Diplomatie et relation internationale

II - Les Christophe Colomb de l'anthropologie critique


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Mardi 14 Avril 2009

II - Les Christophe Colomb de l'anthropologie critique

1- Un pion chasse l'autre
2 - Le roi-dollar menacé
3 - L'heure de la pesée du cerveau
4 - L'introspection politique face au nucléaire
5 - Comment nous arracher à la vassalisation de l'Europe?
6 - L'homme et le chimpanzé
7 - Le langage irrationnel de l'homme-singe
8 - L'ambigüité existentielle du singe dédoublé
9 - L'existentialisme politique à l'âge de l'atome

*

1 - Un pion chasse l'autre

Deux mois après l'entrée en fonctions de M. Barack Obama, une nouvelle carte du monde se dessine du fait que les Etats-Unis tentent désespérément de déplacer tout soudainement et in extremis le point de focalisation de leur expansion messianique de l'Irak vers un Afghanistan où leur enlisement pourrait se révéler plus désastreux encore qu'à Bagdad. De même que la Rome antique importait d'Egypte le blé nécessaire à l'alimentation du peuple romain, les Etats-Unis vont chercher le pétrole là où il se trouve et manu militari au besoin, parce qu'ils consomment trente pour cent de la production mondiale et en produisent six pour cent. Or on sait que des contrats avaient été signés entre les Talibans et la firme pétrolière américaine Unocal pour la construction d'un oléoduc destiné à acheminer le pétrole depuis la mer Caspienne jusqu'à l'océan Indien en passant par le Turkménistan, l'Afghanistan et le Pakistan. Le contrat ayant été rompu par les talibans alors au pouvoir, l'OTAN tout entier s'est rué dans une guerre d'agression contre une nation souveraine et reconnue à ce titre par la communauté internationale.

Telle est la raison pétrolière pour laquelle le monde "civilisé" a accepté la fiction selon laquelle l'art 5 de l'Alliance Atlantique serait censé s'appliquer à l'attentat du 11 septembre 2001 contre les tours du World Trade Center, alors que la Lybie de Khadafi aurait mérité, elle, de se trouver inculpée par un tribunal international, preuves à l'appui, pour l'attentat de Lockerbie - mais non, pour autant, de se voir déclarer la guerre sans plus de façons et par le monde entier.

2 - Le roi-dollar menacé

Mais la légitimation artificielle d'une croisade mondiale contre le nouveau "terrorisme intercontinental" rencontre désormais une vive résistance des principaux membres de l'OTAN, qui n'acceptent même plus d'envoyer trois bataillons à Kaboul. M. Nicolas Sarkozy ayant déclaré crûment qu'il ne pouvait vendre au peuple français deux allégeances à la fois et qu'il convenait de laisser à la nation le temps de digérer son retour sous le commandement américain de l'OTAN, la France n'enverra que cent cinquante gendarmes.

Mais un droit international estropié est un train qui en cache un autre. L'heure a sonné pour la Chine de s'élever au rang de principal interlocuteur des Etats-Unis sur la scène internationale, parce que la menace d'un effondrement politique, militaire, économique et idéologique de l'Amérique se précise d'autant plus clairement qu'un prêt de mille milliards de dollars aux banques - qui sera payé par le peuple américain au profit des banquiers de Wall Street - donnera, dans quelques semaines, son élan décisif à une inflation mondiale déjà déclenchée et à laquelle le dollar ne saurait résister. Du coup, il deviendra impossible d'empêcher durablement le cours de l'or d'entreprendre l'ascension de l'Himalaya. Un panel de monnaies internationales - le yuan, le yen, le rouble et l'euro - sera-t-il seulement nécessaire pour ruiner le monopole de la sesterce des modernes ou s'effondrera-t-elle d'elle-même et soudainement en raison de l'effacement rapide des clauses qui libellaient les échanges internationaux en dollars? Déjà la Chine signe avec l'Amérique du Sud des contrats dans sa propre monnaie et M. Chavez se rend en Chine ces jours-ci.

