Politique Nationale/Internationale

George Bush aura lui aussi du mal à se relever de «Katrina»


Le président est retourné lundi dans les zones dévastées par le cyclone.
A Baton Rouge, quelques réfugiés de La Nouvelle-Orléans ont désormais un trésor sur leur T-shirt, qui est parfois leur dernier vêtement: un autographe de George Bush. Cela ne fait pas reculer les eaux, mais le Texan pense que ça fait plaisir. Et ça aimante les caméras. Le président, qui y était déjà vendredi, est redescendu lundi en Louisiane et au Mississippi pour montrer sa compassion aux victimes de Katrina, et promettre de nouveaux efforts «tant qu'une seule vie est menacée». Il s'est engagé à faire corriger ce qui, depuis une semaine, a mal fonctionné dans les secours d'urgence. Et les visiteurs de Washington se multiplient dans le sud ravagé. Donald Rumsfeld est venu avant Condoleezza Rice, qui est allée prier dans son Alabama natal, aussi touché par le cyclone. Elle a tenté de dissiper le soupçon de racisme, lancé par les leaders de la communauté, en raison de la grande proportion de Noirs parmi les victimes non secourues. Michael Chertoff, le ministre de la Sécurité intérieur et le plus haut responsable de l'organisation des secours, est sur tous les fronts avec son visage émacié et sa barbe courte: pour prendre tous les coups.


Mardi 6 Septembre 2005

George Bush aura lui aussi du mal à se relever de «Katrina»
par Alain Campiotti

Ces expéditions vers la Louisiane et le Mississippi martyrs ont naturellement un autre objectif: essayer de remonter la pente dans l'opinion, convaincue que le gouvernement, face à Katrina, a fait faillite. Les golfes, Persique ou du Mexique, ne réussissent décidément pas à George Bush. Le président avait passé une partie du mois d'août à préparer avec ses conseillers une stratégie pour combattre la perte de foi des Américains dans l'utilité de la guerre d'Irak et de son coût, et pour relancer son projet en panne de réforme de la Sécurité sociale. Mardi dernier, il commençait cette campagne, en Californie, quand les quartiers bas de La Nouvelle-Orléans disparaissaient sous les eaux des digues rompues du lac Pontchartrain.

Il se passe quelque chose d'étrange avec cette administration. Son organisation et sa planification sont très huilées, et les démocrates le reconnaissent eux-mêmes. Mais quand un événement massif et imprévu survient, elle semble soudain patiner, comme un train qui a perdu son rail.

Comme ce célèbre matin du 11 septembre 2001, dans une école de Floride, George Bush a paru tétanisé par le désastre Katrina. Ses conseillers doivent aujourd'hui amèrement regretter de ne pas lui avoir fait quitter le ranch d'urgence, lundi passé, pour Washington ou pour Baton Rouge. Ce retard a un prix: le commandant en chef portera la responsabilité ultime de la pétaudière qu'a été l'opération de sauvetage des habitants piégés de la métropole de Louisiane. Et le capital politique qu'il se vantait de posséder à la fin de l'an passé, déjà érodé, est désormais noyé. Naturellement, la catastrophe est immense, et ses conséquences étaient difficilement maîtrisables. Chaque cataclysme naturel amène tôt ou tard la question des responsabilités. Mais là, le fiasco est immédiatement multidimensionnel. On en a, sur le terrain, des exemples à tout moment.

