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GEORGES HABBACHE : Un combat pour l'honneur pour un homme debout


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GEORGES HABBACHE
Le combat sans concession


«Je ne savais pas qu´afin de protéger quelques personnes, des champs étaient confisqués et que des récoltes étaient détruites; je ne savais pas qu´afin de fournir la sécurité à quelques personnes, des centaines de gens devaient attendre aux checkpoints et aux barrages routiers avant d´être autorisés à rentrer chez eux épuisés, s´ils ne sont pas tués.»
José Saramango, Prix Nobel, le 28 mars 2002, lors d´une visite en Cisjordanie.


vdida2003@yahoo.fr
Jeudi 31 Janvier 2008

Georges Habbache, fondateur du Front populaire de libération de la Palestine (Fplp), est mort, samedi soir en Jordanie, à l´âge de 81 ans, a annoncé une responsable palestinienne.
Le porte-parole du Fplp à Damas, Maher al-Taher, a également confirmé la mort de Georges Habbache, qui vivait à Amman depuis 1992, a-t-il précisé. A l´annonce de la mort de Georges Habbache, le président de l´Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, a décrété un deuil de trois jours et a rendu hommage à un "dirigeant historique". Georges Habbache avait dirigé la faction la plus radicale de l´Organisation de libération de la Palestine (OLP), le Fplp qui est la deuxième plus importante faction de l´OLP après le Fatah du défunt Yasser Arafat (mort le 11 novembre 2005) et de son successeur, Mahmoud Abbas.
Georges Habbache est né dans la ville palestinienne de Lydda. (Lod pour les Israéliens qui l´ont annexée), le 2 août 1926. Il est issu d´une famille arabe chrétienne de commerçants grecs orthodoxes. Il fait une partie de ses études secondaires à Jérusalem puis quitte la Palestine pour aller faire ses études de médecine (pédiatrie) à l´Université américaine de Beyrouth. En 1948, sa famille est expulsée de la Palestine pendant la guerre israélo-arabe par la Haganah. Retournant vers Lydda pour voir ce qui se passe, il se retrouve au milieu de Palestiniens qui cherchent à se réfugier et il se met à porter secours aux blessés. Il fonde avec Hani el Hindi les Phalanges du Sacrifice, un groupe voué à l´action clandestine contre les dirigeants arabes qui se montrent conciliants avec Israël. En 1951, il fonde, la même année, le Mouvement nationaliste arabe avec Constantin Zureik, Hani el-Hindi et Wadie Haddad. Il s´agit d´un parti socialiste, nationaliste et panarabe, fortement influencé par le nassérisme, et qui a pour but l´unification du Monde arabe. En 1952, il crée l´Organisation pour s´opposer à la paix avec Israël. En 1955, il publie aussi avec Wadie Haddad la revue Al Rai. Cette revue sera interdite quelques mois plus tard. La revue reparaît à Damas par un jeune écrivain palestinien, Ghassan Kanafani et qui fera son succès. Georges Habbache avait animé en 1974 le "Front du refus" face aux pays arabes enclins à un compromis avec Israël et dénoncé l´attitude "capitularde" adoptée par la délégation palestinienne à la Conférence de Madrid (1991). Georges Habbache, de son nom de guerre Al-Hakim, est fondateur et ancien secrétaire général du Front populaire de libération de la Palestine (Fplp).(1)
Devant l´impasse totale, la défaite des Arabes et la complicité des nations occidentales tétanisées par le "complexe de l´holocauste" vis-à-vis du peuple juif, le Fplp cherche une stratégie pour attirer l´attention du monde sur le calvaire palestinien; il détourne des avions. Le premier détournement à lieu le 23 juillet 1968 contre un avion de la compagnie israélienne El Al. En Jordanie, il appelle à la chute du régime hachémite jordanien, ce qui entraîne l´OLP à l´affrontement de Septembre noir. L´organisation reste néanmoins basée à Damas et aura mené pendant plus de 20 ans sa lutte contre l´Etat d´Israël. Lors de la réunion