaison de brut, se lance dans une guerre contre l'Irak où les Etats-Unis sont définitivement embourbés, avec comme conclusion inévitable que pour les Etats-Unis, une opération militaire contre l'Iran serait suicidaire, et qu'ils ne s'y résoudraient donc pas.

La question du "que se passera-t-il ?" étant levée, reste celle de savoir si les Etats-Unis parviendront à éviter une guerre avec l'Iran.

L'actualité de cette question est évidente. L'Iran, pour l'instant, n'envisage pas de renoncer à son programme nucléaire. Téhéran a déclaré, à maintes reprises, qu'à l'occasion du Nouvel an iranien (le 21 mars), il lancera son complexe d'enrichissement d'uranium dans 3 000 centrifugeuses, ce qui lui permettra de passer à un niveau industriel d'enrichissement de son combustible nucléaire. C'est la voie directe conduisant à la création d'une bombe atomique, la volonté politique étant là, naturellement, comme on aime à le souligner à Washington.

On comprend bien que si l'Iran accédait à un niveau industriel d'enrichissement de l'uranium, Washington se trouverait placé devant un dilemme – accepter que Téhéran ait la bombe atomique ou se résoudre à mener une opération militaire. Auxquels cas, estime, par exemple, l'expert russe Alexéï Arbatov, les Etats-Unis auraient à choisir entre un "moindre mal" et un "mal important". Le "mal important" serait pour les Etats-Unis que l'Iran crée sa propre bombe atomique. S'ils ne parviennent pas établir un contact direct avec Téhéran, leur choix en faveur du "moindre mal" sera de fait réglé d'avance.

Et les Etats-Unis préparent déjà le terrain en conséquence.

Il est remarquable que ce même Centre de recherche de Dubaï de la région du golfe Persique, où Nicholas Burns a commenté la décision de son Président concernant le golfe, ait publié un rapport spécial. Ce document souligne que les ambitions nucléaires de l'Iran conduiront inévitablement à une confrontation régionale, et que Téhéran doit être bien conscient que si le choix devait être opéré entre une situation qui verrait l'Iran posséder l'arme nucléaire et une autre qui verrait les Etats-Unis porter une frappe contre l'Iran, le Conseil de coopération des pays du golfe Persique choisirait la seconde option.

Le Centre de Dubaï est une sorte de centre de réflexion des structures de défense de l'alliance regroupant les six Etats régionaux, riches en pétrole – Arabie Saoudite, Emirats arabes unis, Bahreïn, Koweït, Oman et Qatar. Il convient d'y ajouter la Jordanie et l'Egypte, qui ont eux aussi approuvé la nouvelle stratégie de Bush au Proche-Orient. Les Etats-Unis se sont donc assuré un soutien à l'échelle régionale.

Les médias mondiaux affirment déjà à l'envi qu'une éventuelle frappe des Etats-Unis contre l'Iran est déjà planifiée à la minute près et qu'ils porteront cette frappe d'ici la fin avril 2007.

Mais il vrai aussi que le patron du Pentagone, Robert Gates, affirme autre chose. Il ne prévoit pas de guerre. Il est favorable à des discussions. Mais ce même Gates se dit convaincu que tant que l'Iran n'aura pas pris conscience que les Etats-Unis, en dépit du fait qu'ils sont enlisés en Irak, "sont un adversaire dangereux", Washington n'obtiendra pas grand-chose en engageant des pourparlers directs avec Téhéran. C'est pourquoi, selon lui, s'il n'est pas question de guerre, la force de frappe créée avec ce groupe aéronaval doit être considérée comme un "levier sûr" de pression politique contre l'Iran. Mais ce "levier sûr" de Gates jouera-t-il sur l'Iran exactement comme le souhaite Washington ?




Vendredi 26 Janvier 2007

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