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Haïti : un pays créditeur, pas débiteur


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Naomi Klein
Mercredi 10 Mars 2010

Haïti : un pays créditeur, pas débiteur
À en croire les ministres des finances du G7, Haïti est en bonne voie d’obtenir quelque chose que l’île méritait depuis très longtemps :l’ « oubli » total de sa dette extérieure. A Port-au-Prince, l’économiste haïtien Camille Chalmers a observé ces développements avec un optimisme prudent. L’annulation de la dette est un bon début, a-t-il déclaré à Al Jazeera Angleterre, mais « il est temps d’aller bien plus loin. Nous devons dorénavant discuter de réparations et de dédommagements pour les conséquences dévastatrices de la dette ». Dans cette optique, toute idée d’Haïti comme débiteur doit être abandonnée. Selon lui, Haïti est créditeur - et c’est nous, en Occident, qui sommes profondément endettés à son égard.
Notre dette envers Haïti a quatre raisons principales : l’esclavage, l’occupation américaine, la dictature et le changement climatique. Ces affirmation ne sont ni fantaisistes, ni le moins du monde rhétoriques. Elles reposent sur de multiples violations de normes et accords juridiques. Voilà quelques - trop brefs - éclaircissements concernant Haïti.
-  La dette esclavagiste
Lorsque les Haïtiens ont conquis leur indépendance contre la France en 1804, ils auraient pu en toute bonne foi réclamer des dédommagements de la part de puissances qui avaient profité durant trois siècles d’un travail volé. Mais la France était convaincue de l’inverse, persuadée que les Haïtiens avaient spolié la propriété des esclavagistes en refusant de travailler gratuitement. C’est ainsi qu’en 1825, avec une flottille de vaisseaux de guerre mouillée au large des côtes haïtiennes et menaçant de réduire à nouveau en esclavage l’ancienne colonie, le Roi Charles X vint chercher ce qu’il considérait comme son dû : 90 millions de francs-or – dix fois le revenu annuel d’Haïti à l’époque. N’ayant aucun moyen de contester ni de payer, la jeune nation fut enchaînée à une dette qu’elle mit 122 ans à rembourser.
En 2003, le Président haïtien Jean-Bertrand Aristide, qui faisait face à un embargo économique écrasant, annonça qu’Haïti lancerait un procès contre le gouvernement français concernant cette vieille spoliation. « Notre argumentation », m’a dit l’ancien avocat d’Aristide, Ira Kurzban, « était basée sur le fait que le contrat n’était pas valable, parce que signé sous la menace de nous réduire à nouveau en esclavage à une époque où la communauté internationale considérait l’esclavage comme un mal ». Le gouvernement français se sentit suffisamment concerné pour envoyer un médiateur à Port-au-Prince, afin d’éviter au contentieux de finir devant les tribunaux. Le problème fut finalement réglé : durant les préparatifs du procès, Aristide fut éjecté du pouvoir. Le procès fut annulé, mais beaucoup d’Haïtiens continuent à réclamer des réparations.
-  La dette dictatoriale
De 1957 à 1986, Haïti a été gouvernée par le régime arrogant et kleptocratique de Duvalier. À la différence de celui de la dette Française, le procès contre les Duvalier s’est déroulé devant plusieurs tribunaux, qui retrouvèrent la trace des fonds haïtiens dans un inextricable réseau de comptes bancaires suisses et de fastueuses propriétés. En 1988, Kurzban gagna un procès mémorable contre Jean-Claude « Bébé doc » Duvalier lorsqu’un tribunal de Miami considéra que le dirigeant défait avait « détourné plus de 504 millions de dollars d’argent public ».
