Propagande médiatique, politique, idéologique

Hamas : les prévisions déçues des experts médiatiques


Décryptage

« Séisme politique », « bombe électorale », « processus de paix compromis », « victoire des terroristes », la presse mainstream a réagit avec virulence et une apparente panique à la victoire électorale du Hamas aux élections législatives palestiniennes. La plupart des experts médiatiques n’avaient pas vu, ou pas voulu voir, le mouvement d’opinion des Palestiniens, rejetant le Fatah et ses dirigeants corrompus par les forces d’occupation. Bien que, selon des études concordantes, moins de 15 % des Palestiniens souhaitent une transformation de leur société sur le modèle islamiste, ils ont été cinq fois plus nombreux à voter pour le mouvement islamiste, qui incarne désormais à leur yeux la résistance à l’oppression. Le Fatah, dont l’idéologie laïque reste majoritaire, s’est irrémédiablement déconsidéré en prônant l’abandon de la lutte armée à peine Yasser Arafat inhumé.
La panique des éditorialistes « occidentaux » est à la hauteur de l’aveuglement des experts médiatiques qui pensaient les trucages électoraux suffisants pour relativiser la victoire du Hamas et l’empêcher d’obtenir la majorité des sièges. Aucun effort n’avait en effet été négligé par Israël et les États-Unis pour fausser le scrutin : financement massif du Fatah par l’USAID, assassinat de candidats islamistes par Tsahal, interdiction de vote imposée à 94 % des électeurs de Jérusalem Est par Israël. C’est pourquoi tous s’accordaient pour penser que le Hamas ne pourrait obtenir qu’un strapontin dans un gouvernement d’union nationale. Il serait alors obligé de se « responsabiliser », et de faire le chemin pratiqué par le Fatah avant lui. Il était même envisageable de voir imploser le Hamas entre un courant « pragmatique » converti aux vertus de la négociation telle qu’elle est envisagée dans la « feuille de route » et une aile armée radicale privée de soutiens et isolée.


Mardi 31 Janvier 2006

 

 

Cette approche était développée par le professeur d’Oxford, Hussein Agha, et l’ancien envoyé spécial de Bill Clinton pour les relations israélo-arabes, Robert Malley. Dans une tribune publiée dans The Guardian, le Boston Globe, l’International Herald Tribune et The Age, les deux auteurs faisaient part de leur espoir d’intégrer en douceur le Hamas à la politique suivie par le Fatah, un point de vue que les deux analystes avaient déjà développé en mai 2005. Jusqu’alors, le Hamas pouvaient être loué pour les services rendus aux Palestiniens. Mais MM. Agha et Malley, assuraient qu’une fois associé au pouvoir, il serait à son tour rendu responsable des mauvaises conditions de vie de la population et que, pour les améliorer, il devrait adoucir sa position vis-à-vis d’Israël ou exploser entre une aile radicale et un courant plus accommodant avec Tel-Aviv.
Cette analyse sera également développée par Robert Malley seul dans Le Monde. Dans cette adaptation de la précédente tribune, l’auteur se montrait plus précis sur les méthodes d’intégration du Hamas, préconisant un soutien financier de l’Union européenne aux municipalités contrôlées par le parti islamiste en échange de l’abandon de la violence.

Le citoyen israélo-arabe, professeur à l’université américaine de Paris, Marwan Bishara anticipait lui aussi un bon score du Hamas, mais laissant cette formation minoritaire, dans La Vanguardia et Le Figaro. Pour l’analyste le score du Hamas le pousserait à participer au gouvernement de l’Autorité palestinienne, à faire taire son opposition aux négociations et à soutenir Mahmoud Abbas qui s’en trouverait relégitimé face aux Israéliens. L’auteur demandait donc, suite aux élections, la rédaction d’un programme d’union nationale associant les principales forces politiques palestiniennes.
Partant d’une estimation comparable des résultats, l’ancien ministre jordanien de l’Information en Jordanie, Saleh Alkallab pensait pour sa part dans Asharqalawsat que le Hamas ne participerait pas au gouvernement, même s’il excluait moins que MM. Agha et Malley qu’il puisse gagner les élections. Il espérait qu’en cas de victoire du Hamas, un gouvernement d’union nationale se formerait et il prédisait que le mouvement islamiste devrait suivre la même politique que le Fatah. Avant toute chose, l’auteur souhaitait éviter une confrontation entre les différents groupes palestiniens.

Comme on le voit, la plupart des analystes médiatiques, espérait surtout que les élections ne changent pas grand chose à la politique suivie par l’Autorité palestinienne et que Mahmoud Abbas sorte renforcé, d’une manière ou d’une autre, de ce scrutin.
Pour le député du Yahad et principal négociateur israélien des « accords de Genève », Yossi Beilin, un renforcement de Mahmoud Abbas est avant tout essentiel pour l’avenir électoral de son parti et de la gauche israélienne qui prépare les élections du 28 mars. Dans La Vanguardia, il pronostique une victoire de Kadima, le parti d’Ariel Sharon et Ehud Olmert. Toutefois, ce parti ne pourra pas gouverner seul. M. Beilin estimait donc que si une coalition « pragmatique » l’emportait en Palestine, Kadima s’allierait avec les travaillistes et son parti et des négociations pourraient reprendre. En revanche, si le Hamas l’emportait, Kadima s’allierait sans doute avec le Likoud sans possibilité de négociation. Ce faisant, le député israélien reconnaissait implicitement que les personnes à la tête de l’Autorité palestinienne n’avaient pas d’importance, tout dans les relations israélo-palestiniennes dépend de la coalition au pouvoir en Israël.

