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Hamas : Son histoire de l’intérieur (14)


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Lundi 26 Janvier 2009

Hamas : Son histoire de l’intérieur (14)
L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.

 

Du prêche au djihad (3)

Le Jihad Islamique

            La situation fâcheuse des Ikhwan s’approfondit davantage avec la fondation du Jihad Islamique, une organisation formée dans le début des années 1980 à Gaza par Fathi Al-Shiqaqi. Al-Shiqaqi avait été exclu des Ikhwan alors qu’il étudiait au Caire en 1979, apparemment pour avoir écrit et publié un dépliant intitulé Al-Khomayni : al-hal al-islami wal-badil (Khomeyni : la solution islamique et l’alternative), en dépit d’un ordre de la direction des Ikhwan l’interdisant de le faire. Il semble possible que son exclusion était plus liées à sa critique du manque de stratégie des Ikhwan pour la lutte armée pour libérer la Palestine que pour son livre pro-Khomeyni. Le discours officiel des Ikhwan, à l’époque, ne donnait pas la priorité à la Palestine devant les autres questions islamiques. Al-Shiqaqi, d’autre part, croyait que la Palestine était la “mère” de toutes les causes, et qu’elle devait ainsi être la cause centrale du mouvement islamique, une position qui commença à prendre place dans le discours officiel des Ikhwan qu’une décennie plus tard. Il s’avéra toutefois qu’Al-Shiqaqi se mit en fait à mettre en place une nouvelle organisation islamique, dont les membres étaient recrutés des Ikhwan ainsi que de l’extérieur. Ceci semblerait présenter une meilleure explication de la raison pour laquelle les Ikhwan évitèrent d’être tenus responsables de lui. L’une de ses premières recrues de l’extérieur des Ikhwan était Abdallah Ramadan Shallah, qui allait plus tard réussir à diriger le mouvement du Jihad Islamique après son assassinat en 1995. D’autres recrues des premiers temps comportaient certains des actuels leaders du Jihad Islamique en Palestine, comme Khadr Habib, Nafidh Azzam et Abdullah Al-Shami. Pendant des années, le mouvement d’Al-Shiqaqi fut appelé Al-Tal’i’ Al-Islamiyah (Les troupes islamiques d’avant-garde) : le nom du Jihad Islamique ne fut pas adopté avant le milieu des années 1980.

            Après être retourné à Gaza en 1981, Al-Shiqaqi continua à rechercher des recrues pour son projet et il s’opposa vite aux Ikhwan, qui s’étaient alors développés en un formidable réseau de mosquées et d’institutions civils, dirigées ou supervisées par une nouvelle génération d’activistes. Certains d’entre eux étaient aussi de récents diplômés d’Egypte, comme Salah Shihadah, Isma’il Abu Shanab, Ibrahim Al-Maqadmah et Issa Al-Nashar. Al-Shiqaqi savait qu’il ne pouvait concurrencer le programme des Ikhwan. En vérité, il n’était pas particulièrement intéressé pour les concurrencer dans les domaines de l’éducation et le bien-être social, dans lesquels ils excellaient. Là où il voulait présenter une concurrencer, c’était dans le domaine où ils avaient selon lui toujours abandonné une de leurs responsabilités majeures : le djihad pour libérer la Palestine. Il eut vie un groupe de sympathisants considérable, et ceci poussa les Israéliens à l’identifier comme une menace potentielle. Son premier passage bref en prison en 1983 lui fit connaître un certain nombre d’individus de divers passés dans différentes organisations qui avaient été emprisonnés pour leurs activités de résistance. De tels hommes, qui avaient de l’expérience dans la lutte et avaient reçu quelque entraînement, étaient des recrues potentielles pour le projet d’Al-Shiqaqi.

            Entre-temps, un groupe de membres du Fatah orientés vers l’islam s’étaient lancés de manière indépendante dans une campagne de résistance contre l’occupation israélienne. Travaillant à partir de refuges en Cisjordanie, cette organisation, Saraya Al-Jihad Al-Islami, cherchait à redonner vie à la résistance armée contre les forces d’occupation israéliennes et contre les colons juifs à l’intérieur des territoires. La direction de l’OLP, qui était de plus en plus convaincue qu’il pouvait y avoir un accord de paix, et qui se trouvait au milieu d’hostilités arabes internes, ne prêtait que peu d’attention à ce projet, bien que parfois, elle louait les opérations effectuées par le groupe. Saraya Al-Jihad reçut de la notoriété le vendredi 2 mai 1980, lorsque plusieurs de ses combattants armés ouvrirent le feu, placés sur des toits, sur une rangés de colons juifs de la proche colonie juive de Kiryat Arba, alors qu’ils entraient dans la ville d’Hébron, tuant six d’entre eux et en blessant dix-sept. Al-Shiqaqi réussit à créer une alliance avec Saraya Al-Jihad, dont les leaders avaient de nombreux contacts avec d’autres groupes palestiniens à l’intérieur de la Palestine et à l’extérieur. Ceux-ci incluaient Abdullah Azzam, un membre des Ikhwan, qui dirigea le contingent arabe dans le djihad afghan de sa base dans la ville pakistanaise de Peshawar. L’attaque audacieuse de Saraya Al-Jihad contre des cibles israéliennes surprit les Arabes ainsi que les Israéliens. Une de ses opérations les plus célèbres était l’opération d’Al-Bouraq (le mur des lamentations) réalisée le 15 octobre 1986 contre du personnel israélien visitant le site, qui tua un Israélien et en blessa environ soixante-dix.

