Politique Nationale/Internationale

Hâtons-nous d'en rire...Il ne reste que quelques jours And The Winners is... Armes de dérision massives dans les élections US



Dimanche 2 Novembre 2008

Hâtons-nous d'en rire...Il ne reste que quelques jours  And The Winners is... Armes de dérision massives dans les élections US

Aux USA, rit-on de tout et rit-on de tout avec tout le monde ? En tout cas pendant la campagne électorale avant le 4 novembre présidentiel, la réponse est oui. Une campagne qui plus est troublée par une « crise » qui  fait se contracter un peu plus encore les zygomatiques outre- Atlantique. Probablement la campagne US où l’humour a été le plus présent. Étonnant non ?   


AUTEUR:  Michel PORCHERON

« La dérision télévisuelle est le grand vainqueur de l’élection présidentielle américaine...avant le scrutin du 4 novembre ». Pour en avoir la confirmation, ou il faut être sur place, face à son téléviseur, de Boston à Los Angeles (comme Claudine Mulard, CM, pour le quotidien français Le Monde) ou il suffit, chez soi, où que vous soyez chers anglophones, d’ouvrir votre Internet.  

La TV US est ces temps ci débridée : l’Audimat de Saturday Night Live (SNL), show comique emblématique de la chaîne NBC est «  à quelques jours du scrutin le seul vainqueur » (CM). Ailleurs qu’aux Etats Unis, les sketchs parodiant candidats et médias sont diffusés en boucle par des millions d’internautes.

Tête de turc n°1, Sarah Palin bien sûr, « ridiculisée en idiote déterminée et désinvolte », à travers le pastiche de la comédienne Tina Fey. Passée maître dans l'art d'imiter Sarah Palin, la comique a fait exploser le box-office télévisuel en invitant son modèle. Sa complice Amy Poehler interpréta à cette occasion un rap hilarant. Le samedi 18 octobre, l’Audimat est monté jusqu’à 17 millions de téléspectateurs.

Voir la vidéo

Car Sarah Palin a tout naturellement les faveurs des humoristes. Certains estiment qu'elle est une spécialiste des questions internationales puisqu'elle «voit les Russes depuis chez elle en Alaska». Larry Flint, le créateur du magazine de charme Hustler et supporteur d'Obama, va plus loin. Il a tourné une parodie de film porno avec dans le rôle principal un sosie de la candidate à la vice-présidence.

Claudine Mulard nous dit que le succès de SNL est tel que trois émissions supplémentaires ont été programmées en semaine et en première partie de soirée. La première a pastiché le débat entre Obama et McCain, interprétés par Fred Armisen et Darrell Hammond. 
 

Assommez un bébé phoque
Heather Anne Campbell rappe en parodiant Sarah Palin

Sarah Palin, est la nouvelle muse des parodistes sur Internet aussi. La candidate républicaine à la vice-présidence est en effet la cible d'une multitude de sketchs professionnels et amateurs, qui font florès sur le web. Un phénomène inédit à cette échelle en politique.
http://www.lefigaro.fr/elections-americaines-2008/2008/09/22/01017-20080922ARTFIG00554-sarah-palin-nouvelle-muse-des-parodistes-sur-internet-.php

Un autre rap, chanté par un sosie (jeune) de McCain, dont le refrain dit : « Sarah Palin était le choix qu’ils m’ont laissé ».
Lisa Donovan joue le rôle de Sarah Palin

Larry King lui aussi a passé en revue les derniers sujets de la campagne avec le réalisateur Michael Moore.  The Daily Show de Jon Stewart sur Comedy Central est une autre émission à succès. Le Colbert report sur Comedy tourne en dérision l'affaire de l'inscription de « Mickey Mouse » sur les listes électorales.

Un journaliste et humoriste californien a recensé sur son site un très grand nombre des meilleures ( ?) plaisanteries de la campagne présidentielle, signées de ceux qui animent les shows les plus regardés aux USA. http://politicalhumor.about.com/od/barackobama/a/obamajokes  Best of, traductions de l’envoyée spéciale de Libération à Washington, Marie Guichoux.

