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Grenelle de l’environnement : vers une bulle financière verte ?


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Après la bulle de l’internet et celle de l’immobilier, une bulle financière et économique verte ? Le Grenelle de l’environnement s’est achevé en apothéose le jeudi 25 octobre à l’Elysée avec une cérémonie de clôture où Jose Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, Al Gore, ancien vice-président des Etats-Unis et Nicolas Sarkozy se sont succédé à la tribune devant un auditoire comprenant la quasi-totalité du gouvernement, les associations de l’environnement, des représentants syndicaux, la présidente du MEDEF et de nombreux élus.


Christine Bierre
Lundi 29 Octobre 2007

Par Christine Bierre



Drôle de mélange idéologique entre le discours religieux d’Al Gore en Savonarole moderne terrorisant la salle avec ses scénarios de fin du monde, et le productivisme de Nicolas Sarkozy qui surfe sur la vague verte pour promouvoir les affaires financières - prochain marché de titres de carbone * - et industrielles - une relance économique s’appuyant sur toute une gamme de produits s’insérant dans cette préoccupation verte, allant des bâtiments rénovés pour réduire la consommation énergétique jusqu’au développement massif du rail et du fluvial pour remplacer le transport routier.

Parmi les aspects les plus dangereux de cette « révolution verte », l’organisation d’un marché européen de « droits à polluer » du carbone » [*], qui pourrait être à l’origine d’une nouvelle bulle financière remplaçant celles de l’internet et de l’immobilier à risque, ayant explosé respectivement en 2000 et 2007. Fortement promue par Jose Manuel Barroso, elle est aussi le cheval de bataille d’Al Gore, qui a tout intérêt à ce que cette pratique financière se développe. En effet, avec David Blood, ancien PDG de la banque d’affaires Goldman Sachs, il dirige un fond d’investissement spéculatif - Generation management fund - particulièrement impliqué dans les échanges de titres du carbone dans des marchés spécialisés créés à Chicago, Londres et Paris. Nicolas Sarkozy a apporté tout son soutien à ce marché à condition que les quotas des droits à polluer soient accordés par secteurs d’activités et non par Etats.

Parmi les autres mesures désastreuses annoncées, la décision de mettre sur un pied d’égalité les investissements dans les énergies renouvelables et ceux du nucléaire. Pour chaque euro investi dans l’une, un euro sera investi dans l’autre, a promis Nicolas Sarkozy, sans tenir compte des conséquences nocives de ce choix. Car si un investissement dans le nucléaire est beaucoup plus coûteux au départ, deux caractéristiques établissent sa supériorité absolue face aux énergies nouvelles : 1) sa plus grande puissance mobilisatrice sur l’ensemble de l’économie en termes de matière grise (chercheurs, ingénieurs, main d’œuvre qualifiée) et des matériaux nécessaires pour la produire (métaux sophistiqués, machines outils, hautes technologies), et 2) la plus grande densité de cette énergie lui permettant de produire beaucoup plus avec un minimum de ressources. A titre de comparaison, pour produire de 1000 MWe il faut une centrale nucléaire, 5000 éoliennes sur une surface de 1500 km2, ou 2500 km de forêt cultivée pour produire de la biomasse. Cet arbitrage a sans doute été fait pour privilégier un effet d’aubaine de création d’emplois peu qualifiés à court terme.

Si Nicolas Sarkozy n’est pas revenu sur son choix de conserver le nucléaire existant, il a tout de même fait des compromis de taille au lobby de l’environnement en s’engageant à geler la construction de nouvelles centrales en France et à réduire la part du nucléaire - l’énergie la plus efficace et la moins chère ! - dans la totalité de la consommation française d’électricité, assurée à 78 % par le nucléaire, pour faire place aux énergies renouvelables.

Dans ce méli-mélo pragmatique de mesures annoncées, qui n’est pas toujours cohérent, le productivisme de Nicolas Sarkozy l’a aussi amené à choisir des voies dont les répercussions sur l’économie pourraient être positives. Un plan Marshall d’investissement a ainsi été annoncé pour donner la priorité aux transports autres que la route, avec à la clé 2 000 km de nouvelles lignes de TGV, laissant les infrastructures anciennes au fret, ce qui se traduirait par 2 millions de camions en moins sur les routes d’ici 2012, et le développement du fluvial et des ports maritimes permettant d’en éliminer encore 1 million d’ici 2020.

Enfin et toujours l’immobilier et le bâtiment, dans ce pays que certains voudraient de propriétaires et de rentiers ! Le programme de réduction des gaspillages de la consommation énergétique prévoit que 400 000 logements anciens seront rénovés par an, à commencer par un parc de 800 000 logements HLM particulièrement dégradés.

Question principale dans ce projet dont les coûts ne seront connus qu’en décembre 2008, quelles seront les sources de financement dans cette période de disette budgétaire et de dépassement des critères de Maastricht ? Pour l’heure, on évoque uniquement des transferts de ressources fiscales existantes absolument insuffisantes pour des projets dont on annonce le caractère « massif ». Ainsi, une taxe sur tous les biens produisant du carbone pourrait être adoptée en remplacement des impôts sur le travail, les financements accordés à la route pourraient être réorientés vers le rail ou le fluvial, ou encore, mesure d’ordre féodal, on donnerait aux collectivités locales la possibilité d’imposer des péages urbains pour financer les tramways ou voies cyclables proposés par le Grenelle de l’environnement.


http://www.solidariteetprogres.org/spip/sp_article.php3?id_article=3436


Lundi 29 Octobre 2007

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