Conflits et guerres actuelles

Guantanamo : la presse occidentale entre larmes et narcissisme



Jeudi 15 Juin 2006

 

Décryptage

Dans la nuit du vendredi 9 au samedi 10 juin, trois détenus, deux Saoudiens et un Yéménite sont morts dans le camp de Guantanamo a-t-on indiqué de source officielle. Les responsables du camp ont affirmé que les trois hommes s’étaient pendus à l’aide de leurs vêtements et de leurs draps. L’avocat et les familles de deux des victimes se sont étonnés que de prétendus prisonniers islamistes se soient donnés la mort malgré la stricte interdiction du suicide en islam. En raison du secret qui entoure la prison, ils se sont aussi demandé s’il s’agissait réellement de suicides. L’avocat de la troisième victime a, quant à lui, compris ces décès comme l’expression du désespoir d’hommes détenus à vie sans charges, ni jugement. C’est cette dernière thèse qui est largement reprise dans la presse internationale.

Cette affaire a fait couler beaucoup d’encre, surtout en raison des déclarations des responsables états-uniens qui ont présenté ces morts comme une escarmouche dans la « guerre au terrorisme ». Ainsi, le commandant du camp, le contre-amiral Harry B. Harris a déclaré : « Ils n’ont aucun égard pour la vie humaine, que ce soit les nôtres ou les leurs. Je crois qu’il ne s’agit pas d’un acte de désespoir, mais d’une opération de guerre asymétrique dirigée contre nous, ici à Guantanamo. Nous avons des hommes ici qui sont des jihadistes engagés. Ce sont des hommes dangereux et ils feront n’importe quoi pour faire avancer leur cause. ». Emboîtant le pas du militaire, l’Assistante du sous-secrétaire d’État en charge de la propagande, Colleen Graffy, a présenté ces décès comme une « opération de relations publiques ». Ces propos aussi absurdes que choquants ont suscité bien des commentaires dans la presse internationale.

La presse dominante s’est essentiellement attelée à la critique de ces déclarations, à la dénonciation du sort des détenus de Guantanamo et a souvent accompagné ses articles d’éditoriaux demandant la fermeture du camp. Toutefois, rares sont ceux qui poussent plus loin leur analyse et qui notent que les déclarations délirantes des autorités états-uniennes et les morts de Guantanamo, aussi choquantes soient-elles, ne sont que l’arbre qui cache la forêt.

Comme le notait, le président du Réseau Voltaire, Thierry Meyssan, dans nos colonnes, Guantanamo n’est pas l’alpha et l’omega du système concentrationnaire mis en place par les États-Unis depuis le 11 septembre 2001. Si cette prison est effectivement un important centre de détention et de torture, elle est loin d’être le plus important, faisant presque pâle figure devant l’important centre de Bagram en Afghanistan et avec le réseau de prisons secrètes que les États-Unis possèdent de part le monde, aussi bien en Irak qu’en Europe de l’Est.
Malheureusement, cet aspect reste largement ignoré. En se focalisant sur un élément précis du système mis en place, les médias choisissent d’ignorer l’ampleur du problème.

Les médias occidentaux dominant traitent cette affaire en oscillant entre deux orientations : d’un côté, le registre compassionnel qui revient à insister avec force pathos sur des souffrances individuelles sans élargir l’analyse, et d’un autre côté, la complainte narcissique sur la mauvaise image que Guantanamo donne des États-Unis, voire de « l’Occident ».

Partisan de la première approche, le New York Times, publie la tribune d’un ancien détenu de Guantanamo, le Français Mourad Benchellali. Celui-ci décrit son parcours personnel et les souffrances qu’il a subis. Il dénonce le système carcéral kafkaïen dans lequel il a vécu et demande, au nom des détenus qui ne peuvent prendre la parole, qu’on y mette un terme en jugeant les prisonniers. Il faut noter que, bien que libéré, l’auteur garde mauvaise presse en France, ce qui explique peut-être qu’il soit publié par le New York Times et non par un journal français.
Dans The Guardian, Zachary Katznelson, avocat de l’organisation britannique Reprieve, qui représente légalement 36 détenus de Guantanamo, joue la fibre humanitaire des lecteurs et demande à ce que les traitements inhumains et illégaux de ce camp prennent fin. Il plaide pour le jugement ou la libération immédiate de tous les détenus et une mobilisation en ce sens du Royaume-Uni.

