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Actuellement a lieu les audiences de confirmation de charges contre le président de Côte d'Ivoire capturé par les forces françaises et déporté à la Haye en 2011. Que lit-on, qu'entend-on ici et là dans les rangs africains? Que du bonheur! Que de la joie! De voir la défense démolir les arguments de l'accusation. C'est bien, pour les uns et les autres, d'espérer LA justice pour le président Laurent Gbagbo. Malheureusement, elle n'aura pas lieu. Ce n'est pas être un oiseau de mauvais augure que de dire cette cruelle réalité. Ce à quoi on assiste, ce n'est pas la justice, mais LA POLITIQUE au sens pur du terme. Mais, manifestement, l'Occident, la France, l'Angleterre et Etats-Unis d'Amérique en tête, a réussi à faire admettre à beaucoup d'Africains que la CPI est une Cour de Justice. Ils ont réussi grâce à la technique de la diffusion médiatique des procès sous forme de théâtre, à faire adhérer bien d'africains à l'idée qu'il est question de DROIT alors que la présence (honteuse pour tout africain averti) du président Laurent Gbagbo devant cet instrument POLITIQUE qu'est la CPI n'est que le résultat du colonialisme subi par l'Afrique depuis six siècle maintenant. Le président Gbagbo n'est là que par le fait du prince franco-ONUsien. Tout ce cinéma, avec des avocats défenseurs (bien nécessaires car découlant du fonctionnement même du système) et autres dispositifs juridiques et judiciaires ont ceci de grave qu'ils confèrent une sorte de légitimité aux Occidentaux de capturer tout dirigeant africain qui leur résiste si tant est qu'ils ne l'assassinent pas. Psychologiquement, c'est terrible car l'image qui passe, et on le voit dans les réactions, c'est que l'Occident rend JUSTICE, confirmant, par ricochet, son ascendant et surtout son rôle prescripteur de la norme, alors qu'il ne fait que de la PURE POLITIQUE après avoir procédé scientifiquement, et dans une certaine mesure avec notre consentement tacite, au renversement des responsabilités.
Il faut le dire et le redire. Le président Laurent GBAGBO est soumis à un tribunal politique dénommé Cour Pénale Internationale dont la mission est de capturer et de sanctionner dans une parodie organisée, avec présence de caméras et d'avocats, ceux qui, dans les territoires qu'on aspire à garder sous domination, auront commis le péché de résister à l'ordre mondial tel que les Occidentaux l'ont établi depuis le Moyen Âge. C'est dire donc, on n'a pas capturé le président Gbagbo après avoir tué des milliers et des milliers d'africains en Côte d'Ivoire pour le relaxer 1 an plus tard. Il nous faudra donc, si nous voulons peser sur les évènements, réfléchir plutôt à ce que nous devons faire pour écourter son séjour en déportation que rêver d'une issue heureuse de cette parodie de justice.
Dans ce registre, le cas du Vénézuela pourrait intéresser. Le 11 avril 2002, les USA et leurs hommes de main au Venezuela orchestraient un coup d'état militaire contre Hugo Chavez. Pedro Carmona, président du syndicat des patrons fut proclamé président par interim à sa place le 12 avril 2002, avec dissolution du Parlement. Le 13 avril, au petit matin, des millions de partisans de Chavez sortirent dans la rue. Chavez est alors transféré sur une base navale à Turiamo, où il marque dans une note manuscrite "Je n'ai pas renoncé au pouvoir légitime que le Peuple m'a donné". Après ceci, il est transféré à l'Île La Orchilla. Le peuple vénézuélien marcha alors aussi bien sur la télévision que sur la présidence confisquées par Carmona et ses partisans. Entre temps, les USA annoncèrent avoir reconnu le "nouveau gouvernement". Mais, le peuple fut encore plus décidé et réussît à mettre en déroute les putschistes qui prirent la fuite. Au petit matin du 14 avril une unité héliportée libère Chavez à La Orchilla et le ramène à Caracas pour le rétablir au pouvoir. N'eût été la présence active d'un peuple organisé et courageux qui avait compris qu'il ne pouvait laisser l'histoire se faire dans et sur son dos, Hugo Chavez serait aujourd'hui probablement à la place qu'occupe le Président Gbagbo à la CPI. Les Vénézuéliens qui ne sont pas des extraterrestres non plus, eux, n'avaient pas attendu qu'on déporte leur leader devant une quelconque parodie de Cour Pénale en espérant qu'un prétendu DROIT sera dit en sa faveur. Non, ils ont immédiatement réagi pour sa libération.
Quelle idée donc de sauter de joie d'assister à une justice lorsque celui qui juge est celui-là même qui a capturé le président Gbagbo après avoir fait des milliers et des milliers de morts à la suite d'incessants bombardements !? Il a juste troqué ses treillis et matériel militaires contre le charme d'une justice qui, en réalité, n'en est pas une, et contre un Code Pénal et contre des toges de juges et d'avocats. Les Occidentaux ont parfaitement réussi leur coup: renverser les rôles et faire croire qu'ils rendent la justice (au nom de qui?) et de nombreux africains, ne se satisfaisant que du décors en oubliant les rapports de force et la réalité politique qui sous-tendent ce fameux procès, tombent les deux pieds joints dans le piège. Apprenons parfois à apprendre chez les autres. Seuls les peuples qui sont prêts à se sacrifier pour leur liberté et surtout pour leur terre s'évitent les humiliations, le déshonneur et les lois dictées par les autres. Ceux qui, en revanche, espèrent pieusement, dans la prière, dans la joie ou dans la retenue due à la désorganisation et à la dispersion, que leurs maîtres leur rendent LA justice par les artifices du droit dont ils sont les seuls prescripteurs et exécuteurs sont à jamais condamnés à la servitude.
20 février 2013
KPOGLI Komla
Web : http://lajuda.blogspot.com