Les Haïtiens, évidemment, attendent toujours leur remboursement - mais ce n’était que le début de leurs pertes. Durant plus de deux décades, les créditeurs du pays insistèrent pour que les Haïtiens honorent l’énorme dette contractée par les Duvalier, estimée à 844 millions de dollars et dont une bonne partie était due à des institutions internationales comme le FMI et la Banque mondiale. Pour le seul service de la dette, les Haïtiens ont payé 10 millions de dollars chaque année.
Était-ce légal de la part des bailleurs de fonds étrangers de se faire rembourser la dette des Duvalier alors qu’une immense partie de cette dernière ne fut jamais dépensée à Haïti ? Il est fort probable que non. Comme Cephas Lumina, l’expert indépendant des Nations-Unies sur la dette extérieure, me l’a expliqué, «  le cas d’Haïti est l’un des exemples les plus frappants de dette odieuse dans le monde. Rien que pour cette raison, la dette devrait être annulée sans conditions ».
Mais quand bien même Haïti verrait sa dette totalement annulée (ce qui reste très hypothétique), cela ne change rien à son droit d’obtenir des compensations pour les dettes illégales déjà remboursées.
-  La dette climatique
Défendue par plusieurs pays en développement au sommet sur le climat de Copenhague,la question de la dette climatique est simple. Les pays riches qui ont si spectaculairement échoué à faire face à la crise qu’ils ont causée sont débiteurs envers les pays en développement. Ces derniers sont peu responsables de la crise, mais font disproportionnellement face à ses effets. Pour faire court : le pollueur paye. Haïti y a particulièrement droit. Sa contribution au changement climatique a été négligeable ; les émissions de CO2 par tête d’Haïti représentent seulement 1% de celles des États-Unis. Cependant Haïti fait partie des pays les plus durement touchés - une étude (carte visible ici) a montré que seule la Somalie est plus vulnérable face au changement climatique.
La vulnérabilité d’Haïti au changement climatique n’est pas seulement - ou même principalement - une question de géographie. Oui, l’île fait face à des tempêtes incroyablement dévastatrices. Mais c’est la faiblesse des infrastructures d’Haïti qui change les difficultés en désastres, et les désastres en catastrophes à part entière. Le tremblement de terre, bien qu’il ne soit pas lié au changement climatique, en est un exemple typique. Et c’est là que tous ces remboursements de dettes illégales risquent de représenter un coût encore plus dévastateur. Chaque paiement à un débiteur étranger est de l’argent qui n’a pas été dépensé dans une route, une école ou une ligne électrique. Et cette même dette illégitime donnait le pouvoir au FMI et à la Banque mondiale d’associer d’onéreuses conditions à chaque nouveau prêt, nécessitant la dérégulation de l’économie Haïtienne et des sabrages toujours plus importants dans son secteur public. L’impossibilité de s’exécuter a été renforcée par un embargo sur l’aide humanitaire de 2001 à 2004, sonnant le glas de la sphère publique haïtienne.
IL faut dès à présent faire face à cette question, parce qu’elle menace de se répéter. Les créditeurs d’Haïti utilisent déjà le besoin désespéré d’aide lié au tremblement de terre pour tenter d’obtenir un quintuplage du secteur de la confection vestimentaire, dont les emplois sont parmi les plus exploités du pays. Les Haïtiens n’ont aucun poids dans ces pourparlers, parce qu’ils sont considérés comme de passifs bénéficiaires de l’aide et non comme de dignes participants à part entière d’un processus de redressement et de restitution.
La reconnaissance des dettes du monde envers Haïti changerait radicalement cette dynamique. Il n’y a qu’une seule manière de réparer les dommages : commencer par reconnaitre le droit des Haïtiens à des dédommagements.

