Géopolitique et stratégie

III - L'Alliance atlantique, c'est le vichysme de l'Europe

Prolégomènes à une anthropologie de la duperie politique



Lundi 9 Mars 2009

III - L'Alliance atlantique, c'est le vichysme de l'Europe

Dans les deux analyses précédentes, j'ai tenté de démontrer que l'histoire et la politique se déroulent sur l'écran de l'inconscient théologique de l'humanité et que l'on ne saurait comprendre l'ascension et le déclin des civilisations sans une anthropologie de radiographes des mythes sacrés. Dans les réflexions qui suivent, j'achève cette brève trilogie par un scannage rapide de la vassalisation parareligieuse de l'Europe sous l'égide de l'OTAN. A l'heure où la France est sur le point de se replacer sous le joug qu'elle avait quitté en 1966, il m'a paru utile de souligner que les empires sont soutenus dans les airs par leur mythologie politique et que l'Europe se place sous le sceptre de l'univers onirique que la démocratie a sécrété à l'échelle planétaire sous le sceptre de Washington.

Si l'humanisme occidental n'approfondissait pas sa connaissance des secrets psychobiologiques de notre espèce, le monde de demain ne disposera pas des instruments intellectuels qui seuls redonneraient à l'Europe l'avance que la Renaissance avait prise sur la scolastique du Moyen Age.

1 - La querelle du tabouret au sein de l'OTAN
2 - Les deux miroirs
3 - Le nouveau jardin des Hespérides
4 - La puissance politique fait sa proie de l'imaginaire
5 - Le paradigme ignatien
6 - La sotériologie démocratique
7 - L'hostie des modernes
8 - L'Europe de la raison n'a pas encore trouvé son public
9 - Le nouveau Moyen-Age de la pensée
10 - Comment Dieu lève le petit doigt
11 - La théologie anglo-saxonne de l'histoire
12 - La théologie et la politique
13 - L' " instinct de mort " de l'Europe
14 - Un exemple paradigmatique
15 - Les protocoles de la servitude
16 - La spectrographie théologique de l'historicité humaine
17 - L'avenir de la pensée politique européenne
18 - Les scanners du cerveau simiohumain

1 - La querelle du tabouret au sein de l'Otan

Puisque la politique de l'OTAN est onirique par nature, son fondement planétaire est tout mental. Quelle est la nature de la matière grise dont l'ivresse a façonné une Europe oublieuse de ce que ses circonvolutions cérébrales demeurent calquées sur le modèle psychique qui a assuré le succès du trafic des indulgences de la Renaissance à nos jours ? (Voir II- L'alliance Atlantique, c'est le vichysme de l'Europe, Prolégomènes à une anthropologie de la duperie politique ). Au XVIe siècle, il s'agissait de trouver la somme nécessaire à la construction de la basilique Saint Pierre ; il s'agit aujourd'hui de trouver les fonds imaginaires indispensables au soutien d'une économie libérale placée sous la surveillance de la flotte de guerre la plus titanesque de tous les temps.

C'est pourquoi la boîte osseuse de l'homo europeensis actuel se trouve livrée à l'opium d'un mythe de la Liberté aussi omnipotent que celui de feu le salut par la potence des chrétiens et dont la fonction religieuse dans l'inconscient de la laïcité est la même que dans la foi, puisqu'aucun Etat ne songe seulement à demander poliment aux troupes étrangères présentes en chair et en os sur son territoire de hisser les voiles et de cingler vers le grand large. Au spectacle de la décomposition politique de l'Europe, on comprend que le peloton des vassaux supplie seulement le souverain de leur dégénérescence de leur concéder une grâce, celle de leur donner à absorber une dose encore plus forte du narcotique de l'OTAN.

Une Europe occupée par quatre cents bases militaires américaines pose une question pressante à la simianthropologie critique, celle de savoir comment il se fait que le stupéfiant d'une piété démocratique démonétisée débarque non moins physiquement dans la politique et dans l'histoire euphorisées par la drogue d'une laïcité décérébrée que la sanctification d'un gibet salvifique dans l'Histoire d'hier, puisque les dévotions à la déesse Liberté dont la "raison" des modernes s'enveloppe lui procurent force supports physiques appelés à frapper les esprits. Certes, la préoccupation essentielle de Washington demeure de conjurer le risque que la France en vienne à déclencher une compétition ouverte ou larvée des prééminences de cour et des querelles d'étiquette entre ses enrubannés européens. Un étalage des rivalités entre les courtisans de la Maison Blanche mettrait en danger les efforts du Président Obama pour convaincre les serviteurs de l'Amérique de se mettre encore plus efficacement au service des intérêts immédiats et à long terme de l'Empire. Le renforcement physique de l'Alliance consécutif au ralliement corporel de la France va-t-il favoriser ou défavoriser ce dessein ? Afin de tenter de surmonter des obstacles d'ordre exclusivement domestique et qui renvoient seulement à l'ambition de Washington de faire régner l'ordre à l'intérieur de l'empire, le Marc-Aurèle de la démocratie mondiale s'abstiendrait, dit-on, de nommer un général du plus haut rang - un képi à quatre étoiles - au poste de commandant suprême de l' "élaboration de la doctrine". Telles sont, en 2009, les coordonnées de la nouvelle "querelle du tabouret".

2 - Les deux miroirs

Il y a loin de la coupe aux lèvres, il y a loin de la description à l'explication. On ne saurait comprendre le cerveau simiohumain à photographier sa dichotomie native, parce qu'un regard nouveau est toujours la récompense d'une problématique qui modifie non seulement le paysage, mais ses coordonnées. Quelle est la problématique qui donnera sa signification politique à la bipolarité cérébrale qui caractérise le singe spéculaire? Celle dont le regard interprètera l'Histoire réfléchie dans un miroir théologique ; car le simianthrope est appelé à se contempler en son dédoublement religieux, ce qui signifie non seulement que les théologies sont évidemment des réflecteurs magiques par définition, mais qu'elles se trouvent toujours placées entre les mains des maîtres qui les ont instrumentées et qui les tendent à leurs domestiques à seule fin qu'ils apprennent à s'y regarder et à s'y reconnaître sous les traits dessinés par leurs propriétaires. Il faut donc apprendre à photographier l'OTAN telle qu'elle se trouve reflétée sur la rétine du souverain. Celui qui scannera à la fois la silhouette du fabricant et celle de l'esclave, celui-là seul disposera de la problématique unifiée qui donnera son sens à la prise de vues otanienne de l'encéphale du singe vassalisé par son langage.