Nous ne reprochons nullement à MM. Benchellali et Katznelson de développer ces points de vue. Le premier livre un témoignage important et le second vise avant tout la libération de ses clients, estimant peut-être qu’élargir le questionnement sur les prisons états-uniennes seraient contre-productive. Toutefois, en ne publiant que leurs points de vue, sans apporter une analyse plus large, les rédactions des journaux qui les publient choisissent de facto, de ne donner à leurs lecteurs qu’une vision tronquée d’un système global et, par conséquent, les détournent des vrais problèmes.

Dans le Christian Science Monitor, l’ancien correspondant du quotidien au Proche-Orient, James Norton, fait dans la dénonciation narcissique selon une rhétorique qui avait déjà été utilisée lors du scandale d’Abu Ghraib : ce qui est grave, c’est que les États-Unis salissent leur image internationale et bafouent les fondements de la République. Ayant relativement peu de mots à consacrer aux détenus de Guantanamo, et moins encore pour ceux des autres prisons, ou sur la façon de mener la « guerre au terrorisme », l’auteur semble avant tout préoccupé par la déchéance morale qui touche l’action de son pays.

Dans un éditorial riche en ambiguïté et non signé, engageant donc toute la rédaction, le quotidien français Le Monde élargit cette approche à « l’Occident ». En effet, si ce texte demande la fermeture du camp de Guantanamo et une mobilisation des dirigeants européens pour parvenir à cet objectif, le quotidien de référence des élites françaises justifie sa revendication par des arguments montrant qu’il a parfaitement intégré les présupposés de la « guerre au terrorisme ». Ainsi, c’est moins par volonté de respecter le droit international que par utilitarisme que le quotidien du soir réclame la fermeture de Guantanamo. Ce camp affaiblirait l’image des États-Unis et servirait surtout aux recruteurs d’« Al Qaïda » pour trouver de nouveaux complices « dans nos banlieues et nos communautés musulmanes » (c’est le journal qui met « nos » en italique). Rien n’indique si le « nos » est un possessif identifiant la rédaction du journal à la France, à l’Europe où à « l’Occident », mais on peut supposer que c’est de cette dernière entité qu’il s’agit. Tout en critiquant Guantanamo, le journal admet toutefois que des mesures fortes doivent être employées contre « le terrorisme mondial » sous peine de faire preuve d’« angélisme », terme en vogue dans les médias français depuis la fin des années 90 pour désigner les adversaires du tout répressif.
Bref, tout en critiquant l’existence de Guantanamo, le journal se pose comme membre d’une communauté d’intérêt dont les États-Unis font partie, accepte des mesures dures (mais pas trop, sans toutefois fixer la limite clairement) dans la « guerre au terrorisme », et désigne une fois de plus, comme beaucoup de journaux français, les musulmans français comme une minorité intrinsèquement dangereuse en raison de sa perméabilité au « terrorisme ».
Le Monde raisonne comme dans un rêve : il continue à s’émerveiller des garanties juridiques du système constitutionnel états-unien et déplore que l’administration Bush ne les respecte pas. C’est que le quotidien, comme la classe dirigeante française dont il est l’expression, n’a toujours pas intégré qu’à la faveur du 11 septembre, l’administration Bush a fait voter un volumineux code anti-terroriste, l’USA Patriot Act, lequel suspend les droits constitutionnels pendant la « guerre au terrorisme ». Il s’efforce d’imaginer les États-Unis comme un État de droit, de voir Guantanamo comme un dysfonctionnement, en un mot de dénier l’évolution de leur régime politique.

Songeant peut-être lui aussi que seule la remise en cause de sa réputation peut émouvoir Washington et changer son attitude, le rédacteur en chef d’Asharq Al-Awsat , Tarek Al-Hamed, dénonce aussi la formidable atteinte à l’image des États-Unis que provoque cette affaire. Lyrique, il joue sur les consonances de Guantanamo et du poème Guantanamera et pose aux États-Unis le choix entre le goulag qu’évoque le premier, et l’amour et la liberté évoqués par le second. Il est douteux qu’un tel procédé culpabilisant influe beaucoup la politique états-unienne ou permette de développer l’analyse critique des lecteurs.