3 - L'heure de la pesée du cerveau simiohumain

Mais seul un approfondissement vertigineux de la science de l'inconscient psychobiologique qui régit notre espèce dans l'ordre politique nous permettra d'élaborer une problématique de l'Histoire à l'échelle des secrets de notre évolution cérébrale , seul le logiciel d'une anthropologie critique se révèlera en mesure de rendre compte des ressorts cachés du seul animal que la nature a dédoublé de naissance entre des mondes fictifs et le réel et qui se transporte aussi spontanément dans le mythe qu'il vaque à ses affaires. Il s'agira de scanner la vie onirique des démocraties parées de vêtements aussi faussement évangéliques que les crosses d'évêques et les chasubles dont la mise en scène répondait aux modèles théologiques de la théâtralisation de l'Histoire.

L'heure du débarquement de la psychanalyse post-freudienne dans la géopolitique a sonné. On savait que le paranoïaque bâtit des raisonnements rigoureux, parfois subtils et brillants, sur des prémisses oniriques. La démocratie aussi. Mais il se trouve que le modèle universel du dédoublement originel de l'espèce entre le réel et le mythique est le religieux; et si le paranoïaque exprime donc la condition cérébrale simiohumaine dans son universalité, comment le mythe de la Liberté ne prendrait-il pas le relais des Croisades? Et si l'imagination politique des démocraties mythiques se présente en décalque de l'utopie sotériologique des trois religions du Live - le rêve rédempteur est commun au judaïsme, au christianisme et à l'islam - comment se fait-il que leur courroie de transmission commune soit celle de trois enfers spécialisés dans la torture par le feu? "Dieu est né rôtisseur", disait le vieil Hugo. La spectrographie du songe démocratique nous conduira donc au même approfondissement de la connaissance de nous-mêmes que la psychanalyse du religieux. Simplement, nos rôtissoires sont de proportions plus modestes. Le Goulag et même la Shoah ne sauraient rivaliser avec la géhenne divine.

4 - L'introspection politique face au nucléaire

Il se pourrait que M. Obama jouât le rôle d'un accélérateur inattendu du débarquement de la simianthropologie critique dans la politologie du simple fait qu'en proposant la suppression pure et simple de l'arme nucléaire, il s'est condamné sans le savoir à énoncer une problématique de nature à nous conduire à la question de fond, celle de l'origine anthropologique de la dissuasion nucléaire. Pour l'instant, ce Président s'en trouve encore fort éloigné: "Le fatalisme est un ennemi mortel - dit-il; si nous pensons que la prolifération des armes nucléaires est inévitable, alors, c'est que nous admettons en nous-mêmes que leur utilisation est inévitable. Nous devons ignorer les voix qui disent que le monde ne peut pas changer."

Cette vision évangélique et pastorale de l'apocalypse nucléaire est évidemment utopique. Au sommet de Reykjavik avec M. Gorbatchev en 1986, M. Ronald Reagan avait lancé, lui aussi, un appel de type sotériologique à la pieuse élimination des armes nucléaires. Pour l'instant, M. Obama demeure un adepte de la dérobade dévote. Ne s'empresse-t-il pas d'ajouter que ce royaume des cieux ne sera "peut-être pas atteint de son vivant"? Mais le politique ne connaît que les solutions réalistes et les seules solutions réalistes sont celles que la force est en mesure d'imposer. C'est pourquoi l'anthropologie critique démontre qu'une arme suicidaire n'est pas une arme militaire, parce qu'elle est incompatible avec la notion de champ de bataille. Pour l'apprendre, il sera bien inutile de chercher la réponse dans une problématique politique au sens courant du terme - il y faut une connaissance spéléologique du singe semi cérébralisé, c'est-à-dire suffisamment éveillé pour ne pas se précipiter "héroïquement" et les yeux grands ouverts dans sa propre vaporisation inter sidérale. Le nouveau réalisme sera celui d'une pesée des paramètres religieux de la peur.