La conquête d'un regard de l'extérieur sur le cerveau asservi de notre espèce sera grandement facilitée par la caméra d'une Eglise dont l'écran hiérarchise, lui aussi, les serviteurs d'un tyran à la fois onirique et porteur de lauriers sur la terre. Les deux despotes, celui d'ici bas et celui du ciel, distribuent les couronnes de leurs croyances respectives, les deux démiurgies forgent des supports matériels de leur foi confondus ou étroitement associés, parce que les images saintes ou idéologisées arriment le croyant à sa surréalité psychique. Les portraits de Staline et de Mao étaient aussi ficelés au ciel du prolétariat mondial que ceux des papes dans le catholicisme.

3 - Le nouveau jardin des Hespérides

Et pourtant, la difficulté demeure entière de décrypter la politique du simianthrope anesthésié à sa propre écoute dès lors que la parole de type démocratique est censée se rendre aussi tangible sur la terre que celle des Eglises, donc se trouver ostensiblement incarnée sur le même modèle de la duperie qu'illustrait hier le leurre religieux. Pourquoi l'encéphale immergé dans le temporel de notre étrange espèce se donne-t-il, depuis des millénaires, des univers surréels pour destination, comme si la "raison" courait à toute allure vers des songes de remplacement aussi accessibles au toucher, au regard et à l'ouïe des fidèles que ceux des théologies autrefois chosifiées et substantifiées dans le surnaturel qu'elles avaient sécrété?

De même que nos ancêtres ne voyaient littéralement plus le monde physique dans lequel ils se trouvaient immergés de la tête aux pieds - en son lieu et place, ils croyaient sincèrement apercevoir des prodiges célestes dont ils juraient, la tête sur le billot, que leur foi les en rendait spectateurs - de même l'homme politique messianisé par le mythe planétaire d'une "Liberté" non moins salvifique que la précédente sollicite humblement de l'Amérique qu'elle veuille bien lui vendre un ticket d'entrée au jardin des Hespérides afin qu'il puisse en contempler de ses propres yeux les merveilles. Comment se fait-il qu'à l'instar des chrétiens d'hier, la classe politique des démocraties modernes ne voie plus combien les maigres prérogatives que Washington leur concèdera du bout des lèvres et toujours contre contre espèces sonnantes et trébuchantes seront verbifiques par nature, puisqu'il n'y a ni adversaires dotés de bras et de jambes à combattre, ni de guerre à soutenir sur un autre champ de bataille que celui de l'encéphale embrumé d'une démocratie messianisée et rendue béatifiante à l'échelle mondiale?

J'ai déjà rappelé que feu le mythe de la Croix en était venu à vendre des titres de propriété de la vie éternelle contre des bons du trésor aussi fiduciaires que ceux de l'OTAN (Voir II- L'alliance Atlantique, c'est le vichysme de l'Europe, Prolégomènes à une anthropologie de la duperie politique ). L'Eglise sait donc parfaitement, elle, que les adeptes actuels du monde onirique qu'ils ont installé dans leurs têtes se laissent transporter sans difficulté dans le ciel ou précipiter mentalement en enfer, l'Eglise, elle, sait depuis les origines que régner, comme disait Necker, c'est dominer les imaginations. C'est pourquoi Laurent Fabius s'adressait à un néophyte de l' Eglise atlantiste quand il écrivait : "M. Nicolas Sarkozy est le Président de la République, il n'est pas le propriétaire du destin de notre pays. Il ne lui appartient pas, par préjugé idéologique, de rompre avec les intérêts supérieurs de la France." Mais que signifie l' expression censée aller de soi de "préjugé idéologique" si nos sciences simiohumaines n'ont conquis en rien une connaissance réellement anthropologique de la vie idéologique et de l'existence inconsciemment théologique de l'humanité, faute d'avoir observé les courroies de transmission entre des objets matériels et la signification mythique que leur donne leur transport dans des mondes spéculaires?

4 - La puissance politique fait sa proie de l'imaginaire

Pour comprendre comment une Amérique fascinée par la sacralité de la démocratie a pu accéder au rang de plénipotentiaire de la Liberté "rédemptrice" des modernes et comment elle a réussi à se substituer au souverain du ciel chrétien des ancêtres, il faut que la simianthropologie critique conquière une connaissance spectrale du caractère sotériologique par nature de toute historicité proprement simiohumaine; et, pour cela, il lui faut s'initier aux ressorts - psychogénétiques par définition - qui, depuis le paléolithique, confèrent sa spécificité au "bon fonctionnement" de la soif de régner dans les nues de l'homo politicus. Ce serait se tromper entièrement de pesée de la politique de la duperie de type schizoïde de s'imaginer que le concret serait l'assise "naturelle", donc "normale" du pouvoir simiohumain en général; au contraire, il n'est pas d'autorité plus puissante et plus caractéristique de notre espèce que celle d'administrer des mondes intérieurs leurrés , donc bipolarisés par définition. Comment nos songes politiques s'installent-ils au plus secret de nos encéphales biphasés?

Pour le comprendre, observez le croyant en conversation animée avec son idole : il en vient à partager non seulement les apanages et les prérogatives de son créateur mythique, mais les préoccupations politiques et morales d'un gestionnaire invisible de la planète. Comment demeurerait-il un modeste employé au service de son maître, alors qu'il en partage les soucis et les tracas ? Certes, il persévèrera à feindre la modestie exemplaire qui sied à la piété, certes il protestera avec véhémence de l'humilité entière de ses dévotions ; mais il a beau se donner le luxe de montrer patte blanche au Seigneur, ce Tartuffe inconscient tient glorieusement les rênes de l'univers aux côtés de Jahvé, d'Allah ou du Dieu de la Croix. Il suffit, pour s'en convaincre, de lire les Exercices spirituels d'Ignace de Loyola, qui a fini, raconte-t-il saintement, par se trouver convié avec insistance par le Créateur et par son Fils à tenir conseil avec eux dans les nues.