Sur John McCain : «Cindy McCain s’est foulé le poignet ! Rien de sérieux, disent les médecins… Bah, elle s’est probablement blessée en coupant la viande de John McCain en tout petits morceaux.» (Craig Ferguson, CBS)/ «CNN rapporte que John McCain est parti à l’assaut des électeurs indépendants. Il cherche ceux qui peuvent aller aux toilettes sans se faire aider.» (Conan O’Brien, NBC)

 «Vous savez à qui me fait penser John McCain ? Au gars qui parle de ses tomates, qui descend en ville pour acheter de l’essence de térébenthine, qui a des cheveux rêches qui lui poussent dans de nouveaux endroits et qui montre au laveur de voiture les taches qu’il a oublié d’enlever sur la carrosserie.» (David Letterman, CBS)/ «Sarah Palin et John McCain font une bonne paire. Elle est pro-life [antiavortement, ndlr] et lui s’accroche à la vie.» (Jay Leno, NBC)

Sur Barack Obama : «Yeah ! Obama a fait un discours ce matin sur le terre-plein d’un rodéo. Yeah ! Il a commencé par ces mots : "Bonjour, je suis ce qui s’appelle un Noir."» (Conan O’Brien, NBC) / «Il participait hier à une soirée de donateurs patronnée par Barbra Streisand qui a recueilli neuf millions de dollars. Neuf millions, c’est énorme ! Historique même : on n’a jamais vu un Noir assister à un concert de Barbra Streisand.» (Conan O’Brien, NBC)

«Il était hier l’invité du show d’O’Reilly [sur Fox News]. O’Reilly a été dur, mais correct. Si, si… Ce que je n’ai pas aimé c’est que O’Reilly vérifiait toujours si son portefeuille était bien dans sa poche.» (Bill Maher, HBO) / «Barack Obama était à Berlin cet été. 200 000 personnes sont venues l’écouter. Il y avait tellement d’Allemands qui criaient que la France a capitulé. Juste au cas où.» (Craig Ferguson, CBS)

Sur Sarah Palin : «Hugh Hefner a demandé à Sarah Palin de poser nue pour Playboy. Sarah Palin a donné son accord à la condition qu’elle n’ait pas à s’exprimer dans une interview…» (Conan O’Brien, NBC) / «Triste incident dans un magasin Toys ’R’ Us aujourd’hui. Une poupée Sarah Palin a descendu Mon Petit Poney.» (Jimmy Kimmel, ABC)

«Wouah, j’aime Sarah Palin. Elle ressemble à la présentatrice du week-end de Channel 7, à la dentiste qui vous culpabilise parce que vous n’utilisez pas de fil dentaire, à la mère de famille extatique dans une publicité pour lessive.» (David Letterman, CBS)/ «Palin a cinq enfants. Cinq ! Est-ce que quelqu’un dans ce parti comprend le concept du retrait ?» (Bill Maher, HBO)

Les deux candidats cultivent eux aussi le sens de l'humour

Si l’on en croit Thiery Oberlé pour le Figaro, la campagne a ses personnages désormais inévitables : Joe le plombier bien sûr mais aussi Mickey Mouse. L'artisan plombier, qui avait interpellé Barack Obama pendant la campagne, est la tête d'affiche d'un jeu sur le site indecision2008.com. L'internaute est invité à accomplir un parcours semé de pièges dans un labyrinthe de tuyaux d'évier.

Le sketch de la chaîne Comedy Central, qui tourne en dérision l'affaire de l'inscription de Mickey Mouse sur les listes électorales, a fait le tour du monde et fut diffusé quelques jours après l'ouverture d'une enquête par le FBI sur les inscriptions électorales suspectes fournies par Acorn, une association de mouvements progressistes favorables à Barack Obama. L'association, ajoute Oberlé, a inscrit plus d'un million de nouveaux électeurs, mais des dizaines de formulaires aux noms aussi fantaisistes que Mickey Mouse ou les Dallas Cow-Boys se sont glissés dans les documents.

Les deux candidats eux-mêmes jouent le jeu de l’humour. Ils ont profité d'un récent dîner de charité pour échanger devant une salle de convives ravis quelques bonnes blagues. C’est là que McCain a popularisé le plombier. «Je viens de renvoyer tous mes conseillers. Tous leurs postes sont maintenant occupés par un homme appelé Joe le plombier». Se moquant du côté messianique de son rival Obama, il a déclaré : «Je peux jouer le rôle du “Maverick” (franc-tireur), mais celui du Messie est au-dessus de mes compétences ».

http://www.lefigaro.fr/elections-americaines-2008/2008/10/17/01017-20081017ARTWWW00603-mccain-l-humoriste.php

« Je ne suis pas né dans une crèche», a répondu Obama.  : «Je reçus mon deuxième prénom de quelqu'un qui ne pensait pas que je serais un jour candidat à la présidence. En fait mon deuxième prénom n'est pas celui que vous croyez. Je m'appelle Barack Steve Obama.»

