Actualité nationale

Gilets jaunes : ces cahiers de doléances que personne n'a l'intention de lire



Karine Bechet-Golovko
Jeudi 13 Février 2020

Au début de la crise, le Gouvernement a lancé de grandes vagues de consultations, qui outre la campagne nationale de Macron, se sont concrétisées en diverses mesures, sans évidemment aucune portée politique, mais qui devaient permettre de gagner du temps et d'évacuer le surplus de vapeur dans la partie "tranquille" de la population. En jouant sur les associations d'idées révolutionnaires - les Gilets Jaunes se voulant révolutionnaires, mais sans prendre le pouvoir - Macron a transposé sur le plan de l'imitation un mécansme politique. Ainsi, la population a pu écrire des cahiers de doléances - que personne n'a jamais lu. Et pourquoi les élites prendraient-elles le temps de les lire, alors qu'elles sont en place justement pour réaliser cette politique, si les Gilets Jaunes, finalement, ne veulent pas prendre le pouvoir ?

Il y a un an de cela, comme le rappelle France Inter, des maires déposaient en Préfecture des cahiers de doléances citoyennes. Près de 10 000 cahiers. Concrètement, les gens ont écrit souvent sur de simples cahiers à spirales, mis à disposition dans les mairies, leurs problèmes, ce qui à leur avis ne fonctionne pas dans le pays. Parfois aussi leur tragédie personnelle.

S'il s'est agi d'un grand cri de désespoir, c'était aussi une vague d'espoir. Espoir, un peu naïf, que la politique mise en oeuvre ne fonctionne pas dans l'intérêt de la population, parce que les élites politiques ne sont pas au courant. Espoir qu'il suffit de leur dire à quel point l'on souffre, leur dire ce qui ne va pas au quotidien, pour qu'elles réalisent et prennent ensuite les bonnes décisions. Espoir que justement ces élites ne mettent pas en oeuvre le programme pour lequel elles sont en place, mais qu'elles aient commis une erreur. Espoir. Presque une prière.

Or, non seulement ces tonnes de feuilles n'ont pas été lues, mais elles ont simplement été numérisées à la BNF et renvoyées en Préfecture aux archives. Maintenant, les scientifiques râlent, parce que les textes ont été enregistrés sous forme d'image et que les programmes ne peuvent pas automatiquement traiter ces textes, les classer, etc. Bref, quelle horreur, il faudrait les lire et personne ne semble en avoir eu l'intention.

Donc, pour résumer, non seulement les politiques n'ont pas pris la peine de lire les cahiers de doléances (et ne semblent en avoir jamais eu l'intention), mais les universitaires eux-mêmes trainent la patte, car il y en a trop. Ils ont tous oublié que la numérisation ne remplace pas la lecture ... Or, rappelons quand même que les gens qui ont versé par écrit leur douleur ne pensaient pas participer à une grande étude sociologique. Ils voulaient très concrètement faire passer un message au pouvoir. Ils attendaient une réponse politique, pas une étude de société par des laboratoires de recherche. Non seulement ces Cahiers n'ont conduit à aucune attention humaine envers une population qui souffre, mais les gens ont été transformés en souris de laboratoire, en objets d'étude.

Ce pouvoir qui n'a fait que gagner du temps et épuiser la douleur des gens. Sans même avoir la moindre volonté de résoudre leurs problèmes. Puisque cela impliquerait un changement de cap idéologique. Or, l'on ne change pas de cap idéologique avec des manifestations pacifiques, même pendant des années. Le pouvoir se permet aujourd'hui de ne tenir compte ni des doléances, ni des manifestations, car il sait pertinemment que ces mouvements ne présentent strictement aucun danger politique, autrement dit qu'il ne remet pas en cause son existence.

Et la durée, la permanence du conflit permet au pouvoir de légitimer avec le temps une autre configuration de gouvernance, intégrant ce conflit même comme une donnée. Puisque les sociétés néolibérales ne peuvent fonctionner sans conflit, elles l'intègrent - et le digèrent. Pour ne rien changer.