5 - Le paradigme ignatien

Ignace de Loyola est un officier espagnol qu'un boulet de canon a rendu infirme au siège de Pampelune; et c'est à ce titre qu'il illustre à merveille l'évidence que si le temporel se proclame subalterne chez les saints, c'est précisément parce que l'affichage d'une subordination à toute épreuve offre au prophète inspiré bien davantage de prise politique qu'une forfanterie effrontée. Les proches d'un despote se font de l'affichage même de leur servilité le marche-pied de leur puissance. L'étalage de l'humilité est la suprême flatterie. Elle sert de levier à un monde surnaturel où la participation "effective" des croyants à la "parole de vérité" censée tomber de la bouche d'un souverain du cosmos accède à la puissance absolue de réaliser par magie sur cette terre des décisions prises dans le vide de l'immensité.

C'est ainsi que Jean-Paul II a été instantanément reçu sur le seuil du paradis par Jésus-Christ en personne et par la sainte Vierge, qui a daigné se déplacer pour la circonstance, comme le pape Benoit XVI l'a souverainement rappelé à ses ouailles deux jours seulement après le décès de son prédécesseur. Les agenouillements spectaculaires et les prosternements solennels sont surabondamment rétribués par les "trésors spirituels" que les saints abaissements procurent instantanément aux fidèles. L'anthropologie critique est une psychanalyse de l'inconscient mythologique de l'histoire et de la politique.

C'est sur le modèle des livres de prières que les dévots de l'atlantisme goûtent nuit et jour les récompenses que leur foi leur procure. La politique "démocratique" mondialisée est devenue le missel des laïcs. C'est encore sur le modèle de l'accouchement d'une éthique dévalant des nues que l'Amérique a réussi, à partir de 1989, à enfanter dans les esprits le confessionnal cosmo-narcissique et spéculaire d'un "salut" et d'une " liberté " planétaires. Les petits chefs d'une Europe vassalisée par l'apostolat pseudo démocratique de l'étranger se comportent en toqués du mythe fou dont les courtisans font provisoirement resplendir leurs âmes messianisées. Le rêve précaire et en dents de scie que nourrissent les idéaux de 1789 dûment revisités par le calvinisme américain tient, pour l'instant, les commandes de la nouvelle rédemption. Le dernier focalisateur international, de cette cristallisation stendhalienne de la foi et de l'espérance des masses modernes s'appelle M. Barack Obama. Mais ce ciel de lumière nourrit un délire éphémère.

6 - La sotériologie démocratique

La raison freudienne croyait avoir dûment démontré que la vie religieuse est névrotique par nature. La simianthropologie critique souligne que la "santé mentale" de l'humanité est le fruit des négociations et des tractations inconscientes que l'encéphale du simianthrope schizoïde mène secrètement avec la bipartition originelle dont souffre l'espèce d'entendement fissuré dont il renouvelle le biseautage de génération en génération. Certes, la dichotomie névrotique est congénitale à un animal dont la boîte osseuse s'est scindée, il y a quelque cent mille ans seulement, entre le monde réel et des univers post-mortem inaccessibles, mais à vocation thérapeutique. C'est néanmoins à ses propres frais que le sujet s'initie siècle après siècle aux empires euphorisants qui assureront son équilibre. Mais son encéphale demeurera instable du seul fait que le sacré est un moule de confection, donc sociétal au premier chef. Comme ils l'étaient hier d'un "divin enfant" délivreur, les chefs d'Etat aliénés dès le berceau par leur allégeance bifide à leur foi atlantiste accouchent majoritairement du monde providentialisé de leur temps.

Il demeure saisissant de voir des gouvernements démocratiques dupés au plus secret de leur être par une sotériologie politique donner au public la même apparence de normalité psychique qu'un Ignace de Loyola. Mais puisque la folie simiohumaine propre à notre époque est devenue une griserie intercontinentale et qu'elle se présente sous les dehors d'une santé mentale saintement entourée des cierges de la "démocratie mondiale", on comprend que M. Bayrou et M. Fabius s'accordent discrètement à demander un référendum sur l'OTAN à un chef d'Etat livré depuis son enfance aux nouvelles chandelles de la Providence pour être venu au monde en l'an de grâce 1955 et qui s'imagine sincèrement qu'il renforcera l'influence politique de la France dans un monde drogué par un ciel démocratique importé d'Amérique.

7 - L'hostie des modernes

La mythologie atlantiste n'est pas un "préjugé idéologique", comme le croit M. Fabius, mais un prototype anthropologique qui a façonné le cerveau d'un chef de l'Etat viscéralement prisonnier du nectar atlantique qui l'a modelé. L'Eglise en fournit l'archétype, elle dont le dévot consomme sa vie durant l'ambroisie. Autrefois, on sacrifiait un animal domestique à l'idole afin qu'elle vous payât de retour ici-bas, puis un homme a été immolé à la gloire de son "père" et de son souverain ; aujourd'hui on consomme dès le biberon le pain sacré de la Liberté afin que cette sainte victime daigne venir vous habiter, aujourd'hui, le grand prêtre de l'idole vous honore de venir s'asseoir à votre table. C'est cela le fonctionnement psychique de l'Alliance atlantique dans l'inconscient religieux de la démocratie mondialisée.

8 - L'Europe de la raison n'a pas encore trouvé son public

Mais comment trouver un public ouvert aux découvertes des spéléologues de l'inconscient para-religieux de la démocratie? Comment initier des lecteurs que l'environnement culturel de notre siècle a privés de tout accès aux instruments d'une critique anthropologique du "pain de vie" de la Liberté ? Comment redonner les clés de sa mémoire mythologique défunte à une civilisation qui a oublié le vocabulaire dédoublé des trois théologies monothéistes et qui ne lisent plus Bossuet qu'un dictionnaire à la main? Si la loi de 1905 avait incité la France à penser le sacré au lieu de le jeter à la poubelle, la question de fond posée par Platon et reprise par Descartes et par Kant - celle de la nature et de la définition des notions de "raison" et de "croyance" - serait redevenue le fer de lance de l'intelligence et le guide d'un nouveau siècle des Lumières. Car notre époque ne fait que retrouver les interrogations du Gorgias, du Théétère, du Parménide, de la République, qui avaient démontré que la réflexion sur le politique est l'âme de la philosophie. Il ne faut pas brûler le cadavre des dieux avant de les avoir autopsiés.