5 - Comment nous arracher à la vassalisation de l'Europe

La problématique des problématiques qu'exige une pesée anthropologique de l'encéphale simiohumain commence de montrer son canevas; car le dédoublement de la politique de notre espèce entre le réel et le vaporeux - ce phénomène remonte à l'invention du langage - illustre le déhanchement des peuples et des nations entre leurs masques de fer et leur peur. Les masques verbaux dont nous sommes affublés sont nos témoins cérébraux les plus fiables. Ils nous parlent de notre fausse justice, de notre droit estropié, de notre liberté vocalisée. Le totem suprême dont nous sommes friands n'est autre que l'universalité de la vérité dont notre parole nous fait une parure séraphique.

Prenez la guerre des vocables angéliques que la France se voit désormais condamnée à déclarer au monde entier afin de tenter de défendre ses intérêts les plus vitaux - ceux dont nos politologues s'accordent à reconnaître qu'ils exigent un déplacement titanesque du centre de gravité de notre politique de survie. Il est devenu évident que le débat porte maintenant sur les questions suivantes. Primo, comment le Vieux Continent rebroussera-t-il chemin, secundo, comment rompra-t-il avec son destin de suiveur humilié et de vassal consentant, lui qui se plaçait depuis si longtemps et sans murmurer dans le sillage du Nouveau Monde qu'il avait fini par s'y accoutumer et que son abaissement était devenu une seconde nature, tertio, par quel prodige du ciel de la démocratie les Etats domestiqués par leurs propres classes dirigeantes depuis trois générations forgeront-ils soudainement dans leur sein le levier de leur libération, quarto, comment trouver le chemin des futures alliances d'un Vieux Monde enfin régénéré avec la Russie, la Chine, l'Inde et l'Amérique du Sud - ces puissances débarquent à toute allure dans l'industrie et la technique modernes - quinto, comment calculer le prix de cette mutation et comment la contrôler afin qu'un changement radical de cap de la civilisation européenne ne la marginalise pas seulement sur un autre modèle, moins abaissant que l'anglo-saxon, mais lui permette, au contraire, de féconder à nouveau la raison mondiale?

L'avenir du "dialogue" de l'Europe avec l'Asie, l'Afrique, la Russie, l'Amérique du Sud et le monde musulman ne sera pas créateur s'il demeure seulement "culturel", comme on dit, donc sentimental et acéphale par nature : il s'agira, pour l'Occident , de redevenir le chef de file d'une pensée universelle fondée sur des paramètres anthropologiques . Or, depuis deux millénaires et demi, la pensée est critique ou n'est pas. L'autorité attachée à la notion de raison est née avec la Grèce des philosophes; et l'humanité s'est tour à tour endormie et réveillée au rythme des affûtages et des émoussements de ses victoires cérébrales sur ses dieux.

6 - L'homme et le chimpanzé

Mais si nous observons de plus près encore les masques du langage que brandit une politique européenne encore trop timidement engagée dans un desserrement de l'étau américain, nous remarquerons que les adversaires les plus acharnés des retrouvailles du Vieux Continent avec sa souveraineté perdue n'avouent jamais leur volonté secrète de se ligoter étroitement et à jamais au Nouveau Monde: ils usent des faux-fuyants les plus classiques du vocabulaire ambigu que la civilisation dite "de la liberté" leur fournit.

Il y a quelques mois, André Glucksmann appelait l'Elysée . Il avait soutenu le candidat Nicolas Sarkozy : il aimerait maintenant que le président lui en sût gré et en apprît un peu plus sur la "réalité du pouvoir néo-soviétique à Moscou". Le "philosophe au toit de chaume", comme le surnomme Yasmina Reza, propose au chef de l'Etat d'accueillir à bras ouverts un grand spécialiste de "l'horreur politique".