            De 1979 à 1981, à travers le réseau de l’organisation des Ikhwan à l’intérieur de Gaza et de la Cisjordanie, les plus jeunes membres, qui étaient électrifiés par les opérations de résistance de Saraya Al-Jihad, exprimaient une question persistante : « Pourquoi ne sommes-nous pas engagés dans la résistance armée à l’occupation ? ». On ne savait que peu de choses à l’époque d’un projet visant à s’engager dans une action militaire qui avait déjà été préparé, durant cette même période de recherche d’âme, par Sheikh Ahmad Yassine, en tant que leader des Ikhwan à Gaza. Clairement, les Ikhwan, ou au moins quelques-uns de leurs leaders, ne pouvaient plus supporter la pression de l’intérieur de leurs propres rangs et le scepticisme grimpant de la société palestinienne en général. Ils avaient aussi commencé à souffrir, peut-être, d’un sens croissant de culpabilité de leur propre part envers leur inaction. Le projet, qui avait été gardé secret au point que nombre de leaders des Ikhwan à Gaza et en Cisjordanie furent pris de court lorsque ses nouvelles apparurent, semble avoir été conçu au début en 1980, lorsque le discours officiel des Ikhwan favorisait encore l’attente pour que quelque pouvoir extérieur vienne à la rescousse des Palestiniens. Les Ikhwan voyaient toujours leur tâche principale comme étant de s’occuper de l’individu et de la communauté à l’intérieur de la Palestine, mettant en place toutes les institutions civiques qui pouvaient aider à l’accomplissement de la mission. Il était soutenu que la libération de la Palestine était une trop grande tâche, que seule la force d’un Etat islamique pouvait entreprendre. Il était prévu que l’établissement de cet Etat islamique était le projet sur lequel d’autres mouvements des Ikhwan travaillaient, ailleurs dans le monde islamique.

            On sait maintenant que des membres des Ikhwan palestiniens dans la diaspora avaient aussi mis la pression pour une action militaire. Leurs efforts étaient assistés par l’unification de leurs organisations à la fin des années 1970, un projet qui atteignit son sommet lors de la conférence historique réunie en secret à Amman en 1983. Des représentants des Ikhwan palestiniens étaient présents, de Palestine, de la bande de Gaza ainsi que de la Cisjordanie, et de la Jordanie, du Koweït, d’Arabie Saoudite, des autres pays du Golfe, d’Europe et des Etats-Unis. L’objectif du meeting était de poser la pierre angulaire de ce qui devint connu comme étant le “projet global pour la Palestine”, un projet islamique proposé à la conférence par les délégués du Koweït. Dans cette conférence, une décision unanime fut prise pour donner un soutien financier et logistique à l’effort des Ikhwan en Palestine pour faire le djihad. Entre-temps, plutôt indépendamment, le Comité de la Palestine, parfois nommé le “Comité de l’Intérieur”, dirigé par le secrétaire basé à Amman du bureau exécutif de Tanzim Bilad Al-Sham, reçut une somme de 70 mille dollars, collectés par la branche koweïtienne. Cette somme était destinée aux Ikhwan à Gaza, pour financer leur premier projet de djihad, auquel le comité avait donné secrètement son soutien. L’argent devait être utilisé pour l’achat d’armes et de munitions et pour envoyer plusieurs individus à Amman pour recevoir un entraînement militaire.

            Seul Sheikh Ahmad Yassine et un cercle très proche de ses associés étaient au courant de ce projet, pour lequel les plans furent finalisés en 1982. Les autres membres du comité exécutif de Gaza des Ikhwan n’étaient pas informés. A l’extérieur de la Palestine, personne ne connaissait le projet à part ceux qui étaient directement impliqués dans le Comité de la Palestine, dont le rôle était de fournir les fonds et les équipements pour entraîner les gens de Gaza en Jordanie. Un groupe de membres des Ikhwan de Gaza se rendit en Jordanie, reçut l’entraînement nécessaire, et retourna à Gaza pour former la première cellule de l’appareil militaire des Ikhwan. Sheikh Yassine mit en place deux systèmes séparés pour l’achat d’armes, qui étaient volontairement mis en vente en Israël et provenaient généralement de l’armée israélienne. Des officiers et des soldats israéliens volaient des armes et les vendaient dans le marché au noir. Ceux qui faisaient cela agissaient en général de la sorte pour donner raison à leur addiction à la drogue. Cependant, les membres des Ikhwan qui avaient pour tâche de se procurer les armes en prenant une de ces deux voies manquaient d’expérience et ne prirent pas assez de précaution. Par conséquent, ils tombèrent dans un piège placé pour eux par des collaborateurs, et on les trompa pour qu’ils achètent des armes à des agents israéliens. Le projet fut découvert, et ceux qui étaient interrogés par les Israéliens, sous une sévère torture, divulguèrent les noms de leurs supérieurs. Au début, Sheikh Yassine pensait que les arrestations étaient le résultat de quelque accident, mais il comprit vite que ceux qui étaient visés étaient progressivement plus élevés dans l’échelle des responsabilités. Si l’on permettait au processus de continuer, conclut-il, les Israéliens allaient en fin de compte l’atteindre. Seules deux personnes connaissaient son implication : ceux qui dirigeaient les deux réseaux d’achat d’armes. Il ordonna immédiatement à ceux deux hommes de quitter le pays. L’un d’entre eux, Dr. Ahmad Al-Milh, put s’en aller au Yémen, où il resta depuis. L’autre, Dr. Ibrahim Al-Maqadmah, ne trouva pas méthode pour s’en aller. Il fut arrêté et avoua sous la torture que Sheikh Yassine était le meneur.

Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

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Lundi 26 Janvier 2009


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