L’interview de l’économiste Camille Chalmers a été réalisée par Avi Lewis mon partenaire d’un rapport approfondi qui fut diffusée aujourd’hui sur Al Jazeera anglais. La vidéo, "Haïti : La politique de reconstruction", offre un portrait très convaincant d’un peuple qui regorge d’idées sur la façon de reconstruire leur pays sur la base des principes de souveraineté et d’équité - loin d’être des victimes passives, que nous avons vu sur tant d’autres réseaux. Il a été produit par mon ancien collègue Andrea Schmidt, l’un des principaux chercheurs sur "The Shock Doctrine", et il est essentiel à voir par ceux qui veulent éviter la répétition d’un capitalisme du désastre en Haïti.
Texte publié le 11 février 2010 dans The Nation
Traduit de l’original par Article XI

http://www.cadtm.org/ http://www.cadtm.org/



Mercredi 10 Mars 2010


Commentaires

1.Posté par Anita1945 le 10/03/2010 22:56 | Alerter
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ET VOICI POURQUOI, IL Y A EU UN TREMBLEMENT DE TERRE EN HAITI :
Il y a (au moins) deux moyens d'envahir un Pays : la guerre ou les catastrophes humanitaires.


2.Posté par Anita1945 le 10/03/2010 22:57 | Alerter
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Et pour ceux qui ne savent pas ce qu'est HAARP :

3.Posté par Flam le 11/03/2010 18:55 | Alerter
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"Lorsque les Haitiens ont conquis leur independance contre la france en 1804,ils auraient pu en toute bonne foi reclamer des dedommagements des puissances qui avaient profite durant trois siecles du travail vole" ???

- Dedommagement? et le plus du million 500 000 morts sous les fouets, et autres cruautes barbares inventes par ces europeens sanguinaires? ils seront dedommage comment? comment on dedommage une vie? Ils auraient pu en toute bonne fois reclamer des dedommagements n'importe quoi...

-Travail vole! ces braves Africains etaient partis travailler a Haiti pour renvoyer de l'argent au pays certainement...

4.Posté par Anita1945 le 07/04/2010 02:52 | Alerter
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INDONESIE : SUMATRA frappée par un fort Séisme, ALERTE au tsunami levée.

BANDA ACEH - Un fort séisme de magnitude 7,8 a frappé le Nord de l'île Indonésienne de SUMATRA tôt mercredi matin, déclenchant une brève ALERTE au tsunami, ont annoncé les Autorités et l'Institut de Géophysique Américain (U.S.G.S).
L'ALERTE au tsunami a été levée peu après 7H00 (0H00 GMT) dans la province d'Aceh.
Le Séisme, localisé à une profondeur de 46 km, à 205 km au Nord-ouest de Sibolga, sur la côte Nord-ouest de SUMATRA, a été enregistré à 5H15 locales (22H15 GMT mardi), selon l'U.S.G.S.
L'Agence de Géologie Indonésienne a évalué à 7,2 la magnitude du tremblement de terre et son épicentre à 60 km au Sud-est de Sinabang, sur l'île de Simeulue.
La province d'Aceh avait été dévastée par le Séisme suivi d'un puissant tsunami qui avait tué 220.000 personnes en ASIE en Décembre 2004.
Peu après le séisme, le Centre d'ALERTE au tsunami dans le PACIFIQUE a déclenché une surveillance de possibles tsunamis locaux, tout en indiquant ne pas attendre de tsunami destructeur de large étendue.
En THAILANDE, le Centre National de Prévention des catastrophes a, pour sa part, estimé qu'un "tsunami est hautement probable sur la Côte Andaman" (Côte occidentale, dans le Sud du Pays) et demandé aux populations de gagner des lieux sûrs.
Les Autorités Indonésiennes ont indiqué ne pas avoir reçu d'informations de dommages importants à Sinabang.
"Nos Policiers n'ont rien constaté de notable", a déclaré le Chef de la Police locale : Dedi Junaidi, à la chaîne de télévision MetroTV.
L'électricité a été coupée à Banda Aceh, la Capitale de la province d'Aceh, mais les téléphones portables fonctionnaient.
Les habitants ont ressenti la puissante secousse. Un grand nombre d'entre eux ont alors décidé de quitter leur domicile, de peur d'un tsunami.
"Ca a duré près d'une Minute. Les gens ont paniqué et sont sortis.
Ceux qui habitent près de la mer ont pris leur moto pour se réfugier dans les hauteurs", a témoigné le Correspondant de l'AFP.
L'INDONESIE est située sur le "Cercle de feu" du PACIFIQUE, où l'activité volcanique et sismique est très forte.
Plus de 1.000 personnes avaient été tuées par un Séisme d'une magnitude de 7,6 qui a secoué l'Ouest de l'île de SUMATRA en Septembre 2009.
(© A F P - 7 Avril 2010 - 2h24) Romandie News.ch

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