Au début de janvier 2008, le chef de l'Etat reçoit en grand secret un ennemi virulent de V. Poutine, Vladimir Boukovski, qui se fait une gloire d'avoir passé ses années les plus mémorables dans un hôpital psychiatrique à Moscou, mais dont la "guérison" remonte sûrement à plusieurs décennies, puisque l'hospitalisation des coupables "d'hérésie droitière" a été abolie après la mort de Staline en 1953 et que Le rôle d'accusé de Roger Grenier date de 1949 . Quand une dictature se décide à disqualifier ses ennemis à l'école de la psychanalyse, c'est que son orthodoxie est devenue impotente, puisque les aliénés n'étant pas responsables de leur délire, il ne fallait pas brûler ce fou de Giordano Bruno ou tuer ce dément de Trotski. Boukovski, le délirant, qui doit la vie sauve à sa pathologie, raconte son audience à l'Elysée: "André Glucksmann voulait que j'explique à Nicolas Sarkozy qui sont les hommes en place au Kremlin : tous des anciens du KGB. Ah ! je les connais malheureusement trop bien! Une heure durant, je lui ai exposé combien il est dangereux de trinquer avec des gens de cet acabit; il n'y gagnera pas un kopeck." Mais le saint homme a été déçu: "La visite, très courtoise, n'a servi à rien. Sarkozy a poursuivi ses relations ambiguës avec Poutine, puis Medvedev."

Vous avez dit "ambiguës"? Que signifie cet adjectif aux yeux d'une anthropologie ambitieuse de prendre un recul psychanalytique à l'égard des poupées russes dont l'emboîtage dans le cerveau simiohumain illustre la succession de nos problématiques spéculaires? Il se trouve que la politique internationale est ambiguë depuis que le Créateur en miroir que le singe vocalisé s'est donné pour témoin bancal et pathétique a feint, l'hypocrite, de se repentir à chaudes larmes d'avoir noyé des centaines de milliers de spécimens de sa créature. Pourquoi a-t-il épargné le bienheureux Noé sans nous dire quels remèdes ce Tartuffe du cosmos s'est administrés afin de faire semblant de s'auto-guérir d'une sauvagerie ou d'une folie originelles qu'il partage nécessairement avec sa créature dans le vide de l'immensité? On sait qu'André Glucksmann, dont le patronyme ambigu signifie "l'heureux homme", nous dit son miroir allemand, n'a jamais prononcé un seul mot ni écrit une seule ligne, même ambiguë, sur Guantanamo, sur la CIA ou sur le peuple de Gaza.

Le modèle de masque biface du politique dont il se sert afin de se cacher à lui-même les enjeux mimétiques de sa foi, donc le caractère nullement ambigu de ses dévotions, ce masque, dis-je, ne vise donc qu'à diaboliser Téhéran pour des motifs politiques clairs et précis à souhait: il s'agit de convertir le monde entier à la problématique infantile selon laquelle Israël serait menacé par une bombe nucléaire iranienne en cours de fabrication dans les ateliers de Manès, alors que ce pétard inutilisable se révèlerait aussi mythologique entre les mains des mollahs qu'entre celles des grandes puissances qui ne savent plus que faire de son ambiguïté et qui essaient vainement de s'en débarrasser depuis plus de soixante ans, tellement elle est devenue obsolète aux yeux de tous les théoriciens de la guerre. Mais si la sottise se révèle un produit pharmaceutique à peser sur la balance de l'ambigüité politique du mythe du Déluge, alors une politologie mondiale privée de la problématique générale qui commande les feintes et les ruses langagière de l'animal aux apocalypses truquées ne dispose pas encore d'une vision cohérente de l'histoire du simianthrope, parce que l'encéphale dérangé de notre espèce sert de boussole à un singe en folie.

7 - Le langage irrationnel de l'homme-singe

Nous sommes-nous un peu rapprochés de l'anthropologue anglais qui nous parlait d'un idiot mis à l'écoute d'un tapage incompréhensible ?

Les Christophe Colomb de l'anthropologie critique, La vassalisation financière et politique de l'Europe, 6 avril 2009

Mais il nous demeurera impossible de jamais traiter sérieusement de la question des mérites et de la nocivité de la folie aussi longtemps que nous n'aurons pas construit une balance un peu différente de celle d'Erasme. Car le premier ironiste de la démence ignorait que l'un des plateaux recevra un cerveau simiohumain encore confusible avec celui du chimpanzé, l'autre un cerveau déjà dédoublé, donc désorienté par le langage ambigu qui le dichotomisera. Considérons un instant la boîte osseuse flottante du Pakistan, ce pays dont le chef schizoïde déclarait, il y a peu, qu'il ne lancera jamais le premier la foudre nucléaire sur l'Inde, son voisin. On ne saurait calibrer la bipolarité de cette tête à l'école de l'Eloge de la folie d'Erasme, parce qu'on sait fort bien, à Islamabad, que New-Delhi dispose également de l'apocalypse biphasée et sottement solennisée à l'école de sa propre scission interne. On ne saurait donc prétendre ignorer qu'il s'agit d'une menace non moins fantomatique dans les mains de l'un que de l'autre de nos matamores ambigus.

