Politique Nationale/Internationale

Hugo Chávez en route vers un second mandat présidentiel


Les élections présidentielles vénézueliennes du 3 décembre 2006 déboucheront probablement sur la victoire de Hugo Chávez. Le candidat de l’opposition, Manuel Rosales, n’a effectivement que très peu de chances de l’emporter sur l’homme le plus populaire d’Amérique latine. Les sondages annoncent une avance de 20 points pour l’actuel président, quasiment certain de remporter l’élection dès le premier tour[1].


Salim Lamrani

Proposé par l'auteur


Salim Lamrani
Mardi 28 Novembre 2006

Hugo Chávez en route vers un second mandat présidentiel
L’opposition, consciente de cette réalité, multiplie les accusations contre le gouvernement bolivarien. L’organisation Súmate, financée par les Etats-Unis par le biais de la Fondation nationale pour la démocratie (National Endowment for Democracy), reproche aux autorités l’augmentation spectaculaire du nombre d’électeurs qui est passé de 11 millions en 2003 à 16 millions en 2006, suite à la campagne lancée pour le gouvernement encourageant la population à s’inscrire sur les listes électorales. La plupart des nouveaux électeurs sont issus des couches populaires qui ont grandement bénéficié des politiques sociales du gouvernement, et il est fort probable qu’ils renouvellent leur confiance à Hugo Chávez. Súmate a également stigmatisé le système de vote automatisé [2].


 


            Les adversaires du gouvernement dénoncent également « un déséquilibre dans la campagne électorale ». Alejandro Plaz, président de Súmate, a fustigé les augmentations de salaires des fonctionnaires, la modernisation du pays et les apparitions réitérées de Hugo Chávez sur les chaînes de télévision publiques. Plaz omet cependant de signaler que l’ensemble des médias privés, qui représentent 90% du paysage médiatique vénézuelien, soutiennent le candidat de l’opposition [3].


 


            La présidente du Conseil national électoral, Tibisay Lucena, a rejeté les doutes émis par les représentants de l’oligarchie vénézuelienne et a assuré que le Pouvoir électoral « garantit l’intégrité du processus, garantit les résultats électoraux [et] garantit le fait qu’ils seront le fidèle reflet de la volonté populaire [4] ».


 


            Manuel Rosales, gouverneur de l’Etat pétrolier de Zulia, a quitté temporairement ses fonctions pour se consacrer à la campagne. Il a déclaré son opposition aux programmes sociaux entrepris par Chávez, et a proposé en échange de créer une carte de débit gouvernemental destinée aux pauvres afin de leur reverser directement 20% des revenus pétroliers. Mais Rosales a peu de chances d’attirer le vote des couches modestes qui voient en lui un représentant de la vieille classe politique discréditée. En effet, son association avec le secteur oligarchique du pays et l’administration Bush est notoire et suscite un rejet populaire manifeste. Il avait d’ailleurs participé au coup d’Etat éphémère contre Hugo Chávez le 11 avril 2002 en signant le décret qui nommait Pedro Carmona nouveau Président de la République [5].


 


            Certains groupes radicaux de l’opposition, liés à l’extrême droite cubaine de Floride, ont déjà élaboré plusieurs projets de déstabilisation. Ainsi, Rafael Poleo, directeur du quotidien El Nuevo País, a d’ores et déjà lancé un appel à une manifestation le 4 décembre 2006 pour protester contre « la fraude électorale », confirmant les craintes des autorités sur l’existence d’un plan B destiné à provoquer le chaos. Le gouvernement a découvert un plan élaboré par l’organisation terroriste New Cuba Coalition, basée à Washington, qui prévoit de déclencher une guérilla urbaine en cas de victoire de Chávez. Le groupuscule incite les Vénézueliens à s’organiser en cellules d’autodéfenses, à poster des francs-tireurs et à préparer des explosifs [6].


 


            Le ministre de l’Intérieur et de la Justice, Jesse Chacón, a garanti pour sa part que l’Etat ne se laisserait pas déborder, et que les élections se dérouleraient dans un climat de paix. « On ne permettra pas que se renouvelle ce qui est arrivé [en 2002] », a-t-il assuré. Il a exhorté la population à participer massivement au vote et à attendre patiemment le verdict officiel qui sera émis par le Conseil national électoral [7].


 


            De son côté, le vice-président de la République, José Vicente Rangel, a averti l’opposition des conséquences de tels actes. « Nous n’accepterons en aucune manière des comportements antidémocratiques. Le processus électoral est plein de garanties [et] nous offrons un climat de participation à tous les secteurs de la vie nationale. L’opposition ne surprendra pas une nouvelle fois le gouvernement bolivarien », a-t-il déclaré, en référence au coup de force d’avril 2002. Il a également rappelé que le sabotage pétrolier en décembre 2002 avait coûté 20 milliards de dollars à la nation [8].


