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Hamas : Son histoire de l’intérieur (17)


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Lundi 16 Février 2009

Hamas : Son histoire de l’intérieur (17)
Dr. Azzam Tamimi

            L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.

 

Une guerre totale (2)

Un coup presque fatal

            La direction de l’ombre du Hamas prit la tâche de diriger les activités quotidiennes de l’Intifada, alors que Sheikh Yassine et ses proches assistants dans la branche militaire commencèrent à construire une nouvelle cellule militaire à laquelle il fut donné le nom “Cellule 101”. Cette cellule fut dirigée par Muhammad al-Sharatiha, qui fut choisi en partie en raison de sa véritable expérience, mais surtout en raison de sa force réputée sous de sévères interrogations. La direction inventa un moyen de communiquer avec lui qui gardait leur confidentialité. C’était la technique du “terrain mort”, avec laquelle des messages anonymes étaient laissés à un endroit duquel le receveur était informé juste avant de passer le prendre. Al-Sharatiha reçut pour ordre d’identifier des individus appropriés qui pourraient être recrutés et de reporter leurs identités à son contact via le terrain mort afin qu’ils puissent être débarrassés de tout soupçon avant qu’un contact ne soit établi avec eux, par mesure de sécurité. L’intention était d’éviter de recruter des collaborateurs.

            Non pas comme les activistes du mouvement nationaliste, ces recrues islamiques n’apportaient avec elles que peu de choses autre que le zèle, la détermination et le désir de martyre ; ils n’avaient ni de l’entraînement ni de l’expérience. Une grande partie de ce qu’ils avaient tenté à ce stade avaient soit complètement échoué, soit eu un effet très limité, mais ils pouvaient apparemment apprendre rapidement. Leur première cible était un entrepreneur israélien qui forait un puits dans la région d’Al-Shaykh Radwan à Gaza. L’homme était bien entraîné en arts martiaux et réussit à se sauver sain et sauf de ses attaquants. La deuxième mission était de tirer sur une colonie juive en utilisant un fusil désuet, ce qui, semblerait-il, eut peu d’effet. Toutefois, leurs troisième et quatrième opérations étaient assez sérieuses pour provoquer une réaction majeure en Israël. Ces opérations poussèrent Israël à décider de déclarer une guerre totale contre le Hamas.

            Le 16 février 1989, des membres de la nouvelle cellule militaire se rendirent en Israêl et kidnappèrent le sergent Avi Sasportas, qui faisait de l’auto-stop de sa base jusqu’à chez lui à Ashdod. Ne sachant pas que faire avec lui, ils le tuèrent et enterrèrent son corps. Ensuite, le 3 mai 1989, ils kidnappèrent le sergent Ilan Sa’adon, qui faisait de l’auto-stop près d’Ashkelon. Il fut aussi tué et enterré. Au cours de la recherche de Sa’adon, les Israéliens trouvèrent le corps de Sasportas, non loin de l’endroit où il avait été kidnappé. Le corps de Sa’adon ne fut pas découvert avant que sept ans ne se soient écoulés, après qu’Israël reçut des rapports des renseignements concernant sa localisation. La voiture utilisée dans la dernière opération avait une plaque d’immatriculation israélienne car c’était une voiture volée achetée sur le marché noir en Israël. Les autorités israéliennes identifièrent la voiture et la tracèrent jusqu’à un endroit proche de là où le leader de la cellule avait vécu. Plutôt que de s’en débarrasser, les membres de la cellule avaient gardé la voiture sans trop réfléchir, au cas où ils avaient à nouveau besoin de se rendre en Israël pour quelque occasion future. Après que les autorités israéliennes découvrirent que les soldats israéliens avaient été kidnappés, les membres de la cellule militaire s’étaient enfuis et on les avait finalement fait sortir en fraude de la Palestine, sains et saufs, excepté Al-Sharatiha, qui fut arrêté. Sous l’interrogation et la torture, il divulgua le nom d’une connaissance qu’il suspectait être son homme de contact du “terrain mort”. Cet individu fut à son tour arrêté et torturé jusqu’à ce qu’il avoua avoir reçu de l’argent et des instructions de Sheikh Ahmad Yassine lui-même. Sheikh Yassine fut immédiatement arrêté. Ce fut lorsque les Israéliens lancèrent leur seconde et plus grande campagne d’arrestation massive contre le Hamas, dans laquelle ils arrêtèrent quelque mille cinq cents membres de l’organisation à travers la bande de Gaza et la Cisjordanie.

