Proche et Moyen-Orient

Hizb Allah, le Parti de Dieu: Qui sont les terroristes ?


Au lendemain d’une guerre de trente-trois jours contre Israël, le Hezbollah, mouvement islamique apparu voici vingt-quatre ans [au Liban], est devenu le parti politique le plus populaire au Moyen-Orient. Voici les raisons pour lesquelles cela ne doit en aucun cas nous inquiéter.


Nir Rosen
Mercredi 11 Octobre 2006

Hizb Allah, le Parti de Dieu: Qui sont les terroristes ?
Nir Rosen

Traduit par Marcel Charbonnier et révisé par Fausto Giudice




Plus d’un million de Libanais se sont rassemblés sur une immense place, dans la banlieue sud de Beyrouth, le 22 septembre, afin de célébrer la campagne militaire largement couronnée de succès de leur pays contre Israël. Sayyed Hasan Nasrallah, le secrétaire général du Hezbollah, a risqué sa vie, apparaissant en public bien que les dirigeants israéliens aient juré de le descendre ; il a parlé à ses partisans éperdus d’admiration – à ses partisans, tant au Liban que partout ailleurs dans le monde.

Beaucoup d’enfants avaient été dispensés d’école, et des bus avaient acheminé des supporters depuis toutes les localités du Liban, afin de célébrer cette victoire. Le Liban venait de subir trente-trois jours de guerre. Or, non seulement le Hezbollah n’avait pas été vaincu, mais il avait pratiquement égalisé le score des pertes avec la soldatesque israélienne – une première absolue dans l’histoire des guerres arabo-israéliennes. Dans un monde arabe dont les dirigeants étaient des dictateurs menteurs et corrompus, faisant de fausses promesses et dépendants des USA, Nasrallah était réputé pour son intégrité et pour sa capacité à maintenir coûte que coûte les capacités de défense de son mouvement au Liban. Cela a fait de lui le leader le plus populaire de l’ensemble du monde arabe.

Femmes, enfants et hommes agitaient les drapeaux du Liban et du Hezbollah par les vitres des autobus et des voitures, et ils chantaient leur joie, patientant dans de monstrueux embouteillages. On pouvait voir aussi, en abondance, des drapeaux de la Palestine et de divers mouvements palestiniens, ceux de mouvements libanais chrétiens, celui du Parti communiste libanais, ceux de mouvements libanais sunnites et druzes, ainsi que ceux de mouvements laïcs nationalistes arabes. Si beaucoup des participants à cette célébration étaient des hommes portant la barbe ou des femmes portant un fichu sur la tête, beaucoup ne portaient ni l’une ni l’autre… Il y avait des jeunes en tenue branchée, et des jeunes filles en jeans moulants, cheveux au vent, qui avaient transformé leurs T-shirts du Hezbollah en accessoires de mode dernier cri.

Deux jeunes femmes libanaises arborent des T-shirts ornés du portrait du dirigeant du Hezbollah, Sayyid Hassan Nasrallah, qui est devenu le leader sans doute le plus populaire au Moyen-Orient, au lendemain de la guerre infligée trente-trois jours durant
Deux jeunes femmes libanaises arborent des T-shirts ornés du portrait du dirigeant du Hezbollah, Sayyid Hassan Nasrallah, qui est devenu le leader sans doute le plus populaire au Moyen-Orient, au lendemain de la guerre infligée trente-trois jours durant

Coincés dans la foule en compagnie de mon épouse américaine enceinte de sept mois, nous avons opté pour une meilleure vue, depuis le balcon d’un appartement donnant sur la place et sur sa foule. Les chants du Hezbollah, puis les hymnes du Hezbollah et du Liban ayant pris fin, Nasrallah commença à parler. C’est alors que les femmes qui se trouvaient à côté de nous, sur ce balcon, se mirent à crier comme si elles assistaient à un concert de rock ; elles rentrèrent précipitamment au salon, pour vérifier sur la télé que c’était bien Nasrallah… Elles agitaient les bras, et elles se mirent à pleurer, tandis qu’un frisson d’émotion parcourait les hommes réunis au salon, scotchés devant la télé.