en 1991 à Alger du CNP (Conseil national palestinien), avec, à son ordre du jour, la tenue, quelques jours plus tard à Madrid, de la Conférence pour la paix au Proche-Orient. Bien entendu, lui, le partisan de la lutte armée connu pour son intransigeance, y était opposé. Mais il se soumettra à la tendance générale. Georges Habbache avait refusé de faire de l´opposition. On lui doit la phrase suivante: "On passe, de révolution jusqu´à la victoire, à unité jusqu´à la victoire." Habbache s´en va sans renier ses principes. Georges Habbache n´était pas seulement une des figures marquantes de la résistance palestinienne. C´était aussi un homme de raison qui savait prendre acte de ses échecs politiques. Georges Habbache, ce vieux militant, n´était pas aussi inflexible qu´on le disait. Sauf en ce qui concerne la lutte pour les droits nationaux du peuple palestinien. Pour lui, ils étaient non négociables. Il avait raison. Convaincu de la nécessité de mener jusqu´au bout la lutte pour récupérer la patrie perdue, Georges Habbache a toujours personnifié le "front du refus" au sein du mouvement palestinien. Il fut conforté à l´époque dans cette intransigeance par l´Algérie de Boumediène et la Syrie de Hafed El Assad. Toute son action politique a été caractérisée par le rejet du compromis. C´est à ce moment qu´il dénonce la coopération avec les gouvernements arabes, lançant ses fameux slogans: "La route de Tel-Aviv passe par Amman et Beyrouth"; "La lutte palestinienne a besoin, pour triompher, d´un Hanoï arabe".
"Durant la crise du Golfe, écrit Georges Lucien, il consent à se rendre à Amman, pour la première fois depuis le "Septembre noir" de 1970, et à rencontrer son vieil ennemi, le roi Hussein. Mais il n´a rien perdu de sa virulence. Alors, dénonçant la coalition anti-irakienne, il déclare notamment: "Nous avons le doigt sur la gâchette pour ouvrir le feu sur les intérêts américains et occidentaux..." Les gouvernements arabes n´étaient pas moins hostiles à son égard. Aussi la vie de Georges Habbache, compliquée par un état de santé précaire depuis 1972, était-elle entourée d´un grand mystère et ses lieux de résidence inconnus".(2).
Fort d´un charisme reconnu même par certains de ses adversaires, cet homme en apparence doux, n´en était pas moins un adepte résolu de la violence idéologique. "Il est modeste, chaleureux, amical, délicat et sensé", disait de lui un de ses amis militants de la vieille garde palestinienne. "Mais quand il s´agit de politique, c´est un chef dur et obstiné dans le carcan de ses convictions." Dans une interview accordée en 1992 à Reuters, il déclarait que les initiatives de paix des Etats-Unis au Proche-Orient n´offraient aucun espoir aux Palestiniens et que l´Intifada (soulèvement) était le meilleur moyen d´attirer l´attention du monde sur leur sort".(3)
Il démissionne en décembre 2000 de son poste de secrétaire général, il se fera remplacer par son adjoint, Abou Ali Mustafa qui se fera assassiner par l´armée israélienne quelques mois plus tard. Rendant dent pour dent, il ordonne la liquidation spectaculaire puisqu´elle ne manque pas d´audace, du ministre israélien du Tourisme, au cinquième étage d´un hôtel de Tel Aviv.
Quel héritage symbolique laisse-t-il? Un peuple divisé en deux factions sur un territoire en peau de léopard enclavé où la seule voie d´accès est aérienne. D´un côté, le Hamas de Khaled Mechaal avec le Hamas démocratiquement éluau vue et au su de la Communauté internationale mais qui ne convient pas à Israeël et par conséquent aux Etats Unis et à l'Europe qui suit sans se poser de questions. De l'autre côté Mahmoud Abbas qui croit naïvement qu´Israël entendra raison alors que l´idéologie sioniste est de toujours demander plus en créant chaque fois un nouveau problème qui enterre le problème précédent. 67 a effacé l´invasion de 48. 73 a conforté l´invasion de 1967 et a permis à Israël de jeter à la poubelle de l´histoire la résolution 242; Oslo, Madrid, Whye River, et Annapolis doivent être vus comme un gain, chaque fois, une nouvelle concession pour Israël. Arafat avait accepté un bantoustan sur 22% de la Palestine originelle (48% en 1948).