Bien loin de cette approche consensuelle, l’éditorialiste palestinien d’Alquds- Alarabi, Abdel Bari Atouan, faisait part, avant les élections de son désir de changement, un éditorial lucide préfigurant l’opinion palestinienne majoritaire qui allait s’exprimer dans les urnes. L’auteur appelait ainsi à une alternance politique sans parler d’une victoire du Hamas, demandant que le prochain gouvernement mette fin à la corruption, juge les responsables corrompus et négocie avec Israël mais sans remettre en cause le droit au retour ou la création d’un État palestinien ayant comme capitale Jérusalem.
Il s’agissait de la même position que celle défendue par le Hamas, mais notons que cette ligne était également défendue par une minorité de membres critiques du Fatah qui, elle, a plutôt bien résisté au raz-de-marée vert.
Parmi elle, l’ancienne représentante de l’Autorité palestinienne pour les affaires de Jérusalem et nouvelle représentante de l’Autorité palestinienne en France, Hind Khoury, dénonçait dans le Guardian la campagne d’intimidation et les tracasseries administratives qui ont empêché 94 % des Palestiniens de Jérusalem Est de se rendre aux urnes. Faisant sienne la rhétorique états-unienne sur la réforme palestinienne prémisses à la paix, elle affirme que ce n’est pas ainsi que la paix progressera.

Toutefois, la rhétorique de la « démocratisation » du Proche-Orient a ses limites et la réaction des États-Unis et de Tel-Aviv aux résultats des élections l’a bien vite montré.
Avant le scrutin, l’USAID, avait ainsi largement financé la campagne du Fatah afin de contrer l’extrême popularité de son concurrent islamiste. Sitôt les résultats connus, les États-Unis et leurs alliés ont remis en cause la poursuite de l’aide humanitaire versée à l’Autorité palestinienne, tandis qu’Israël a d’ores et déjà gelé les fonds de l’Autorité palestinienne, interdisant également aux élus du Hamas de se déplacer entre Gaza et la Cisjordanie. Ainsi, après avoir réussi à acheter des leaders du Fatah, mais avoir échoué à acheter les électeurs palestiniens, Washington et Tel-Aviv ont décidé de ruiner l’Autorité palestinienne et d’empêcher le gouvernement issu des urnes d’exercer ses responsabilités.
Le président états-unien George W. Bush a commenté les résultats électoraux lors d’une conférence de presse. Il les déplore sans les remettre en cause et affirme que les États-Unis ne discuteront jamais avec un groupe prônant la destruction d’Israël. Il dément avoir aidé le Fatah via l’USAID, mais réitère son souhait de voir Mahmoud Abbas rester en poste. Il est intéressant de noter que la position de George W. Bush est totalement paradoxale. En effet, le Hamas ne prévoit pas la destruction d’Israël dans sa charte, en revanche, le Fatah de Mahmoud Abbas avait fait de cette destruction un de ses objectifs, objectif qui fut abandonné après la signature des accords d’Oslo entre Rabin et Arafat en 1993. Il est donc non seulement possible de négocier avec un groupe affirmant souhaiter la destruction d’Israël mais cette remarque ne s’applique pas au Hamas.
Les médias mainstream n’ont pas relevé cette incohérence. La plupart ont au contraire abondé dans le sens du président états-unien en adaptant à la nouvelle majorité parlementaire palestinienne le mythe de « l’absence de partenaire arabe » dans les négociations de paix qui avait autrefois si bien fonctionné contre Yasser Arafat. La plupart des quotidiens ont ainsi dramatisé la victoire du Hamas, consacrant une bonne part de leurs pages à la dénonciation des crimes du Hamas et aux condamnations, justifiées, des attaques contre les civils mais sans se donner la peine de rappeler le contexte de l’occupation et les crimes commis par Tsahal.

L’ancien directeur général du ministère des Affaires étrangères israélien, Shlomo Avineri, insiste lui aussi sur l’absence de « partenaire arabe » dans une tribune diffusée par Project Syndicate. Ce texte a été publié dans le Jordan Times, le Korea Herald, le Daily Star, sans doute d’autres publications qui nous ont échappé et un grand nombre de sites internet. Comme toujours, grâce à sa capacité de diffusion, Project Syndicate devrait profondément influencer le débat médiatique. Nous nous attendons à retrouver la prose de M. Avineri dans de nombreux journaux dans les jours à venir [1] et, surtout, de la voir adoptée par de nombreux analystes. Pour l’auteur, la victoire du Hamas démontre non seulement qu’il n’y a pas de possibilités de parvenir à une paix négociée avec les Arabes mais que le fossé entre Israéliens et Palestiniens se creuse de plus en plus. Il s’appuie sur ce point de vue pour soutenir Kadima et la politique de désengagement unilatéral, c’est-à-dire, l’application de la politique du « pré carré » : le contrôle du plus grand territoire possible avec le minimum de troupes.

