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Hirak en Algérie : moins de louanges et plus d’études.


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salah sakhri
Jeudi 27 Février 2020

Hirak en Algérie : moins de louanges et plus d’études.
Hirak : moins de louanges et plus d'études.

En ce premier anniversaire du Hirak en Algérie, nous entendons et lisons essentiellement des appréciations positives, parfois dithyrambiques, sur ce mouvement populaire. Hors, les analyses et appréciations positives à son égard sont en décalages avec la réalité. C’est pour cette raison qu’il faut cesser de le louer moins et de l’étudier plus pour voir si, sa politique correspond à son ambition émancipatrice. On nous dit qu’il s’est produit une révolution pacifique sans violence et sans effusion de sang.
On ajoute que cette révolution est l’œuvre de tout le peuple uni contre la dictature, pour faire triompher le droit, la liberté et la démocratie. Tout le monde est aujourd’hui uni contre «le système rentier» (des réactionnaires aux démocrates), tandis que la lutte contre l’asservissement des masses populaires par la bourgeoisie restera secondaire, tend à disparaître parce que «des ouvriers ont manifestés avec leurs patrons pour garder leur travail». De là on conclu faussement à la fin de la lutte de classes. On parle d’un Etat de droit idéal où seraient garantis les droits et les libertés de tous, riches comme pauvres, exploiteurs comme exploités, ouvriers comme bourgeois. Ces arguments sont brandis pour justifier le démocratisme bourgeois.

Au bout d’une année du mouvement des masses, le Hirak n'a pas obtenu le départ du système politique et la démocratisation de la vie nationale. Pourquoi ? Pour répondre correctement à la question il faut voir ce qu’il fait ou n’a pas fait ? Les méthodes de luttes et d’actions restent limitées aux manifestations hebdomadaires. Ce que le Hirak n’a pas fait à déjà été traité, par moi, dans de précédents articles et il ne sert à rien de s’y s’arrêter.
Soutiendrons-nous cependant que rien n’a changé en Algérie depuis le 22 février 2019 ? Bien sûr que non cela serait une erreur de le dire. Ce qui a changé c’est la disposition des groupes dirigeants, c’est la classe dirigeante elle-même, pour maintenir son pouvoir et éloigner la menace d’une véritable révolution démocratique. Il règne aujourd’hui, la sotte illusion démocratique et républicaine qu’il suffit de gagner la liberté pour que soit satisfaites des masses populaires, cette illusion est diffusée par les démocrates, orateurs, écrivains et publicistes du Hirak.

L’actuel chef de l’Etat a décrété le 22 février «journée nationale» signifiant par là qu’il ne considère pas le Hirak comme un mouvement révolutionnaire. Les appréciations positives qu’ont portés sur lui des anciens ministres de Bouteflika, montre qu’il ne menace pas la domination de classe de la bourgeoisie en raison de son caractère purement petit-bourgeois
.
Le chemin s’avère plus long et tortueux pour le Hirak. Le chemin de la lutte des classes est pas une perspective plate et droite, mais tortueuse, montueuse à escalader avec un équipement adéquat. Pour le moment l’équipement fait défaut. J’ai déjà donné dans de précédents articles mon appréciation des défauts et erreurs du Hirak et nul besoin de s’y arrêter de nouveau. Ce sont les opportunistes de tous poils qui tressent des lauriers au mouvement des masses pour «le laisser cuir dans son jus». Ils se mettent à sa remorque au lieu de chercher à en prendre la direction par la force de leurs convictions et la justesse de leur analyse de l’évolution du rapport de force entre les classes sociales et leurs rapports à l’Etat.

Cela étant dit. Retenons que rien dans la ligne gouvernementale ne vient confirmer qu’il rompt avec la voie antipopulaire et antinationale qui a cours depuis l’avènement de Chadli. Dernièrement, une délégation du FMI s’est rendue à Alger (le 23 février) où elle a affiché sa satisfaction au sujet de l’orientation économique et de la poursuite des contre-réformes libérales de la précédente équipe gouvernementale. Ce qui signifie que la pauvreté et la misère continueront d’être l’horizon borné des masses laborieuses.
On ne nous dit qu’il faut diminuer fortement la dépendance du pays au pétrole et au gaz ? Pour diminuer cette dépendance extérieure on mise sur le tourisme (activité aléatoire et précaire) et l’investissement étranger. Ces recettes montrent tout simplement que la bourgeoisie algérienne est une classe réactionnaire qui a vendu par des dollars ou euro le drapeau de l’indépendance nationale. En effet, comment peut imaginer sérieusement que le tourisme participe au développement industriel d’une part et, d’autre part que le capitalisme international va aider au développement de l’économie nationale. Allons un peu de sérieux !