Et Barack «Steve» Obama a ses fans de charme, dit encore Oberlé. L'Obama Girl, une jeune admiratrice aux poses langoureuses, aux formes généreuses et au tee-shirt moulant, se décline depuis des mois dans des spots affriolants. «I have got a crush on Obama» susurre-t-elle. « Super Obama Girl a le béguin pour son idole. Les partisans du héros de la guerre du Vietnam ont répliqué en lançant les McCain Girls, un trio d'Américaines très moyennes et pas vraiment sexy. Les McCain Girls chantent faux pour la plus grande joie des amateurs de second degré dans un remix de It's Raining Men ».

Gobelets rouges ou bleus

Les sites anti-Obama tel le Texas Rebel's Webblog ou anti-McCain sont beaucoup moins drôles, selon le Figaro.  Les détracteurs de Barack Hussein Obama l'affublent d'une barbe et d'un turban à la Ben Laden, reproduisent des commentaires du candidat démocrate sur l'islam sur fond d'appel à la prière et prédisent l'apocalypse en cas de victoire de ce suppôt du communisme. Chez les démocrates, l'heure est au McCainpedia, une encyclopédie inspirée de Wikipédia. La copie est truffée d'approximations et de points de vue partisans. Elle recense 162 «mensonges» de McCain. Pendant ce temps, la chaîne de supérette 7 Eleven compte les points ou plutôt les gobelets. Ce marchand de café qui vend un million de cafés par jour mesure les chances des candidats en proposant à ses clients des tasses bleues (Obama) ou rouges (McCain). Une façon de lire l'avenir hors du marc de café. Selon les dernières estimations, Obama se détache avec 60 % de gobelets (Le Figaro)

Ce n’est pas d’hier

 Oh ce n’est pas d’hier qu’aux US on brocarde, à la manière US, le monde politique. Depuis longtemps, les scénaristes font marrer dans des séries TV au succès énorme, y compris à l’étranger, proche ou lointain. Avec comme héros  Mr President.  

Le « Président », déjà héros du cinéma hollywoodien depuis 1933 (« Gabriel au dessus de la Maison Blanche », de Gregory La Cava) est avec les années devenu un personnage central des télés US, comme « 24 Heures chrono »,  « A la Maison Blanche » ou « West Wing ».

Ce sont les séries télé d’ailleurs qui, les premières, ont rêvé d’un Noir ou d’une femme à la présidence. Si c’est le « quatrième pouvoir » avec l’affaire du Watergate tournée par Alan J.Pakula (Les Hommes du président, 1976, 125 mn) qui a minutieusement reconstitué l’enquête de Woodward (Robert Redford) et Bernstein (Dustin Hoffman) du Washington Post, c’est le « cinquième pouvoir», celui des studios qui a façonné très souvent avec talent la récente image présidentielle usaméricaine.

Jusqu'à quel point l'imaginaire du citoyen détermine-t-il son comportement au moment du vote ? La confusion avec la réalité est-elle un danger ? Ou peut-­on, au contraire, y trouver un moyen de faire avancer la société, en lui proposant des profils inattendus ? Dans « Mr President » (2008, inédit, 60 mn, chaîne Arte) Emilio Pacull répond à ces questions par « des analyses aussi passionnantes que fouillées, judicieusement illustrées par de nombreux extraits d'œuvres  aux tons très différents. Son documentaire s'ouvre et se referme sur le plus saisissant parallèle jamais offert par le petit écran : la campagne électorale du député latino Matt Santos dans la série West Wing, désormais indissociable (et pour cause) de celle d'un certain sénateur afro-américain...» (Sophie Bourdais pour l’hebdo Télérama).

Flash back : Les présidents américains, réels ou fictifs, sont devenus des personnages à part entière, comme un Buffalo Bill, un Zorro ou un Mickey Mouse de notre temps. 

 L’usine à rêves hollywoodienne a mis le paquet : dans « Contact », Bill Clinton – ou du moins un Clinton de synthèse- cause avec des extraterrestres, dans « Independence Day » Bill Pullman tient le rôle d’un jeune président qui sauve la planète en tirant un missile Exocet sur les bavures de l’espace, dans « Meurtre à la Maison Blanche » Ronny Cox et Michael Douglas dans « Le Président et Miss Wade » jouent des présidents très convaincants.