Sans surprise, l’extrême droite états-unienne va encore plus loin. L’administrateur de l’U.S. Institute of Peace et président du Middle East Forum, Daniel Pipes, appelle ainsi à un isolement du Hamas et de l’Autorité palestinienne dans le National Post et The Australian. Pour lui, cette élection est comparable à celle d’Hitler en 1933 en Allemagne, il appelle donc à ce que « l’Occident » punisse les Palestiniens pour leur choix. Il estime également qu’il faut tirer les conséquences de cette élection pour toute la région et qu’il faut ralentir le processus de « démocratisation » du Proche-Orient afin de faciliter l’éradication de « l’islam radical ». L’auteur marque donc son opposition au soutien d’une partie des élites états-uniennes à des mouvements fondamentalistes pour remodeler la région.
Partageant les conclusions de Daniel Pipes, l’analyste néo-conservateur Joel Mowbray a lui aussi demandé l’isolement de l’Autorité palestinienne tout en se réjouissant de la victoire du Hamas dans le Washington Times. Pour lui, Le Fatah était pire que le Hamas puisqu’il était apparemment engagé dans la feuille de route tout en menant des opérations terroristes avec les Brigades des martyrs d’Al Aqsa, Israël avait des devoirs vis-à-vis de cette organisation qu’il n’a plus avec le Hamas, il y a donc une raison de se réjouir.

Abdel Bari Atouan a vu le programme politique qu’il appelait de ses vœux arriver au pouvoir mais il s’alarme dans Al Quds Al Arabi de l’attitude « occidentale ». Il estime que la situation actuellement en Palestine rappelle celle de l’Algérie en 1991 : les Palestiniens, comme les Algériens à l’époque, ont voté contre un régime corrompu. Mais à la différence des militaires algériens, Mahmoud Abbas a accepté les résultats. Ce sont Israël, les États-Unis et l’Union européenne qui le refusent, tout comme les régimes arabes qui utilisent la peur des islamistes pour rester au pouvoir. Le Hamas va être privé de ressources par les pays arabes, l’Union européenne et les États-Unis. L’auteur conclut qu’il pourrait alors se tourner vers l’Iran.

Ancien porte-parole de la Muslim Association of Britain et directeur de l’Institute of Islamic Political Thought, Azzam Tamimi se réjouit dans The Guardian de la victoire du Hamas et tente de remettre en cause un certains nombre de lieux communs concernant ce parti diffusés par la presse mainstream. Pour lui, les théories des experts énoncées avant le scrutin sur les intentions des Palestiniens n’ont aucun sens. Il estime que les Palestiniens ont voté pour retourner le principe du processus de paix. Jusqu’ici les discussions israélo-palestiniennes, quand elles avaient lieu se fondaient sur le principe que les Palestiniens étaient les agresseurs et que le principal problème était le terrorisme. Il faut que désormais les négociations partent du principe qu’Israël est l’agresseur et que le principal problème est l’occupation. L’auteur rappelle que le cheikh Yassine avait déclaré qu’un retour aux frontières de 1967 mettrait un terme à l’action militaire du Hamas pour au moins une génération, ces déclarations avaient été confirmées par l’interview de Moshir al-Masri, porte-parole du Hamas, que nous avions diffusée sur notre site. Par conséquent, l’auteur conclut qu’il faut accepter de négocier avec le Hamas comme Londres négocie avec l’IRA.

Réseau Voltaire

 

[1] Le lendemain de la rédaction de cette analyse, la tribune était reprise par Le Figaro.

 





  

« Le Hamas est arrivé mais il y a des limites à son avancée »

Auteurs Robert Malley, Hussein Agha

Robert Malley est directeur du Middle East Program de l’International Crisis Group. Il a été l’assistant spécial du président Bill Clinton sur la question israélo-arabe (1998-2001).
Hussein Agha est membre du St Anthony’s College d’Oxford et a été impliqué dans les relations israélo-palestiniennes depuis plus de 30 ans.

Sources International Herald Tribune (France), The Guardian (Royaume-Uni), The Age (Australie), The Boston Globe (États-Unis)
Référence « Hamas has arrived - but there are limits to its advance », par Hussein Agha et Robert Malley, The Guardian, 24 janvier 2006.
Hamas steps into a complex landscape », Boston Globe, 24 janvier 2006.
« Hamas at the table », International Herald Tribune, 25 janvier 2006.
« Hamas changes tack », The Age, 25 janvier 2006.

Résumé Il y a plus d’incertitudes que de certitudes dans les élections palestiniennes à venir, mais une chose est sûre : le Hamas, organisation désignée comme terroriste par les États-Unis, l’Union européenne et ennemie jurée d’Israël, va faire son entrée à l’assemblée. Il pourrait recevoir une part importante des voix et, qui sait, entrer au gouvernement.
La décision du Hamas d’entrer dans le champ politique a pris du temps, mais ce n’est pas une surprise. Contrairement au Fatah, le Hamas ne vise pas seulement l’obtention de l’indépendance par la lutte armée ou la diplomatie, il veut une transformation de la société palestinienne d’un point de vue religieux et social. Le Hamas s’est lancé dans la lutte armée tardivement, d’abord contre des soldats israéliens et des colons puis contre les civils. À plusieurs occasions toutefois, le Hamas a proposé d’arrêter de s’en prendre aux civils si Israël faisait de même. Aujourd’hui, le Hamas ramasse les dividendes de l’incapacité de l’Autorité palestinienne à protéger ses habitants et du désenchantement des Palestiniens face aux négociations. Le désengagement unilatéral de Gaza a laissé croire également que la violence avait plus d’impact que les négociations.
Le Hamas a accepté de mettre fin temporairement aux violences et a participé aux élections municipales. Notons que tant que le Hamas est dans l’opposition, on le félicite pour les services qu’il rend, quand il sera élu, on le blâmera pour les services qu’il ne rend pas. Or, les islamistes savent bien que la vie quotidienne des Palestiniens dépend des relations avec Israël. Le discours du Hamas risque donc de rester le même mais on devrait voir se creuser en son sein une faille entre les radicaux et les pragmatiques.
 