Nasrallah ne s’adressa pas à ses seuls soutiens naturels, les chiites libanais. Il s’adressa tour à tour aux habitants de la Palestine, de la Syrie, de l’Iran, du Koweït et de Bahraïn. Il a dit à ses auditeurs qu’ils étaient en train d’envoyer au monde un message politique et moral, dont l’essentiel était que la résistance libanaise était plus forte que jamais, que leur victoire était la victoire de tous les opprimés, des personnes endeuillées et de tous les hommes et femmes libres de par le monde, ainsi qu’une inspiration pour tous ceux qui rejettent la subjugation ou l’humiliation imposées par les USA. Il s’est moqué des dirigeants arabes incapables d’utiliser les ressources pétrolières de leurs pays respectifs comme arme stratégique, et qui interdisent les manifestations, qui ne soutiennent pas les Palestiniens et qui font des courbettes devant Condoleezza Rice. Il a exprimé la douleur et l’empathie de son peuple pour les Palestiniens en train d’être bombardés et assassinés quotidiennement, et dont les maisons sont détruites sans que le monde, et en particulier le monde arabe, ne bouge le petit doigt.

En voyant cette foule compacte de personnes exulter – femmes et enfants, adolescents et jeunes enfants –, célébrant leur identité et leur résistance en musique, j’ai su qu’il ne s’agissait en rien de fondamentalisme religieux ni de terrorisme. J’ai été frappé par le contraste entre la réalité du Hezbollah et l’image déformée qu’on en donne en Occident. En effet, bien que le Hezbollah, le Parti de Dieu, soit indubitablement d’origine chiite, c’est, de fait, un mouvement séculier, qui s’occupe de problèmes réels et on ne peut plus temporels et concrets, dont les leaders tiennent un discours nationaliste évitant soigneusement tout sectarisme et toutes métaphores religieuses. Ils participent à la vie politique, se compromettant et négociant, et ne cherchent nullement à imposer la loi islamique à autrui. La preuve en est déjà palpable dans les fiefs du Hezbollah, où beaucoup de ses partisans sont des laïcs qui soutiennent le Hezbollah parce que ce parti incarne leurs intérêts politiques et parce qu’il les défend.

Dans l’ensemble du pays, des femmes portant le tchador croisent des beautés dont la tenue transparente laisse peu de place à l’imagination. Tout au long des autoroutes du Liban, ou plutôt de ce qu’il en reste, des panneaux célébrant la « victoire divine » du Hezbollah sur Israël côtoient de grands placards publicitaires avec des femmes à moitié dénudées mettant en valeur des jeans ou de la lingerie. Le Hezbollah peut avoir des préférences, mais contrairement aux dirigeants autoritaires et psychorigides des Talibans ou de l’Arabie saoudite, il ne les impose nullement.

Ce mouvement n’a pas non plus fait montre d’une incapacité indurée à se réconcilier avec des adversaires, voire des ennemis. De manière extrêmement frappante, après le retrait d’Israël du territoire libanais, en 2000, des milliers de collaborateurs chiites et chrétiens se retrouvèrent soudain exposés aux règlements de comptes et à la justice expéditive de Libanais dont on peut comprendre la colère et le chagrin. Toutefois, le Hezbollah ayant donné des ordres impérieux de ne pas se venger sur eux, l’immense majorité de ces collaborateurs n’a nullement été inquiétée. Au contraire : on les a remis à l’armée libanaise, et c’est le gouvernement libanais qui s’est occupé d’eux. Ils ont été mis en prison quelques jours, puis amnistiés prématurément, alors même que cette mesure avait un caractère offensant pour beaucoup de Libanais. Néanmoins, aujourd’hui, on peut les rencontrer dans les villes du Sud ; tout le monde sait qui ils sont, et personne ne touche à un seul de leurs cheveux. On le voit : nous sommes très loin, là, du type de comportement auquel on s’attendrait de la part d’une organisation terroriste fondamentaliste…

Et puis, qu’avaient donc de tellement irraisonnable les revendications du Hezbollah ? Ce mouvement voulait que des prisonniers libanais soient libérés par Israël, que ce pays évacue la totalité du territoire libanais et que l’armée libanaise, qui n’a jamais (de toute son histoire) défendu le Liban – alors, le Sud, n’en parlons même pas ! – se manifeste enfin, avec un plan de défense nationale. Trente années de brutalité israélienne avérée et soixante années d’impéritie du gouvernement libanais et de négligence du Sud du pays conféraient naturellement au Hezbollah une raison d’être, dont pourtant ses dirigeants insistaient à dire qu’ils n’en voulaient pas.