Emprunterons-nous la balance cervantesque du délire? Nenni: l'invention de la folie rusée est une nouveauté anthropologique. Son examen exige que la question de la pesée du langage de l'homme-singe et du créateur ambigu qui le dédouble se place au cœur de la réflexion politique sur l'irrationnel simiohumain d'aujourd'hui; et il est non moins évident que le fléau d'une balance aussi inconnue de nos ancêtres ne pourra être forgé que sur l'enclume d'une logique transcendante à l'infirmité des problématiques actuelles de nos politologues. A quelle aune mesurerons-nous donc la solidité relative de l'encéphale du singe locuteur ? Comment pèserons-nous le néant simulé qu'il brandit à l'école de sa foudre onirique? Pour tenter de l'apprendre, commençons par nous demander pourquoi le dérangement originel de notre boîte osseuse nous fait proférer une menace tellement illogique que notre propre raisonnement, si illogique qu'il soit demeuré, suffirait à nous en démontrer la vanité.

Car enfin, il est contradictoire de brandir une apocalypse que l'on sait truquée. Et pourtant, cette feinte réussit, parce que la peur humaine est irraisonnée. Mais si elle était raisonnée, il n'existerait plus de religions, ce que démontre actuellement l'extinction de la domination éternelle, donc de la terreur qui rendait crédible une divinité armée de la foudre nucléaire de l'enfer. Il n'existe donc pas de pesée anthropologique de la bombe atomique sans une mise en lumière de son parallélisme avec l'épouvante sacrée. Mais cela signifie également que notre cerveau se trouve dichotomisé de telle sorte qu'il sait et ne sait pas ce qu'il fait dire à son propriétaire ; c'est donc que nous sommes convaincus de l'inexistence de Zeus, mais que nous nous gardons bien de le défier ouvertement. Notre peur nous fait dire à la fois: "On ne sait jamais… " et : "Je sais… ". C'est à cette ambiguïté anthropologique abyssale que nous renvoie l'ambiguïté commune à l'Europe et à André Glucksmann, le philosophe "sans peur et sans reproche", qui accuse M. Nicolas Sarkozy de faire preuve d'une "ambiguïté" politique épouvantable et qu'il entend bien rendre digne du bûcher au profit de l'agneau universel du monde moderne - l'Etat d'Israël. Car, pour sa part, le nouvel Abraham dont la sainteté ambiguë protège l'Isaac innocent qu'il est à lui-même n'éprouve pas l'ombre d'un doute quant à la légitimité démocratique de la bombe nucléaire hyper terrorisante de Tel-Aviv, donc quant au ridicule qui en découle pour la bombe encore dans les limbes à Téhéran. Mais alors, la logique bifide du singe théologisé par ses grammaires pourrait bien se révéler une ruse politique de forte taille, donc une stratégie tellement savantissime que son ambiguïté anthropologique appelle un examen strangulatoire.

8 - L'ambigüité existentielle du singe dédoublé

En vérité, la relation animale classique entre la peur masquée et la menace performante a été subrepticement déplacée par la bombe thermonucléaire, qui a brouillé les corrélations connues entre les forces apparentes et les forces réelles de la politique. Le chat qui se hérisse, crache et ouvre toute grande sa gueule minuscule exerce une dissuasion dont la crédibilité agit effectivement sur un chien de taille moyenne, mais non sur un molosse. C'est pourquoi les bêtes féroces ne se défient pas entre elles : ou bien elles s'entredévorent sans " débat " sur leurs chances respectives de survie, ou bien elles s'évitent prudemment. Le lion, le tigre et le léopard ne comparent pas la puissance de leurs mâchoires. Il n'en est pas de même entre les Etats: s'ils sont de taille égale, ils peuvent s'affronter et il arrive que l'un l'emporte sur l'autre sans disposer d'un avantage physique spectaculaire sur son adversaire.