            Voici comment Sheikh Yassine décrivit son arrestation le 18 mai 1989 et son interrogation qui s’ensuivit :

            « J’étais chez moi. Le couvre-feu, qui était imposé quotidiennement de 21h jusqu’aux alentours de l’aube, juste à temps pour que les travailleurs aillent au travail, venait juste de commencer. J’avais quelques invités à la maison qui s’étaient précipités à rentrer chez eux avant le début du couvre-feu. L’armée israélienne entoura la maison à neuf heures cinq du soir. Parmi les soldats, quelques-uns sautèrent sur le mur alors que d’autres restèrent dans leurs véhicules. C’était comme si tout un bataillon avait été déployé juste pour m’arrêter. Quelques officiers des renseignements vinrent vers moi et dirent : “Nous avons besoin de vous pendant un petit moment”. Je dis : “Oui, mais laissez-moi porter quelques vêtements”. Je portai donc quelques vêtements et fut emmené à l’extérieur dans ma chaise roulante. Ils dirent : “Où est votre fils ?”. Je dis : “Il est là”. Ils dirent : “Qu’il vienne avec vous, pour vous aider”. C’était mon fils Abdulhamid, qui venait d’avoir seize ans et qui venait de recevoir une carte d’identité. Ils l’emmenèrent et me mirent dans une cellule où ils me firent asseoir. Ils commencèrent immédiatement à me crier dessus et à m’injurier, à jurer, à me cracher sur le visage et à me frapper. Ils apportèrent un plateau et commencèrent à le cogner sur ma tête ; ils serrèrent les veines de mon cou et firent des pressions vers le haut pour causer un maximum de douleur. Ils commencèrent ensuite à marteler ma poitrine et continuèrent à la frapper jusqu’à ce qu’elle se changea en bleu. Puis ils firent entrer mon fils, qui était là soi-disant pour me servir ; ils le jetèrent au sol devant moi et quatre d’entre eux lui sautèrent dessus. L’un d’entre eux serra son cou comme s’il voulait l’étrangler, un autre le battit, un troisième lui hurla dessus et l’insulta. Pendant tout ce temps, mon fils criait au-dessous d’eux. Ils continuèrent à le battre devant moi, disant : “Aie pitié de ton enfant ; avoue et ce sera la fin de l’histoire. Le Hamas est fini, c’est terminé ; cela ne sert à rien d’y nier ton rôle”. Je leur dis : “Je n’ai rien à dire”. Ils partirent pendant quelques heures, puis revinrent avec mon fils, et ils recommencèrent à le battre. A nouveau, ils s’assirent sur lui et lui firent sévèrement mal. La torture était si sévère qu’il faillit mourir. Ils le firent ensuite sortir. Pendant quatre jours, je fus privé de sommeil et fus forcé de rester dans ma chaise alors que des interrogateurs se relayaient toutes les deux ou trois heures pour me questionner. Finalement, je perdis conscience et tombai de ma chaise. Lorsque je me réveillai, ils m’amenèrent les frères qui furent arrêtés en raison de leur implication dans l’affaire militaire. Salah [Shihadah] vint en premier et dit : “Je suis venu à toi et je t’ai pris 2.500 dollars, et c’est tout ce que j’ai à dire”. Puis me furent amenés les autres frères qui avaient été responsables de l’interrogation de collaborateurs. Ils dirent : “Nous sommes venus à toi et avons obtenu une fatwa de toi disant qu’il est autorisé de tuer les collaborateurs”. Ils semblaient vouloir me faire savoir que c’était tout ce qu’ils avaient avoué. Les Israéliens se tenaient debout et écoutaient pendant tout ce temps. Ils voulaient absolument savoir qui allait diriger le mouvement après moi. Je leur ai dit que c’était une organisation qui tenait sa base dans le peuple ; on en retire le bout et un nouveau bout croît de la base. J’en conclus qu’il n’y avait pas besoin de nier ma part de responsabilité : les déclarations m’impliquant étaient suffisantes pour que je sois poursuivi quoi qu’il en soit. J’avouai que j’avais émis une fatwa légalisant l’exécution de collaborateurs et que j’avais le droit en tant que Palestinien de me soulever contre l’occupation ».

Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

http://www.palestine-info.cc/ http://www.palestine-info.cc/



Lundi 16 Février 2009


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