Bien que l’éditorial d’Asharq Al-Awsat soit un contre-exemple, notons que les rares analystes à ne pas se laisser aveugler et à voir le problème de la torture et des internement abusifs de façon plus large sont des éditorialistes travaillant pour la presse du Proche-Orient.
Ainsi si l’analyste de Gulf News, Linda S. Heard, s’agace, comme ses collègues de la presse occidentale, des réactions états-unienne à la mort des trois détenus, mais elle ne s’arrête pas là. Elle espère que ces trois morts vont durablement pousser certains États à faire pression sur Washington pour que les prisonniers du camp soient libérés et que cette mobilisation ira plus loin encore. En effet, la journaliste note que Guantanamo n’est qu’une petite partie du problème et déplore que personne ne se mobilise contre Bagram ou les prisons secrètes.
Dans Alhayat , l’analyste Mustapha Al-Ani, s’agace de la façon dont George W. Bush tente de se dédouaner en annonçant que les cadavres seront traités avec respect. Puis, revenant à une problématique plus large, il estime que cette affaire est malheureusement révélatrice non seulement de la façon dont les prisonniers sont détenus à Guantanamo mais du traitement réservé à tous les détenus arabes ou musulmans dans le cadre de la « guerre au terrorisme ». Dans ces conditions, il estime que les responsables états-uniens méritent autant que Saddam Hussein d’être jugés pour leurs crimes.
Dans le Tehran Times, l’éditorialiste Mohammed Ali Saki, reprend les grandes lignes des arguments communs mais se pose une question que la presse dominante occidentale refuse d’énoncer : les multiples sévices répertoriés à Guantanamo ne sont-ils pas l’indication d’un système plus large sur le traitement des prisonniers des États-Unis ? Et, surtout, la preuve que les soldats états-uniens reçoivent des formations à la torture ? Une question à laquelle le Réseau Voltaire a déjà répondu, il y a deux ans, en publiant les manuels de torture des États-Unis.

En définitive, aucun auteur ne s’interroge sur les raisons qui ont poussé l’US Southern Command a rendre publics ces « suicides » que la majorité du monde musulman interprète comme des décès sous la torture. Rien ne les y forçait puisque les prisonniers étaient juridiquement inexistants et privés de tout contact extérieur. De même aucun auteur ne s’interroge sur les raisons qui ont poussé le Pentagone à rendre publique l’existence du camp de Guantanamo alors que la CIA cache ses prisons. La réponse à ces questions est inscrite dans les manuels de torture, pourtant déjà anciens : en dehors de toute situation d’urgence, les tortionnaires ne prétendent pas chercher à obtenir des renseignements, mais à provoquer la terreur. Guantanamo n’est pas une arme dans la « guerre au terrorisme ». Il est le terrorisme. Il est l’effroi qui saisit tous ceux qui veulent se révolter contre l’Empire, comme la Rome antique plantait de longs alignements de croix de suppliciés sur le bord des routes pavées.

Réseau Voltaire



 

  

« Des détenus en plein désespoir »

Auteur Mourad Benchellali

Mourad Benchellali est ancien détenu français à la prison de Guantanamo.

Source New York Times (États-Unis)
Référence « Detainees in Despair », par Mourad Benchellali, New York Times, 14 juin 2006.

Résumé Quand j’ai été libéré de la prison de Guantanamo en juillet 2004, un codétenu yéménite m’a demandé de devenir le porte-parole de tout ceux qui, comme lui, ne pouvaient pas bénéficier de l’appui d’un pays comme la France pour être libéré.
Au début de l’année 2001, j’avais 19 ans quand, stupidement, je me suis laissé convaincre par mon frère aîné de me rendre en Afghanistan pour passer ce que je croyais être des vacances de rêve. Je me suis ainsi retrouvé sans le vouloir dans un camp d’entraînement d’Al Qaïda. Après deux mois sans possibilité de le quitter, je partais pour le Pakistan. Mais, sur la route, j’apprenais les attentats du 11 septembre et la fermeture des frontières. Je me trouvais bloqué avec beaucoup de personnes qui comme moi croyaient venir trouver l’aventure en Afghanistan. Je fus arrêté quelques mois plus tard par l’armée pakistanaise et je fus livré aux Etats-Unis, puis transféré à Guantanamo.
J’y ai passé deux ans et demi et il m’est difficile de décrire les tortures que j’ai subis ; mais le pire là-bas est le désespoir. Le mois prochain, je serais jugé à Paris. Ce sera avec un avocat, face à un juge… des luxes impensables à Guantanamo. Là-bas, il y a des gens dont le jihad est la raison d’être, mais la majorité sont des innocents, prisonniers d’un système cruel qui ne punit pas les coupables et ne laisse pas sortir les innocents.
 

« Un tunnel sans fin »

Auteur Zachary Katznelson

Zachary Katznelson est avocat de l’organisation britannique Reprieve, qui représente légalement 36 détenus de Guantanamo.

