Politique Nationale/Internationale

Gouverner c’est prévoir


Gouverner c’est prévoir : étant une question de sécurité nationale, les gouvernements doivent être attentifs à l’impact du coronavirus en Chine sur l’économie mondiale


Pr Abderrhmane MEBTOUL
Jeudi 20 Février 2020

ECONOMIE MONDIALE

1.-Il s’agit d’abord de situer l’importance de Wuhan, où s’est propagée l’épidémie, ville ultramoderne de 11 millions d’habitants et l’une des neuf villes les plus importantes de Chine, qui est un centre scientifique et économique majeur, notamment pour l’industrie automobile, mais aussi dans les secteurs économiques de pointe, avec quatre parcs scientifiques. La province du Hubei représente 4,5 % du PIB de la Chine, étant un nœud routier et ferroviaire et un port maritime et fluvial sur le Yangzi Jiang, artère de communication vitale entre la mer de Chine orientale et l’intérieur. Pour mesurer l’impact économique de cette épidémie avec la réduction de la consommation intérieure et la réduction des échanges extérieurs, il faut une analyse spatiale mesurant les grands marchés potentiellement impactés et tenter de chiffrer la perte de production en fonction du degré d’exposition des centres industriels aux mesures de confinement et de la durée de ces mesures. C’est qu’en ce début du XXIème siècle il y a interdépendance des économies : un exemple : l’arrêt de l’usine Hyundai, en Corée du Sud, en raison de la défaillance des fournisseurs chinois de câbles électriques et plusieurs constructeurs ont annoncé des fermetures temporaires en Asie, comme Proton en Malaisie. C’est que la Chine est devenue fournisseur de composants pour toute la filière mondiale, exportant en 2019 pour environ 70 milliards de dollars de pièces détachées et accessoires automobiles, dont 20 % vers les États-Unis. De façon immédiate, les principaux pays concernés par les perturbations qui affectent la Chine sont ses voisins du Sud-Est asiatique, affectant également les constructeurs européens présents en Chine comme Volkswagen (qui y a produit 3 millions de véhicules en 2019) et BMW.


2.- C’est que le coronavirus en Chine impactera la croissance mondiale déjà faible en raison des tensions commerciales entre les USA et la Chine, le Britex anglais et le poids de la Chine dans le PIB mondial. De nombreuses compagnies aériennes, dont Air France, British Airways, Air Canada, Lufthansa, American Airlines, United Airlines ont suspendu depuis fin janvier leurs vols vers la Chine continentale pour tenter de freiner la propagation du virus. Cette situation impacte la croissance de l’économie chinoise dont son marché intérieur compromettant les perspectives de croissance pour 2020, prévue à + 6 %, taux déjà en retrait par rapport à 2019, avec une probabilité d’une baisse au moins à un point de croissance, ce qui ramènerait la croissance du PIB chinois 2020 au-dessous de + 5 %. Et par ricochet, cela aura un impact sur la croissance de l’économie mondiale loin des prévisions du FMI qui avait tablé alors sur une reprise (+3,3%, contre +2,9% en 2019) grâce à une pause dans la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, taux très fiable puisque le taux était à près de 3,8 % en 2017, à 3,6 % en 2018. Mais comme rappelé précédemment, En effet, du fait de l’interdépendance des économies, devant analyser les impacts indirects, bon nombre d’entreprises dans le monde dépendant pour leurs inputs et pour leur marché, ces taux sont plus importants, impactant la croissance mondiale qui était déjà fragilisée. Selon « Usine Nouvelle » les secteurs les plus bouleversés sont la chimie, le textile, l’automobile et l’électronique. Les pays émergents, les pays limitrophes en Asie risque d en pâtir et selon des experts également l’Europe qui est une région vulnérable avec un risque de récession en Allemagne et en Italie. C’est que l’Europe est la deuxième puissance économique mondiale avec un PIB nominal en 2018 de 18.750 milliards de dollars contre 20.494 pour les USA et 13.407 pour la Chine, sur un total mondial de 84.740. C’est que le poids de la Chine dans le PIB mondial a plus que doublé, à près de 20% en 2019 contre 8,8% en 2003, étant devenu le premier consommateur de la plupart des produits de base et le premier partenaire commercial de nombreux pays. Selon une étude du mois de février 2020 parue dans Echos.fr, le pays représente au sein de l’économie mondiale, dépense du tourisme 20% ; production de biens 19,7% ; l’encours de crédit 19,6% ; le commerce 13%. C’est dans ce cadre que bon nombre d’organismes internationaux ont donc élaboré plusieurs scénarios pour 2020 fonction du temps pour maitriser de l’épidémie: le premier scénario, optimiste avec une probabilité de 25% le taux de croissance de la Chine serait de 5,7% contre une prévision d’environ 6% ; le second scénario de base, avec une probabilité de 50% le taux de croissance de la Chine serait de 5% ; le troisième scénario pessimiste, avec une probabilité de 20% le taux de croissance de la Chine serait de 4,5% et enfin quatrième scénario catastrophique, avec une probabilité de 5% , le taux de croissance serait inférieur à 4%. Toutefois, les experts s’accordent à éviter toute prévision hasardeuse du fait des capacités financières de la Chine où le 31 janvier 2020, les réserves de devises atteignaient 3115 milliards de dollars, ce qui donne au pays une forte capacité de résistance face à un ralentissement de ses échanges internationaux, tout en reconnaissant que ses clients et fournisseurs devront faire face à d’importances pertes de revenus.


