Histoire et repères

HIER LA MECQUE DES REVOLUTIONNAIRES, AUJOURD'HUI LA MECQUE DES HARKIS.


Le passage à la télévision algérienne de Fériel Furon l'arrière petite fille du bachaga Bengana pour faire la promotion de son livre " Bouaziz Bangan, dernier roi des Ziban a soulevé une grande polémique en Algérie.


SERAGHNI Laid
Dimanche 19 Mars 2017

HIER LA MECQUE DES REVOLUTIONNAIRES, AUJOURD'HUI LA MECQUE DES HARKIS.
HIER LA MECQUE DES RÉVOLUTIONNAIRES
AUJOURD'HUI CELLE DES TRAÎTRES.



Pendant que l'Algérie se prépare à célébrer «la journée nationale du Chahid », la chaîne de télévision « Canal Algérie » invite la française, Feriel Furon, arrière-petite-fille du sinistre Bachagha Bengana, présenter son livre «Bouaziz Bengana, dernier roi des Zibans», encourageant ainsi la falsification de l’Histoire de l’Algérie sous l’occupation française. Cette dernière n'avait en face que les caméras pour un débat contradictoire ! Saisissant cette invitation, elle glorifie le parcours d’un des plus lugubres collaborateurs de la France coloniale et par conséquent les « bienfaits » de la colonisation. Une vente dédicace de son livre au palais Ahmed Bey à Constantine était acquise. La réhabilitation du traître aurait eu lieu si ce n’est la mobilisation des citoyens sur les réseaux sociaux. Comble de l’ironie, c’est l’Émir Abdelkader qu’elle ose accuser de traître !

Le plus étonnant est le mutisme total des autorités algériennes et celui de la « famille révolutionnaire », ce qui était loin d’être le cas quand:


1 - Le Wali de Skikda qui, en déclarant que le pays a été libéré par les Chouhada, été relevé de ses fonctions pour insulte aux moudjahidine, courant décembre 2016.


2 - Le magistrat Benyoucef Mellouk a été relevé de ses fonctions en 1992 pour avoir dévoilé le dossier des «magistrats faussaires». Il occupait le poste de chef de service du contentieux au Ministère de la justice. Ayant eu le courage de porter en public cette affaire au peuple, sera incarcéré à deux reprises. Limogé, privé de son salaire, de son droit à la retraite il a été interdit de quitter le territoire national.

3 – L’écrivain Boualem Sansal, en réaction des attentats terroristes de Nice, comparait l’ALN à DAECH., Sur « Le Monde », du 16 juillet 2016 il écrit sous le titre « Gare aux terrorisme de bas coup » comparant les actions des fédayins de la bataille d’Alger aux terroristes.

L’ORIGNE DES BENGANA.

Pour, la sombre histoire politique des Bengana débute au 18 e siècle, avec le fils de la veuve Gana, venu de petite Kabylie pour s’établir à Mila avec le métier de forgeron. Une de ses filles se marie à un officier turc qui venait souvent dans la forge pour ferrer son cheval. Cet officier deviendra plus tard Bey de Constantine. Grace à son beau père, il obtient le grade de « cheikh Al Arab », titre qui appartenait à la famille Bouakaz, depuis de siècles avant l’arrivée des Turcs en Algérie.

Ferhat ben Saïd Bouakaz, démis par le Bey en 1830, se rendit à Constantine pour offrir ses services è l’armée coloniale et s'engage à lutter contre la résistance anti française. En plus du titre qui est rendu, il devient Khalifa du Sud. Il perdit

Depuis les Bengana jouaient le rôle de bourricot de Troie au service des Turc et avec les français. Il est considéré comme un historien important du Constantinois.




QUI EST DONC LE COLLABORATEUR DE LA FRANCE ?


Avant que l'histoire ne juge le comportement sulfureux de la famille Bengana, cette dernière fait découvrir un visage sans masque de supplétif de l'armée coloniale, la terreur et la spoliation des biens des arabes. Les habitants de Zaatcha et d’El Amri firent victimes de tels agissements (1).


Le livre « LES BEN GAN, depuis la conquête française », (2) écrit par la famille, fait ressortir une soumission totale aux français dès la prise par ces derniers de la ville de Constantine en 1837 : Il a été écrit dans le seul but «de retracer les faits et gestes de notre famille depuis la colonisation jusqu'à nos jours afin de faire connaître aux intelligents du gouvernement français qu’elle a été notre conduite» (Page 4). «Le gouvernement français, qui a le droit d’être fier, s'était emparé de la province de Constantine durant l’ère 1837 chrétienne. Une année après, notre famille, à leur tête son chef Si Bou Aziz Bengana, venait offrir ses services à la France». (Page 5).