Source The Guardian (Royaume-Uni)
Référence « A tunnel without end », par Zachary Katznelson, The Guardian, 12 juin 2006.

Résumé Vendredi 9 juin 2006, trois prisonniers de la prison de Guantanamo se sont suicidés. Deux Saoudiens et un Yéménite se sont pendus. Les États-Unis affirment qu’il s’agissait d’un acte de guerre visant les relations publiques. Mais l’islam interdit le suicide. Aussi qu’est-ce qui peut pousser quelqu’un à se suicider malgré ses croyances ? La réponse est embarrassante pour les États-Unis et leurs alliés.
Les 460 prisonniers de Guantanamo sont détenus depuis quatre ans sans procès. Dix seulement ont été inculpés et aucun n’a été jugé. Ils ne peuvent voir personne et ont subis des mauvais traitements. N’importe quel tribunal les libèrerait s’ils étaient jugés, mais les États-Unis prétendent les garder prisonniers à perpétuité. Les trois hommes qui se sont suicidés étaient dans le camp I, un camp de sécurité maximale où les détenus n’ont même pas le droit au papier toilette et moins encore à rencontrer un avocat. On ne sait rien d’eux si ce n’est leur nom et leur nationalité.
George W. Bush a déclaré qu’il voulait fermer ce camp et juger les prisonniers mais pourquoi attendre ? Que fait le Royaume-Uni dans ce dossier ? S’ils sont coupables, qu’ils soient condamnés, sinon, qu’on les renvoie chez eux. Nous défendons les intérêts de Mohammed El Gharani. Notre client a été arrêté alors qu’il avait 14 ans, il a été envoyé à Guantanamo à 15 ans. Il a déjà essayé deux fois de se suicider.
 

« Les racines des droits des prisonniers états-uniens sont profondes »

Auteur James Norton

James Norton est l’ancien correspondant au Moyen-Orient du Christian Science Monitor. Il est l’auteur de Saving General Washington : The Right Wing Assault on America’s Founding Principles.

Source Christian Science Monitor (États-Unis)
Référence « Roots of US war prisoners’ rights run deep », par James Norton, Christian Science Monitor, 14 juin 2006.

Résumé A Guantanamo, ce week-end, trois détenus se sont suicidés. Le contre-amiral Harry Harris, commandant de la base, a décrit ces actes de désespoir comme des « actes de guerre ». Un voile de secret non-américain entoure ce camp mais une succession de rapports montrent que les prisonniers y subissent tortures et mauvais traitements.
Fondamentalement, l’idée même de Guantanamo va à l’encontre des valeurs américaines. Les États-Unis ont, ou avaient, une réputation de défense des Droits de l’homme partout dans le monde. Ils ont défendus les droits des individus contre les systèmes qui les oppressaient. Cette tendance s’inscrit dans notre constitution et dans la guerre d’indépendance durant laquelle, contrairement à ce qui se vit durant la Révolution française, les idées des Lumières furent à la fois énoncées et respectées. Mais aujourd’hui quand on veut traiter les prisonniers de Guantanamo avec la même humanité que les prisonniers anglais alors, on nous accuse d’être « doux » avec les terroristes.
Pourtant, la victoire dans la guerre au terrorisme exige un positionnement moral indiscutable. Et ce d’autant plus que beaucoup de détenus n’ont rien à se reprocher.
 

« Fermer Guantanamo »

Auteur la rédaction du Monde


  

Source Le Monde (France)
Référence « Fermer Guantanamo », par la rédaction du Monde, Le Monde, 13 juin 2006.

Résumé La réaction du commandant du camp de Guantanamo à la découverte du suicide de trois détenus, deux Saoudiens et un Yéménite, illustre le fossé qui sépare les autorités américaines du reste du monde sur cette sinistre question. Le contre-amiral Richard Harris a qualifié les suicides d’« acte de guerre asymétrique dirigés contre nous » et Colleen Graffy, en charge de la diplomatie publique au département d’État, de « coup de pub pour attirer l’attention ».
Sans tomber dans l’angélisme face à l’indispensable combat contre le terrorisme mondial, comment faire entendre raison aux États-Unis sur cette tache noire qu’est devenue la prison de Guantanamo dans le monde démocratique ? En effet, le scandale de Guantanamo ou des prisons secrètes sert les recruteurs d’Al Qaïda qui viennent faire du prosélytisme dans nos banlieues et nos communautés musulmanes. Le camp de Guantanamo est un non-sens juridique, une violation flagrante du droit indigne d’un pays universellement admiré pour avoir érigé en système constitutionnel le respect de la règle de droit. L’administration Bush, en agissant comme elle le fait, montre un grand mépris pour la Cour suprême et montre qu’elle n’a rien retenue des erreurs historiques que furent l’internement des Japonais durant la Seconde Guerre mondiale ou l’entêtement de Thatcher face aux grévistes de la faim de l’IRA.
Les dirigeants européens doivent désormais commencer toutes leurs réunions avec les États-Unis en exigeant la fermeture de Guantanamo.
 