La dissuasion nucléaire a bouleversé ce schéma multimillénaire: s'il y est résolu, un nain peut faire jeu égal avec un géant. Toute la question est seulement de savoir s'il parviendra à convaincre son adversaire de la démence dont il se vante et dont il se fait un bouclier, ce qui a rendu le courage militaire matamoresque par définition. Le chat hérissé devient vraiment redoutable, mais à la condition absolue qu'il soit réellement devenu suicidaire, donc que les deux adversaires acceptent de ne jamais assister à leur victoire nécessairement posthume. C'est pourquoi, de 1945 à 1960 environ, les Etats simiohumains se sont épuisés à se convaincre eux-mêmes qu'ils étaient héroïques des pieds à la tête et qu'un vrai chef d'Etat devait se rendre crédible par ses griffes en ce sens que tout son peuple serait devenu consentant à jouer les matamores vaporisés. Mais, dans le même temps, l'introspection semi animale s'arrête à mi parcours et même à quelques encablures de la sortie du port, parce que les théoriciens de leur foudre ne poursuivent jamais leurs semi analyses jusqu'à s'interroger sur les ultimes frustrations du singe suicidaire et sur celles de ses adversaires, qui se privent de conserve du spectacle de leur ennemi terrassé dans les nues. Dans le même temps, l'anthropologie critique fait des pas de géant, parce qu'une vraie pesée de l'histoire exige désormais un bouleversement radical de la problématique de la politique et de l'histoire . Il s'agit non seulement de calibrer à nouveaux frais les mythes religieux et les coordonnées de la psychologie classique, mais de descendre en spéléologue dans les souterrains du réel et de l'imaginaire simiohumains.

9 - L'existentialisme politique à l'âge de l'atome

Car enfin , si les deux moteurs centraux et éternels de l'histoire qu'on appelait le courage et la peur changent non seulement de mensurations, mais de nature, de sorte que le courage n'est plus le courage s'il se pare d'une cécité mortelle et si la peur n'est plus la peur, faute d'adversaire à vaincre, l'espèce simiohumaine se trouve condamnée à une sotte errance dans le vide du cosmos où sa foudre la condamne à se suicider de bêtise ou à mourir d'ennui de n'avoir plus personne à écharper. Que faire si la paix n'est plus le fruit de la sagesse, mais de la contrainte? On pourra jouer à se faire peur sans en avoir les moyens réels; on pourra tester un instant la sottise auto-propulsive de ses congénères. Mais les spectateurs transcendantaux de l'idiot de Shakespeare vont leur ouvrir les yeux et le singe semi pensant se trouvera pris dans l'engrenage ambigu de sa lucidité naissante.

En vérité tout avait commencé avec le mousquet, qui armait tout le monde d'une foudre privée de musculature et qui tuait à distance aussi instantanément qu'à grand bruit. On avait fini par s'y faire. Et voici que le jeu prend fin dans un cauchemar : la charpente osseuse de tout Etat grand ou petit se change en Jupiter et fait, des peuples et des nations, des personnages titubants et aveugles. Mais, du coup, comment ne pas apprendre à penser l'hébétude, comment ne pas faire de l'introspection nucléaire la seule arme du salut, comment ne pas chercher refuge dans sa propre boîte osseuse, comment ne pas faire de l'intelligence l'arme nouvelle du genre simiohumain, celle de la seule guerre encore possible, la guerre cérébrale? Quelle mutation de la condition ambiguë de l'humanité que celle d'une espèce condamnée à marcher avec le canon d'une arme à feu sur la tempe!

La suite à lundi prochain

Le 13 avril 2009

http://pagesperso-orange.fr/aline.dedieguez/tstmagic/1024/tstmagic/philosopher/vassalisation.htm


Mercredi 15 Avril 2009


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