« Les élections palestiniennes, un atout pour la paix au Proche-Orient »

Auteur Marwan Bishara


 Citoyen israélien arabe, Marwan Bishara est professeur de relations internationales à l’université américaine de Paris. Il est analyste politique pour Abu Dhabi TV. C’est le frère du député à la Knesset, Azmi Bishara.

Sources Le Figaro (France), La Vanguardia (Espagne)
Référence « Asunción del poder en Palestina », par Marwan Bishara, La Vanguardia, 25 janvier 2006.
« Les élections palestiniennes, un atout pour la paix au Proche-Orient », Le Figaro, 25 janvier 2006.

Résumé Les élections législatives d’aujourd’hui sont historiques car elles vont permettre la création d’une Assemblée nationale bien plus représentative et aider à l’accélération de la réforme du gouvernement et des services de sécurité. Avec la participation de onze factions ; nationalistes, libérales, islamistes et de gauche, tous les courants politiques palestiniens seront, pour la première fois, représentés. Toutefois, beaucoup s’inquiètent du score du Hamas, qui pourrait porter ombrage à la nature laïque de la société palestinienne.
En Palestine et dans d’autres pays du Moyen-Orient, l’humiliation du mouvement nationaliste laïque revient à encourager les islamistes. La persistance de Sharon à humilier le président Abbas et aliéner son parti de gouvernement, le Fatah, n’a fait qu’accroître le pouvoir du Hamas islamiste. L’anxiété des courants libéraux arabes et occidentaux face à cette montée en puissance n’est pas sans fondement. En effet, une victoire de ce mouvement pourrait faire avorter un processus diplomatique déjà discrédité et faire obstacle à la politique palestinienne relativement libérale et pluraliste.
Mais d’après les sondages, le Hamas ne devrait remporter qu’un tiers des sièges et ainsi devenir une force d’opposition significative. Et cela pourrait être profitable. La politisation du Hamas le rendra plus réceptif aux pressions populaires et aux responsabilités gouvernementales. Ainsi, la participation et l’élection de candidats du Hamas aux élections municipales n’a pas rendu les politiques suivies plus extrémistes. Au contraire, le porte-parole du Hamas a déclaré la volonté de son parti d’accepter la création d’un État palestinien sur les frontières de 1967, déclaration très éloignée de leur insistance de jadis à obtenir la libération totale de la Palestine historique. La participation du Hamas au gouvernement pourrait aider au renforcement du processus politique en Palestine et permettre d’établir des négociations plus saines, fondées sur la volonté et l’accord de la majorité des Palestiniens.
Le président Mahmoud Abbas, pris en étau entre, d’une part, les frictions de ses responsables de sécurité et la prolifération des groupes armés et, d’autre part, les pressions israéliennes et américaines pour réprimer les militants, a besoin de toute l’aide institutionnelle qu’il peut réunir. Un gouvernement avec une large assise sera plus efficace que le gouvernement actuel. Les élections sont aussi un atout pour la paix. Elles peuvent mettre en mouvement l’esprit de responsabilité civique et renforcer les structures institutionnelles absolument indispensables au futur État palestinien.
 

« Les élections palestiniennes : Pour ne pas rater l’occasion comme avant… ! »

Auteur Saleh Alkallab


 Ancien ministre de l’information en Jordanie, Saleh Alkallab est journaliste dans le quotidien Asharqalawsat.

Source Asharqalawsat
Référence « الانتخابات الفلسطينية : حتى لا تضيع الفرصة الجديدة كما ضاعت فرص سابقة.. !  », par Saleh Alkallab, Asharqalawsat, 26 janvier 2006.

Résumé Les élections qui ont eu lieu hier dans les territoires palestiniens vont sûrement marquer l’histoire du militantisme de tout un peuple. C’est le premier grand événement depuis le retour remarquable d’Abou Amar, « Yasser Arafat » et ses hommes en Cisjordanie et la bande de Gaza en 1994.
Excepté le mouvement du Jihad Islamique, toutes les composantes de la vie politique palestinienne ont affiché, à travers ce scrutin, une maturité confirmant que le peuple d’Abou Mazen a concrètement avancé dans sa lutte de libération.
Les dix dernières années ont été douloureuses, et ont pu faire manquer aux Palestiniens ce moment historique. Surtout qu’Ariel Sharon a tout tenté pour affaiblir leur volonté. Désormais, le message adressé à tous les responsables israéliens se résume dans la nécessité de reconnaître à ce peuple le droit de construire son État indépendant.
Le Hamas s’est rendu compte, après vingt ans d’existence sur la scène politique, qu’il doit changer sa politique « agressive » en se joignant aux autres acteurs politiques souhaitant une vie paisible, ce qui permettra au mouvement de participer pleinement dans la mise en place des institutions dont le pays à certainement besoin.
Mais ce mouvement refuse toujours de reconnaître qu’il a été amené à changer sa ligne politique en participant à ces élections. Une éventuelle victoire de Hamas aux élections lui permettra de participer au conseil législatif, tout en refusant toujours de rejoindre les rangs de l’Autorité palestinienne. Mais, en cas de victoire, le mouvement sera amené à adopter la même politique que son prédécesseur, le Fatah. Le minimum, si jamais il n’est pas possible de former un gouvernement d’union nationale, est de créer un climat de coopération et surtout de respect entre le gouvernement et l’opposition à venir.
 