L’Algérie est entourée de deux pays touristiques : le Maroc et la Tunisie. Se sont-ils pour autant industrialisés ? Bien sûr que non. Ensuite, à propos de l’investissement étranger. Le pays a ouvert l’économie nationale à partir des années 90 du siècle passé. Pourtant il n’y a pas eu d’industrialisation, mais la destruction d’une partie de l’appareil de production (bâti du temps de Boumediene) sur injonction du FMI en avril 1994. Ce qui a accru la dépendance du pays au capital financier international. Bouteflika a facilité les conditions pour l’investissement étranger, parfois au détriment de certains capitalistes algériens, mais au cela n’a eu aucun effet positif pour le pays. Les scandales financiers liés aux ateliers de montages automobiles en kit son parlant. L’Algérie, reste un fournisseur de matières premières (pétrole et gaz) aux pays capitalistes avancés et un importateur de ses besoins alimentaires et industriels. Cette dépendance extérieure constitue la principale cause qui entrave le développement des forces productives du pays.

Ne tenant pas compte que les brigands impérialistes ont saignés à blanc le pays...voilà que le gouvernement envisage de nouveau de solliciter le FMI. Nous sortirons de cette domination extérieure pesante qu’en rompant avec la division internationale impérialiste du travail. Tâche patriotique qu’aucun gouvernement algérien, bourgeois, n’est capable d’assumer non par mauvaise volonté, mais par un intérêt de classe égoïste et étroit.

Est-ce que le PAD (Pace Alternative Démocratique) regroupant 7 partis (réformistes, libéraux et trotskistes) peut constituer l’alternative gouvernementale ? A notre connaissance le PAD ne manifeste pas une grande activité pour réaliser cette perspective ; qu’il préfère rester dans l’opposition. On ne peut pas le forcer à suivre une voie contraire, mais nous sommes en droit de lui rappeler qu’il a proposé sa plate-forme démocratique (pas encore révolutionnaire) au Hirak pour gouverner le pays et non se faire plaisir.

En guise de conclusion. Moins de louanges et plus d’études sur le Hirak. Ce qui permettra de tirer des enseignements et des leçons de l’expérience d’un an de lutte. Il tirera de cette expérience un point fondamental à savoir qu’il manque l’avant-garde révolutionnaire capable de mener la lutte jusqu’au bout.


Le 26 février 2020.
Salah Sakhri.



Mercredi 26 Février 2020


Commentaires

1.Posté par YYY le 27/02/2020 05:58 | Alerter
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''...le gouvernement envisage de nouveau de solliciter le FMI...'' = donner l' Algérie aux banques privés.

La dette francaise a ruiné ''le petit français jaune et sans retraite'' voire ruiné la France et ce Tebbull veut donner l'Agerie à ses maitres.

Le FMI c' est ar-Riba.

2.Posté par KOCEILAANTALAS le 27/02/2020 13:58 | Alerter
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Comme il est si bien souligné le virage a bien débuté à partir des années 86 et s'est accentué nous menant directement vers une économie de bazar (débridée au sens propre du
terme), mais toute cette situation est voulue et a été planifiée, pour anecdote durant les années 90 lors d'une réunion locale avec le gouvernement, il a été souligné au PM de l’époque Ouyahia qu'il est incongrue de fermer les entreprises nationale, (certaines en très bonne situation financière, d'autres en équilibre, d'autres nécessitant une restructuration et une aide et suivi par contre d'autres il fallait les fermer étant un gouffre financier (surtout les entreprises de wilaya et Communales), ce mème PM nous a répondu toute honte bue que cela
venait de haut (à se poser la question où se situait t il?) ne pouvant sincèrement nous dire simplement qu'il se devait d’obéir aux injonctions du FMI et ce pour un prêt dérisoire!
Quand au Hirak il est utile de souligner que celui ci n'est pas un parti politique et que c'est un mouvement populaire (donc regroupant l'ensemble des couches sociales, des courants
politiques et des sensibilités...) quand aux soit disant partis d'opposition ils se sont disqualifiés. Le seul point sur lequel s'accordent les gens c'est le départ du personnel en charge
du pays et la refondation de l’État avec la séparation des pouvoirs (Parlement, Exécutif, Judiciaire en sus de l’indépendance des médias ) ce qui permet des contre pouvoir sans oublier
que l'armée doit être confinée à ces taches constitutionnelles à savoir la défense du territoire national. Ors ce n'est qu'après que nous pouvons parler de l'orientation politico-économique qui doit refléter les aspirations du peuple pour un état démocratique et social (et non un socialisme perverti et creux)

3.Posté par KOCEILAANTALAS le 27/02/2020 14:02 | Alerter
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Autre chose avec toute cette gabegie dans la gestion de l'Etat, (Détournements, pas de stratégie, pas de vision, navigation à vue, clientélisme, tribalisme menant à la déliquescence de l’État ainsi qu'à la dilapidation des deniers publics) cette situation était prévisible et inéluctable. Comme quoi il faut pas sortir de Harvard pour voir ce qui est visible.

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