Mercredi 17 Mars 2010
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FRANCE
GÉRARD SCHIVARDI, OMBRE SYNARCHISTE SUR LE MUR DU PARTI DES TRAVAILLEURSSolidarité et Progrès
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Parfois avec un peu de honte, généralement la mort dans l’âme, des maires nous ont fait part de leur désolation. Ils, et elles, s’étaient « engagé(e)s sur l’honneur » à accorder leur parrainage pour l’élection présidentielle à Jacques Cheminade. En dernière minute, ces maires ont cédé suite à des visites impromptues à répétition d’équipes de « militants » au regard impérieux, réclamant une signature, souvent « sans discussion », et calomniant Cheminade. Si l’extrême droite n’a jamais fait dans la dentelle, ses cousins musclés d’extrême gauche ne sont pas en reste.
Pour comprendre ce phénomène, nous avons enquêté ici sur l’histoire du Parti des Travailleurs, dont les 6000 adhérents ont réuni les parrainages de Gérard Schivardi à force de méthodes « insistantes ». Puisque nous croyons les hommes libres et perfectibles, nous appelons les éléments les plus honnêtes et responsables de ces mouvements - dont les idées qu’ils affichent sont souvent estimables - à procéder à un petit nettoyage de printemps surtout bénéfique à leur propre maison. « Contre Maastricht, contre le pacte de stabilité, pour la défense de la République et des services publics ! Défendons nos communes contre l’intercommunalité forcée ! Défendons l’Etat-nation contre les empires ! » Apparence fort trompeuse, bien qu’excellente analyse et prise de position que nous partageons en grande partie, si elle n’était pas formulée uniquement en vue de capter et émasculer ceux qui s’y reconnaissent ! Voilà la raison d’être de ce que certains considèrent comme une particularité de l’exception française : l’étonnante existence de trois « chapelles » trotskystes distinctes au pays de Descartes. Ce qu’elles ont de commun, c’est la dissimulation. Si les partis trotskystes prétendent que leur ligne politique est le fruit d’une discussion collégiale « entre camarades », la réalité est tout autre. Chez Lutte ouvrière (LO), derrière Arlette Laguiller, « la petite employée de banque », on trouve la poigne de Robert Barcia, alias Hardy ; chez la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), derrière le « petit facteur » Olivier Besancenot veille le renard rusé Alain Krivine ; et chez le Parti des Travailleurs (PT), derrière le « petit maire » Gérard Schivardi se trouve Daniel Gluckstein, lui-même faux nez de Pierre Lambert, alias Boussel. Est-ce un crime d’être, ou d’avoir été, trotskyste ? Non, d’ailleurs l’économiste démocrate américain Lyndon LaRouche n’a jamais caché son appartenance pendant un temps au Socialist Workers Party (SWP) américain à l’époque où ce courant s’opposait avec un courage certain à la psychose anti-communiste du sénateur Joseph McCarthy. Pierre Boussel, alias Lambert
Cependant, Pierre Boussel n’est pas vraiment de la même espèce. Né en 1920 dans une famille d’émigrants russes, il rejoint à l’âge de 14 ans les jeunes socialistes de la Seine et se fait recruter par la maigre petite centaine de trotskystes qui peuplent alors le paysage politique français. Boussel travaille à l’époque comme facteur auxiliaire tout en poursuivant ses études d’histoire. En 1938, il rejoint le Parti communiste internationaliste (PCI) fondé par Raymond Molinier. Ce dernier, avec Pierre Frank, avait rencontré Léon Trotsky en Turquie en 1929. Les trotskystes pratiquent l’entrisme à tout va, c’est-à-dire la politique de l’agent double, reposant sur l’idée que celui qui pénètre peut influencer sans se faire influencer. Il ne s’agit jamais de gagner l’autre à sa conviction, mais d’infiltrer pour posséder, contrôler, dominer, et à défaut, diviser et détruire. Au nom de cette doctrine cynique, tout deviendra possible. « Défaitisme révolutionnaire »
1940. Pendant que la plupart des dirigeants trotskystes français fuient à l’étranger, Henri Molinier, frère aîné de Raymond (parti en Angleterre), prend le contrôle du PCI et se lance dans la pénétration des mouvements collaborationnistes « de gauche » sans oublier ceux de droite et d’extrême droite. Molinier pense que le pacte germano-soviétique a ouvert une nouvelle voie vers le socialisme révolutionnaire. Il ne « voit de solution que dans les organisations fascistes et staliniennes qui naîtront du triomphe du pacte germano-soviétique. » Le 15 février 1940, Pierre Boussel, alors soldat de deuxième classe, est arrêté avec d’autres militants se réclamant de la quatrième Internationale trotskyste. Boussel sera condamné à trois ans de prison, mais libéré à la faveur de l’invasion allemande. Selon la police, il se réclame du « marxisme-léninisme intégral », du « défaitisme révolutionnaire » et de « l’anti-militarisme ». Cette doctrine est développée par le PCI qui refuse toute participation à la Résistance et affirme que « derrière un soldat nazi se cache un travailleur allemand » et qu’une « insurrection de la France contre l’oppresseur allemand ne peut être aujourd’hui qu’une insurrection de la classe réactionnaire » (La Seule Voie n°4, août 1942). La presse trotskyste, comme d’ailleurs la presse collaborationniste, n’hésite pas à qualifier De Gaulle d’agent de la City de Londres à la solde de l’impérialisme britannique. Boussel sera encore aux côtés de son maître à penser Henri Molinier quand celui-ci pénètre le Rassemblement National Populaire (RNP) de Marcel Déat. Henri Molinier réussit à gravir les échelons et prendra même la parole lors d’un congrès du RNP. Marcel Déat était un député socialiste de la SFIO (courant « néo ») qui passera du socialisme au collaborationnisme et terminera sa carrière en 1944 comme ministre du Travail et de la Solidarité du gouvernement de Vichy. Se disant d’inspiration socialiste et européenne, le RNP se destine à « protéger la race » et à collaborer avec l’Allemagne nationale-socialiste. Les nazis imposeront par la suite une fusion entre le RNP de Marcel Déat et le Mouvement social révolutionnaire (MSR) d’Eugène Deloncle, héritier de cette métastase de la synarchie qu’était le mouvement d’extrême droite dénommé la Cagoule. On y trouve également l’industriel Eugène Schueller, fondateur de L’Oréal, qui sera relaxé en 1945 grâce aux témoignages de François Mitterrand et d’André Bettencourt. Si cette fusion entre ex-socialistes et fascistes peut nous surprendre aujourd’hui, il faut savoir que Marcel Déat et son RNP ont bénéficié d’un soutien massif de l’épine dorsale de la synarchie française, la banque Worms. Le directeur de cabinet de Déat était d’ailleurs Georges Albertini, qui sera récupéré par Hyppolite Worms en 1948 pour reprendre l’Institut d’Histoire sociale (IHS), fondé par l’anti-bolchevique Boris Souvarine en 1935. Notons qu’Allan Dulles, aux commandes des services secrets américains dans l’après-guerre, a récupéré un certain nombre de criminels nazis et de collaborationnistes de toute sorte. Ce fut également le cas pour Marcel Déat du RNP. On peut lire dans les archives des RG (du 11 avril 1946, GA, S 3), que « ...Marcel Déat, après s’être réfugié dans le Tyrol autrichien, se trouve actuellement à Rome, placé sous la protection des autorités américaines... » C’est sans doute en pénétrant le RNP-MSR que Boussel a pris un certain goût à valser avec le diable. Et avec le diable, on ne discute pas, on crée des rapports de force. Création de Force ouvrière
Après la guerre, du fait de son comportement « trouble » pendant cette période, Boussel, accusé d’être un « hitléro-trotskyste », sera exclu de la CGT. Dans cette période, le « groupe Molinier » deviend un instrument de la synarchie financière anglo-américaine, pour lutter contre le contrôle exercé sur le Conseil national de la Résistance (CNR) par l’alliance entre gaullistes et communistes. Pour contrer le « péril communiste », la synarchie financière met sur pied un réseau de confédérations syndicales « libres », un effort qui va de pair avec celui de la « guerre froide culturelle » menée par le Congrès pour la liberté de la culture (CLC). L’homme charnière de cette opération est le mafieux Irving Brown, simultanément délégué en Europe de la puissante American Federation of Labor (AFL) et du CLC. Brown, qui opère directement de concert avec Allan Dulles, de la CIA, lance la Confédération internationale des syndicats libres (CISL). Ainsi, quand, en 1947, la CGT est secouée par de fortes dissensions internes, Brown prend contact avec son secrétaire général, Léon Jouhaux, de retour de déportation. Défenseur de la Charte d’Amiens (1906), favorable à l’indépendance syndicale vis-à-vis des partis politiques, c’est Jouhaux qui, avec le soutien de Brown, provoque la scission qui donnera naissance à CGT-Force Ouvrière, dont il sera le premier président. Un article de Paul Labarique affirme qu’« un groupe de militants anti-soviétiques joue un rôle central dans cette scission : il s’agit de trotskystes récupérés par le stay-behind. [1] Pendant la Seconde Guerre mondiale, après la rupture du pacte germano-soviétique, ils avaient fait le choix, autour d’Henri Molinier, de la lutte contre Staline en adhérant à l’ultra collaborationniste Mouvement social révolutionnaire (MSR) d’Eugène Deloncle et Eugène Schueller. Sous l’impulsion d’Irwing Brown, ils constituent en 1953 un nouveau parti, le MPTT [ancêtre du PT], autour de Pierre Boussel-Lambert. Ces militants obtiennent bientôt des emplois dans les Caisses d’assurance-maladie et se consacrent à l’encadrement de FO. » Notons au passage qu’Irving Brown se vantait fièrement d’avoir présidé à la formation de Jean-Christophe Cambadélis (« Kostas »), ancien président du syndicat étudiant UNEF-ID, et à celle de Lionel Jospin (« Michel »), formé par le freudo-marxiste Boris Fraenkel, disciple de Wilhelm Reich, plus tard voué aux gémonies par un Boussel plutôt petit père la pudeur. (à suivre) Par Karel Vereycken Notes 1. Le réseau de Stay-behind est une structure clandestine de l’OTAN créé après la Deuxième Guerre mondiale pour parer à une menace d’invasion soviétique. Connu aussi sous le nom du Glaive, ou Gladio en Italien. Irving Brown en faisait partie. Sources :
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