 


            Le Président Chávez a également été clair à cet égard. L’industrie pétrolière et les Forces armées sont des institutions « révolutionnaires », en réponse aux dénonciations émises par l’opposition au sujet du ministre de l’Energie, Rafael Ramírez, qu’elle accuse d’influencer le vote des employés de l’entreprise pétrolière nationale PDVSA. Chávez a immédiatement rejeté ces propos accusateurs : « Ce sont les mêmes qui ont déclenché le blocage criminel et terroriste entre décembre 2002 et février 2003 », en vue de le renverser. Il en a profité pour lancer un appel au Tribunal suprême et dénoncer l’impunité des saboteurs. « Ils devraient être en prison en train de payer le mal qu’ils ont fait au pays. Près de 20 milliards de pertes. Quelle grève pétrolière ? C’était du sabotage, du terrorisme », a-t-il noté. L’opposition « a le droit de prétendre » l’évincer du pouvoir, mais « elle n’a pas le droit d’utiliser des méthodes distinctes de celles établies par la Constitution », a-t-il conclu [9].


 


            William Lara, Coordinateur général du Movimiento Quinta República (MVR), le parti du Président, a également mis en garde l’opposition. « On commence déjà à avancer l’idée de fraude, principalement élaborée par le candidat Rosales, et beaucoup de ses partisans. S’il continue à promouvoir la campagne de déstabilisation même après les résultats, ce serait un suicide politique »[10].


 


            Hugo Chávez est persuadé que le 3 décembre constituera « un triomphe révolutionnaire écrasant ». Il a déjà fixé les objectifs de son gouvernement jusqu’en 2021. « Les 14 prochaines années permettront de construire le grand projet national de Simon Bolivar », a-t-il souligné, en référence au Libérateur latino-américain [11].


 


            La certitude du Président vénézuelien s’explique, en grande partie, par le succès de sa politique sociale et sa politique de modernisation du pays. L’une des priorités du gouvernement a été d’améliorer le niveau de vie des retraités. Le revenu moyen d’un retraité qui était de 32 dollars en 1999 est passé à 232 dollars en 2006. Longtemps délaissés par les administrations antérieures, près de 120 000 retraités n’avaient pas reçu les prestations sociales auxquelles ils avaient droit. Le Président Chávez a donc décidé de procéder au paiement des pensions non versées par ses prédécesseurs aux travailleurs du secteur public, et a débloqué la somme de 60 millions de dollars à cet effet [12].


 


            L’éducation n’a pas été en reste. En sept ans, 1 121 733 personnes ont intégré les universités, a signalé Samuel Moncada, le ministre de l’Education supérieure. Dans les années 90, seule une minorité de la population avait accès aux universités. Depuis 1999, sept nouvelles universités ont vu le jour à travers le pays. Près de 68 nouveaux programmes ont été élaborés en fonction des besoins des nouveaux étudiants auxquels s’ajoutent 261 programmes doctoraux. « Nous sommes en train de promouvoir un processus de municipalisation des universités pour que les étudiants […] puissent disposer d’une institution d’éducation supérieure dans leur propre municipalité », a expliqué le ministre Moncada. « Au Venezuela, nous sommes persuadés que l’instrument de libération de l’homme est l’éducation », a-il ajouté [13].


 


            Le Venezuela vient également d’ouvrir une Ecole latino-américaine de médecine, située à Ciudad Guayana dans l’Etat de Bolívar. Fondée sur le modèle cubain, elle est destinée à former gratuitement des médecins en provenance du continent américain et d’Afrique [14].


 


            L’Opération Miracle lancée par Cuba et soutenue par le Venezuela a permis à près de 485 000 patients, dont 290 000 Vénézueliens, de retrouver la vue. Atteints de cataractes et autres maladies oculaires, ces personnes, aux revenus modestes, en provenance de 28 pays différents, ont été opérées gratuitement par des médecins cubains et vénézueliens. La campagne humanitaire et sociale a pour but d’opérer un million de personnes par an. Un Vénézuelien sur 87 et un Bolivien sur 213 ont reçu des soins de cette nature. Treize centres ophtalmologiques ont été ouverts au Venezuela à cet effet. Près de 31 000 jeunes Vénézueliens sont actuellement étudiants en médecine [15].


 


            L’économie vénézuelienne se porte bien avec une croissance de 10,2% au troisième trimestre 2006. Elle est florissante pour la 3ème année consécutive. La hausse du pouvoir d’achat, les investissements publics et l’expansion du crédit ont joué un rôle important dans cette embellie. Mais, il ne faut pas négliger l’apport important du secteur privé dont le rôle a été fondamental, selon la Banque centrale du Venezuela (BCV). Les importations de biens ont atteint la somme de 8,5 milliards de dollars de janvier à septembre 2006, soit une hausse de 30% par rapport à l’année précédente. Le taux de chômage a baissé de 2 points pour s’établir à 9,5%. Même l’inflation, qui est le talon d’Achille de l’économie nationale, a baissé d’un demi point pour se stabiliser à 15,5% [16].