Aujourd'hui, l'agonie politique de l'Europe permet de poser à nouveau la question de fond de savoir que la "raison" est un maçon dont le mortier mélange le "sens rationnel", donc "l'intelligible" avec le profitable et qui fait durcir le ciment des routines de la matière dont la nature lui fournit la manne intarissable. Que consomme la "raison" au râtelier de la régularité du cosmos, que boit-elle à la fontaine des coutumes exploitables des atomes? La "raison" serait-elle un artisan aussi intéressé que la théologie ? Cet ouvrier réclamerait-il des dividendes à son tour ? Pouvons-nous observer ses faits et gestes de l'extérieur? Dans ce cas, qu'est-ce que le picotin de la foi, qu'est-ce que le chimiste qui met dans le même flacon les ritournelles de la matière et les prérogatives de la logique? Par bonheur les idoles en état de décomposition sentent encore plus mauvais que celles qui ont bon pied, bon œil. Si leur vengeance ne se fait pas trop attendre de leurs dégustateurs, il sera peut-être encore temps, pour l'Europe, d'apprendre de ces acteurs ce qu'ils nous auront si longtemps aidé à nous cacher, notre propre odeur.

9 - Le nouveau Moyen-Age de la pensée

Quelle est l'odeur de l'Europe agonisante? Celle d'une classe politique rendue acéphale par son ignorance des arcanes simiohumains de l'autel - donc du sacrifice aux idoles. Comment cette classe s'explique-t-elle que, pendant des millénaires, les têtes les plus équilibrées et même les plus géniales de leur temps ont cru dur comme fer en l'existence du Jupiter de leur époque? Comment s'explique-t-elle que l'épuisement du mythe chrétien aboutisse au débarquement du cadavre de sa divinité sur la terre? Comment s'explique-t-elle qu'un sacré dupé par Karl Marx ahanait hier en Russie et en Chine et qu'il sue aujourd'hui sang et eau à métamorphoser les oriflammes de 1789 en une mythologie de la Liberté ? Diable, la loi de 1905 nous aurait-elle coûté cher? Aurait-elle plus efficacement muselé la postérité vivante de Voltaire, Darwin et de Freud qu'une Eglise en état de putréfaction? Pourquoi la laïcité a-t-elle reconstruit un temple dans sa tête ? Car la Liberté qui trône désormais dans l'inconscient sotériologique de la République est aussi vaporeuse, insaisissable et bénédictionnelle que la grâce divine dans les monarchies théocratiques ; et elle se protège à son tour de l'outrage des sacrilèges. Et voici que cette " liberté " se révèle le glaive d'un conquérant. Quelle chance, pourtant, que l'Amérique nous frappe du sceptre de son Eglise, quelle chance qu'elle nous reconduise à la fontaine d'Aréthuse de la pensée, quelle chance que la Démocratie cuirassée dessille les yeux des Athéniens. Apprenons à comparer les gastronomes de la Liberté aux gastronomes de "Dieu" et conquérons le regard qui nous permettra d'observer de haut ce double fourrage des évadés du règne animal.

10 - Comment Dieu lève le petit doigt

Il sera primordial, aux yeux de la simianthropologie critique de demain, de décortiquer les pseudo commandements administratifs et militaires que les apôtres, serviteurs et messies de l'étranger sont réputés exercer effectivement au sein d'un monde politico-religieux clos sur sa sotériologie verbifique et proclamée rédemptrice dans l'inconscient de la scolastique atlantiste. Si vous observez comment les fidèles de l'OTAN se rassemblent dans l'enceinte du mythe politique dont ils incarnent l'Eden à leurs propres yeux, si vous vous demandez pourquoi ils se présentent en prophètes du culte qui les enferme dans leur propre prêtrise , si vous notez que les revendications de leur clergé politique sont à la fois concrètes et mythologique, vous décrypterez la déclaration pseudo réaliste de M. Nicolas Sarkozy, le dupé de l'église internationale de la Liberté, qui déclare que "la France ne peut reprendre sa place dans l'OTAN que si toute sa place lui est faite".

Il n'échappera pas aux lecteurs de Rabelais que ce modèle du leurre politique est mondial et qu'il reproduit fidèlement celui des papefigues, papimanes et carême-prenants; car au XVIe siècle, Rome dirigeait encore un monde politique et militaire à la fois onirique et tenu pour tangible. De même, la secte planétaire des Otaniens offre force insignes et dignités palpables à la classe dirigeante d'un mythe politique. Autrefois, l'ordre nobiliaire du ciel se rendait reconnaissable à l'éclat de ses chasubles; il en est de même dans un monde démocratique irrémédiablement condamné à flotter entre le ciel et la terre. Mais, de même que, dans le royaume de l'au-delà, les pouvoirs des ressuscités tout resplendissants de leur immortalité ne reposent jamais que sur leur soif de faire allégeance au trône du Dieu éternel censé régir leur destin posthume, de même, les crosses des évêques rutilants de l'Alliance atlantique sont les ailes de séraphins d'une démocratie de grands dignitaires de leur fausse transcendance. Voyez comme leurs chamarrures les transportent dans le paradis de leur Liberté; voyez comme l'auréole de leur souverain - le Président des Etats-Unis - pilote les boîtes osseuses ardentes de ses agents, parce qu'on n'asservit jamais que les esprits.

Mais comment Dieu et l'Amérique lèveraient-ils seulement le petit doigt s'ils ne disposaient de serviteurs, de dorures, de cérémonies, de tiares et de sceptres? Les phalanges cléricales de l'OTAN ont leurs législateurs, leurs juristes, leurs tribunaux, leur jurisprudence. C'est seulement parce que la politique des cardinaux de la démocratie est le décalque théologique inconscient qui fait mouvoir l'Eglise de la Liberté sur la terre et qui propulse le saint esprit de la justice américaine dans la "moyenne région de l'air ", selon l'expression de Descartes, que la France de M. Sarkozy se haussera du col en Virginie où un chapeau de primat des Gaules sera déposé sur sa tête par le conclave des serviteurs planétaires de la bannière étoilée.