D'emblée, les Bengana reconnaissent l'autorité de l'envahisseur et l'acclament avant de connaître l’objectif de ses desseins macabres en Algérie. Devant le Général Galbois, représentant le pouvoir, le serment de la traitrise est prononcé par la famille en jurant sur le Coran. Celle-ci s'engage à ne pas trahir la France et à la servir avec zèle. Tous les hommes étaient présents sauf ceux étant dans l’impossibilité de faire le voyage. Pour confirmer sa collaboration, Bouaziz Bengana se déplace à Paris, où il se découvre une nouvelle mère, pour sacraliser sa soumission prononcée sur le Livre Saint à Constantine. Il déclare devant la mosquée de cette ville son allégeance à « sa mère patrie la France » (3) mettant en pratique ce qu’il avait déclaré en 1939: « Si les Algériens avaient connu la France en 1830, ils auraient chargé leurs fusils avec des fleurs». Un spécialiste des pirouettes et de l’infidélité qui le dit.


Déjà du temps des Ottomans, il avait le grade de «Cheikh-El-Arab » qui faisait de lui un instrument de répression de la population par la collecte des impôts. Cette fonction lui réalise un double profit, un enrichissement et une extension de son influence. Géographique, il contrôlait une partie saharienne du Sud Constantinois, notamment les Ziban et Biskra. Une lignée de féodaux aux services des Turcs qui ont exécuté une même tâche abjecte au profit des Français.




PREMIÈRE TRAÎTRISE AU PEUPLE.


Quand Constantine est tombée en 1837, Bengana se retourne contre Ahmed Bey car voyant son avenir basculer avec la colonisation française, il a décidé de la servir avec loyauté et fidélité. Le sang de la déloyauté dans ses veines et le baiser de Judas accroché aux lèvres, il est, en 1839, parmi les chefs locaux qui se rallient à la France et brillera dans la conquête de l’Algérie qu'il immortalisa dans le livre cité plus haut. L’historien Farid Belkadi rapporte que Bengana est entré en guerre dans le Sud Constantinois contre l’Émir Abdelkader dans plusieurs batailles dont la plus importantes est celle de « Selsou», le 24 mai 1840. Il était accompagné de son fils Mohamed et son neveu Si Ahmed Belhadj. Après cette bataille, « il coupait les oreilles des résistants algériens auxquels il tendait des embuscades avec ses goumiers » pour les remettre en guise de cadeaux aux généraux français » (4).


On donne le chiffre de neuf cents oreilles des dépouilles des combattants. Il les remettra au commandant de l’armée française à Constantine exprimant ainsi son allégeance et sa soumission. Outre des récompenses matérielles, il est fait Commandeur de la Légion d’honneur. Avec certains chefs tribaux inféodés, il fonde « la Ligue des amis de la France » en 1837. À partir de 1859 il perçoit une prime de 60 000 francs, somme considérable à l’époque, récompensant son précieux soutien au colonisateur contre les révoltes des autochtones.

Après cette bataille, Bengana adresse une lettre au lieutenant général Galbois dans laquelle il écrit :
« Que le salut, la miséricorde la bénédiction et la grace de Dieu soient sur vous. Nous devons cette victoire à votre bonne étoile et à la protection de Dieu. Nous sommes vos enfants et nous vous servirons jusqu’à la fin avec une entière fidélité » (5).


Pour affirmer son rôle de collaborateur Il mit ses cavaliers au service du général Emile Herbillon pour réprimer férocement la révolte de Zaatcha en 1849. Le Chef de cette révolte Bouziane El Kalayi et certains de ses fidèles furent décapités. Leurs crânes se trouvent actuellement au musée français de l’Histoire naturelle à Paris.


« Cet événement, écrivit le maréchal Valée au ministre de la guerre, a une grande importance. Pour la première fois depuis dix ans, un chef institué par nous marche tout seul contre les contre les troupes de l'Emir et obtient sur elles un succès. Désormais, le petit désert nous appartient. Bengana, soutenu par nous qui vont se rapprocher des Portes de fer, soumettre toutes les tribus du Djérid et appuiera Tédjini. Je prescrits de lui rembourser les dépenses qu'il a faites». (6)


L’AMOUR DE LA TRAÎTRISE ACCROIT LA SOUMISSION.


Les Bengana continuaient leur sordide collaboration avec l’occupant même quand celui-ci massacrait les tribus algériennes qui, réclamant la justice et la liberté, se révoltaient. Se considérant comme les enfants de Bugeaud et autres théoriciens criminels de la colonisation, ils se trouvent toujours du coté de l’oppression et de l’injustice.