 


            L’exemple offert par le Venezuela, qui s’est lui-même inspiré dans une certaine mesure du modèle cubain, parcourt le reste de l’Amérique latine. Après l’arrivée du pouvoir d’Evo Morales en Bolivie et la réélection de Lula au Brésil, le Nicaragua vient de choisir le sandiniste Daniel Ortega comme nouveau président. Washington est alarmé par ses grands changements et voit sa marge de manœuvre terriblement restreinte. En effet, ses deux moyens de pression historiques – le chantage économique et la menace militaire – sont désormais surannés. Aux Nations unies, les Etats-Unis n’ont pas réussi à imposer leur candidat de service, le Guatemala, comme membre non permanent du Conseil de sécurité, malgré 47 tours de scrutin face au Venezuela, et ont été contraints finalement d’accepter le Panama comme candidat de consensus[17].


 


            Francis Fukuyama, le célèbre idéologue étasunien ultraconservateur, qui avait décrété « la fin de l’histoire » dans les années 1990 après la chute du communiste et la victoire finale du capitalisme néolibéral, est revenu sur ses propos. Il est subjugué par l’importance prise par le Révolution bolivarienne dont les succès, en à peine huit ans, sont impressionnants. Pour lui, Hugo Chávez symbolise « le retour de l’histoire » et la fin de l’hégémonie étasunienne sur le continent [18].


 


Chantre du « socialisme du XXIe siècle », une idéologie émancipatrice, Hugo Chávez est devenu l’un des hommes les plus influents d’Amérique latine. En moins d’une décennie, il a réussi à consolider un processus révolutionnaire au sein de la société vénézuelienne qui semble désormais irréversible. Inexistants sous les gouvernements antérieurs, les Vénézueliens, acteurs principaux du nouveau projet de société mis en place depuis 1999, ne sont pas prêts à abandonner leur dignité retrouvée.


 


Notes


 


[1] Victor Flores, « El desafío de construir una alternativa ante Chávez », El Nuevo Herald, 17 novembre 2006; Agencia Bolivariana de Noticias, « Medios internacionales destacan victoria de Chávez en encuestas », 17 novembre 2006.


 


[2] Fabiola Sánchez, « Denuncian fallas en proceso electoral en Venezuela », Associated Press, 16 novembre 2006 ; Rui Ferreira, « Firma de máquinas de votación niega nexos con Chávez », El Nuevo Herald, 31 octobre 2006.


 


[3] Ibid.


 


[4] Ibid.


 


[5] Christopher Toothaker, « Venezuela : Rosales, la piedra en el zapato de Chávez », Associated Press, 15 novembre 2006.


 


[6] Nahilce Martínez, « Descubiertos planes de desestabilización en Venezuela », Agencia Bolivariana de Noticias, 8 novembre 2006. Granma, « Nuevos detalles de plan subversivo en Venezuela », 7 novembre 2006.


 


[7] Agencia Bolivariana de Noticias, « MIJ garantizó clima de paz para elecciones presidenciales », 9 novembre 2006.


 


[8] Agencia Bolivariana de Noticias, « No aceptaremos comportamientos antidemocráticos de la oposición », 3 novembre 2006.


 


[9] EFE, « Chávez admite que PDVSA es sólo para ‘revolucionarios’ », 4 novembre 2006.


 


[10] Agencia Bolivariana de Noticias, « Lara: 3D podría terminar de separar a la oposición venezolana », 16 novembre 2006.


 


[11] Juan Barreto, « Chávez quiere triunfo que lance el socialismo », El Nuevo Herald, 8 novembre 2006.


 


[12] Agencia Bolivariana de Noticias, « Gobierno Nacional canceló prestaciones a ex trabajadores públicos », 6 novembre 2006.


 


[13] Agencia Bolivariana de Noticias, « En siete años 1 millón 121 mil 733 personas ingresaron a universidades », 3 novembre 2006.


 


[14] Ibid.


 


[15] Agencia Bolivariana de Noticias, « Más de 485 mil pacientes beneficiados por Operación Milagro » 19 novembre 2006.


 


[16] Fabiola Sánchez, « Crece economía en Venezuela », Associated Press, 16 novembre 2006. Associated Press, « Baja la inflación en Venezuela », 1 novembre 2006 ; Agencia Bolivariana de Noticias, « Economía del país mantiene crecimiento a lo largo de tres años consecutivos », 15 novembre 2006.


 


[17] Diego A. Santos, « ONU : Panamá será candidato de consenso de Guatemala y Venezuela », El Nuevo Herald, 1 novembre 2006.


 


[18] Nestor Ikeda, « Fukuyama : ‘Hugo Chávez es retorno de la historia’ », Associated Press, 10 novembre 2006.


Aporrea et ENcontrARTE, frères vénézuéliens de Tlaxcala sur la Toile, sont présents et actifs dans la "marée rouge" de fin de campagne.





Salim Lamrani est chercheur français à l'Université Denis Diderot (Paris VII), spécialiste des relations entre Cuba et les USA. Auteur de Cuba face à l'empire : Propagande, guerre économique et terrorisme d'état, Éditions Timéli, 2006, et de Washington contre Cuba, Éditions Le Temps des Cerises, 2005.
URL de cet article :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=1658&lg=fr


Mardi 28 Novembre 2006

VIDEOS | Politique Nationale/Internationale | Propagande médiatique, politique, idéologique | Société | Histoire et repères | Conflits et guerres actuelles | Néolibéralisme et conséquences

Publicité

Brèves



Commentaires