Comment se fait-il ainsi que des hélicoptères continuent, par des acrobaties dangereuses, à délivrer des vivres et des boissons à des immeubles qui sont parfaitement atteignables par la route? Le quartier Saint-Claude-Clairborne, où ses largages aériens continuaient ce week-end, est à dix minutes de voiture du QG militaire des secours, par route sèche, avec juste deux flaques. Comment se fait-il que les secours et les équipements n'aient pas été amenés, dès le début et massivement, par voie de terre depuis Baton Rouge? Depuis l'Interstate 10, il y a au moins une rue, longeant la digue du Mississippi, tout à fait praticable. Michael Chertoff, qui a la FEMA (Agence fédérale des opérations d'urgence) sous ses ordres, explique que les informations, au début, étaient lacunaires, parfois inexistantes, souvent contradictoires. C'est vrai. L'ampleur du désastre au Mississippi n'est apparue que lundi après-midi, celle de la tragédie de La Nouvelle Orléans mardi matin. Mais une organisation de secours aussi dotée que la FEMA (c'était jusqu'à il y a deux ans un ministère) devrait avoir la capacité de s'informer elle-même.

Chertoff, ce week-end, a cherché, de manière biaisée, à faire porter la responsabilité de cette sous-information aux autorités locales et à celles de l'Etat. Ce passage de patate chaude a déchaîné le sénateur de Louisiane, Mary Landrieu. Elle a menacé d'aller boxer quiconque essaierait encore de se défausser ainsi, y compris le président.

La FEMA est une organisation très bureaucratisée. Elle agit selon les organigrammes qu'elle prépare, et rejette tout ce qu'elle ne contrôle pas. Son QG à Baton Rouge est la démonstration de cette lourdeur, et les conférences de presse optimistes qu'y donnait son patron, Michael Brown, sont devenues la risée des journalistes et des élus locaux.

L'agence est aussi entrée en concurrence avec les pouvoirs régionaux, jaloux de leurs prérogatives, et qui ne voulaient pas donne l'impression qu'ils abandonnaient à d'autres l'action dans le malheur. Le gouverneur de Louisiane, Kathleen Blanco, a ainsi refusé de signer un accord pour coordonner l'action de sa Garde nationale (responsabilité de l'Etat) avec les autres troupes engagées sous un commandement partagé. Ce pataugeage est dérisoire quand on voit ce que le quotidien local, le Times Picayune, a réussi dans sa ville dévastée. Il distribuait vendredi une édition spéciale autour du Vieux Carré. Et il publie une lettre ouverte à George Bush, demandant la tête des responsables.


L'APRES-CYCLONE

Première bonne nouvelle lundi à La Nouvelle-Orléans: la plus importante digue de la ville qui avait cédé sur 60 mètres a été colmatée. Au lendemain du passage de Katrina, cette digue sur un canal s'était effondrée, laissant les eaux du lac Pontchartrain envahir 80% de la ville. Quelques heures avant que la brèche ne soit colmatée, dimanche soir, des hommes armés ont ouvert le feu sur les ouvriers, et des affrontements ont éclaté avec la police.

Une morgue capable de recevoir plus de 5000 corps a été mise en place près de Baton Rouge. Elle devait commencer à fonctionner à partir de lundi soir. Cette morgue, installée dans un entrepôt géant de Saint Gabriel, au sud-est de la capitale administrative de la Louisiane, fonctionnera 24 heures sur 24 et aura une capacité de traitement de 144 corps par jour, ont précisé les responsables de cet équipement, le docteur Louis Cataldie et Todd Ellis.

Munis de pelles et chaussés de bottes, des milliers d'habitants de La Nouvelle-Orléans ont tenté lundi de regagner la ville, créant des embouteillages monstres et semant la confusion alors que les autorités tentent de vider la ville. Ignorant les consignes de la police et de l'armée de rester à l'écart de la ville, ils ont pris la route en voiture ou avec des camionnettes de location pour tenter de revoir leurs maisons, une semaine après le passage de Katrina.

Plus de 50 000 gardes nationaux ou militaires et une véritable armada de navires dont un porte-avions participent désormais aux opérations de secours sur les côtes de Louisiane et du Mississippi, a annoncé lundi l'armée américaine. «Je pense que nous allons être ici pour un bon bout de temps», a déclaré l'amiral Timothy Keating, le chef du commandement Nord.

LE TEMPS

Posté par Adriana Evangelizt


Mardi 6 Septembre 2005


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