11 - La théologie anglo-saxonne de l'histoire

La cécité voulue de la pensée ecclésiale est chargée de protéger les membres d'une Eglise du danger d'apprendre à connaître ses entrailles. Cet aveuglement sacré sera-t-il progressivement battu en brèche au spectacle que présentera dans la bouche des blasphémateurs une classe politique européenne tout entière condamnée à renoncer purement et simplement à son devoir politique le plus élémentaire et le plus sacrilège - celui d'exiger de l'Amérique profanatrice qu'elle cesse de souiller le sol du Vieux Continent?

Quel faux débat que de se disputer des rôles et des prérogatives dans un monde prétendument laïcisé, mais demeuré non moins suspendu dans les airs que celui de l'Eglise d'hier et d'aujourd'hui ! Quand une civilisation entière se laisse sanctifier de la tête aux pieds par la raison toute pastorale et pratique de 1905, quand les liturgies d'une laïcité sans âme et sans cervelle lui font perdre le contact avec le simple bon sens politique, on verra un Président de la République française s'imaginer avec toute la sottise de la bonne foi que le césarisme inconscient qui inspire une démocratie américaine encore plus célestiforme que la nôtre installera durablement ses bases militaires sur la planète tout entière, alors que cet empire est au bord du gouffre - celui que cinquante mille milliards de dollars de son "trafic des indulgences" a creusé sous ses pas.

Qu'une fascination collective enracinée dans la psychobiologie atavique du sacré ait pu s'emparer aussi bien d'une Allemagne dirigée par la fille d'un pasteur de l'Est qu'une ex-France de Descartes livrée par M. Nicolas Sarkozy à un vertige parathéologique, voilà qui disqualifie toute la politologie et toute la science historique traditionnelles - celles que leur timidité a tenues éloignées de l' examen des entrailles de la seule bête qui s'immole sur l'autel qu'elle dresse à sa propre mort.

Mais Dieu et Machiavel ne sauraient rendre compte séparément des événements dont l'histoire demeure le théâtre que si une scission radicale entre le temporel et le sacré passe pour évidente aux yeux de la classe dirigeante d'une époque - ce qui ne s'est produit en Grèce qu'à partir de Thucydide. Puis, les Croisades et les guerres de religion du XVIe siècle européen ont clairement démontré la paraplégie de l'espèce de scientificité qui, encore de nos jours, caractérise l'historiographie mondiale, tellement une Clio muette devant les autels et les temples du singe onirique demeure dans l'incapacité de rendre compte de l'assemblage bricolé du réel et du rêve qui déhanche la politique mondiale d'une espèce inachevée .

L'assise simianthropologique de la notion de duperie demeurera-t-elle aussi incomprise que le leurre de l'eucharistie ? Mais d'ores et déjà la nouvelle Renaissance apprend aux Sorbonne d'aujourd'hui la clé et la serrure de l'histoire et de la politique ; d'ores et déjà les nouveaux humanistes éduquent le seul animal dont la nature a dichotomisé l'encéphale. Mais si l'histoire transporte ses cadavres dans l'éternité depuis les Egyptiens, c'est parce qu'elle est viscéralement soumise à une transmutation mythique. La nouvelle Renaissance enseigne que l'idole était le grand sacrificateur d'un ciel chargé de sublimer nos charniers. Nous attendons les profanateurs de la loi de 1905 dont les sacrilèges arracheront son squelette à la terre et dresseront ses ossements sur la terrasse d'Elseneur de la philosophie où Socrate le blasphémateur leur demandera: "Qui êtes-vous?"

12 - La théologie et la politique

Prenons l'exemple de l'érosion tardive de l'autorité théopolitique du Nouveau Monde au sein d'une OTAN en voie de momification sacerdotale. On sait que cette institution d'une docilité éprouvée en est venue, après un demi siècle de passivité ecclésiale, à refuser du bout des lèvres l'extension de l'empire américain à la Pologne et à la Tchéquie. Aussitôt, Zeus a impérieusement démontré à une Europe plus intimidée par l'Olympe que jamais qu'il tient d'une main de fer le sceptre de la Liberté du monde et qu'il est bien vain de lui disputer la poigne dans le commandement de la planète. Aussi la Pologne et la Tchéquie ont-elles signé un accord extra-européen, afin d'installer sur leur seul territoire la foudre de leur souverain des sacrifices, celle qu'on appelle le "bouclier anti-missiles".

Humiliée et réduite au silence par cet étalage de sa dépendance, une Union européenne plus infantilisée que jamais a ensuite assisté les bras croisés à la mise en place de la riposte russe à Kaliningrad. Quand la Russie, même réduite à ses propres forces, eut fait reculer le conquérant pour lequel l'autel l'OTAN n'est évidemment que la parure pseudo démocratique de sa puissance de feu, il est clairement apparu qu'une politique de souris grignoteuse de la tutelle que l'empire de la "Liberté" exerce sur ses comparses apeurés est incompatible avec l'intégration prochaine d'une France même terrorisée dans une OTAN demeurée aussi fulminante qu'en 1949. Quiconque se range sous le drapeau d'un maître cautionne sa prépondérance et se résigne d'avance à n'y jouer qu'un rôle calqué sur celui des religions de l'épouvante sacrée, dans lesquelles le croyant ne saurait négocier davantage que le degré de liberté que la divinité lui accordera parcimonieusement.

Ici encore, l'histoire des négociations serrées dont la pesée des grâces et des châtiments du Jupiter des chrétiens a donné le spectacle tout au long des siècles de foi se révèle hautement instructive aux yeux d'une politologie ambitieuse de décrypter les armes de dissuasion qu'on appelle des théologies, tellement les tractations doctrinales dont la démocratie immolatrice présente les scenarios sur ses autels du sacrifice se réduisent à négocier pied à pied les mêmes offrandes avec leur souverain d'Amérique que les croyants sur leurs propitiatoires. On imagine fort bien un Luther des offertoires macabres de l'OTAN que le dieu Démocratie appellerait à rédiger un De servo arbitrio aux fins de tenter de valider les oblations de l'Europe à un atlantisme meurtrier, puis un Erasme non moins chrétien, mais appelé par toute la culture antique retrouvée à publier un de De libero arbitrio irénique à l'usage d'un aréopage d'humanistes rebelles au paiement du tribut sanglant dont l'histoire réclame la prébende par le relais de ses autels. On demande à la loi de 1905 de fournir à l'anthropologie critique le scalpel qui fouaillera les viscères du meurtre sacré, on demande à la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat de ne pas arracher de nos mains le bistouri du "Connais-toi", on demande à la République laïque d'aider la pensée occidentale à percer les secrets religieux des empires démocratiques.