Et, contrairement à ses homologues en Irak, Nasrallah s’applique sincèrement à créer une unité nationale au Liban. Au cours de son discours du 22 septembre, il s’est surpassé, recourant presque uniquement à la rhétorique du nationalisme libanais et condamnant le sectarisme. Au cours de précédents discours, Nasrallah avait déclaré qu’il combattait pour la Oumma, la communauté mondiale musulmane, laquelle, nous le savons, est très majoritairement sunnite. Il a littéralement vampé les Libanais, lors d’une interview télévisée récente : il regardait la journaliste qui l’interviewait droit dans les yeux, l’autorisant à l’interrompre et souriant – c’est tout juste s’il ne la draguait pas… On trouve des posters de Nasrallah en Irak, en Palestine, en Égypte ; son nom est prononcé avec respect et fierté en Arabie saoudite. Dans la capitale de la Somalie, Mogadiscio, j’ai vu des boutiques ayant des enseignes à son nom, et j’ai entendu un religieux local comparer le conflit opposant les tribunaux islamiques – mouvement auquel il appartenait – aux chefs de guerre soutenus par l’Éthiopie et les USA, au combat du Hezbollah contre des Israéliens tenus à bout de bras par les Usméricains.

Les tenants et aboutissants de ce conflit (en Somalie) sont instructifs, car là encore, j’ai constaté l’erreur tragique inhérente à la politique de l’administration Bush, consistant à voir la totalité du monde musulman à travers le prisme de la « guerre au terrorisme », au lieu de juger chaque conflit pour lui-même. En Somalie, on croit très généralement que la CIA finance une bande de seigneurs de guerre impopulaires et criminels contre un mouvement islamique très populaire (ce que la CIA ne confirme, ni ne dément, bien entendu). Ce soutien usaméricain est fortement soupçonné, alors même que la plupart des analystes pensent que les milices n’abritent en leur sein aucun terroriste d’envergure et qu’elles ne semblent nullement avoir l’intention d’instaurer un régime singeant les Talibans dans leur propre pays. Résultat : en Somalie, tout le monde a l’impression que les USA se sont alliés aux seigneurs de la guerre qui terrorisent la population, dans une tentative d’étouffer dans l’œuf une nébuleuse « insurrection » populaire «islamiste ».

C’est ce même prisme déformant de la guerre anti-terroriste qui a conduit l’administration Bush à ne voir dans les combattants de la résistance irakienne que de fieffés terroristes, alors qu’il s’agit d’éléments actifs d’un mouvement populaire composé de chiites et de sunnites ayant de réels motifs de dol contre une occupation oppressive et de plus en plus coûteuse. Le résultat, c’est que les habitants de villes et de provinces irakiennes entières ont été taxés d’être des terroristes et des « forces anti-irakiennes », et traités en tant que tels. Quand je me suis rendu à Falloujah, au printemps 2004, il était évident que la grande majorité des défenseurs de cette ville étaient des habitants convaincus de livrer un combat d’autodéfense contre un ennemi déterminé à détruire leur ville et à les opprimer. C’étaient des nationalistes, qui se battaient contre une occupation étrangère. Leur ville (de 300 000 habitants) a été pratiquement entièrement détruite : elle a été transformée en ce sinistre « parking » métaphorique. Falloujah est devenue légendaire, dans l’ensemble du monde musulman, en raison de sa résistance à l’occupation et de ses martyrs – d’une manière très comparable à ces villages du Sud Liban, lesquels, à l’instar de Aita Al Chaab, se glorifient de leur volonté de mourir pour défendre leurs idéaux et aussi de leur longanimité – de leur çumûd,.

Au cours de son discours du 22 septembre, Nasrallah a rendu hommage à ce çumûd, mais il a également parlé de l’unité nationale, en insistant sur le fait que la résistance avait évité que la guerre civile ne se rallume au Liban. Il a exhorté le gouvernement libanais à devenir fort, juste, compétent et intègre. Quand l’Etat sera en mesure de protéger le Liban, alors la résistance renoncera à ses armes, a-t-il promis. Le Hezbollah n’est pas un mouvement totalitaire, a-t-il insisté, et il ne s’érige pas personnellement en grand chef – ce que ne feront pas non plus ses enfants.

Le soutien au Hezbollah transcende les fractures sociales et les différences entre chiites laïcs et religieux. Le Hezbollah est un des rares mouvements, au Liban, qui s’attèle à des problèmes très lourds qui concernent toutes les appartenances confessionnelles et partisanes, comme la corruption, la justice sociale, le rejet du projet de nouvel Moyen-Orient de l’UsUsamérique, la résistance à l’occupation israélienne et le soutien aux Palestiniens opprimés.

