Politique Nationale/Internationale

Henri Kissinger brosse le tableau du futur ordre mondial tel qu’il le souhaite.

Le retour à l'équilibre des forces


Hamchahri


Journaliste - Il y a ceux qui estiment que le 11 septembre a modifié l'ordre international, que le 21ème siècle n'est plus l'ère des états-nations mais celui des acteurs non gouvernementaux, des mouvements supra-nationaux. Ces gens sont d'avis que l'expérience de la Guerre Froide ne répond plus aux exigences globales des sociétés post- modernes. Qu'en pensez-vous ?


IRIB
Mercredi 26 Juillet 2006

Henri Kissinger brosse le tableau du futur ordre mondial tel qu’il le souhaite.






Kissinger - C'est exact. Des éléments totalement nouveaux entrent désormais en ligne de compte. Mais une question se pose des l'entrée de jeu. La politique internationale, contient-elle des ''universaux'' applicables en même temps et de façon similaire à tous les pays du monde ? J’en doute. Les différentes régions de la planète se trouvent à divers stades de leur processus de développement. Les unités qui les composent en sont elles aussi, à des degrés divers de progrès. Si nos convictions se doivent de rester tout le temps les mêmes, nos méthodes, elles, devront changer au gré des circonstances.



J - Quelle réponse apporteriez-vous à ceux qui invoquent la nature des régimes et des gouvernements comme principal critère de l'établissement des relations avec les Etats Unis ?



K - La nature d'un régime est un facteur dont il fait tenir compte. Mais delà à la considérer comme l'unique critère, c'est supposer que les Etats Unis sont capables d'influer la structure et la composition des états. Il s'agit là d'un point de vue que je ne partage pas. Ce ne sont pas les objectifs à réaliser qui séparent le pragmatisme politique de l'idéalisme. Ce qui les différencie, c'est ce qui est à même de se réaliser dans un délai déterminé du temps. En d'autres termes, ce n'est pas la légitimité des objectifs mais leur réalisation qui fait débat.



J - L'actualité économique est dominée par le « boom » chinois. Les experts se demandent si cette puissance émergente choisit d'intégrer l'ordre international ou si, au contraire, elle tente de le combattre. Comment définir l'ordre international et quels sont les critères de ralliement ?



K - Je ne crois pas qu'il soit juste de voir les choses sous cet angle, c'est à dire de soupconner la Chine de vouloir pervertir l'ordre mondial via les moyens militaires. L'hypothèse la plus plausible consisterait plutôt à voir en Chine une puissance qui chercherait à renforcer son poids politique et économique à mesure de sa croissance. C'est à ce défi qu'il faut faire face.



L'analogie que d'aucuns cherchent à établir entre la Chine et l'Allemagne impériale est fausse. Si l'Allemagne des années 20 a voulu la guerre, c'était par pur vengence. Elle voulait venger l'humiliation que lui avaient infligée la France, le Royaume uni et la Russie. Autrement, elle n'aurait peut-être jamais agi de la sorte. À moins d'un événement imprévisible, Pékin ne voudra pas user de la force militaire comme un pilier de sa politique extérieure. Je ne vois pas en quoi ce pays, entouré de plusieurs puissances, mettrait au défi armé les Etats Unis alors qu'il est économiquement prospère et que toute course à l'armement risquerait d’altérer son impressionnant potentiel économique.



J - Que devront-ils faire, les Etats Unis pour imposer leur leadershipe au reste du monde ?



K - Ils devront impérativement mettre fin à leurs prétentions hégémoniques. Tout ordre international durable dépend d'une part à l'équilibre des forces en présence et d'autre part au consensus entre ces mêmes forces. On ne peut pas fonder cet ordre exclusivement sur telle ou telle force.



J - Existe-il le risque de voir la Chine et la Russie se rapprocher au détriment des intérêts américains ?



K - Sur le plan militaire, il est excessivement difficile de créer une coalition déséquilibrante contre les Etats Unis. D'autant plus que la liste des sujets susceptibles de provoquer des contentieux se rétrécit. Pour donner une juste interprétation du mot « équilibre », il faut considérer la répartition des forces. On ne peut pas dire que le fait de dégager un consensus, par exemple, autour du nucleaire iranien soit facile. Une sorte de force déséquilibrante est constamment en jeu qui pousse non pas à la confrontation directe mais à la radicalisation de notre position.



Il y a des chances pour que les Russes soient tentés par un rapprochement tactique avec les Chinois. Mais tout lien stratégiquement significatif avec la Chine risque d'éloigner définitivement Moscou de Washington et de créer une dépendance envers l'allié chinois. Une telle situation va à rebours des intérêts stratégiques de Moscou qui se heurte de surcroit à un dépeuplement chronique des régions de l'extrême orient russe et frontalières avec la Chine.



Nous ne pourrons pas contrer nos adversaires sur les terrains qu'ils connaissent et maitrisent le mieux. Il serait plus sage donc d'entretenir d'étroites relations avec eux et faire toujours en sorte que notre coopération valle plus à leurs yeux que notre refus de coopérer. Je crois que cette option est réalisable. C'est insensé de vouloir empêcher deux pays de coopérer alors qu'ils en ont la possibilité et la volonté.