« Guantanamo ou « Guantanamera » ? »

Auteur Tarek Al-Hamed


 Tarek Al-Hamed est le rédacteur en chef du quotidien Asharq Al-awsat.

Source Asharq Al Awsat
Référence « غوانتانامو أم « غوانتاناميرا » ؟ », par Tarek Al-Hamed, Asharq Al-awsat ,13 juin 2006.

Résumé Le suicide de trois détenus à Guantanamo porte atteinte à la réputation des États-Unis. Le père de l’une des victimes, parmi d’autres, se demande comment les trois prisonniers ont pu mettre fin à leurs vies, devant des caméras de surveillance et sous les yeux des gardiens ! Quant à moi, je pose une question plus pertinente : Comment un croyant musulman peut-il se suicider ?
Quelle différence existe-il entre les détenus dans les pays attaqués par les forces états-uniennes, présentés comme des victimes de l’arbitraire, et ceux de Guantanamo ? Au-delà de leurs violations du droit international, en détenant des gens pour un tas de prétextes fragiles, les États-Unis portent atteinte, quotidiennement, à leur réputation.
Il y’a à peine un mois, lors d’un meeting au Centre Islamique à Oxford, un professeur britannique m’a demandé ce que le mot « Guantanamo » m’évoque chaque fois que je l’entends. J’ai répondu que ce terme me rappelle automatiquement « le camp de concentration ». Le professeur m’a proposé ainsi de me raconter une anecdote qui lui a été arrivée à Cuba il y a quarante ans. Il avait visité l’île et avait appris un poème intitulé « Guantanamera », parlant d’amour et de liberté. Il était désolé de voir que désormais, on ne pensait plus qu’a un affreux camp de prisonnier à cause de la consonance.
En rentrant chez moi, j’ai été chercher le poème sur Internet. J’ai constaté que c’était traduit en plusieurs langues et qu’il a été écrit par un héros cubain. Ayant lu le poème, et ayant découvert sa valeur artistique sur l’échelle internationale, je me suis demandé : Auquel des deux titres Washington préfère-t-il associé sa réputation, « Guantanamo » désignant le camp de concentration, ou « Guantanamera » symbolisant l’amour et la liberté ?.
 

« Les suicides ne sont que la partie émergée de l’iceberg »

Auteur Linda S. Heard


 Analyste politique et journaliste, Linda S. Heard est spécialiste du Moyen-Orient. Ses articles paraissent dans Gulf News, Dar Al-Hayat, Al Jazeera ou le Christian Science Monitor.

Source Gulf News (Émirats arabes unis)
Référence « Suicides are merely the tip of the iceberg », par Linda S. Heard, Gulf News, 13 juin 2006.

Résumé Excluant qu’il puisse s’agir d’un acte de désespoir, le vice secrétaire d’État chargée des questions de relations publiques, Colleen Graffy, a déclaré que le suicide de trois hommes dans la prison de Guantanamo était une opération de relations publiques pour attirer l’attention. A la croire, bien que cela fasse des années qu’ils sont détenus sans perspective de quitter la prison, ils ont mis fin à leurs jours simplement pour mettre la Maison-Blanche dans l’embarras. Le contre-amiral Harry Harris, commandant du goulag américain, a présenté ces suicides comme un acte de guerre.
Après tout, pourquoi ne pas maltraiter ces détenus, ne sont-ils pas extrêmement dangereux ? Certes, seuls dix ont été inculpés mais la pieuse et omnisciente administration Bush, guide du monde libre, ne peut pas s’être trompée. Toutefois, cela dépend de la couleur de leurs passeports. Ainsi, il n’y a plus de Britanniques à Guantanamo, mais les résidents britanniques n’ayant pas la nationalité demeurent des individus dangereux puisqu’ils sont toujours emprisonnés. De même, le « taliban américain » John Walker Lindh a été jugé. Il est Américain, donc il s’est égaré, il n’est pas intrinsèquement dangereux comme les autres.
Il semble que les morts ont réveillé quelque peu les alliés des États-Unis. Ainsi, le ministère de l’Intérieur d’Arabie saoudite a réclamé le retour au pays de tous ses ressortissants pour qu’ils y soient jugés. Les organisations saoudiennes et yéménites de défense des Droits de l’homme sont également mobilisées. Peut-être que cela aidera les détenus de Guantanamo, mais il ne faut pas perdre de vue que cette prison n’est que la partie émergée de l’iceberg. Il y a 600 détenus à Bagram et peut-être des milliers dans des prisons secrètes partout dans le monde.
 