Aujourd’hui, le Hezbollah a des alliés et des sympathisants puissants parmi la plupart des communautés chrétiennes du Liban (qui représentent 40 % de la population) ; il bénéficie aussi du soutien de la majorité des 400 000 réfugiés palestiniens qui vivent dans les camps du Liban. De fait, la guerre n’a fait que renforcer les soutiens au Hezbollah. J’ai parlé au Cheikh Maher Hamoud, un puissant dirigeant sunnite de Saïda, qui m’a dit que bien qu’il ait été opposé à plusieurs prises de position du Hezbollah avant le conflit, il a soutenu ce parti durant la guerre et il n’a aucun désaccord avec les militants du Hezbollah aujourd’hui. La victoire du Hezbollah est celle du Liban, des Arabes et de tous les musulmans, m’a-t-il dit, ajoutant : « nous avons recouvré notre dignité ». J’ai parlé à Joseph Moukarzel, propriétaire du journal Ad-Dabbour, et un des principaux organisateurs du mouvement du 14 mars, principal opposant au Hezbollah au Liban. « J’étais en faveur de la confiscation des armes du Hezbollah avant la guerre, et c’est toujours le cas aujourd’hui, m’a-t-il confié, ajoutant : « mais, durant la guerre, j’avais deux options : soit être avec le Hezbollah, soit être avec Israël. J’ai choisi le Hezbollah. [Dans cette guerre], le Hezbollah était David, quant à Goliath, c’était Israël ! » Les ressortissants d’autres communautés libanaises – grecs orthodoxes, maronites, sunnites, druzes – suivent allègrement leurs leaders non pas en raison de leurs positions [de potentats], et non pas en raison de leurs idées. Le Hezbollah est un mouvement populaire, qui a émergé en 1982, sous la forme d’un embryon de mouvement fédérant les marginalisés et les opprimés, et entretenant une culture de résistance à l’oppression et à l’injustice.

C’est précisément cette culture de résistance qui a porté le Hezbollah à sa victoire – surprise, qui est désormais dénommée au Liban « la Sixième Guerre » avec Israël [je fais ici une remarque au sujet de mon expression « victoire – surprise » : si la guerre est bien la poursuite de la politique par d’autres moyens, alors Israël a échoué dans son objectif non déclaré d’épurer le Sud Liban de tous les chiites et d’intimider la résistance libanaise et palestinienne : deux échecs que même les propres généraux d’Israël commencent à admettre. Le Hezbollah, en revanche, a non seulement survécu, pratiquement intact, au conflit, avec relativement peu de pertes humaines, mais il a infligé des pertes relativement élevés à l’armée israélienne, et il s’est acquis une popularité inouïe, en se gagnant les cœurs des musulmans du monde entier, et de nombreux non-musulmans, en particulier au Liban.)

Le 17 septembre, j’ai assisté à une cérémonie de recueillement et d’hommage aux soldats du Hezbollah tombés au combat, dans la petite ville d’Aita Al Chaab, à seulement une centaine de mètres de la frontière israélienne. Aita Al Chaab a subi de nombreuses attaques israéliennes, depuis 1970 ; mais, au cours de la guerre, ce sont près de 85 % de la ville qui ont été détruits. Il n’y avait que cent combattants du Hezbollah qui se battaient, à Aita Al Chaab, dont 60% originaires de cette localité même. Dans leur immense majorité, il ne s’agissait pas de combattants professionnels. Les neuf martyrs du cru, qui sont morts au cours des trente-trois jours de la guerre, étaient représentatifs des combattants du Hezbollah. Il s’agissait d’un professeur d’histoire, du principal d’un collège, du propriétaire d’un petit magasin, de deux bacheliers s’apprêtant à s’inscrire en ingénierie à l’université, d’un étudiant en université, revenu passer les vacances d’été dans sa famille. C’étaient aussi des garçons de restaurant, des paysans, des mécaniciens auto, des boulangers. Ils avaient suivi un entraînement du Hezbollah dans un camp clandestin, et ils étaient retournés à leur vie normale, suivant dans certains cas des cours de rattrapage, d’une manière très semblable à nos réservistes ou aux hommes de notre Garde Nationale [aux USA, NdT].

