Conspiration

Honduras : le maintien de la base militaire US de Soto Cano, un des motifs possibles du putsch


Traduit par Fausto Giudice


Eva GOLINGER
Mardi 7 Juillet 2009

Honduras : le maintien de la base militaire US de Soto Cano, un des motifs possibles du putsch

Le président Manuel ZELAYA a été séquestré dans le palais présidentiel, sa résidence et emmené de force à la base militaire Hernan Acosta Mejias dans la banlieue de Tegucilgalpa dans la nuit du dimanche 28 juin. Après un temps sur la base, il a ensuite été expédié au Costa-Rica dans l’avion présidentiel. Il y a été reçu pendant que se poursuivait brutalement le coup d’État dans son pays. Les militaires US et leurs représentants à Tegucigalpa avaient parfaitement connaissance des faits.

Les USA entretiennent une base militaire au Honduras, à SOTO CANO (à 97 km de la capitale), qui est opérationnelle depuis 1981 (elle est entrée en fonction sous la présidence Reagan). Elle fut d’abord utilisée par le colonel US Oliver North comme base opérationnelle de la « contra » nicaraguayenne, force paramilitaire entrainée et financée par Washington pour faire la guerre aux mouvements de gauche en Amérique Centrale et tout particulièrement contre le gouvernement sandiniste du Nicaragua. C’est depuis Soto Cano que la Contra lançait ses attaques terroristes, ses escadrons de la mort et toutes les missions spéciales qui consistaient en des milliers d’assassinats, de disparitions forcées, de tortures, de populations terrorisées dans toute l’Amérique centrale,

La base de Soto Cano est le siège de la Force opérationnelle mixte « Bravo » (Joint Task Force Bravo) composée d’effectifs de l’armée de terre, de l’armée de l’air, de forces de sécurité communes et du 1er bataillon du 228ème régiment de l’aviation US, ce qui représente environ 600 personnes au total et 18 aéronefs de combat, dont des hélicoptères UH60 Black Hawk et CH47 Shinock. Soto Cano est également le siège de l’Académie aérienne hondurienne, Plus de 650 citoyens usaméricains et honduriens vivent en permanence à l’intérieur de la base. En 2005, on commença à y construire des logements, dont 44 immeubles d’appartements et diverses résidences pour les troupes.

La constitution du Honduras ne permet pas légalement la présence militaire étrangère dans le pays. Un accord « par poignée de main » ("handshake agreement") semi-permanent entre les deux pays autorise cette présence stratégique. Cet accord avait été conclu en 1954 dans le cadre de l’aide militaire que les USA fournissaient au Honduras. Chaque année, Washington autorise des centaines de millions de dollars d’aide militaire et économique à ce pays, le troisième plus pauvre de l’hémisphère. Cet accord peut être dénoncé par le Honduras sans préavis.


Le 31 mai 2008, le président Manuel Zelaya annonçait que Soto Cano (Palmerola) serait utilisée pour des vols commerciaux internationaux. La construction du terminal aérien civil a été financée par des fonds de l’ALBA.

Le commandant de l’aviation du Honduras, le général Luis Javier Suazo, a étudié en 1996 dans la fameuse Ecole des Amériques [installée au Panamá en 1946, elle a été rapatriée à Fort Benning en Géorgie en 1984 et rebaptisée Institut de l'hémisphère occidental pour la sécurité et la coopération, NdT]. Le chef d’État-major conjoint, le général Romeo Vásquez, destitué par le président Zelaya le 24 juin pour avoir désobéi à ses ordres et principal acteur, quelques jours plus tard, du coup d’État est également diplômé de cette école école. Les deux hauts gradés honduriens entretiennent d’étroites relations avec le Pentagone et les militaires US de Soto Cano.

Bien que le Honduras dépende économiquement des USA, les relations diplomatiques ont commencé à se détériorer dans ces derniers mois. Le président Zelaya a félicité Obama en novembre pour sa victoire électorale qu’il qualifié « d’espoir pour le monde entier ». Mais deux mois plus tard, Zelaya envoyait à Obama une lettre personnelle dans laquelle il accusait les USA d’interventionnisme et il appelait le nouveau gouvernement à respecter les principes de non-ingérence dans la politique des autres pays. Zelaya a également demandé aux USA de revoir leur politique d’immigration et de visas utilisée comme pression contre ceux qui ont des croyances différentes et des idéologies qui ne représentent aucune menace pour les USA. Zelaya ajoutait que « la lutte légitime contre le trafic de drogue ne doit pas être utilisée comme prétexte pour imposer une politique interventionniste à d’autres pays ». Peu de temps après, Zelaya et son homologue Ortega du Nicaragua, boycottaient une réunion du Système d’Intégration de l’Amérique Centrale (SICA) à laquelle le vice-président US Joe Biden devait être présent.

Wasington a admis avoir eu connaissance préalable du coup d’État au Honduras avant même la semaine dernière. Dans des déclarations faites à la presse, lundi dernier, deux porte-parole du Département d’État ont déclaré que leur ambassadeur et une équipe de diplomates US « étaient en conversation » avec les principaux acteurs du putsch depuis un mois. Ces conversations se sont intensifiées durant la dernière semaine puisque l’ambassadeur Hugo Llorens s’est réuni trois fois avec les militaires putschistes et les groupes civiques [l’opposition de droite à Zelaya, NdT] pour chercher une autre issue [que le putsch, NdT].

L’administration Obama a condamné le coup d’État mais d’une manière très mesurée, le qualifiant comme action « en train d’évoluer vers un coup d’État » mais confirmant que légalement, elle ne le considère pas comme tel. Cette ambiguïté permet aux USA de maintenir les liens diplomatiques avec le Honduras et le gouvernement de facto, de reconnaître le gouvernement putschiste et de maintenir son aide militaire et économique à ce pays. C’est que s’ils qualifiaient les faits de coup d’État, les USA seraient obligés par la loi de rompre les relations diplomatiques et de suspendre la plus grosse partie de leur aide économique et militaire au Honduras.

De toute évidence Washington ne tient pas à risquer la fermeture de sa base de Soto Cano et l’expulsion de ses 600 militaires. De plus, la majorité des forces armées honduriennes qui ont pris part au coup d’État sont des alliés et des partenaires importants pour le Pentagone. Les actions du président Zelaya pour construire un terminal civil à Soto Cano et d’y autoriser des vols commerciaux internationaux, réalisées avec des fonds de l’ALBA, peuvent s’interpréter facilement comme une menace à la future présence militaire US au Honduras. Entre autres raisons, cela pourrait expliquer l’ambiguïté publique d’Obama face au coup d’État au Honduras.





“Guerriers ailés”, emblèmes d u1er Bataillon du 228ème Régiment d'Aviation


Source : TeleSur - Base militar de EEUU en el centro del golpe: Intención de expulsar a la presencia militar estadounidense pudiera haber sido causa del golpe militar

Article original publié le 30/6/2009

Sur l’auteure 

Fausto Giudice est membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteure, le traducteur, le réviseur et la source.

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Mardi 7 Juillet 2009


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