13 - L' " instinct de mort " de l'Europe

Dans l'Eglise de la Liberté et dans celle des ciboires, il ne s'agit jamais que de répartir les profits du culte entre deux écoles de liturgistes, puisque, dans les deux prêtrises politiques, nul ne congédiera purement et simplement ici un géniteur du cosmos réputé se trouver installé d'avance et à jamais dans l'enceinte de l'histoire du monde, là un occupant porteur des ostensoirs de la démocratie. C'est ainsi que la classe politique européenne d'aujourd'hui ne conteste plus en rien une légitimité réputée acquise et censée aller de soi, de l'Amérique dans ses murs, donc la tutelle éternelle, tant militaire qu'onirique d'un empire des valeurs supposé à la fois transcendant au monde et agrippé à la terre. Comment définir le terme d'existence appliqué au dieu déhanché qu'on appelle "Liberté" si la présence de cette idole aussi schizoïde que son maître passe pour tellement inscrite dans l'ordre naturel du monde que seul le degré de puissance fascinatoire de ses prêtres fait l'objet de disputes théologales feutrées entre les divers apprentissages de la soumission tout à la fois "normale" et fascinatoire à son culte?

Un sacré tout ensemble voletant et immanent au monde pose à la simianthropologie la question de la concrétisation de la vérité. Qu'est-ce qui se trouve matérialisé par le repli territorial et mental du politique sur son propre oracle? Qu'est-ce qui se trouve substantifié par la pauvreté de nos sciences humaines qui, depuis la Genèse, se trouvent prises en étau entre deux mondes et qui échouent à découvrir comment ils prétendent s'enchaîner l'un à l'autre? L'objet de ce resserrement de l'horizon simiohumain, je l'appellerai l'occidentalisme - c'est-à-dire la réduction de l'Histoire à l'offertoire latent qui fera, de l'Europe, un spectateur de son propre suicide. Car, depuis des millénaires, les évadés de la zoologie s'immolent par procuration - on sait qu'ils ont substitué un agneau, puis un homme crucifié à l'oblation de leur chair bien saignante au couteau de leur sacrificateur-géant. Qui était ce géant, sinon leur propre destin symbolisé par une idole armée de ses autels jusqu'aux dents? C'est cela, l'ultime secret du trépas de la civilisation européenne; c'est cela "l'instinct de mort" que l'analyse anthropologique de la condition autosacrificielle de l'humanité nous appelle à connaître. L'homme est l'animal qui magnifie son cadavre à l'immoler à son rêve d'immortalité.

Mais le suicide se révèle biface à son tour: ce thermomètre de la volonté politique départage les abouliques de leur mort des héros de leur trépas. Socrate, Isaïe, Jésus et tant d'autres ont fait de leur suicide leur flèche du Parthe: "De même qu'on se juge en jugeant Caton, on se jugera en jugeant le Christ suivant la part de mort volontaire et libre qu'on lui concèdera. Car, c'est bien dans un souci de 'relayer' la mort des sages et de la dépasser en unicité et en prodige que les Pères s'appliqueront à monter en épingle ce qui, dans les Evangiles, pouvait prêter à la mort de Dieu quelque panache." (Pierre-Emmanuel Dauzat, Le suicide du Christ, P.U.F. 1998, p.96)

C'est ainsi que l'Europe des léthargies politiques veut se donner à tuer passivement, c'est ainsi que l'Europe des résignations désire se minusculiser aux côtés du géant qui l'appelle à s'immoler à sa gloire à lui. Mais voyez monter dans les profondeurs la grande levée des gladiateurs de leur suicide. Leur glaive ressuscite les morts. Ceux-là apostrophent l'idole : "Pourquoi, lui disent-ils, te glorifier à cor et à cri des sacrifices que tu demandes à tes créatures de te consentir?" L'analyse simianthropologique des évènements eux-mêmes révèlera à bref délai le caractère passif de la conversion de la France à son immolation. Mais la France profonde appelle à son secours les suicidaires de son ciel.

14 - Un exemple paradigmatique

Prenez la candeur rieuse de M. Biden, vice-Président des Etats-Unis, qui vient déclarer, la bouche en cœur à Paris: "Nous allons changer de ton avec vous ; ça, c'est la bonne nouvelle. La mauvaise, c'est que nous allons vous demander davantage." Naturellement, M. Biden n'est pas un anthropologue trans-freudien ; il ignore que le Dieu des brebis du sacrifice auquel les chrétiens ont immolé sa propre progéniture est aussi la première idole simiohumaine qui ait osé duper ses agneaux jusqu'à leur dire, il y a vingt siècles environ: "Réjouissez-vous, car je vais changer de ton avec vous, mais pleurez car, dorénavant, je vous demanderai l'offrande de votre propre chair et de votre propre sang sur mes autels." Et c'est ainsi que naquit l'oblation passive moderne, celle qui a sanctifié des immolations obédientielles et fondées sur les relations tout ensemble exsangues et ferventes des croyants avec leur "boucher" des nues, selon le mot terrible de Pascal, c'est-à-dire avec leur propre identité religieuse symbolisée et sublimée par le sacrifice effrayé de leur vie entière à leur idole.

Mais la meilleure preuve que les théologies expriment en clair les fondements auto sacrificiels imprécis et obscurs en apparence du politique, c'est qu'elles placent inconsciemment sous la lumière la plus crue le marché de dupes sur lequel la justice divine est censée construire le surmoi oblatif de la créature. Car M. Biden n'a formulé qu'en homme d'Etat, donc à partir de sa seule science du politique "proprement dit", les termes d'un marché de dupes passives et dont les clauses ovines sont limpides : à l'instar de la "grâce divine", la promesse américaine d'un "changement de ton" n'est que l'ombre en échange de laquelle les agneaux seront appelés à lâcher leur proie. Mais il y a sacrifice et sacrifice : Socrate le suicidaire, voilà l' égorgeur victorieux.