Ils se désolidarisent de Mohamed Mokrani lorsqu’il se souleva avec des milliers d'algériens en 1870 contre la France coloniale. Cette révolte était l’une des plus importantes que le peuple algérien ait déclenchée depuis l’arrivée en Algérie des Français. Partie, le 16 mars 1870, de Bordj Bou Arreridj, elle embrasa la Kabylie jusqu’ aux abords de Constantine, arrivant à l’est des montagnes de la Mitidja. Ils qualifient le révolté de dément. Mohamed Seghir Bengana écrivait «Nous avons appris que Mohamed Ben Ahmed El Mokrani s’était révolté. Sa rébellion ne peut être que le résultat d’une démence…. nous le combattrons comme si nous étions français ». (7)

Le Bachagha et ses harkis ont attaqué avec l’armée française les troupes de Mokrani.


LA POURCHASSE DES MILITANTS.

Perpétuant la devise familiale en vertu de laquelle, il a été écrit dans leur sang le mot « Servir », le bachagha Bengana assumait la fonction de la police dans la traque des militants.


Un autre exemple de la trahison de l'arrière-grand-père de la française Feriel Furon est la dénonciation aux autorités françaises des militants nationalistes algériens. L’une de ses victimes est le militant messaliste Chebbah El Mekki, homme de théâtre algérien et un des fondateurs du théâtre national. Né en 1894 à Sidi Okba (Biskra), il émigre en France en 1924 et adhère à l'Etoile Nord-africaine à sa création par Hadj Messali. En 1929, il retourne dans son pays et crée avec l'écrivain Ahmed Rédha Houhou un club théâtral à Sidi Okba, où il ouvre un café maure qui voit la naissance du premier «théâtre indigène». Avec sa société culturelle musulmane, il produit de nombreuses pièces théâtrales, dont Hannibal, Tarik Ibn Ziad. Il fait passer des messages indépendantistes. Rédha Houhou est le secrétaire de cette troupe militante. Ils sont surveillés quotidiennement par l'administration française. «Ils seront dénoncés en 1934 par le Bachagha Bouaziz Bengana qui signale leur «théâtre subversif».

R. Houhou s'est exilé avec sa famille en Arabie Saoudite et Chabbah El Mekki condamné à un mois de prison ferme. Avant de l'incarcérer, l'armée coloniale l'a menotté et attaché à un cheval enfourché par un goumier sous les ordres du Bachagha Bengana qui le traîna jusqu'à Ouled Djellal, sur une distance de plusieurs kilomètres. Il écrit dans ses mémoires « C’est au cours de l’année 1936 que j’ai été trainé poings liés attachés à une corde tirée par une jument sur un parcours de 130 km entre Biskra et Ouled Djellal ». (8)



BENGANA COMME COLLABORATEUR CONTRE LE MAROC.

La fidélité, partout et pour toujours à la cause française le bachagha perpétue la tradition qui a constamment été celle de la famille. Il est aux cotés de l’armée coloniale comme quand elle sévit en dehors de l’Algérie. Il est au Maroc pour réprimer la révolte de Chlouh contre les français au début du XXe siècle.


Il engage ses goumiers issus des tribus vassales hors Algérie, toujours au service de la France. Il est fier de sa participation à la tête d’unités de goumiers algériens venus des tribus sous son autorité et enrôlés par l’armée française dans des campagnes armées contre les populations berbères au Maroc.

Il décrit, avec fierté, ses bas services au profit de la France dans une lettre adressée à ses enfants en 1929. Nous lisons : «En 1908, je pris le commandement des goumiers des Ziban pour aller combattre au Maroc les Chaouia (Chlouh). Ces valeureux cavaliers firent honneur à leurs tribus. Leur vaillance et leur bravoure nous valurent, à la suite de nombreux combats auxquels nous prîmes part, des éloges citations, des médailles militaires, et pour moi, en fin de campagne, une proposition pour la Croix d’officier de la Légion d’honneur. Cette proposition fut présentée par le chef d’escadron Bussy, notre estimé chef de l’annexe de Biskra, commandant des goums, notre parrain au baptême de feu. Elle fut maintenue par le général d’Amade notre glorieux commandant en chef. Je dois à ces deux grands soldats mon admiration et ma reconnaissance. Je rends également hommage à leur sollicitude à l’égard de mes frères d’armes qu’ils récompensèrent en ma personne». (Des mérites guerriers dont ils firent preuve) ».


