EUROPE

Hongrie : les socialistes mettent en place des milices de droite.


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Markus Salzmann
Mercredi 22 Juillet 2009

Photo: http://www.presseurop.eu
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La défaite massive du parti gouvernemental hongrois MSZP (socialiste) à l'élection européenne de juin a provoqué un nouveau et spectaculaire tournant à droite de la part de cet ancien parti stalinien d'Etat. Le MSZP veut mettre en place de soi-disant « gardes villageoises » dans les communes. Celles-ci porteraient des armes et exerceraient les fonctions qui sont celles de la police. A l'avenir, elles seraient aussi actives dans les centres importants du pays. 

Ce genre de milice existe déjà depuis deux ans en Hongrie. La soi-disant « garde hongroise », qui est associée au parti d'extrême droite Jobbik, terrorise de préférence les quartiers habités par les Roms et les étrangers. On lui attribue plus d'une dizaine de meurtres, parmi lesquels celui d'un enfant de quatre ans. 

Les arguments avec lesquels le premier ministre indépendant, nommé par les socialistes, Gordon Bajnai justifie les « gardes villageoises » sont en tous points semblables à ceux de la droite. « L'ordre doit régner en Hongrie — elles [les gardes] sont déterminantes pour toute l'évolution et la gestion de la crise » dit Bajnai selon le journal Pester Lloyd, à Miskolc, une ville du Nord-Est de la Hongrie, où il parlait devant une classe composée de « personnel de sécurité» , des gens destinés à devenir des « auxiliaires de police » et formés par la police. 

Le fait que Bajnai parle publiquement à Miskolc a une signification particulière. Le nombre de Roms vivant dans cette ville est particulièrement élevé. Le chômage, la pauvreté et la criminalité également. Le chef de la police de la ville avait fait parlé de lui il y a un an, lorsqu'il avait accusé, dans une tirade raciste, les Roms d'être responsables de la criminalité et du déclin social. Il fut révoqué, mais seulement pour un jour. A la suite de protestations de la part de politiciens de droite et de policiers, on l'avait restauré dans ses fonctions et le gouvernement social-libéral lui avait accordé une rallonge budgétaire de 7,4 millions d'euros.   

On recrute les « auxiliaires de police » parmi des jeunes socialement déchus qui sont sans éducation, sans travail et sans perspective. La première centaine de ces personnes formée à Miskolc comme personnel de sécurité sera armée et affectée aux commissariats des environs. Le Pester Lloyd décrit ces éléments, dont on se sert déjà en d'autres lieux, comme étant des « personnages d'apparence fruste (signe caractéristique : forte nuque et chaîne en or) qui jouent aux gardiens de l'ordre, ailleurs ce sont d'anciens officiers de l'Armée populaire qui paradent en tenue martiale dans les rues, ailleurs encore des hommes ultra-bavards du type Blockwart [soi-disant « chef de bloc », chargé de surveiller un pâté de maisons sous les nazis, ndt.] passent leur temps en "patrouille" ».  

La mise en place de ces « gardes villageoises » est une réaction du MSZP à la récente montée électorale de Jobbik et à ses propres sondages, de plus en plus mauvais. Le MSZP est passé pour la première fois sous la barre des 10 pour cent, selon une enquête de l'institut de sondage Nezöpont Intezet. Ce parti qui gouverne le pays depuis 2002 se trouve ainsi au même niveau que le parti néo-fasciste Jobbik.

Mais il serait trompeur de ne voir dans ce tournant à droite du MSZP qu'une réaction tactique en vue des prochaines élections parlementaires. Les cercles dirigeants hongrois se préparent bien plutôt à de violents conflits avec l'ensemble de la classe ouvrière. Les Roms, qui furent déjà victimes des persécutions et des plans d'extermination nazis pendant l'occupation de la Hongrie dans les années quarante, servent à présent à ces cercles de bouc émissaire et de paratonnerre. 