15 - Les protocoles de la servitude

En réalité, la venue de M. Biden en Europe est le fruit négocié en secret d'une vassalisation sacrificielle dont il convient de cacher les clauses au grand public : alors que les Etats souverains communiquent entre eux par l'intermédiaire de leurs ambassadeurs, Mme Hillary Clinton a purement et simplement convoqué les Ministres des affaires étrangères anglais, allemand, puis français au pied de son offertoire ; et non seulement tous trois sont allés passivement présenter l'offrande discrète de leur dévotion à la souveraine de leurs autels, mais ils ont été subtilement hiérarchisés en coulisses, donc mis en rivalité entre eux sur l'offertoire de leur humiliation - car les vassaux se disputent les uns aux autres de vaines prééminences entre leurs propitiatoires. Quelques jours plus tard, Mme Hillary Clinton a tourné le dos à l'Europe avec la désinvolture qui convient à son rang ; et sa première visite a été réservée à la Chine. C'est la bête même du sacrifice de résignation qui se révèle suicidaire - c'est elle, la dupe léthargique de l'Histoire.

Car il faut savoir non seulement qu'un Etat "normal" ne fait pas accourir ad limina les ministres des affaires étrangères des autres Etats et qu'il s'agit d'une pratique ecclésiale : avant cet infatigable globe-trotter de la foi que fut Jean-Paul II, le pape ne quittait jamais la Curie - c'étaient les souverains qui se faisaient allégeance au Vatican. C'est pourquoi, fidèle à l'esprit de la Révolution française, Napoléon fut le premier "laïc" a accueillir le pape à Paris. C'en était fait de l'autel conçu comme le siège de "Dieu", donc du souverain installé dans sa fonction de président du tribunal du monde. La République a remplacé les verdicts du ciel par ceux de la "volonté du peuple français" (Voir: La France et sa justice). Le protocole diplomatique américain a retrouvé, au profit de Washington, l'Eglise d'avant Vatican II - l'Eglise, c'est elle désormais.

Je demande au lecteur incrédule de ne pas s'étonner de la mise en parallèle méthodique des théologies du sacrifice d'un côté et de la politique des suicidaires de leur volonté de l'autre; car demain la psychanalyse simianthropologique de la passivité simiohumaine associera la pesée psychogénétique des religions schizoïdes à l'examen des entrailles des Etats dichotomisés par le mythe de la Liberté. Alors seulement l'humanisme occidental sera appelé à porter un regard heuristique sur le cerveau héroïque et le cerveau d'esclave d'Adam, donc à opérer la synthèse entre la connaissance de "l'instinct de mort" passif des civilisations agonisantes et l'instinct de mort insurrectionnel et sacrilège des guerriers de leur suicide. Alors les deux cerveaux de l'histoire et de la politique d'une espèce biphasée apparaîtront sur l'écran de la mort. Et la boîte osseuse d'un animal scindé de naissance entre le suicide des donateurs et le suicide des vassaux tracera la courbe de l'évolution de l'encéphale de l'espèce.

16 - La spectrographie théologique de l'historicité humaine

Molina est le premier politologue du ciel des auto-immolations vaillantes qui ait taillé des croupières à l'omnipotence de l'idole dont l'espèce semi-cérébralisée s'est dotée. Ce jésuite reconnaissait à Adam la liberté auto sacrificielle absolue et inaliénable de faire son salut ou de se perdre à sa guise: le ciel lui-même ne pouvait rien entreprendre d'efficace pour tenter de sauver malgré lui un pécheur volontairement suicidaire, donc bien décidé à se précipiter sua sponte en enfer et de s'y immoler motu proprio, De leur côté les jansénistes augustiniens se livraient pieds et poings liés au "boucher obscur" de Pascal, déjà cité, qu'ils avaient rendu infiniment plus intraitable que celui de Rome, puisque les mystères de sa sagesse ensauvagée accordaient d'avance tous les pouvoirs à l'arbitraire insondable de sa sainteté.

Quel est le lien que l'anthropologie critique met en évidence entre la terreur proprement religieuse et la psychophysiologie de l'histoire auto-sacrificielle du monde ? Nul autre que celui du degré de servitude et de liberté de la créature que les théologiens explicitent à l'école des époques, des lieux et des circonstances. J'ai rappelé plus haut la panique d'entrailles d'un animal que sa cérébralisation relative a jeté dans le vide à ses risques et périls et qui tente désespérément de se trouver un arrimage dans l'immensité.

Aussi toutes les théologies oscillent-elle entre un degré précis de ligotage calculé de l'idole dans les chaînes que le croyant lui met aux pieds d'autorité, d'une part et d'autre part, un degré déterminé d'auto-ficellement du croyant au pouvoir de le perdre ou de le sauver qu'il accorde à la divinité. Mais la balance à peser ces entraves réciproques est préconstruite sur les plateaux de la déréliction et de l'épouvante du fidèle. Plus le croyant se montre épouvanté par la mort qui l'immolera à son créateur mythique, plus il s'abaisse devant le mécanicien céleste de son trépas. Saint Augustin a inauguré la tradition d'une théologie enracinée dans l'anéantissement fervent et secrètement désiré, de la liberté d'Adam - ce qui, à ses yeux, légitimait l'assassinat de l'empire romain : Dieu avait expressément décidé ce naufrage afin de "faire un exemple" plus terrifiant que le Déluge et qui frapperait les esprits pour longtemps. Il fallait une démonstration de sa transcendance qui fût impitoyable . "Absolu" renvoie au latin absolutus, délivré de toute attache.

17 - L'avenir de la pensée politique européenne

L'Eglise romaine - à bon entendeur salut - ne l'a pas entendu de cette oreille : non seulement elle a tenté de reprendre la main à l'école de ses juristes, mais elle y a mis toute l'habileté politique et toute la patience diplomatique nécessaires à une pesée rationnelle des Etats. Il faut savoir que l'idole d'Israël n'avait pas toute sa tête et que l'exploit du Déluge a démontré sa négligence dans l'examen des avantages et des désavantages respectifs de la liberté et de la servitude des cités. Il y faut une longue pratique du droit romain. Si l'indépendance du citoyen est excessive, dit l' Eglise des Caton et des Bartole, il courra la bride sur le cou et entraînera tous les Etats du monde dans le chaos ; mais s'il est trop bridé, comment demeurera-t-il responsable de ses péchés sur la terre ? Il faut disposer de justiciables à citer légitimement à la barre des tribunaux. Il en est de même de l'OTAN : pour que l'Europe s'ouvre aux nations émergeantes, il faut qu'elle se jette dans le vide, si je puis dire, donc qu'elle affronte la solitude des civilisations fondée sur l'affirmation de leur responsabilité procédurale dans un cosmos désert. Pour cela, aura-t-elle le courage de domestiquer l'idole américaine en retour? Si l'effroi la faisait reculer, la théologie politique des démocraties ne saurait basculer avec courage de Luther le paysan à Molina le juriste ou de saint Augustin l'effaré à Erasme le philologue.