C´est maintenant 18% (Annapolis) ! On parle chaque fois de fait accompli. Le Mur de la honte a permis à Israël, avec l´argent du lobby sioniste américain d´annexer de nouveaux territoires. L´annexion de Jérusalem se fait sans fin. La ville arabe est entourée de toutes parts par des colonies autorisées, pour les dernières, après Annapolis malgré les promesses de geler la colonisation. De nouveaux Juifs de par le monde sont encouragés à venir coloniser la Palestine, ils reçoivent 10.000$ de l´Aipac (Lobby américain). Ainsi, des personnes qui ne connaissent rien de la Palestine de cette passion inassouvie pour la terre qui a vu naître Georges Habbache et tant d´autres, viendront s´installer dans les demeures de ceux qui y sont nés. Au nom du droit du plus fort. Encore une fois, ce qui se passe actuellement est tragique. La réaction du Hamas élu démocratiquement est compréhensible : A sa façon: il continue le combat de l´intransigeance contre un adversaire mille fois plus armé, à la fois sur le plan des médias occidentaux qui lui sont acquis et sur le plan militaire.
Ce qui se passe à Ghaza et, bien avant, à Jénine, Sabra et Chatila participe d´une volonté inexorable d´extermination d´un peuple. Nous n´avons même pas le droit d´utiliser la terminologie du génocide puisque c´est un modèle déposé qui ne peut être revendiqué que par un seul peuple faisant de lui une singularité...Peut-on parler de civilisation quand une armée d´occupation tue un foetus dans le ventre de sa mère en mai 2007? Les médias occidentaux ne cessent de se lamenter sur le sort de Sderot (colonie près de Ghaza) victime de fusées du Hamas. Savons-nous qu´il y eut en 10 ans, 10 morts dont certaines de peur? En parallèle, le nombre d´enfants palestiniens assassinés depuis 2000, s´élevait à 853 dont 124 ont été tués en 2006. Le philosophe espagnol, Santiago Alba Rico, a eu raison d´écrire: "Les Palestiniens ne sont peut-être pas le peuple le plus puni sur terre, mais ils sont manifestement le peuple le plus ouvertement puni sur terre; ils ne sont peut-être pas le peuple qui a le plus souffert, mais ils sont le peuple dont les souffrances sont les plus visibles, sans interruption."
Khaled Amayreh écrit dans cet ordre d´idées: "Lorsqu´on écoute les leaders sionistes, tels qu´Elie Wiesel et Benyamin Netanyahu, par exemple, on a facilement le sentiment que le sionisme, qui dérive de façon inquiétante vers le fascisme religieux et chauvin d´Extrème-Droite, demande en réalité au monde, en particulier à l´Occident, de dédommager les Juifs de l´holocauste en leur permettant de commettre un holocauste contre les Palestiniens. Je crois que ce que fait Israël aux Palestiniens devrait être traité au moins comme un holocauste en préparation, pour empêcher seulement la possibilité qu´il évolue en un holocauste à part entière. Je sais et le monde sait que l´holocauste n´a pas commencé par Auschwitz et Bergen Belsen et par les fours. Il a commencé par la promulgation de lois racistes à l´égard des Juifs, avec un livre, un kristlnacht et des actions similaires, comme celles faites aux Palestiniens par Israël, ses soldats terroristes et ses colons du genre Gestapo.(4)