Voilà pour les « bons » présidents. Pour les « mauvais », Kevin Kline  dans « Président d’un jour »(1993), Cliff Robertson (« Los Angeles 2013 ») ou encore Jack Nicholson dans « Mars Attack » et Jack Warden dans « Bienvenue Mister Chance « ( Hal Ashby), incarnent des présidents – de fiction bien sûr- ou insupportable, ou ramolli du cerveau ou addict au brushing et aux sondages ou défaillant question libido...

D’autres présidents sont également connus, ceux de Docteur Folamour, Sept jours en mai, JFK, Nixon, Les Pleins pouvoirs, Forrest Gump, Président, vous avez dit Président ? etc...   

Et puis il y a les présidents canal historique : celui (F.D. Roosevelt) de La Cava et  « Young Mr Lincoln » de John Ford, 1939, avec Henri Fonda. Intouchables.      

« Ah ce n’est pas en France qu’on aurait des vapeurs pareilles ! Imaginez au hasard Zorro ou Terminator starring Nicolas Sarkozy. Ca aurait tout de suite une autre allure », a commenté François Forestier (TéléObs) pour qui « Hollywood ne se lasse pas de mettre en fiction le président des États-Unis : ces quinze dernières années, il est apparu comme l’un des personnages principaux dans plus de soixante films ! »

Aux USA, le boss du bureau ovale est-il ainsi une figure de fiction comme les autres ? C’est à cette question que tente de répondre un autre documentaire français « Les Films du Président »  (diffusé sur la chaîne TCM) de Charles-Antoine de Rouvre, Jacques Braustein et Clovis Goux.

En septembre dernier, un reportage mettait l’accent sur le « nouvel activisme américain : des armes de dérision massive » (55 mn inédit), le fait de jeunes militants qui ont choisi le rire. Ils s’appellent les Yes Men (Béni-oui-oui) dont l’imposture (faux porte-parole de l’OMC) est devenue célèbre, car maître dans l’art de se faire passer pour les gens qu'ils dénoncent et de « rectifier » leur image. « Nous vivons dans une société de me­dias de masse. Il faut agir avec eux plutôt qu'essayer de se battre contre eux », déclare Stephen Duncombe, professeur à l'Univer­sité de New York, qui, dans un ouvrage désormais culte, a théorisé la nécessité de jouer à fond la société du spectacle pour faire passer des idées sociales ou politiques.

Les Yes Men ont fait des émules : le « révérend Billy », faux pasteur déjanté, mais vrai comédien, qui exorcise les Starbucks, Disney, Gap ou Victoria’s Secret (lingerie féminine) et les femmes du Code Pink qui manifestent contre la guerre en Irak, vêtues de nuisettes roses ou encore les Grannies Peace Brigade qui tricotent  des drôles de moufles pour les...moignons des soldats américains, quand elles ne se proposent pas pour se faire enrôler en Irak.  

Ce film de David André et France Swimberge (2008) analyse aussi les retombées de cette militance « festive et télégénique ».

Cet humour stimulant, cette dérision souvent pathétique, à travers happenings et spectacles pour les caméras, sont là ouvertement des créations de mouvements de gauche et d’ONG qui ont considéré que manifs, pancartes, tracts, banderoles et slogans à l’ancienne ne font plus recette. Là comme sur le petit écran, on est en présence d’USA marqués par l’esprit de Michael Moore, pur produit de l’époque G.W.Bush (2000-2008). Sans Bush, Moore n’aurait surement pas existé ou atteint le succès et la célébrité que l’on connait. Bush ne pouvait que provoquer une nouvelle forme d’humour, comme soupape de sureté, exutoire ou dérivatif.

Lui-même n’a-t-il pas pratiqué l’autodérision ? 

Ces nouveaux activistes, qui ont des idées, ne reculent devant rien pour faire entendre leur voix de préférence sur !a scène médiatique. Pour Eric de Saint-Angel (TéléObs) « une généra­tion d'empêcheurs de tour­ner en rond se sont senti pousser des ailes. Exit la gauche sage et morale (... ) La société du spectacle réclamant du spectacle, ils lui en donnent ».


Source : l'auteur 

Article original publié le 31/10/2008

Sur l’auteur

Michel Porcheron est auteur associé de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cet article est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur et la source.

URL de cet article sur Tlaxcala :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=6210&lg=fr


Dimanche 2 Novembre 2008


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