Mercredi 12 Février 2020


Commentaires

1.Posté par JBL1960 le 14/02/2020 08:46 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Donc, pour résumer, non seulement les politiques n'ont pas pris la peine de lire les cahiers de doléances (et ne semblent en avoir jamais eu l'intention), mais les universitaires eux-mêmes trainent la patte, car il y en a trop. Ils ont tous oublié que la numérisation ne remplace pas la lecture ...
=*=
Voilà, tout est contenu dans cette phrase !
Pendant que les gens, naïf, mais sincèrement, on noirci les cahiers à spirale de leur vie, de leurs souffrances aussi, en haut lieu on a affirmé, dès le début, qu'on s'en servirait comme PQ. Certes pas en ces termes (quoique, repassez-vous les bandes) mais tout de suite, les gonzes, et les gonzesses du Klan des MacLaRem ont spécifié que les cahiers de doléances seraient numérisés par des supers robots à l'Intelligence Artificielle bien dressée pour en faire du PQ...

Comme nous étions nombreux à le dire, dès le départ, si voter, pétitionner et cahierdedoléanciariser pouvaient changer les choses, il y a longtemps qu'ils l'auraient rendu illégal, comme l'avait analysé, la première Emma Goldman, une femme anarchiste qui a compté, et encore aujourd'hui...

Actuellement, Macron et tout son gouvernement-qui-ment vous raconte que le chômage recule...
Comment veux-tu, comment veux-tu qu'on soit crédule, lorsqu'on sait lire les chiffres, mais surtout les analyser, en profondeur ?

Il y a + de 11 millions de chômeurs, de précaires et de travailleurs pauvres en réalité.
Si c'est 11 millions voulaient se fédérer et co-construire, une société des sociétés, celle des associations libres, volontaires et autogérées, et bien c'est fin de partie pour l'oligarchie !
Et gageons qu'ils le savent, sinon ils ne travailleraient pas sans relâche à nous diviser pour mieux régner, soyez-en sûrs !

C'est la solution à 10, plutôt 15% d'ailleurs...
Je vous laisse chercher. Qui cherche trouve, et c'est toujours mieux si l'idée fait son chemin individuellement d'abord. Elle nous permet de nous retrouver, collectivement, ensuite pour la mettre en œuvre.

JBL

2.Posté par jehaislescookies le 14/02/2020 14:14 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Il aurait fallu faire comme le peuple chilien, les chiliens eux ont fait reculer leur gouvernement, et ils vont pouvoir élire une assemblée constitutionnelle
On n'a rien sans rapport de force.
Les réformes de 45-46 (Ambroise Croizat, le statut de la fonction publique, les nationalisations des services Publics) n'ont été possibles que parce que la droite était discréditée et qu'elle avait peur de la Révolution.

3.Posté par JBL1960 le 14/02/2020 22:25 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Comme ça m'a titillée grave, j'en ai fait un billet avec les vrais chiffres donnés par le gouvernement-qui-ment ► https://jbl1960blog.wordpress.com/2020/02/14/vrais-chiffres-du-chomage-et-donnees-corrigees-analyses-et-decryptage/

Et en prévision de l'Acte 66 des Gilets Jaunes, demain samedi 15 février 2020.

Benjamin Griveaux pourra peut-être y participer maintenant qu'il a renoncé à briguer la Mairie de Paris ?

Vous avez noté que Juan Branco était encore dans ce mauvais coup ?
Tenez, c'est partout ► https://www.liberation.fr/politiques/2020/02/14/griveaux-quel-role-juan-branco-a-t-il-joue-dans-la-fuite-des-videos_1778463 Cet article est à lire, car JB avait affirmé qu'il était limite au RSA (révélation Panamza, ici-même) or, on peut lire que c'est lui qui avait coorganisé le réveillon de la Saint-Silvestre, Boulevard Saint-Germain où était présent le Piotr en question et que ça avait dégénéré. Dur dur la vie des bénéficiaires du RSA du Boulevard Saint-Germain...

Quel Branquignol ce Juan !

Nouveau commentaire :

Actualité nationale | EUROPE | FRANCE | Proche et Moyen-Orient | Palestine occupée | RELIGIONS ET CROYANCES


Publicité

Brèves



Commentaires