Politique Nationale/Internationale

Grande-Bretagne : nouveaux avertissements pour justifier la politique de guerre et de répression


L’opposition écrasante à la guerre en Irak s’est manifestée dans les élections américaines et l’affaiblissement de l’administration Bush qui en est résulté est source de préoccupations dans les cercles dirigeants britanniques. On y craint que le vote anti-guerre et anti-Bush aux Etats-Unis puisse devenir le catalyseur en Grande-Bretagne de l’opposition populaire au gouvernement en crise de Blair ainsi qu’à sa politique de guerre à l’étranger et d’attaques sur le niveau de vie et les droits de la classe ouvrière au pays.


Jeudi 16 Novembre 2006

Grande-Bretagne : nouveaux avertissements pour justifier la politique de guerre et de répression

Déclaration du Parti de l’égalité socialiste (Grande-Bretagne)





C’est dans ce contexte que Dame Eliza Manningham-Buller, la directrice générale du MI5, l’agence d’espionnage intérieur britannique, a lancé un avertissement apocalyptique la semaine passée que des attentats terroristes étaient imminents, sans présenter le moindre élément de preuve pour étayer ses dires. Ces remarques ont été faites avec l’intention de provoquer la panique et de légitimer la « guerre au terrorisme ».

Les services sécuritaires, a-t-elle déclaré, ne pourront arrêter une attaque parce que, malgré l’augmentation du financement et de la main-d’œuvre, ils sont dépassés par l’ampleur du problème. Elle a dit qu’il y avait maintenant trente attentats terroristes de « première priorité » visant à faire un grand nombre de victimes en préparation en Grande-Bretagne. Les services de sécurité ont identifié 200 réseaux terroristes impliquant au moins 1600 personnes et la charge de travail du MI5 a augmenté d’au moins 80 pour cent depuis janvier.

« De plus en plus de gens passent d'une sympathie passive au terrorisme actif à une radicalisation ou un endoctrinement par des amis, familles, des entraînements organisés ici et à l'étranger », a-t-elle déclaré. « De jeunes adolescents sont formés pour devenir des kamikazes. »

Elle a continué, « Aujourd'hui, nous assistons à l'utilisation de bombes artisanales. Demain, la menace pourrait être les agents chimiques ou bactériologiques, les matières radioactives et même la technologie nucléaire. »

Les sondages montrent que « plus de 100 000 de nos citoyens considèrent que les attentats à la bombe de juillet [dans le métro] de Londres étaient justifiés », a-t-elle ajouté.

Les avertissements de Manningham-Buller ont fait les manchettes pendant plusieurs jours. Ils eurent la principale place dans l’émission Today de la BBC qui détermine le matériel traité dans les informations de la journée. C’est un acteur qui a prononcé son discours parce qu’elle l’a donné devant un auditoire choisi où ni les caméras ni les micros n’étaient permis. Elle n’a donné aucune entrevue.

Le discours était plus qu’un ajout au climat d’islamophobie que les politiciens britanniques ont alimenté depuis les derniers mois. Les avertissements d’attentats horribles qui sont à la fois imminents et inévitables soulèvent la possibilité réelle que la police secrète britannique considère réaliser une provocation majeure. Et même si un tel crime ne se matérialisait pas, le discours annonce une nouvelle offensive sur les libertés civiles du peuple britannique.

A cette fin, le discours de Manningham-Buller a reçu l’approbation du ministre de l’Intérieur John Reid et ses déclarations ont été immédiatement soutenues par le premier ministre Tony Blair.

Néanmoins, il faut noter que ces remarques contredisent les affirmations du gouvernement britannique que les attentats à la bombe n’ont aucun lien avec les invasions de l’Irak et de l’Afghanistan. Manningham-Buller a été claire que la politique étrangère de Blair contribuait dans les faits à l’opposition « terroriste » en Grande-Bretagne.

Des sections importantes des élites dirigeantes croient, tel que l’a dit le chef d’état-major britannique, le général Sir Richard Dannatt, que le gouvernement Blair est empêtré dans le désastre en Irak et qu’il mène une guerre perdante en Afghanistan.