« Deux campagnes électorales »

Auteur Yossi Beilin


 Yossi Beilin est ancien ministre de la justice israélien et l’un des principaux négociateurs des accords de Genève. Dissident du parti travailliste israélien, il est président du parti Yahad.

Source La Vanguardia (Espagne)
Référence « Dos campañas electorales », par Yossi Beilin, La Vanguardia, 22 janvier 2006.

Résumé Mercredi prochain, le 25 janvier, les élections du Conseil législatif palestinien auront lieu. Elles influenceront naturellement l’orientation de l’Autorité palestinienne. La participation du Hamas à ces élections crée une nouvelle situation. Si une coalition laïque arrive au pouvoir, elle pourra inviter Israël à ouvrir des négociations politiques. En revanche, un Hamas fort pourrait rejeter toutes les négociations et renforcera ceux qui, en Israël, préfèrent des initiatives partielles et unilatérales. Quoi qu’il en soit, les élections palestiniennes auront un impact fort sur les élections israéliennes qui auront lieu deux mois plus tard.
Le Likoud de Benjamin Netanyahu s’oppose à tout nouveau retrait, Kadima privilégie des désengagements unilatéraux, la gauche plaide pour un retour à la table des négociations, mais les travaillistes se sont opposés à une division de Jérusalem et ils n’ont pas soutenu l’initiative de Genève. Sur ce point, la victoire de Amir Peretz à la tête du parti travailliste a été une bouffée d’air frais, mais cela a poussé une partie des travaillistes à rejoindre Kadima.
Ce parti veut incarner le centre, ce qui n’a jamais bien fonctionné en Israël, mais il bénéficie de soutiens du fait de l’hospitalisation d’Ariel Sharon. Quoi qu’il en soit, ce parti ne pourra pas gouverner seul. Il devra s’allier, soit avec la droite soit avec les travaillistes. Et l’orientation de la coalition dépendra du résultat des élections palestiniennes.
 

« Le choix démocratique palestinien »

Auteur Abdel Bari Atouan


 Abdel Bari Atouan a occupé le poste de rédacteur en chef du journal Asharq Alaousat (1984-1988) avant de devenir le rédacteur en chef du journal palestinien Al qods Al arabi, publié à Londres. Il est connu par sa position en faveur des pays arabes qu’il ne cesse pas de défendre publiquement lors de ses interviews sur des chaînes telles que CNN, la BBC... etc.

Source Al Quds Al Arabi (Royaume-Uni)
Référence « الاختبار الديمقراطي الفلسطيني », par Abdel Bari Atouan, Alquds- Alarabi, 25 janvier 2006.

Résumé Un tiers de la population palestinienne est appelé à se rendre aux urnes pour choisir les membres du conseil législatif qui aura pour tâche de surveiller les actes de l’autorité nationale. Un événement qui doit nous rappeler qu’environ six millions de réfugiés palestiniens ne participeront pas à cet événement historique.
Ces élections, malgré le fait qu’elles ne sont pas tellement démocratiques, vu leur organisation en pleine présence de l’occupant israélien, pourront constituer un point décisif dans la vie politique palestinienne, et dans le conflit arabo-israelien pour des raisons différentes. Ce scrutin, s’il est organisé démocratiquement, mettra fin à toute une période de domination d’un seul parti, et instruira une vraie pluralité politique et médiatique. De même, il permettra de mettre fin à la corruption qui a caractérisé la gouvernance et permettra de juger les responsables. Il est prévu, également, que les résultats de ces élections changeront la vision dominante, qui a permis à un groupe de personne de négocier au nom du peuple palestinien sans sa permission. Des négociations qui remettent en cause, entre autres, le droit au retour et celui de fonder un État palestinien avec Jérusalem comme capitale.
Certes, le nouveau conseil législatif va refléter ces changements en toute objectivité. Il ne doit pas suivre les pas des parlements des régimes arabes. Ce même conseil ne doit pas permettre des négociations secrètes ou des accords catastrophiques tels ceux d’Oslo. Ce scrutin est l’épreuve la plus importante d’un peuple sous l’occupation israélienne. C’est bien l’occasion de donner l’exemple d’une démocratie nationale qui veillera sur le bien-être de son peuple, et qui l’aidera à réaliser ses aspirations.
 

« Le Hamas au pouvoir »

Auteur Shlomo Avineri


 Shlomo Avineri est professeur de sciences politiques à l’université hébraïque de Jérusalem. Il est ancien directeur général du ministère des Affaires étrangères israélien. Membre d’un institut satellite de la CIA chargé de l’assistance aux partis de gauche, il a été impliqué dans les processus de démocratisation de nombreux pays de l’Est européen

Sources Jordan Times (Jordanie), Daily Star (Liban), Korea Herald (Corée du Sud)
Référence « Hamas in power », par Shlomo Avineri, Jordan Times, 27 janvier 2006.
Prospects of Hamas in power », Korea Herald, 28 janvier 2006.
« A predictable victory in a failed Palestinian state », Daily Star, 28 janvier 2006.