Les Roms représentent la plus importante minorité de la Hongrie. Selon des estimations officieuses, ils constituent entre 4 et 10 pour cent de la population. Malgré le fait qu'ils vivent en Hongrie depuis cinq cents ans et sont pour la plupart sédentaires, ils font l'objet d'une forte discrimination sociale. Ce sont eux qui ont souffert le plus des suites économiques de la restauration du capitalisme et ils appartiennent aux couches les plus pauvres du pays. Leur espérance de vie est d'environ dix ans inférieure à celle de la moyenne de la population. Seul un tiers des enfants roms fréquentent une école conduisant à un certificat comparé à 90 pour cent pour le reste de la population. Le chômage des jeunes est chez eux considérable.

Face à la crise économique qui a pris possession du pays, le gouvernement intensifie les attaques contre l'ensemble de la classe ouvrière. Après avoir fait accepter des baisses sensibles de revenus aux salariés du secteur public, le gouvernement a ordonné de nouveaux taux d'imposition, qui font sentir leurs effets depuis le premier juillet. La taxe sur la valeur ajoutée (TVA) est passée de 20 à 25 pour cent, ce qui a encore fait monter le prix des aliments de base et de l'énergie, déjà en augmentation permanente. Un nouvel impôt immobilier frappe les ménages qui ont financé leur maison ou leur appartement en monnaie étrangère et qui, du fait de la dévaluation du forint, la monnaie hongroise, sont menacés de faillite.

La réforme de l'impôt sur le revenu rapproche la Hongrie du taux unique d'imposition existant déjà depuis pas mal de temps dans les pays voisins de Slovaquie et de Roumanie. Ce type de système dégrève les hauts revenus aux dépens des faibles et moyens revenus ainsi que des chômeurs, qui doivent désormais payer des impôts sensiblement plus élevés.

Bajnai et les socialistes au gouvernement sont déterminés à poursuivre ce cours et à l'intensifier, alors que la crise financière creuse des trous de plus en plus larges dans le budget de l'Etat et aggrave la situation de l'économie.

« Après que les mesures gouvernementales ont déjà éliminé plusieurs tabous au cours de 75 premiers jours de [notre] mandat, nous nous trouvons devant de nouvelles décisions clés à prendre dans les six à neuf mois à venir » déclara Bajnai dans une interview donnée au magazine économique HVG. « Les dépenses des budgets communaux et fédéraux et du système de transport public doivent faire l'objet d'une réduction de l'ordre de 100 milliards de forints supplémentaires (370 millions d'euros). » 

L'Europe occidentale exerce une forte pression qui pousse le gouvernement hongrois à imposer de telles mesures. L'Union européenne et le patronat exigent de nouvelles mesures d'austérité aux dépens de la population laborieuse. 

Depuis les privatisations des années 1990, les entreprises allemandes et autrichiennes ont pu s'imposer comme les plus importants investisseurs du marché hongrois. Elles y ont investi environ 7,7 milliards d'euros. Avec la crise économique, ces investissements se sont totalement arrêtés. Selon l'Agence de promotion du commerce et des investissements (ITD) il n'y a plus du tout d'investissement direct en provenance d'Autriche. En 2008 c'étaient encore 900 millions d'euros qui étaient venus du pays voisin, ce qui représentait presque un quart de tous les investissements directs en Hongrie.

Le secteur financier est lui aussi fortement intégré sur le plan international. Les banques allemandes et autrichiennes comptent parmi les plus grandes institutions financières de la Hongrie. Un des problèmes-clés du secteur financier est la dévaluation du forint qui plonge ceux qui ont des crédits en monnaie étrangère dans des dettes incontrôlables. Dans l'intervalle, le coût de tels crédits a augmenté de 20 pour cent.  Selon l'autorité de surveillance bancaire hongroise, 20 000 débiteurs ont demandé une aide et ont négocié une transformation de leurs crédits en forints ou un moratoire.

La chambre de commerce américaine en Hongrie, l'AmCham, exige elle aussi de nouvelles démarches de la part du gouvernement hongrois afin de renforcer la compétitivité du pays. Une déclaration de cette organisation patronale américaine dit qu'elle s'attend déjà, pour les premières mesures, à de nombreux « éléments positifs », mais que bien d'autres choses sont encore nécessaires.

http://www.wsws.org/ http://www.wsws.org/



Mercredi 22 Juillet 2009


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