Les habitants d’Aita Al Chaab accusaient autant l’Usamérique qu’Israël de la guerre qu’on leur imposait. Au cours de la cérémonie d’hommage, le représentant du Hezbollah, Nawaf Al Mussaoui a évoqué une guerre « américaine, britannique et israélienne contre le Liban ». Même les enfants en bas âge étaient au courant des commentaires ahurissants de Condoleezza Rice au sujet des « douleurs de l’enfantement » du « nouveau Moyen-Orient », et le petit Sajah Bajouk, sept ans, se moquait de Rice et de Jonn Bolton [l’ambassadeur US à l’ONU, NdT], jouant sur les mots et changeant le « nouveau Moyen-Orient » - en arabe : al-sharq al-awsat al-jadîd – en « le nouvel Orient parfaitement dégueulasse » - en arabe : al-sharq al-awsakh al-jadîd !

Dans le récent conflit, la plupart des combattants du Hezbollah avaient entre dix-huit et vingt-cinq ans, et ils n’avaient jamais combattu auparavant. D’une certaine manière, ces cent combattants du Hezbollah ont tenu la ville d’Aita Al Chaab ; en effet, ils ne se sont jamais rendus à l’armée israélienne. La plupart des personnes âgées de la ville étaient restées chez elles, et elles préparaient à manger pour les combattants du Hezbollah, qu’elles soignaient quand ils étaient blessés. D’autres habitants, qui avaient décidé de partir, laissèrent leurs magasins ouverts à l’intention de ces combattants. On peut dire que la ville entière était Hezbollah. Et c’est la ville entière qui s’était rassemblée, en ce dimanche 17 septembre, pour pleurer ses morts et célébrer sa victoire. Des centaines de femmes toutes de noir vêtues se rendirent en cortège, en empruntant une piste poussiéreuse, au tout nouveau cimetière des martyrs, où ont été enterrés les neufs soldats du Hezbollahs et neufs victimes civiles. Beaucoup de ces femmes éplorées portaient de grands portraits encadrés de leurs chers disparus.

Après la cérémonie, des milliers de repas soigneusement préemballés, composés de riz et de viande, furent distribués aux citadins. Les habitants d’Aita Al Chaab ont réaffirmé leur soutien au Hezbollah, après quoi ils se sont immédiatement remis à rebâtir leur existence. Comme on l’entend si souvent répéter au Liban, c’est vrai : le Sud est entièrement dévoué au Hezbollah. Et, cela, Israël le savait ; c’est la raison pour laquelle sa guerre était dirigée en particulier contre les civils du Sud Liban. Mais tous ces civils ne pouvaient pas être des terroristes, n’est-ce pas ? Israël prétend avoir donné un avertissement quarante-huit heures à l’avance, ordonnant aux civils de quitter le Sud, sous peine de mort. Toutefois, en vertu du droit international, les civils ne perdent en aucun cas leur immunité. De plus, il est bien connu que, dans plusieurs cas, Israël n’a donné aucun avertissement qu’il allait attaquer des zones civiles de manière imminente (cela s’est produit, par exemple, dans la vallée de la Bekaa).

Quand on crapahute dans les décombres des écoles, des stations-services, des magasins, des routes et des ponts détruits par les bombes au Sud Liban, ou encore quand on traverse en voiture village rasé au sol et pulvérisé après village rasé au sol et pulvérisé par la terreur qui s’est abattue en rafales sur eux, il est évident que la population civile a été délibérément prise pour cible. Les Israéliens ont balancé plus d’un million de bombes à sous-munitions [dites à fragmentation, NdUsa], et 40 % des sous-munitions, n’ayant pas explosé, représentent autant de pièges mortels. Ces sous-munitions sont là, au Sud du Liban ; elles attendent, sournoises, que des enfants jouent avec, ou que des paysans marchent malencontreusement dessus, c’est en quelque sorte un cadeau permanent, toujours prêt à détruire celui qui le recevra. Les champs dont l’économie du Sud, essentiellement agricole, dépend en grande partie, sont détruits. Alors comme aujourd’hui, Israël sait ce que lui-même et l’Usamérique continuent à nier : le Hezbollah, c’est le peuple. Dès lors, la seule manière de repousser le Hezbollah au nord de la rivière Litani, objectif proclamé d’Israël, consistait à vider le Sud de sa population chiite et à s’assurer qu’il serait trop dangereux, et économiquement impossible pour eux d’y retourner. Mais les chiites du Liban sont fiers de leur fermeté, et de leur culture de résistance à l’oppression. On ne peut les déloger aussi facilement. A la fin des combats, ils sont revenus, et ils se sont fermement installés sur les ruines de leurs maisons, confiants que le Hezbollah tiendrait sa promesse de les aider et de les récompenser pour leur loyauté.