Résumé La victoire des fondamentalistes du Hamas aura des conséquences inattendues pour la région, mais deux aspects sont d’ores et déjà visibles. La victoire du Hamas démontre l’incapacité de la direction palestinienne traditionnelle à créer un corps politique.
L’Autorité palestinienne, qui bénéficie d’une certaine autonomie depuis les accords d’Oslo, a préféré mettre en place des douzaines de services de sécurité plutôt qu’utiliser les fonds dont elle dispose pour répondre aux besoins des Palestiniens. Le vide laissé dans la sphère sociale par l’Autorité palestinienne a été rempli par le Hamas, ce qui lui a donné une grande popularité. Ce n’est pas son programme islamiste, sa volonté de détruire Israël ou la corruption de la direction palestinienne sortante qui a permis au Hamas de remporter le scrutin, c’est son activité sociale qui a été déterminante.
La question du terrorisme reste ouverte. Difficile de savoir si le Hamas deviendra plus radical ou plus pragmatique dès lors qu’il arrive au pouvoir. En tout cas, ce qui est évident, c’est que les actions unilatérales d’Israël devront se poursuivre puisque le fossé entre Israéliens et Palestiniens ne cesse de se creuser. Cela devrait renforcer Kadima pour les élections du 28 mars, du moins faut-il l’espérer.
 

« Une démocratie à six pour cent »

Auteur Hind Khoury


 Hind Khoury est ancienne représentante de l’Autorité palestinienne pour les affaires de Jérusalem et porte parole de l’Autorité palestinienne en France.

Source The Guardian (Royaume-Uni)
Référence « A six per cent democracy » par Hind Khoury, Guardian, 26 janvier 2006.

Résumé Hier, seuls 6% de l’électorat palestinien des zones occupées de Jérusalem Est ont pu voter dans leur ville pour ces deuxièmes élections législatives palestiniennes. Même les 6300 Palestiniens pouvant voter -le nombre de chanceux autorisés par Israël est entièrement arbitraire- ont fait face à une campagne d’intimidation pour les décourager d’aller voter.
Israël a essayé de marquer des points sur la scène internationale en autorisant les élections à Jérusalem Est, pendant qu’elle faisait tout pour rendre la vie difficile aux électeurs. En plus d’avoir restreint le nombre d’électeurs, Israël a photocopié la liste des électeurs et refuse de donner l’assurance que le fait de voter n’entraînera pas de représailles, tout cela ajouté à l’atmosphère de peur.
Les discussions internationales autour de ces élections ont seulement porté sur le Hamas, ce qui a permis à Israël de faire oublier la suppression des droits démocratiques aux Palestiniens de Jérusalem. Durant ces deux dernières années, Israël a étendu ses colonies dans Jérusalem Est avec un mur de 8m de haut, coupant la ville palestinienne de la Cisjordanie. Ramallah et Bethléem sont maintenant séparées comme des pays étrangers. 94% des Palestiniens de Jérusalem qui ont été empêchés de voter dans leur ville devaient franchir le Mur israélien pour voter, passer les fils barbelés et affronter la colère des militaires des checkpoints israéliens. Mais Israël savait que peu de Palestiniens choisiraient de passer un jour entier dans des conditions difficiles, et essayait donc de priver l’électorat de Jérusalem Est de son droit de vote.
Dans le but de faire croire que les Hiérosolymitains participaient aux élections « de l’étranger », ces Palestiniens ont été autorisé à comptabiliser leurs votes par voie postale. L’année dernière, des négociateurs palestiniens avaient essayé d’ouvrir des pourparlers afin que tout l’électorat puisse voter. Israël a ignoré cette requête jusqu’à la dernière minute, malgré les obligations de la « feuille de route » qui explique que les élections palestiniennes doivent être facilitées. Sous la pression internationale, les deux parties ont discuté pendant une semaine des arrangements durant les 3 semaines de la campagne. Dans quelle démocratie discuterait-on des élections entre juristes et experts d’un côté, et la police secrète et l’armée de l’autre ? Cela démontre l’absurdité de vouloir construire une démocratie palestinienne sous le joug de l’occupation israélienne.
De tels arrangements sont arrivés après que plusieurs Palestiniens ont été arrêtés pour avoir mis en place des affiches électorales ou pour s’être mobilisés. L’Occident nous a dit de faire des réformes et de construire la démocratie ; ce qui a été fait est la meilleure campagne possible pour ceux qui sont opposés à des négociations. Les territoires occupés de Jérusalem Est ont le même statut légal que Jénine en Cisjordanie. Jérusalem Est n’est pas un « territoire disputé », c’est un territoire illégalement contrôlé par l’État israélien qui clame que la moitié de la ville lui appartient.
Israël n’a rien gagné par cette tactique d’intimidation et d’obstruction. Son mépris à l’encontre de la démocratie palestinienne ne sert pas sa sécurité ni la paix. Il n’y a qu’un moyen de mettre fin au conflit, et cela passe par la négociation basée sur une solution juste et le droit international.
 

« Conférence de presse du président »

Auteur George W. Bush


 [George W. Bush] est président des États-Unis.

Source Département d’État (États-Unis)
Référence « Press Conference of the President », par George W. Bush, département d’État états-unien, 26 janvier 2006. Ce texte est adapté d’une conférence de presse. Nous avons choisi de ne traiter que les parties consacrée à la situation en Palestine.