18 - Les scanners du cerveau simiohumain

Les théologies sont les bancs d'essai de la politique et les instruments d'expérimentation de leur propre régulation interne. L'examen de leur psychophysiologie permet à leurs psychiatres d'observer en soufflerie les conditions de leur mise en service à mi-hauteur entre le ciel et la terre. L'autorisation de vol qui leur est accordée par leurs anthropologues certifiés dépend des conditions climatiques de leur exploitation, de la pesée de l'encéphale de leurs passagers, de l'expérience de leurs pilotes, de l'altitude à laquelle elles traverseront les airs, de l'aménagement des pistes d'envol et de la sécurité de leur atterrissage.

L'Europe ne brisera les chaînes de l'empire américain que si elle apprend à radiographier la servitude théologique originelle du genre simiohumain dont ses idoles se révèlent les témoins assermentés. C'st dire que la science historique de demain sera condamnée à observer de l'extérieur le cerveau de la bête appelée à se métamorphoser à l'école de sa mort. Il y faudra une pléiade de distanciateurs implacables. Forgeront-ils à l'usage des masses une idole capable de leur enseigner en plein vol les rudiments de leur faculté de se regarder du dehors?

Dans ce cas, il naîtra une dernière idole, qui demandera à l'interlocutrice désarrimée qu'elle sera devenue à elle-même: "Donne-moi un regard sur le tueur masqué que je suis sans doute demeurée". Et si ce regard-là était celui des suicidaires de leur ciel? Dans ce cas, il naîtrait une littérature et une philosophie du troisième type, qui sauraient qu'on ne radiographie pas la théologie sous-jacente au 11 septembre 2001, au génocide de Gaza, à l'invasion de l'Irak, à la pendaison de Saddam Hussein, à l'élection d'un métis à la présidence des Etats-Unis, à l'agonie sacrificielle de Jean Paul II, au retour de la France dans l'OTAN des vassaux, à l'interdiction faite à l'Iran de s'armer d'une foudre inutilisable par nature, à la domestication mentale de l'Europe sous la houlette d'un empire étranger sans descendre en anthropologue des sacrifices dans les dernières profondeurs de de la vie et de la mort des nations.

Pour l'instant, la théologie atlantiste de l'Europe ne pose encore en rien la question fondatrice de toute politique saintement suicidaire, celle qui reviendrait à demander à un César de la démocratie des immolations : " Que fais-tu là ? Tu vois bien qu'il n'y a plus d'ennemi à combattre. Soumets-toi à la logique de l'Histoire, qui enseigne que les empires de la terre ne sont que poussière et qu'ils ne peuvent rien contre les suicidaires de leur éternité."

le 9 mars 2009

http://pagesperso-orange.fr/aline.dedieguez/tstmagic/1024/tstmagic/defis_europe/vichy3.htm http://pagesperso-orange.fr/aline.dedieguez/tstmagic/1024/tstmagic/defis_europe/vichy3.htm



Mardi 10 Mars 2009


Commentaires

1.Posté par SamirAlandalous le 14/03/2009 11:39 | Alerter
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Pour justifier sa décision de faire revenir la France dans la structure militaire intégrée de l'Alliance atlantique, Nicolas Sarkozy devait faire une triple démonstration : ce rapprochement ne brade en rien l'indépendance nationale ; il ne constitue pas une rupture avec ses prédécesseurs ; enfin, ce retour complet dans l'OTAN n'affaiblira pas la défense européenne.

Le président de la République, qui s'exprimait, mercredi 11 mars, lors d'un colloque organisé à l'Ecole militaire par la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), a longuement insisté sur les deux premiers points, glissant rapidement sur le troisième.

Cette intervention du président, qui précède le débat formel prévu à l'Assemblée nationale le 17 mars, a pris la forme d'une longue réfutation, souvent agacée, des accusations dont il est l'objet.

La plus sensible est celle d'une trahison de l'héritage du général de Gaulle, puisque c'est le chef de la France libre qui avait décidé, en mars 1966, de quitter le commandement militaire de l'Alliance. "Qui peut prétendre savoir aujourd'hui ce que ferait le général de Gaulle ?", a demandé le chef de l'Etat.

Citant à plusieurs reprises Jacques Chirac et François Mitterrand qui, selon lui, ont initié ce rapprochement avec l'Alliance atlantique, M. Sarkozy a longuement évoqué les étapes de ce "processus continu" qui s'est fait "sans le dire" (la France a recommencé à siéger au comité militaire de l'Alliance en 1995). Lui, a-t-il souligné, abat ses cartes dans la transparence.

M. Sarkozy a consacré une grande part de son discours à réfuter l'accusation d'un "alignement" sur les Etats-Unis, et à expliquer que la décision symbolique pour la France de reprendre "toute sa place" dans l'OTAN, ne remet pas en cause l'indépendance nationale. Il n'a pas d'états d'âme à appartenir à la "famille occidentale", et estime que ce serait "folie" que de s'affranchir d'un accord de sécurité avec les Etats-Unis, via l'article 5 (le mécanisme de défense collective) du Traité de Washington.

Visiblement irrité, le président de la république s'est inscrit en faux contre la thèse selon laquelle la France aurait été obligée de participer à la guerre contre l'Irak, en 2003, si elle avait fait partie, à l'époque, de la structure militaire intégrée : "Mensonge ! Mensonge ! Contre-vérité !", s'est-il exclamé, en faisant manifestement allusion à Dominique de Villepin, alors ministre des affaires étrangères, qui a défendu cette thèse.

SamirAlandalous

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