Très vite, les médias ont oublié le Liban : les Américains en ont été distraits par ce que l’ancien républicain Mark Foley a écrit à des journaux du Congrès ; beaucoup de musulmans, dans le monde entier, s’occupent plutôt de la question de savoir si, oui ou non, le pape a insulté l’Islam, que de celle de savoir qui, actuellement, est en train de massacrer des musulmans. Tandis que le million de réfugiés libanais qui ont fui la terreur israélienne retournent passer au crible les gravats de leur maison pour y retrouver quelque maigre souvenir de leur vie passée, ils vont devoir slalomer entre les bombes à fragmentation, tout en ayant confiance que le Hezbollah va leur fournir un abri contre le rude hiver qui avance à grands pas. Tandis que nous, les Usaméricains, nous pleurons nos disparus dans les attentats du onze septembre 2001 et au cours de la guerre contre le terrorisme qui leur a fait suite (qui a d’ores et déjà coûté plus de vies usaméricaines que les attentats eux-mêmes), il convient de nous demander ce qu’est, au juste, le terrorisme ? Si la réponse à cette question est que le terrorisme, c’est le fait d’infliger la violence à des civils innocents pour des raisons politiques, alors, il faudra nous poser cette deuxième question : « Dans ce cas, QUI sont les terroristes ? »





Original truthdig

Cet article a été refusé par le journal usaméricain The Nation

Nir Rosen est journaliste, membre de la New America Foundation, spécialisé dans l'occupation de l'Afghanistan et de l'Irak. Il est l’auteur de l’ouvrage : « Dans le ventre de l’Oiseau vert : Le triomphe des Martyrs en Irak » [In the Belly of the Green Bird : The Triumph of the Martyrs in Iraq. » Il écrit actuellement un ouvrage consacré à la bataille d’Aita Al Chaab.

Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier et révisé par Fausto Giudice, membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique (www.tlaxcala.es). Cette traduction est en Copyleft : elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l'intégrité et d'en mentionner sources et auteurs. URL de cet article :http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=1309&lg=fr



Mercredi 11 Octobre 2006


Commentaires

1.Posté par hasni le 18/09/2007 17:25 | Alerter
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hizb allah is the best we support hizb allah against the god ennemy and we tell our brother moujahidine to defend their territory and god bless libanon and all other country of muslim

2.Posté par latifa le 23/07/2008 17:38 | Alerter
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hizb_allah est une movement islamic pas des teroristes


3.Posté par saife le 30/07/2008 20:34 | Alerter
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hizb_allah est une movement islamic arabic et l'honneur de tout les arabes
salam min aljazaire

4.Posté par abdelhay le 18/08/2008 00:51 | Alerter
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allah yansar hizb almouslimine dens tout le monde

5.Posté par LOQUMAN le 26/08/2008 13:35 | Alerter
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hizbo' Allah c'est l'honneur,liberté,.........le devoir. que tous le monde saient = Hizebo'Allah et tous ces elements se sont des patriotes(c'est-à-dire=moudjahidine).....TS çA POUR LA DEFENCE ET POUR LA PROTECTION DE NOTRE PAYES ET NOTRE PEUPLE (alors c'est ISRAEL qui fait tous ce qui sagit de TERRORISME dans tous les payes islamistes, depuis longtemps'' ISRAEL TUES LES INNOSSANTS "et toujours et pour toujours ISRAEL est la source de tous les probléme dans le monde entier (non seulment des crimes et des collonialisme et terrorisme et ainsi de suite).......je ne peux rien dire puisque si on veux savoir toujours l'image des PALASTINIENS est les innossants est dans la mémoire ALORS TOUTE EST NET ET CLAIRE (ISRAEL C'EST LE CREATEUR DE TERRORISME TOUS QUI CE PASSE C'EST SA PROPRE PTODUCTION; j'aimerais que tous le monde sachent que l' ISLAM EST INNOCENT de cette fabrication...) recherchez vous dans l'histoire de notre religion et de notre prophet MOUHAMED ...à la fin je salut tous le monde et je dit SALAM 3ala man itaba3a alhouda...ET JE SALUT TOUS LES HOMMES ET LES FEMMES QUI SONT ENTRENNE DE DFENDRE DE LEUR RELIGION ET DE LEUR PAYES.

6.Posté par ali le 20/06/2009 00:35 | Alerter
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