Les gains des démocrates aux élections de mi-mandat vont approfondir la conviction de certains que la Grande-Bretagne doit prendre ses distances de Bush et tenter de développer une nouvelle approche pour faire valoir ses intérêts au Moyen-Orient et en Asie centrale. Toutefois, la capacité de la Grande-Bretagne à réaliser cet objectif est très limitée étant donné l’importance stratégique de son alliance avec les Etats-Unis.

En tout cas, il n’y a pas de section de la classe dirigeante prête à considérer mettre fin à la guerre en Irak ou au militarisme. Le discours de Manningham-Buller a eu lieu un jour après que la ministre des Affaires étrangères Margaret Beckett eut donné l’assurance qu’il n’y aura pas de « précipitation » pour retirer les troupes britanniques de l’Irak ou l’Afghanistan.

Malgré le rejet écrasant par le peuple américain de l’invasion de l’Irak de Bush et malgré l’opposition largement répandue en Grande-Bretagne, le gouvernement britannique a été clair que les opérations militaires impérialistes continueront sous le couvert de la lutte au terrorisme.

La Grande-Bretagne, a dit Blair, fait face à une « longue et profonde lutte » contre le terrorisme et il a été important de « se tenir debout » et de faire partie des combattants tout comme de s’attaquer à la « propagande empoisonnée » qui trouble les jeunes gens.

Manningham-Buller parle au nom de l’élite politique britannique encore plus certainement que Blair. Elle est née pour son travail actuel. Son père était Sir Reginald Manningham-Buller, un ministre dans le gouvernement de Winston Churchill avant de devenir procureur-général et ensuite lord chancelier durant l’ère Macmillan.

Son histoire en ce qui concerne les intérêts de l’Etat britannique en est une de totale fiabilité. Elle est devenue l’une parmi les quelques agents du MI5 dans la période de la Guerre froide à qui l’on avait assez confiance pour dire que Oleg Gordievsky était un agent double et elle a été impliquée dans l’analyse du matériel qu’il a fourni. Elle était à Washington lors de la première Guerre du golfe, revenant en Grande-Bretagne en 1992 pour diriger les opérations anti-IRA. Elle est devenue adjointe au directeur-général du MI5 en 1997 sous le gouvernement travailliste de Blair.

En 2003, elle a produit une déclaration devant les Law Lords louangeant la découverte de « l’attentat terroriste à la ricine ». La police a prétendu avoir trouvé une cellule d’al-Qaïda et ce qui fut décrit comme un « laboratoire de produits toxiques » dans un appartement de Londres où un attentat terroriste était en préparation. La poursuite contre huit hommes s’est effondrée en avril 2006. On a trouvé ni ricine, ni autres poisons. L’unique personne emprisonnée a été condamnée pour avoir tué un policier durant la descente et pas pour un crime lié au terrorisme.

L’accusation était basée sur des allégations faites par un certain Mohmammad Meguerba aux autorités algériennes. Il est généralement admis que ses déclarations ont été obtenues sous la torture.

Manningham-Buller a justifié l’utilisation de la preuve, disant que « le questionnement de nos contacts algériens sur leurs méthodes d’interrogations des détenus aurait probablement été rejeté, mais aurait quand même nuit à notre relation au détriment de notre capacité à contrer le terrorisme international ».

Cette affaire a été utilisée pour justifier et pour forcer des lois anti-terroristes, y compris des provisions permettant la détention sans accusations et le jugement d’étrangers. Pendant trois années, des hommes furent détenus virtuellement en isolement complet. Plusieurs d’entre eux ont souffert de troubles mentaux en conséquence.

Lorsque cette pratique fut annulée en 2005 par les Law Lords, qui sont des juges siégeant à la Chambre des lords formant la plus haute instance judiciaire au pays, le gouvernement passa une nouvelle loi qui leur permettait d’émettre des « ordres de contrôle », une forme d’assignation à domicile lors de laquelle la liberté d’expression est gravement réduite.

