Opinion

George W. Bush ne veut plus refaire le monde


Dans la même rubrique:
< >

Le dernier discours "sur l'état de l'Union" prononcé par George W. Bush au Congrès a été moins ambitieux, plus conciliant et modeste que les sept autres. Ce discours montre que le chef de la Maison Blanche a gardé confiance en l'économie américaine, mais qu'il a perdu l'espoir que les Etats-Unis soient capables de refaire le monde.


Galina Zeveliova
Jeudi 31 Janvier 2008

George W. Bush ne veut plus refaire le monde
Par Galina Zeveliova, pour RIA Novosti



Il est peu probable que l'actuel président puisse régler, durant la période qui lui reste jusqu'à l'élection présidentielle, les problèmes qui se sont aggravés à cause de la crise des prêts immobiliers hypothécaires (subprimes) et de la fièvre qui s'est emparée du marché des valeurs, ou bien encore régler le problème de l'Irak dont il est lui-même à l'origine. Selon la majorité des Américains, l'affaiblissement de la position des Etats-Unis dans l'arène internationale, l'économie souffrante et la dévaluation des idées messianiques de la démocratisation du monde selon les recettes américaines constituent l'héritage de George W. Bush. Ce n'est pas par hasard que les principaux candidats du parti républicain à la présidence font tout leur possible en vue de se distancer du maître impopulaire de la Maison Blanche, dont la cote de popularité a actuellement baissé jusqu'à 30%.

Dans le discours de George W. Bush, l'économie a de nouveau été le sujet dominant, de même que dans son premier rapport présenté en 2001, aussitôt après son investiture (il n'a pas été considéré comme un message au congrès). Pour sauver l'économie, le président a proposé de vieilles recettes: la réduction des impôts et du taux d'escompte. Les détracteurs de George W. Bush l'accusent en affirmant qu'au lieu de guérir, ses recettes aggravent la maladie. La réduction des impôts et la relance des affaires au moyen de la réduction du taux d'escompte peuvent réactiver l'économie à court terme, mais à long terme, cela ne fait qu'accentuer son déséquilibre, car ces moyens entraînent des crédits moins chers et l'accroissement des dettes.

A la différence de sa doctrine économique, la doctrine de la politique étrangère de George W. Bush a subi des changements substantiels: elle s'avère moins idéologique et davantage réaliste. Le discours du président a confirmé que l'appartenance aux partis qui détermine pour beaucoup la différence d'approche du règlement des problèmes sociaux et économiques n'est pas si importante lorsqu'il s'agit de politique étrangère. Dans ce domaine, la ligne de partage ne se fait plus entre les républicains et les démocrates, mais entre les réalistes et les doctrinaires.

Lorsque Bush fils est arrivé au pouvoir, on a parlé de lui comme d'un pragmatique et d'un isolationniste. Tout a changé après les attentats du 11 septembre 2001 qui ont obligé le pays tout entier à prendre conscience des liens étroits entre l'Amérique et le monde extérieur. Dans son discours sur l'état de l'Union prononcé début 2002, George W. Bush a annoncé que le pays se trouvait en état de guerre et a argumenté la nécessité d'effectuer une opération militaire en Afghanistan dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. La tendance à lancer des actions militaires unilatérales a trouvé son reflet dans ses discours suivants prononcés en 2003 et en 2004, dans lesquels George W. Bush a d'abord persuadé la population de la nécessité de lancer une campagne militaire en Irak puis a défendu la guerre qu'il a lui-même déclenchée. Les Etats-Unis se sont mis à détériorer sciemment le système de sécurité internationale qui s'était établi, en estimant qu'il leur liait les mains.

Après sa deuxième victoire remportée à l'élection présidentielle, George W. Bush a formulé dans son discours sur l'état de l'Union prononcé au Congrès en 2005 un nouveau programme de "liberté" et de "démocratisation du monde" qui était nécessaire à son administration en tant que réponse à la critique de plus en plus acerbe de la guerre en Irak. A ce moment-là, il est devenu évident que Saddam Hussein ne détenait aucune arme de destruction massive, c'est pourquoi le président américain a trouvé un nouvel argument pour justifier sa campagne militaire: la lutte contre la tyrannie et l'établissement en Irak d'une démocratie qui serve de modèle à d'autres Etats "non libres" du Proche-Orient.

George W. Bush a proclamé la promotion de la liberté dans le monde en tant qu'arme principale dans la lutte contre le terrorisme. En paroles, il défendait jusqu'à présent cette idée, en répétant: seule la démocratisation des "pays non libres" est capable d'assurer la paix véritable, car "les démocraties ne se font pas la guerre". Ces idées ont résonné dans ses discours sur l'état de l'Union adressés au Congrès en 2006 et 2007. Il a conservé cette rhétorique dans son dernier discours, en promettant de soutenir la liberté "de Cuba et du Zimbabwe jusqu'à la Biélorussie et au Myanmar". Il a également loué la Géorgie et l'Ukraine où se sont tenues des "élections libres et honnêtes". Cependant, si, auparavant, George W. Bush s'était posé pour objectif que l'Amérique "vienne à bout de la tyrannie" dans le monde entier, dans son dernier rapport, il s'est borné à inviter modestement le pays à "propager l'espoir de la liberté".

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.


Jeudi 31 Janvier 2008

Actualité en ligne | International | Analyse et décryptage | Opinion | Politique | Economie | Histoire et repères | Sciences et croyances


Publicité

Brèves



Commentaires