Résumé Je ne crois pas que la paix soit morte avec la victoire du Hamas, car les gens veulent la paix. La meilleure chance pour la paix est de construire deux démocraties vivant côte-à-côte. Les élections d’hier montrent la puissance de la démocratie. Les palestiniens se sont rendus aux urnes pacifiquement et ils ont fait part de leur mécontentement. Cette élection doit ouvrir les yeux de la vieille garde palestinienne.
Mais d’un autre côté, je vois mal comment être un partenaire pour la paix quand on se fait l’avocat de la destruction d’un pays et quand on a une branche armée. Les élections viennent d’avoir lieu et nous serons très attentifs à la formation du gouvernement. Je répète que ceux qui veulent la destruction d’Israël ne peuvent pas être des partenaires pour la paix. Nous discuterons avec le quartet des moyens à mettre en œuvre pour continuer le processus de paix.
Nous ne souhaitons pas la démission de Mahmoud Abbas mais je réfute les affirmations selon lesquelles nous aurions aidé financièrement l’Autorité palestinienne pour lui donner une meilleure image auprès des Palestiniens. Les fonds que nous avons donnés était destinés de longue date aux Palestiniens dans le budget de l’USAID. Nous n’avons pas soutenu le parti au pouvoir.
 

« Les fruits amères de la démocratie »

Auteur Daniel Pipes


 Administrateur de l’US Institute of Peace, Daniel Pipes est le fondateur du Middle East Forum et l’auteur de Militant Islam Reaches America. Il est collaborateur de Benador Associates. Pour une biographie détaillée, voir l’enquête que le Réseau Voltaire lui a consacrée.

Sources National Post (Canada), The Australian (Australie)
Référence « Democracy’s bitter fruit », par Daniel Pipes, National Post, 27 janvier 2006
« Region not ripe for democracy », The Australian, 30 janvier 2006.

Résumé Maintenant que le Hamas semble avoir remporté les élections, l’occident est pris à son propre piège. Non seulement le Hamas est une organisation terroriste qui veut détruire Israël et s’attaque aux civils, mais en outre il a remporté des élections honnêtes. Face à cette situation, les chancelleries hésitent entre à pousser l’organisation à la modération ou la rejeter, rencontrer ses représentants ou les éviter, continuer à financer l’Autorité palestinienne ou lui couper les vivres. Cette situation est notre création.
Les pays occidentaux ont, dans le même temps, fait la guerre au terrorisme et voulu développer la démocratie. Mais il n’était pas possible de faire les deux dans cette région agitée. Ainsi, la première élection palestinienne convenable a amené le Hamas au pouvoir ; en Égypte, les électeurs ont voté pour les Frères musulmans ; en Irak ce sont les chiites pro-iraniens ; au Liban c’est le Hezbollah qui remporte les élections après le départ des Syriens et en Arabie saoudite les éléments les plus radicaux font de bons résultats. Bref, la démocratie dans ces pays amène au pouvoir les pires ennemis de l’Occident.
Après la Seconde Guerre mondiale, la démocratisation de l’Allemagne ou du Japon avait amené au pouvoir des partis démocratiques. La différence avec les pays du Moyen-Orient actuellement ne vient pas de l’islam ou de facteurs culturels, mais du fait que les ennemis idéologiques du Moyen-Orient n’ont pas encore été vaincus. La démocratisation s’est déroulée en Allemagne après que sa population ait subi l’épreuve du totalitarisme. Au Moyen-Orient, la tentation totalitaire reste solidement en place.
Par conséquent, il faut ralentir le processus de démocratisation au Moyen-Orient et planifier la démocratisation sur des décennies. Il faut également vaincre l’islam radical en valorisant la stabilité dans un premier temps. Pour revenir au dilemme posé par la victoire du Hamas, les capitales occidentales doivent faire comprendre aux Palestiniens que, à l’image des Allemands qui ont élu Hitler en 1933, ils ont pris une décision inacceptable d’un point de vue civilisé. L’Autorité palestinienne dirigée par le Hamas doit être isolée et rejetée à chaque occasion possible, afin d’inciter les Palestiniens à se rendre compte de leur erreur.
 

« Les régimes arabes et la victoire du Hamas »

Auteur Abdel Bari Atouan


 Abdel Bari Atouan a occupé le poste de rédacteur en chef du journal Asharq Alaousat (1984-1988) avant de devenir le rédacteur en chef du journal palestinien Al qods Al arabi, publié à Londres. Il est connu par sa position en faveur des pays arabes qu’il ne cesse pas de défendre publiquement lors de ses interviews sur des chaînes telles que CNN, la BBC... etc.

Source Al Quds Al Arabi (Royaume-Uni)
Référence « أنظمة العرب وفوز حماس », par َAbdel Bari Atouan, Al Quds Al Arabi, 30 janvier 2006.