3.-Si l’épidémie du coronavirus venait à s’accentuer, nous assisterions à des répercussions sur les cours mondiaux du pétrole et des matières premières affectant bon nombre de pays mono exportateurs de matières premières. Le cuivre, thermomètre de l’économie mondiale, a perdu de sa valeur 10 % depuis la mi-janvier, comme le zinc, et ’aluminium 7 %, sans compter l’acier, le plomb, le nickel, le palladium du au ralentissement du secteur automobile. Parmi les métaux, seul l’or, valeur refuge a coonu une relative stabilité.
Pour les hydrocarbures, selon S & P Global Platts, les raffineries chinoises réduiraient leur consommation de 1 million de barils par jour en février. Chez Goldman Sachs, l’économiste Jeff Currie estime la baisse de demande chinoise entre 2 et 3 millions de barils par jour, « le pire choc sur la demande en dix ans ». La Chine, selon le bureau d'Etat des Statistiques (BES), pour 2019, la Chine a importé pour 506 millions de tonnes de pétrole brut, 9,5% au-dessus du niveau de 2018, selon les données de l'Administration générale des douanes, équivalent à 10,12 millions de barils par jour (b / j), selon les calculs de Reuters basés sur les données et les importations de gaz GNL et pipelines ont augmenté de 6,9% pour atteindre 96,56 millions de tonnes. A titre de comparaison, en 2018, les importations de pétrole brut ont fait atteint 460 millions de tonnes, une croissance de 10,1% par rapport à 2017 et les importations de gaz naturel 90,39 millions de tonnes, en hausse de 31,9% La Chine consomme en moyenne 14 millions de barils de pétrole par jour, soit 15 % de la demande mondiale, avec une demande de pétrole estimée à environ 11/12% sur une demande mondiale en 2019 de 99,77 millions barils/jour ( prévision en 2020 avant l’épidémie 100,98 millions de barils/j) fonction de sa croissance entre 10/11 millions de barils jour. C’est une demande presque équivalente à la production russe ou celle de l’Arabie Saoudite. Pour sa part, l’Opep a fortement revu à la baisse de 19% dans son rapport mensuel, sa prévision de croissance de la demande mondiale de pétrole brut : «l'impact de l'épidémie de coronavirus sur l'économie chinoise a ajouté aux incertitudes concernant la croissance économique globale en 2020 et par extension sur la croissance mondiale de la demande de pétrole en 2020. Les importations chinoises sont passées d’environ 11 millions de barils jour à 8 millions et pourrait descendre à 7 selon des agences internationales et avec les impacts indirects si l’on prend les prévisions de l’OPEP la demande Chine et hors Chine baisserait de 19 millions de barils par jour. L’Arabie saoudite est le premier fournisseur de la Chine, environ le quart de ses exportations, suivi de la Russie selon les statistiques douanières chinoise, le plus gros producteur au sein de l’organisation (environ 10,5 -11 millions de barils/jour) étant l’Arabie Saoudite, des pays comme l’Algérie, ayant peu d’influences, avec environ 1 million de barils jour étant marginal. Dans tous les cas de figure, l’OPEP représentant environ 40% de la production commercialisée, est impuissante face à cette baisse de la demande d’autant plus que 60% se faisant hors OPEP, avec deux acteurs stratégiques les USA devenus premier producteur mondial en 2019(pétrole/ gaz de schiste) et la Russie, sans compter les nombreux producteurs nouveaux qui sont entrés sur le marché pour le gaz. Autre mauvaise nouvelle pour le cartel : la Chine s’est engagée depuis la mi janvier 2020 dans le cadre de l’accord commercial USA/ Chine, à acheter pour 200 milliards de dollars de produits américains supplémentaires entre 2020/2021, dont une fraction concerne le pétrole-gaz et mauvaise nouvelle pour l’Algérie la demande européenne principal client pour la gaz a baissé substantiellement face tant à l’épidémie qu’à une concurrence acerbe, Transmed et Medgaz fonctionnant en sous capacités. Mais cela n’est pas propre à l’Algérie puisque selon le site spécialisé dans l’énergie, interfaxenergy, les flux de gaz canalisé de l’Afrique du Nord vers l’Europe ont diminué depuis le début 2020 de 19,4% sur une base hebdomadaire et de 41,7% sur une base annuelle pour atteindre 412,82 millions de mètres cubes (MMcm).


En résumé , gouverner c’est prévoir et pour éviter des surprises et des pertes pouvant se chiffrer en milliards de dollars , outre un système d’information fiable en temps réel, il s’agit d’analyser avec objectivité les impacts conjoncturels et structurels touchant tant la morphologie sociale à travers le jeux de ses différents acteurs pour un dialogue serein et productif , loin des mesures bureaucratiques , que les nouvelles mutations géostratégiques de l’économie mondiale d’où l’importance d’institutions stratégiques comme le Conseil Economique et Social qui doit être impérativement dynamisé, connectés avec l’ensemble des institutions du pays, dont les organisations la société de civile et les centres de recherche/universités.


Professeur des universités, Dr Abderrahmane Mebtoul, Expert international
ademmebtoul@gmail.com





Mercredi 19 Février 2020


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