Politique Nationale/Internationale

George W. Bush lâché par les experts américains


Un rapport sur la situation en Irak doit être présenté à la mi-septembre par l'ambassadeur des Etats-Unis à Bagdad Ryan Crocker et le général David Petraeus, commandant des troupes américaines en Irak. Trois semaines avant cet événement, M. Crocker a qualifié le processus politique en Irak de très décevant. Ensuite, c'est le président américain George W. Bush qui a déclaré qu'il était mécontent de l'activité du premier ministre irakien Nouri al-Maliki.


Marianna Belenkaïa
Vendredi 24 Août 2007

Par Marianna Belenkaïa, RIA Novosti



La réalité irakienne ne s'inscrit pas dans le cadre prévu pour elle par Washington et ne correspond pas aux exigences de la campagne électorale qui prend peu à peu de l'ampleur aux Etats-Unis. Mais il ne s'agit pas que de l'Irak. Les résultats d'un sondage effectué parmi 108 éminents experts américains qui ont travaillé ces dernières décennies dans les structures du pouvoir (département d'Etat, secrétariat à la Défense, administration présidentielle, etc.) témoignent de l'échec de toute la politique appliquée par les Etats-Unis dans la région du Grand Moyen-Orient.

Rappelons que les campagnes militaires en Afghanistan et en Irak ont été qualifiées par l'administration Bush de "guerre contre la terreur" livrée en vue d'assurer, avant tout, la sécurité des Américains aussi bien à l'intérieur des Etats-Unis qu'hors de leurs frontières. On a en outre déclaré que la sécurité était impossible sans la démocratisation des pays du Grand Moyen-Orient et que l'Afghanistan et l'Irak apporteraient la lumière de la démocratie dans cette région.

Que disent aujourd'hui les experts américains, six ans après le début de la campagne militaire afghane et quatre ans et demi après le début de la campagne irakienne? En portant une évaluation sur la politique étrangère appliquée ces dernières années par Washington, on peut affirmer en se fondant sur les résultats du sondage précédemment cité qu'elle a échoué. 91% des sondés sont certains que le monde est devenu plus dangereux pour les Etats-Unis. Cet indice s'est accru de 10% par rapport à un sondage analogue réalisé en février dernier.

En outre, 84% ne croient pas que les Etats-Unis gagneront la guerre contre la terreur (accroissement de 9%) et plus de 80% s'attendent, dans les dix prochaines années, à une attaque analogue, par sa férocité, aux attentats terroristes du 11 septembre.

Les experts critiquent pratiquement toutes les actions entreprises par les Etats-Unis sur le plan international: de la politique à l'égard des détenus de Guantanamo aux efforts déployés en vue de régler le conflit au Proche-Orient, sans parler de la guerre en Irak qui, comme l'estiment 92% des sondés, se répercute négativement sur la sécurité des Etats-Unis.

En ce qui concerne les autres orientations de la politique orientale des Etats-Unis, le tableau n'est pas meilleur. Le Pakistan, un des pays sur lesquels Washington a misé ces dernières années, arrive en tête de la liste des pays considérés comme un refuge potentiel pour Al-Qaïda. 35% des experts ont cité le Pakistan, 22% l'Irak, 11% la Somalie, 8% le Soudan et 7% l'Afghanistan.

Le Pakistan se trouve également en tête de la liste des pays (74%) par l'intermédiaire desquels des groupes terroristes pourraient accéder aux technologies nucléaires dans les 3 à 5 ans à venir. La Corée du Nord est classée deuxième (42%), ensuite viennent la Russie (38%), l'Iran (31%) et les Etats-Unis (5%).

Les avis sur les évaluations des experts peuvent différer, mais les résultats du sondage témoignent, d'une manière ou d'une autre, de la déception qui règne à Washington quant à la politique américaine. Un échec est essuyé en Irak et au Pakistan, on ne sait que faire de l'Iran (pour l'essentiel, selon l'avis qui prédomine pour l'instant, il faut lutter contre les ambitions nucléaires de Téhéran par la voie diplomatique et au moyen des sanctions). Autrement dit, une révision de toute la politique proche-orientale s'impose.

Bien entendu, on ne le dit pas ouvertement, mais cela découle des évaluations des experts. Par exemple, la majorité des sondés jugent nécessaire de coopérer, dans telle ou telle mesure, avec les groupements qualifiés par Washington de terroristes, s'ils jouissent d'un soutien de la population de tel ou tel pays. Il s'agit, avant tout, du mouvement palestinien Hamas et du mouvement libanais Hezbollah. Il est à noter que cela impliquerait un revirement à 180 degrés de la politique proche-orientale de Washington.

Comme il ressort de l'analyse des réponses des experts, l'élite américaine est entièrement désorientée. La vieille stratégie s'est avérée vaine, et la nouvelle n'a pas encore été inventée. En découle la question suivante: où sont les amis, et où sont les ennemis?

Il convient d'attirer l'attention sur un autre point du sondage. A la question de savoir quel allié sert le moins les intérêts des Etats-Unis, la plupart (34%) ont désigné la Russie, ensuite viennent le Pakistan (22%), l'Arabie Saoudite (17%), Israël (14%), le Mexique (5%) et l'Egypte (5%).

Comment expliquer une opinion aussi peu flatteuse sur la Russie? Certainement, par ses objections contre les projets américains de déployer le système de défense antimissile en Europe qui ont été, comme on le sait, l'un des plus graves épisodes récents dans les rapports bilatéraux, si grave que les médias ont même parlé d'une nouvelle guerre froide. Cela ne s'explique nullement par un "abandon de la démocratie" en Russie, ce que Washington reproche souvent au Kremlin. Les raisons de la méfiance envers Moscou se réduisent à ceci: il "se prononce souvent contre la guerre en Irak, condamne le leadership mondial des Etats-Unis et refuse de soutenir les sanctions les plus dures contre l'Iran".

Est-ce que la majorité des citoyens américains ne considèrent pas la guerre en Irak comme une erreur? Est-ce que les réponses des experts dans cette étude récemment publiée ne l'attestent pas? En ce qui concerne les ambitions nucléaires de l'Iran, Moscou s'est prononcé, avant tout, contre une résolution musclée de ce problème, les sanctions ne sont qu'une tactique, et non une stratégie. De plus, il est peu probable que les sanctions contre l'Iran contribuent à l'établissement des contacts avec le Hamas et le Hezbollah, ce que les experts jugent utile. D'ailleurs, ce n'est qu'un détail du tableau complexe des rapports entre Téhéran et Washington. Moscou n'y est pour rien.

Enfin, ce n'est pas la Russie qui conteste le leadership mondial des Etats-Unis, la vie elle-même prouve que le monde unipolaire est en échec. Les réponses des experts le démontrent éloquemment.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.


Vendredi 24 Août 2007

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