« Bush décide de « respecter les cadavres » ! »

Auteur Mustapha Al-ani


 Mustapha Al-Ani est analyste politique et spécialiste dans les affaires de terrorisme international. Il est également conseiller dans le Centre du Golfe pour les Recherches.

Source Dar Al-Hayat (Royaume-Uni)
Référence « !بوش يقرر « احترام الجثث »  », par Mustapha Al-ani, Alhayat ,14 juin 2006.

Résumé La décision du président états-unien, prise après l’annonce du suicide de trois prisonniers à Guantanamo, consistant à « respecter les cadavres des suicidés », a été applaudie dans le monde entier.
Une telle décision décrit une amélioration significative du comportement du locataire de la Maison-Blanche. D’ailleurs, nous aurions dû, nous les arabes et musulmans, soutenir un tel pas humanitaire. Nous aurions dû, au moins, lui envoyer des lettres de soutien et de félicitations à l’occasion, le remerciant pour cette noble et généreuse décision. Que souhaitons nous de plus que le respect des cadavres de nos victimes des tortures états-uniennes !
Les trois détenus en question, que les services des renseignements états-uniens ont enlevés, emprisonnés, et torturés, depuis plus que cinq ans, hors de tout cadre judiciaire, ont été humiliés après leur mort. Humiliés en les accusant d’utiliser le suicide comme acte agressif contre les États-Unis et leur réputation.
Je vous invite à consulter le dossier états-unien en matière du Droit de l’homme, surtout l’homme arabe et musulman. Regardez les diverses sortes de tortures infligées aux citoyens irakiens, afghans et palestiniens par les États-Unis et Israël. Dans ce cadre, pourquoi jugeons-nous Saddam alors qu’il n’a fait qu’imiter les deux forces d’occupations !.
 

« La procession sans fin des scandales du Pentagone »

Auteur Mohammed Ali Saki

Mohammed Ali Saki est journaliste et éditorialiste au Tehran Times.

Source Tehran Times (Iran)
Référence « The Pentagon’s endless procession of scandals », par Mohammed Ali Saki, Tehran Times, 13 juin 2006.

Résumé Trois prisonniers arabes de la prison de Guantanamo se sont suicidés par pendaison dans leur cellule samedi. Selon le Pentagone, il y aurait eu par le passé 41 tentatives de suicide impliquant 25 détenus mais dans les cas précédents, on les aurait empêchés de se donner la mort. Cet événement est une nouvelle tâche sur le bilan états-unien en matière de Droit de l’homme. Un bilan déjà chargé par le scandale d’Abu Ghraib ou celui des prisons secrètes de la CIA en Europe de l’Est ou ailleurs.
Les États-Unis affirment qu’ils traitent leurs prisonniers humainement, mais l’ONU ou Amnesty International démontent ces affirmations. Le New York Times a publié un memo du FBI démontrant que les prisonniers subissaient des tortures. Ces dossiers prouvent non seulement le peu de cas que les États-Unis font des droits de leurs prisonniers mais aussi la formation que reçoivent les soldats états-uniens. Si les prisonniers sont traités humainement, pourquoi les garde-t-on délibérément hors du sol états-unien pour pouvoir contourner la loi ?
L’ONU a noté que les sévices infligés aux prisonniers pouvaient les avoir brisés mentalement mais Harry Harris, commandant de la prison, prétend que leur suicide est un acte de guerre. Personne ne demande la libération d’hommes dangereux mais beaucoup des prisonniers sont là par erreur et s’ils sont dangereux, il faut les faire condamner par un tribunal.
Si les États-Unis veulent faire cesser le scandale, qu’ils cessent eux même de bafouer les Droits des prisonniers.

http://www.voltairenet.org/article140637.html http://www.voltairenet.org/article140637.html



Jeudi 15 Juin 2006


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