En 2005, les attentats de Londres du 7 juillet, où 52 personnes sont mortes, ont soulevé davantage de questions sur la façon dont la menace terroriste était utilisée pour justifier des politiques gouvernementales. Au moins deux de ceux impliqués dans les attentats de Londres étaient connus des services du renseignement avant l’événement. Ils avaient été sous surveillance pendant deux ans. De plus, la sécurité dans la capitale avait été réduite malgré le fait que le sommet du G8 se déroulait en Grande-Bretagne à ce moment.

A propos des attentats de Londres, de nombreuses questions sans réponse demeurent. Des survivants et de la parenté des personnes décédées ont exigé une enquête publique mais le gouvernement a rejeté toutes ces demandes.

Certaines des questions relatives à l’affaire ont été soulevées par l’écrivain et universitaire Nafeez Mosaddeq Ahmed, qui est professeur de relations internationales à l’Université de Sussex à Brighton. Dans son livre The London Bombings (Les attentats de Londres), il arrive à la conclusion que « la version des événements selon l’Etat supprime systématiquement tous les éléments qui pourraient montrer que les attentats étaient liés aux activités des groupes islamiques tolérés depuis longtemps dans ce pays ». Il fait remarquer que « ceux qui ont inspiré, recruté et entraîné les terroristes eux-mêmes ont une troublante identité en tant qu’alliés provisoires de l’Etat britannique. »

Nafeez Mosaddeq Ahmed décrit comment, « Dans toutes ces régions [l’Afghanistan et les Balkans] des réseaux militants islamiques ont opéré en collaboration avec les institutions de l’armée et des services de renseignement de la Grande-Bretagne, des Etats-Unis et des pays européens » et sont liés aux tentatives de l’occident pour « sécuriser une série d’intérêts stratégiques et économiques régionaux, liés en grande partie aux questions d’énergie ».

Comme l’avait fait remarquer le Parti de l’égalité socialiste dans une évaluation faite un an après les attentas, « Etant donné la feuille de route de MI5 et de son homologue de la sécurité extérieure MI6, ainsi que le rôle central qu’ont joué historiquement les provocations dans la politique britannique en Irlande et ailleurs, on ne peut exclure l’idée que l’on aurait laissé les attentats de Londres se produire. »

En avril de cette année, la Loi antiterroriste, passée rapidement à la suite des attentats de Londres, a été inscrite au code de la loi. Des organisations et des individus qui « encouragent » le terrorisme, incluant ceux qui ne font que des déclarations qui « glorifient » les actes terroristes, sont criminalisées, même lorsque qu’il n’y a aucune intention de mener un acte criminel de quelque sorte. Il est maintenant possible de détenir des personnes pour 28 jours sans accusation. Une autre loi antiterroriste est maintenant en préparation pour la prochaine session du Parlement.

Cet été, les aéroports britanniques ont arrêté leurs activités à cause d’une menace terroriste. Vingt-quatre personnes ont été arrêtées et sont en attente d’un procès. Certains des accusés n’avaient pas de passeports et aucun n’avait acheté de billets pour les vols transatlantiques qui avaient été supposément ciblés pour les attentats.

On soutient qu’ils prévoyaient mélanger des « explosifs liquides » à bord des avions. Un officier à la retraite des services du renseignement de l’armée britannique, Nigel Wylde, qui a été décoré pour son travail de déminage en Irlande du Nord, a décrit la proposition selon laquelle les terroristes pouvaient faire le mélange d’explosifs à bord de l’avion comme étant de la « fiction ». Le lieutenant-colonel Wylde, qui a pris sa retraite en 1991, a témoigné devant la commission Barron sur les attentats de Dublin-Monaghan qui s’est tenue dans la République d’Irlande en 2004.

En plus de l’arrestation pour le complot à la bombe liquide, 8 autres personnes ont été arrêtées il y a deux ans. L’un d’eux, Dhiren Barot, subissait son procès la semaine dernière et les autres y feront face l’an prochain. Les comptes rendus du procès de Barot soulèvent plus de questions qu’ils ne donnent de réponses.