La décoration a été remise à ce serviteur de la France le 14 juillet 1909 par le général Picard, ministre de la guerre. La loyauté des Bengana était sans failles envers sa nouvelle patrie, la France, au point que l’administration française ne cessa de le gratifier de primes, de biens spoliés à ses compatriotes.

Par ailleurs, en fêtant le centenaire de l’occupation de l’Algérie, le bachagha rédigea un manuscrit « cheikh Al Arab. Une famille de grands chefs sahariens. Les Bengana » (9) qu’il soumet à Gaston Thomson, député de Constantine, pour lui faire une préface. Ce dernier lui fait la déclaration suivante «Votre famille compte parmi les meilleurs artisans de l’œuvre française sur cette terre d’Afrique et dont nous allons fêter d’un même cœur, comme vous le dites si bien le centenaire de son adoption par la France ! » (10).

TRAÎTRES ET CRIMINELS SYNONYMES DE RESISTANTS ET DE LIBÉRATEURS ?

Sans la complaisance des responsables en charge du secteur de l’information, cette tentative de réhabilitation d’un des grands collaborateurs de la colonisation ne pourrait être envisagée. On se demande : Qui cherche à effacer la ligne rouge tracée par le sang des algériens séparant les traitres et les criminels des révolutionnaires et libérateurs ?


Certains cherchent-ils, à travers Furon, à présenter au peuple algérien le Bachagha Bengana comme un roi qui mérite une reconnaissance par la patrie. ? Un roi auquel nos parents devaient faire allégeance au lieu de se comporter en traitre en combattant la colonisation. Etaient – ils des traîtres ???



Sinon comment expliquer que les portes des institutions algériennes lui sont ouvertes, que la télévision algérienne lui tende le micro pour incriminer les chouhada que son arrière-grand-père avait massacrés. ? Que des « personnalités » se photographient avec elle. ?.

Avant d’arrivée à l’apologie de « la bachaghiat » cette française était une VIP dans des cercles algériens.

• Elle est invitée à la somptueuse réception organisée par l’ambassade d’Algérie en France pour commérer le 60e anniversaire du 1er novembre 1954. Elle avait un rang appréciable car elle est parmi les 300 convives. Elle publiait une photo d’elle avec l’ambassadeur d’Algérie en précisant sur sa page facebook « Une belle soirée au Pavillon Dauphine avec tous les amis ». Toujours par le biais de ce réseau social, Feriel Furon Bentchikou a posté des photos en compagnie d’officiels algériens.

• En 2014, l’arrière-petite-fille du Bachagha a été invitée à l’Assemblée nationale populaire (APN) à l’occasion d’une journée d’étude sur «La déclaration du 1er novembre (1954) ». On la voit en photos en compagnie de deux députés du FLN, dont Lies Saadi.


• Mohamed Bedjaoui, cité dans plusieurs affaires de corruption, soutient l’arrière petite fille de Bengana dans son combat de renverser l’histoire.

Ce comportement d’aujourd’hui explique les raisons qui lui ont valu deux distinctions françaises:

- Commandeur de la Légion d’honneur : décret présidentiel du 21 septembre 1979 pour « des mérites éminents » à la nation……... Il était ambassadeur d'Algérie en France.


- Grand officier : décret de février 2005. Il était président du Conseil constitutionnel.



Référence :

1 - Mohamed Hasnoui : La colonisation française en Algérie : Inventaire de cendres et de braises. Editions l’Harmattan – Paris 2013.

2 - Livre édité en 1879 par DENTU – Libraire – Editeur – Paris.

3- "http://www.babzman.com/video-bouaziz-bengana-prete-allegeance-a-la-france/"
4 - Bachir Belkadi " Boubaghla, le sultan à la mule grise ".
5 - Histoire mil neuf cent quarante- Alfred Villeroy – 1841.
6 - L’Algérie de 1830 à 1840: les commencements d'une conquête de Camille Rousset.
7 - El Moubacher, journal officiel colonial de mars 1870.
8- Mémoires aurésiennes de Chebbah El Meki : traduction Alger républicain.
9 – Cheikh Al Arab. Une famille de grands chefs sahariens. Bengana. : Edition P e G Soubiron 1930.
10 - Gaston Thomson est un homme politique français né le 29 janvier 1848 à Oran et décédé le 14 mai 1932 à Annaba. Maire de Constantine et député sans discontinuité de 1877 à 1932, soit un temps record de 55 ans.

SERAGHNI Laid.


Dimanche 19 Mars 2017


Commentaires

1.Posté par saidab le 20/03/2017 10:24 | Alerter
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Recherchent les honneurs publics ceux qui sont dépourvus de grandeur morale ...

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