J - Quelle est votre analyse de la nouvelle approche américaine à l'égard de l'Inde?



K - Il s'agit d'une relation positive et importante. Mais il est impératif de voir à quoi renvoie ce nouveau partenariat. L'objectif d’une telle convergence serait moins de faire bloc contre la Chine que de satisfaire les intérêts mutuels. Il ne faut pas servir de l’Inde comme d’une contre balance face à Pékin. Au fur et à mesure que l’Inde gagne en puissance, il se transforme en un acteur clé dans cette nouvelle configuration de forces, non pour nous rendre service, à nous les Américains, mais pour assurer ses intérêts propres. Ce qui importe pour le moment, c’est approfondir nos liens avec la Nouvelle Delhi sans chercher à froisser la Chine. Je crois que l’Inde serait portée plutôt à développer ses relations avec la Chine et la Russie. Le plus grand défi à relever serait, alors, de le convaincre de l’utilité de sa coopération avec les Etats-Unis, une coopération qui vaudra bien plus que celle qu’il envisagerait d’entretenir avec nos rivaux russes et chinois. C’est cela le vrai sens de la politique extérieure et sur ce terrain nous avons déjà marqué des points.



J - Une telle approche est-elle applicable au cas de l’Iran ?



K - L’année en cours est l’année de très grandes décisions concernant l’Iran. Il faut faire avancer notre stratégie anti-proliférante et savoir par quel moyen procéder. Tant que la Chine, la Russie, l’Inde et d’autres puissances ne nous auront pas donné leur feu vert, nos démarches diplomatiques resteront sans effet. Un premier point serait de parvenir à un large consensus sur la nature du programme nucléaire iranien. Serait-ce l’affaire d’un an, deux ans, dix ans, ou plus ? Personne ne le sait.



Notre priorité ira ensuite à la diplomatie et aux mesures incitatives ou coercitives qui seraient aptes à fléchir l’Iran. L’option militaire ne viendra qu’en dernier lieu. L’administration Bush a raison de ne pas exclure cette option.



J - A une époque où on annonçait la fin des temps, vous vous êtes imposé en architecte d’un nouvel ordre mondial. Mais il existait alors ce qu’on appelait « la stratégie de la gestion des menaces ». Le monde d’aujourd’hui est-il plus sûr qu’à l’époque de la Guerre Froide ?



K - Je ne crois pas qu’il y ait aujourd’hui un consensus sur l’existence ou non d’une menace dominante. L’ordre international est sans doute moins exposé aux dangers mais plus désordonné que pendant la période de la Guerre Froide. Si le danger instantané est moins présent, le danger structural persiste toujours. Le danger d’une attaque nucléaire contre les Etats Unis n’est pas aussi perceptible qu’il y a 20 ans mais une attaque pourrait survenir des sources multiples dont la nature est différente.


Mercredi 26 Juillet 2006


Tags : kissinger

Commentaires

1.Posté par Rita Charara le 21/08/2006 16:22 | Alerter
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Salut. Je suis journaliste au journal libanais Annahar. On a vecu, comme vous le savez, un mois durant, la peine de la guerre. J'ai lu votre article et j'aimerai, a partir des infos que vous avez procurees, entrer en contact avec Mr Kissinger pour savoir plus ou mon pays est, ou bien sera, precisement.
Mes salutations et merci d'avance.
Rita

2.Posté par webmaster le 21/08/2006 16:34 | Alerter
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Bonjour,
L'article a été publié sur Irib (http://www.irib.ir/worldservice/FRENCHRADIO/default.asp), essayez de prendre contacte avec eux.

Cordialement

3.Posté par Angibeaud jacques le 23/06/2009 12:11 | Alerter
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Mesdames, Messieurs,

La conversation précédente sur les relations entre nations selon la diplomatie des cinquante dernières années, ne peut continuer au XXI siècle.
La solution est de définir pour TOUS les Humains, un seul BUT.
Ce but est de construire l' HUMANITé, c'est-à-dire l'ensemble des Humains qui vivent en même temps sur la Terre.
Le résultat sera une organisation dans laquelle CHAQUE HUMAIN sera HEUREUX.

Le moyen pour y parvenir existe, mais la psychologie actuelle des différents niveaux de pouvoir ne le peermet pas.

La FINALITé de l' Humanité est de vivre sur la Terre durant des dizaines de milliers d'années. Chacun de nous DOIT le SAVOIR.

Si le sujet vous intéresse je pourrais vous indiquer une solution basée sur les connaissances de la cybernétique humaine.
Salutations.

4.Posté par Aigle le 23/06/2009 12:44 | Alerter
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" .....Ils devront impérativement mettre fin à leurs prétentions hégémoniques ....." Un CRIMINEL au label AOC ( Appellation d'Origine Controlée ) qui se fend d'une telle VERITE .......C'est plus que .........Criminel !!!! En disant cela , il pense à son Sionisran evidemment , Sionistan qui ne doit pas etre derangé dans son entreprise d'Extermination ......meme par les USA son premier Prorecteur ....

5.Posté par dik le 23/06/2009 16:33 | Alerter
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H. Kissinger, l'homme des petits pas vers les grands...génocides!

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