Cependant, comme dans tout peuple, il y a des bons et des méchants. Je veux rapporter l´engagement de militants israéliens pour la paix qui sont allés à la rencontre des Palestiniens de Ghaza qui subissent un blocus inhumain. Nurit Peled-Elhanan militante, faisait partie d´un Convoi palestino-israélien à Eretz. Elle tint un discours improvisé où elle compare la détresse des Palestiniens à celle des Juifs du début du siècle dernier qui subissaient les pogroms de ce même Occident qui veut se dédouaner et avoir bonne conscience en laissant Israël accomplir sa basse besogne. Ecoutons-la: "Ces mots sont dédiés aux héros de Ghaza qui ont prouvé, une fois de plus, que ce ne sont pas des murs fortifiés qui peuvent emprisonner l´esprit libre de l´humanité et que la violence ne peut assujettir la vie. Que pourrons-nous dire aux mères qui vont en quête de pain pour leurs enfants dans les rues de Ghaza, et que pourrons-nous nous dire à nous-mêmes? Seulement cela: soixante ans après Auschwitz, l´Etat des Juifs enferme un peuple dans des ghettos et l´assassine par la faim, l´asphyxie et la maladie. Ces mots sont dédiés aux héros de Ghaza qui ont prouvé, une fois de plus, que ce ne sont pas des murs fortifiés qui peuvent emprisonner l´esprit libre de l´humanité et que la violence ne peut assujettir la vie. L´apogée du pogrom mis en acte par les gangsters de l´armée d´occupation contre les habitants de la Bande de Ghaza vient terriblement faire écho à cet autre appel qui avait été lancé vers le monde impassible, il y a plus d´un siècle maintenant. "Lève-toi et va maintenant dans la cité du massacre, ton chemin prendra fin dans ses cours et tu palperas de tes mains, et tu verras de tes yeux, cherche sur l´arbre, la pierre, la barrière et l´argile des murs, le sang éclaboussé et les cerveaux desséchés de la mort". Que peut-on penser quand on se tient devant les portes de Ghaza? Seulement ceci: "Là, dans le coin morne, dans l´ombre du recoin des yeux innombrables regardent""
"Que pouvons-nous imaginer aujourd´hui quand nous sommes devant les portes de Ghaza, si ce n´est "un bébé, près de sa mère étendue, près de sa mère transpercée, pauvre poussin trouvant le repos sur le sein froid et sans lait de sa mère; comme un poignard, le mot du nourrisson a été coupé en deux. Le son "ma" a été entendu, le son "maman" jamais. ô! même à présent son regard me demande des comptes".(5)
L´histoire retiendra en définitive, le parcours peu ordinaire d´El-Hakim. Il a consacré soixante années de sa vie à la cause de son peuple et a été un avocat intransigeant du nationalisme palestinien. Comme tribun révolutionnaire, il enflammait ses auditoires par son charisme. Il avait fini par devenir un de ces personnages presque intemporels que l´on retrouve toujours à la même place. Le temps n´avait pas de prise sur lui ni sur sa détermination d´homme libre. Il répétait inlassablement le même discours: La libération de la Palestine "Kouli Falastine" conflit presque centenaire qui a démarré en 1917 avec la déclaration de lord Balfour sur le "homeland" pour les Juifs. Que les Israéliens le traitent de terroriste, c´est de bonne guerre, ce qui n´est pas normal, c´est que l´opinion occidentale ne fasse pas la part des choses. Qui est terroriste? celui qui se bat avec les armes du désespoir, au besoin, en sacrifiant sa vie, ou le pilote israélien qui lance, sans état d´âme, un missile sur la chaise du leader du Hamas, Cheikh Yassine tétraplégique, au sortir de la mosquée après la prière de l´aurore? La question reste posée.(6)

(*) Ecole nationale polytechnique

1.Georges Habbache est mort: http://www.alterinfo.net. Dimanche 27/01/2008
2.Georges Lucien: Georges Habbache: Le Monde le 01/02/1992.
3.Philippe Bas-Rabérin:Georges Habbache, un chef palestinien sans concessions: Le Monde 27/01/2008
4.Khaled Amayreh http://www.maannews.net/ Dimanche 13/05/2007
5.Intervention de Nurit Peled-Elhanan à la manifestation du barrage d´Eretz, samedi 25/01/2008 paru dans "il Manifesto" repris par le site Mille Babords
6.C.E.Chitour:Arafat le dernier des Géants. L´Expression du 09/11/2004.



Jeudi 31 Janvier 2008


Commentaires

1.Posté par biloute le 10/06/2008 14:29 | Alerter
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