Il y est dit qu’il est « un agent opérationnel significatif d’al-Qaïda » et est accusé d’avoir planifié des attentats terroristes d’envergure. Les accusations incluent l’allégation selon laquelle il planifiait de faire exploser une bombe sale remplie de matériel radioactif et de faire exploser le train souterrain à Londres, inondant les tunnels sous la Tamise. Barot a changé son plaidoyer de non-culpabilité en une admission de complot de meurtre le mois dernier. La police prétend qu’il a agit ainsi parce que la preuve contre lui était si « accablante ».

En fait, la preuve contre lui est circonstancielle. Les plans détaillant l’attaque ont été découverts sur un portable. Mais l’ordinateur a été saisi lors d’une perquisition au Pakistan, ce qui est loin d’offrir une preuve fiable.

Aucune arme ou bombe n’a été trouvée. Aucun matériel radioactif, agent biologique ou substance chimique n’a été découvert. Au moment de son procès, Barot était en prison depuis deux ans. On ne sait pas quelles pressions psychologiques a subi Barot pour qu’il plaide coupable. Il a été condamné à un minimum de 40 ans de prison.

Un événement récent démontre le type d’opération utilisé par le M15 pour mousser la peur du complot terroriste. Le ministre de l’Intérieur, John Reid, a donné un discours dans lequel il attaque les « voyous musulmans » et durant lequel il a été interrompu par Abu Izzadeen et Anjem Choudray. Les deux sont affiliés au réseau proscrit al-Muhajiroun, qui, est-il allégué, serait lié à al-Qaïda.

Comme l’auteur Nafeez Mossadeq Ahmed l’a souligné, « malgré l’apparente proscription, les membres clés du groupe et ces activités opèrent sans interférence. A ce jour, le gouvernement a refusé d’arrêter et de poursuivre ces individus en dépit de leurs violations répétées des lois britanniques, incluant l’incitation à la violence, la haine raciale et le terrorisme, et particulièrement en dépit de leur admission d’être engagé dans l’entraînement terroriste et leurs aveux d’avoir l’intention de viser la Grande-Bretagne. »

George Galloway, député du mouvement Respect au Parlement pour la circonscription Bethnal Green et Bow, a soulevé la question dans une lettre ouverte à John Reid. Il écrit, « L’homme qui vous a sermonné — Abu Izzadine [sic] — est un extrémiste violent bien connu d’une organisation que votre propre gouvernement a interdite. Mais il lui a encore été permis de s’approcher suffisamment le ministre de l’Intérieur pour être en position de le frapper. Comment ? Pourquoi ? »

Galoway continue, « C’est le même homme qui menait un groupe de brutes fanatiques dans la brève “prise d’otages” dont j’ai été victime ainsi que ma fille et plusieurs autres membres innocents du public durant une assemblée générale électorale l’an dernier. C’est un fait bien connu de la Section spéciale et des officiers seniors de Londres Est — les mêmes personnes en charge de votre sécurité aujourd’hui. »

L’incident impliquant Reid fait partie des processus de provocation qui ont été utilisés pour justifier les mesures répressives. Durant l’été, des affirmations sensationnalistes ont été faites à propos de complots terroristes. Le faible nombre de femmes musulmanes qui portent le voile a été amené au rang de menace au mode de vie britannique. Une atmosphère d’hystérie a été créée et le nombre des attaques racistes contre les musulmans a augmenté. Maintenant, le directeur général du M15 est sorti de l’ombre pour avertir d’une menace imminente qu’elle est supposément impuissante à prévenir.

Il ne fait aucun doute que le bellicisme et l’agitation antimusulmane de Blair a mis en colère des millions de personnes à travers le monde et créé un terrain fertile de recrutement pour les fondamentalistes musulmans. Ce que l'on peut légitimement demander est quel rôle le MI5 et d'autres agences du gouvernement britannique auront joué dans tout attentat terroriste qui peut se produire.

(Article original anglais paru le 15 novembre 2006)

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Jeudi 16 Novembre 2006

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