Politique Nationale/Internationale

Grande-Bretagne : Blair conseille un changement de politique au Moyen-Orient



Le discours annuel qu’a donné le premier ministre britannique Tony Blair en l'honneur du lord-maire de Londres à la City le 13 novembre était une tentative de reformulation de la politique étrangère britannique après la répudiation populaire de la guerre en Irak et la défaite qu’a subie l’administration Bush dans les élections américaines.


Chris Marsden et Julie Hyland
Samedi 18 Novembre 2006


Par Chris Marsden et Julie Hyland


Déjà très compromis et à la recherche de soutien populaire, Blair a vu son autorité et sa popularité encaisser un autre dur coup. Il s’est évidement senti forcé de répondre au point de vue largement répandu dans les cercles dirigeants britanniques que son soutien à la guerre en Irak et son alliance inconditionnelle avec l’administration Bush ont jeté la Grande-Bretagne dans une débâcle qui a déstabilisé tout le Moyen-Orient avec potentiellement des conséquences désastreuses.

Blair a donné ce discours un jour avant d’être entendu par télévision par le Groupe d’étude sur l’Irak dirigé par Baker, l’ancien secrétaire d’Etat de George Bush senior. Il a cherché à rassurer ses critiques que prendrait cette occasion pour influencer débat sur la politique étrangère qui se déroule aux Etats-Unis de façon à ce que les intérêts britanniques soient pris en compte.

Le Groupe d’étude sur l’Irak qui comprend des républicains et des démocrates de premier plan — plusieurs parmi eux ayant joué un rôle à la fin des années 1980 et début 1990 pour mettre en branle le « processus de paix » israélo-palestinien manqué — qui sont critiques des néo-conservateurs et croient que leur politique a sérieusement nuit aux intérêts américains partout au Moyen-Orient.

Bien que Blair ait insisté pour réaffirmer qu’il soutient les Etats-Unis et qu’il défend l’invasion de l’Irak et qu’il est maintenu qu’une rupture avec Washington serait « insensée », il a indiqué qu’un changement de cap était nécessaire. « Tout comme la situation évolue, de même notre stratégie doit évoluer pour y faire face », a-t-il dit.

Sans faire référence à un retrait de troupes américaines ou britanniques, Blair a insisté que la tâche était de « renforcer le pouvoir des dirigeants irakiens » pour qu’ils prennent la responsabilité pour diriger et gagner « la lutte contre le terrorisme ». Finalement, a-t-il dit, toute solution dépendra de la stratégie adoptée quant aux « forces hors de l’Irak qui tente de créer le chaos en Irak ». « Toute la stratégie au Moyen-Orient », selon Blair, commence avec la tentative d’amener la Syrie et l’Iran à collaborer.

Même s’il ne contredit pas ouvertement la position déclarée de la Maison-Blanche, Blair a fait certaines affirmations qui visaient à calmer les critiques des politiques de l’administration Bush. Par exemple, il a décrit la crainte que les Etats-Unis cherchent une solution militaire en Iran comme « véritable, mais entièrement déplacée ». Il a défendu un « nouveau partenariat » si Téhéran suspendait son programme d’enrichissement nucléaire, aidait au processus de paix au Moyen-Orient et cessait « de soutenir le terrorisme au Liban ou en Irak ».

Continuant sur la voie des ultimatums qui a caractérisé les déclarations britanniques et américaines sur l’Iran, il a menacé le pays « d’isolement » s’il ne satisfaisait pas aux conditions qu’il venait d’énoncer.

La Grande-Bretagne a activement œuvré à la réalisation de cet objectif. Dans son discours, Blair a insisté que l’Iran et la Syrie « ne partagent pas toujours des intérêts identiques ». Plus tôt ce mois, son conseiller personnel sur les affaires étrangères, Sir Nigel Sheinwald, était en Syrie où il aurait dit au président Bashar al-Assad qu’il pouvait soit maintenir son alliance avec l’Iran ou bien normaliser ses relations avec l’Ouest.

De toute façon, a poursuivi Blair, le point de départ pour tout règlement au Moyen-Orient n'est pas avec ces pays, ou avec le Liban, mais avec « Israël et la Palestine... C'est l'élément central. »

Blair exige depuis longtemps de Washington qu'il utilise son influence sur Israël pour l'inciter à accepter un Etat palestinien sur des parties de la Cisjordanie et de la bande de Gaza. Cette fois, par contre, ses remarques prudentes n'étaient pas qu'adressées à l'administration Bush, mais aussi à ses critiques, dans l'espoir que, étant donné la position affaiblie de Bush et le renvoi du secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, son conseil ait de meilleures chances d'avoir un impact.

Mais Blair, plus que tout autre chef européen, ne peut contrarier comme il le veut l'administration Bush, et même ses remarques timides lui ont été reprochées par la secrétaire d'Etat américain Condoleezza Rice. Alors qu'elle était en Allemagne, elle a explicitement rejeté tout lien entre l'Irak et le conflit israélo-palestinien et toute possibilité de pourparlers avec la Syrie et l'Iran.