Résumé Les régimes arabes ont été surpris par la victoire du Hamas dans un scrutin qui s’est déroulé démocratiquement dans les territoires occupés. Une victoire qui servira au mouvement pour guider le pays et alléger les pressions états-uno-européennes appelant aux réformes.
Ce qui s’est passé dans la bande de Gaza et en Cisjordanie est une copie conforme de ce qui a eu lieu en Algérie lors des élections de 1991. Les Algériens avaient voté pour le Front Islamique du Salut (FIS), non parce que les Algériens sont extrémistes, mais par ce qu’ils voulaient enterrer un régime corrompu à travers un scrutin démocratique. La différence majeure est que le lobby militaire régnant en Algérie à l’époque a refusé les résultats, sans hésiter à les annuler quelques jours après, annonçant donc le début d’une guerre sanglante qui a coûté la vie à une dizaine de milliers d’innocents. Mais, du côté palestinien, l’autorité et son président Mahmoud Abbas ont insisté sur le fait d’organiser le processus électoral et de respecter ses résultats.
Les régimes arabes, et surtout celui de l’Égypte, considèrent la réaction états-unienne vis-à-vis de la victoire du Hamas comme un élément, entre autres, servant sa politique d’oppression et de falsification des résultats électoraux pour régner le plus longtemps possible. Justifiant leur maintien du pouvoir par des besoins sécuritaires dans la région, vu que des élections démocratiques serviront, en premier lieu, les intérêts des groupes d’extrémistes islamistes. D’ailleurs, le gouvernement israélien a adopté cette vision, tout en la dictant aux responsables états-uniens et européens.
Ce n’est pas la première fois que l’administration Bush se trompe dans sa lecture de la situation dans les territoires occupés. Un échec qui est dû principalement au fait que cette administration se base, pour élaborer ses politiques, sur les estimations israéliennes et celles de quelques experts moyen-orientaux dans des centres d’études basés en Égypte et en Palestine occupée. Pis, les néo-conservateurs risquent de commettre une erreur catastrophique en refusant de soutenir financièrement le gouvernement que formera le mouvement islamique. Autrement dit, ils veulent punir le peuple palestinien pour son action électorale et démocratique, en le poussant de plus en plus vers l’extrémisme. La décision des États-Unis prouve que ces derniers tiennent à coopérer avec des dictatures, tant que celles-ci continuent à signer des accords de paix avec l’État hébreu, à adopter pleinement les politiques états-uniennes en Irak et en Afghanistan et à soutenir une guerre éventuelle contre Téhéran.
Le Hamas s’est avéré beaucoup plus intelligent et civilisé que l’administration Bush, surtout en ayant déclaré sa vive volonté de coopérer avec la communauté internationale. L’administration états-unienne, la dirigeante du monde libre et démocratique, a déclenché la guerre contre le choix palestinien deux jours seulement après le scrutin qu’elle a qualifié, elle même, de démocratique. Certes, le mouvement islamique doit assumer une lourde responsabilité. Mais, son manque d’expérience dans la gestion d’une autorité corrompue telle que celle d’Abu Mazen, et sa politique anti-états-unienne lui donnent le droit à l’erreur.
Le refus euro-états-unien de soutenir financièrement le gouvernement prévu par le Hamas risque de compliquer la tâche du mouvement. Mais, heureusement, il a toujours d’autres alternatives, dont le soutien iranien demeure l’une des plus importantes. Oui, on parle bien d’un éventuel soutien iranien puisqu’on est sûr que les régimes arabes ne se précipiteront jamais pour soutenir le Hamas.
 

« Le Hamas fera un accord »

Auteur Azzam Tamimi


 Ancien porte-parole de la Muslim Association of Britain, auteur d’un livre, à paraître, sur le Hamas, Azzam Tamimi est directeur de l’Institute of Islamic Political Thought.

Source The Guardian (Royaume-Uni)
Référence « Hamas will make a deal », par Azzam Tamimi, The Guardian, 30 janvier 2006.

Résumé Un soi-disant expert a récemment déclaré à la BBC que le Hamas allait devoir changer maintenant qu’il était arrivé au pouvoir, car les Palestiniens voulaient un gouvernement reconnaissant Israël, reprenant les négociations et acceptable pour les États-Unis. Si c’était le cas, les Palestiniens auraient voté pour le Fatah. S’ils ont voté pour le Hamas, c’est précisément pour des raisons inverses de celles énoncées par cet expert : Le Hamas ne reconnaît pas Israël, il ne veut pas poursuivre un processus de paix humiliant et il souhaite davantage être accepté par les Palestiniens que par les États-Unis.
Toutefois, le fait que le Hamas ne reconnaisse pas Israël ne veut pas dire qu’il n’est pas capable de négocier. Le Hamas peut négocier sur la base du concept de l’hudnah (la trêve). Pour le Hamas, les Palestiniens sont les boucs émissaires de l’Holocauste commis en Europe. Mais Israël est une réalité avec laquelle il faut négocier. Le processus d’Oslo et sa suite sont fondés sur le principe qu’Israël est la victime et que la clé de la paix est la fin du terrorisme. Le nouveau processus de paix souhaité par le Hamas et les Palestiniens doit être fondé sur le fait que les Palestiniens sont les victimes d’une occupation et que le problème n’est pas le terrorisme mais l’agression israélienne.
Le cheikh Yassine, avant d’être assassiné à coup de missile, avait admis qu’en cas de retour aux frontière de 1967, on pourrait envisager un cessez-le-feu durant plus d’une génération. Aujourd’hui, l’IRA rêve d’une Irlande réunifiée mais négocie avec le gouvernement britannique. Laissons les partisans du grand Israël rêver d’un Eretz Israel allant du Nil à l’Euphrate et négocions quand même.

http://www.voltairenet.org/article134717.html http://www.voltairenet.org/article134717.html



Mardi 31 Janvier 2006

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