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Gaza : L'histoire non dite


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Les conquérants sont venus et repartis et Gaza est restée là où elle s'élève toujours aujourd'hui. C'est la leçon récurrente pour des générations, voire des millénaires. Les anciens Egyptiens sont venus et repartis, ainsi que les Hyksos, les Assyriens, les Perses, les Grecs, les Romains, les Ottomans, les Britanniques et maintenant les Israéliens.

Par Ramzy Baroud


Lundi 22 Décembre 2008

Gaza : L'histoire non dite
Il est incompréhensible qu'une région telle que la Bande de Gaza, avec une histoire aussi riche, tellement imprégnée de défi, puisse être réduite à quelques notices publicitaires, petites phrases et affirmations réductionnistes, pratiques mais décevantes, vides de toute signification pertinente ou même de vraie valeur analytique.

Le fait est qu'il y ait dans la Bande de Gaza plus de 1,5 million de Palestiniens affamés, qui sont supposés payer le prix pour le militantisme du Hamas, ou la « punition collective » d'Israël, selon ce que les médias décident de coller comme étiquette au problème.

Plus important, l'existence de Gaza depuis des temps immémoriaux ne doit pas être juxtaposée avec sa proximité avec Israël, l'échec ou le succès à « fournissant » une minuscule ville israélienne - elle-même bâtie sur une terre conquise sur ce qui était il y a seulement 60 ans une partie de la province de Gaza- avec ses besoins en sécurité. C'est cette attente même qui fait que des milliers de palestiniens tués ou blessés à Gaza sont le prix à payer aux yeux de beaucoup de personnes sans cœur.

Ces attentes irréalistes et ce mépris d'une histoire importante continuent à coûter cher et serviront uniquement les objectifs de ceux qui sont intéressés par les généralisations rapides. Oui, Gaza pourrait être économiquement morte, mais ses luttes actuelles et ses tourments sont caractéristiques d'un héritage de conquérants, du colonialisme et des occupations étrangères, et de plus, du triomphe collectif de son peuple à s'élever au-dessus de la tyrannie de ces envahisseurs.

Dans son histoire relativement récente, Gaza est devenue une histoire qui se répète en suivant l'afflux des réfugiés de 1948, qui ont été chassés de leurs maisons par les milices sionistes ou qui se sont enfuis dans l'intérêt de leur famille, espérant retourner une fois que la Palestine serait récupérée. Ils se sont installés à Gaza, subsistant dans une absolue pauvreté, une situation qui continue, plus ou moins, jusqu'à ce jour.

L'histoire de Gaza, et l'endroit lui-même, était largement improbable, sinon révoltante. Du point de vue des réfugiés, qui se sont déversés dans la Bande principalement depuis le sud de la Palestine, car elle représentait le summum de leur perte, humiliation et à l'époque, du désespoir. Il importait peu aux paysans réfugiés, alors qu'ils fuyaient vers Gaza, qu'ils aient été probablement en train de marcher sur la même ancienne route qui courait le long de la côte palestinienne lorsque Gaza était la dernière métropole pour les voyageurs vers l'Egypte, juste avant qu'ils embarquent pour une impitoyable traversée du désert à travers le SinaÏ.

Alors quel intérêt si Gaza était décrite comme la ville où, comme il est dit dans le Livre des Juges, Samson a accompli ses hauts-faits et péri. Pour les réfugiés, la chrétienté avait du sens dans la mesure où quelques anciennes églises de Gaza fournissaient un abri à leurs corps fatigués et leur permettaient d'échapper aux snippers, aux balles et aux massacres.

Même la croyance, forte parmi les musulmans que l'arrière-grand-père du Prophète Mohammed, Hashem, est mort dans l'un de ses voyages de la Mecque au Levant et qu'il ait été enterré à Gaza, était largement sentimentale. Son tombeau dans la ville de Gaza a été visité par de nombreux réfugiés qui se sont prosterné et ont prié Dieu qu'un jour prochain ils retourneraient à leur humble existence et à leur ancien mode de vie dont ils avaient été séparés par la force.

Mais l'histoire de Gaza est devenue plus pertinente pour les réfugiés quand il est apparu que leur voyage temporaire dans la Bande était susceptible de se prolonger. C'est seulement alors que les innombrables histoires de conquêtes, tragédies, triomphes, mais aussi la divinité pure, sont devenues essentielles. Un pèlerin en terre Sainte qui est passé par Gaza en 570 ap. J-C. a écrit en latin « Gaza est une cité splendide, pleine de choses plaisantes, les hommes ici sont les plus honnêtes, distingués par leur générosité et chaleureux avec les amis et les visiteurs ».

L'histoire de Gaza est devenue encore plus pertinente quand les réfugiés ont réalisé que leurs rencontres violentes avec Israël n'étaient pas encore terminées et qu'il s auraient besoin de la ténacité morale de survivre à ce qui serait finalement vu comme l'une des plus sévères catastrophes humanitaires dans la mémoire récente. Et en effet, il y avait beaucoup d'histoires pour s'émerveiller et d'où extraire force et justification.

Les conquérants sont venus et repartis et Gaza est restée là où elle s'élève toujours aujourd'hui. C'est la leçon récurrente pour des générations, voire des millénaires. Les anciens Egyptiens sont venus et repartis, ainsi que les Hyksos, les Assyriens, les Perses, les Grecs, les Romains, les Ottomans, les Britanniques et maintenant les Israéliens. Et à travers tout ça, Gaza est restée forte et menaçante. Ni la conquête sanglante d'Alexandre le Grand en 332 av. JC, ni l'attaque brutale d'Alexandre Janneus en 96 av. JC n'ont brisé l'esprit de Gaza ou lui ont ôté son éternelle grandeur.

Elle s'est toujours relevée pour atteindre un degré de civilisation inouï, comme elle l'a fait au Vème siècle après JC. C'était à Gaza que les Croisés ont organisé leur contrôle stratégique de la cité de Saladin en 1170 pour ouvrir encore une autre ère de prospérité et de croissance, occasionnellement interrompue par les conquérants étrangers aux intentions coloniales, mais sans succès. Toutes les ruines négligées des civilisations passées ne sont que des rappels que les ennemis de Gaza ne prévaudront jamais et qu'ils marqueront leur présence, au mieux par une autre structure de pierre et de ciment négligée.

Aujourd'hui Gaza subit une autre phase de difficultés et de menaces. Ces conquérants modernes sont aussi sans pitié que les anciens. C'est vrai, Gaza souffre mais elle est debout, son peuple toujours aussi plein de ressources et résistant que jamais, en défi comme il l'a toujours été et tendu coûte que coûte vers la survie, car c'est ce que les Gazaouis font le mieux. Et je le sais, c'est ma ville natale.

Source : Maan News
Traduction : MR pourISM


 
 
 


Lundi 22 Décembre 2008


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