Cela empêche Blair d'exprimer clairement le profond mécontentement qui existe à l'intérieur de l'élite dirigeante britannique. Il est instructif de comparer son discours avec l'éditorial publié du Financial Times le 14 novembre avant son entrevue avec le Groupe d'étude sur l'Irak.

L'éditorial, qui équivalait à une critique radicale des politiques des néo-conservateurs à Washington, et ciblant les relations américaines avec Israël, a exigé une « réévaluation de toute la politique au Moyen-Orient ».

Dans une évaluation remarquablement sombre de la situation à travers le Moyen-Orient, le journal a déclaré que le « fiasco irakien » a fait sombrer le pays « dans un cloaque d'épuration ethnique et de pouvoir milicien ». La guerre israélienne, appuyée par les Etats-Unis, sur le Liban l'été dernier a renforcé le Hezbollah et, en conséquence, « un gouvernement essentiellement pro-occidental est en train d'imploser ». L'offensive israélienne en Cisjordanie et dans la bande de Gaza a créé une situation dans laquelle les territoires palestiniens « font face à un effondrement sociétal ».

L'éditorial a dénoncé les colonies israéliennes « illégales » de Cisjordanie, a critiqué les murs érigés dans les territoires palestiniens et l'érection de « 500 points de contrôle israéliens » et a réprimandé Blair pour son rôle de « troisième violon » face aux Américains et aux Israéliens.

Il a gravement et largement accusé la politique commune des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et d'Israël : « Leur combinaison d'inefficacité diplomatique et de croyance en l'usage de la force a été fatale. Elle a donné à des organisations telles que le Hamas et le Hezbollah du pouvoir et du prestige bien au-delà de leurs forces naturelles. Au centre de ces bouleversements se trouve l'échec d'arriver à un règlement complet basé sur le territoire, pour la paix.

« Au cours des cinq dernières années, malgré la rhétorique occidentale, Israël a étendu et consolidé sa prise sur la Cisjordanie et la zone arabe de Jérusalem Est. Cela, tout à fait comme l’invasion non provoquée de l’Irak, est ce qui menace constamment d’embraser la région. »

Le Financial Times en appelle de façon urgente à une « solution complète » entre Israël et les Palestiniens qui aura pour pièce maîtresse le concept d’échanger le territoire pour la paix. Cette nouvelle stratégie au Moyen-Orient va « nécessiter un engagement avec l'Iran et la Syrie. »

Blair, ni aucun autre politicien britannique ne sont en position de faire une telle demande à la Maison-Blanche. Dans un article distinct, le chroniqueur du Financial Times Philips Stephens reconnaissait que dans la tentative de Washington de reformuler sa stratégie au Moyen-Orient, « les questions politiques domestiques vont peser beaucoup plus lourd que le calcul stratégique sobre — ou de ses obligations à l'égard de ses alliés les plus proches. » Tout ce qui restait était un appel à Blair que « parfois la vérité doit être dites publiquement à ceux au pouvoir. »

Le Financial Times et plusieurs autres au sein de l'establishment britannique en matière de politique étrangère ont misé beaucoup sur l'espoir de voir le Groupe d'étude sur l'Irak livrer la marchandise. Mais comme le chroniqueur du New York Times David Brooks, un républicain, le notait, « L'idée que la commission va arriver avec une sorte de solution magique à laquelle nous n'avions pas pensé est fausse… Tous ces plans sont déjà sur la table et aucun n'est particulièrement plaisant. »

Plus fondamentalement, l'appui de Blair à la guerre en Irak avait été quasiment universellement appuyé par l'élite dirigeante britannique. Cela reflète la reconnaissance que la Grande-Bretagne, en tant que puissance impérialiste en déclin, ne peut défendre ses intérêts contre ses rivaux plus puissants qu'en s'alignant avec les Etats-Unis. Cette situation n'a pas changé.

Blair a rappelé à ses critiques ces réalités géopolitiques en consacrant la majeure partie de son discours à réitérer l'importance fondamentale de maintenir cette alliance. Il a insisté sur le fait qu'aucune des préoccupations vitales de la Grande-Bretagne « ne peut être adressée, sans parler d’être résolue, sans l'Amérique. » Faisant allusion à l'attitude de plus en plus affirmative de la Russie et de la montée de la puissance économique de la Chine et de l'Inde, il dit, « De nouvelles puissances émergent » en face desquelles il est nécessaire de forger des « alliances avec des nations qui partagent nos valeurs. »

La dépendance vis-à-vis des Etats-Unis est une source de profonde instabilité, pas seulement pour le gouvernement Blair, mais pour toute la bourgeoisie britannique. Plus que toute autre, sa bonne fortune est liée au résultat de la lutte factionnelle qui a éclaté à Washington et de l'aggravation de la situation au Moyen-Orient qui l'a provoquée.

(Article original anglais paru le 16 novembre 2006)

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Samedi 18 Novembre 2006

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