Géopolitique et stratégie

GAZA La ville martyre du peuple palestinien abandonné


Vous êtes responsables devant Dieu pour chaque Palestinien qui meurt à Ghaza. Si vous ne soutenez pas les Palestiniens, Dieu et vos peuples ne vous pardonneront pas".
Khaled Mechaâl: vibrant appel à l´aide aux dirigeants arabes


vdida2003@yahoo.fr
Mercredi 23 Janvier 2008

Pr Chems Eddine CHITOUR


"Ghaza souffre, Ghaza se meurt. Silence! on tue. Pendant que l´Occident regarde ailleurs, les ONG tirent la sonnette d´alarme, il y a un partage des rôles, les pays occidentaux sont sommés de ne pas bouger et de laisser faire Israël. On croit revivre le "nettoyage" de juillet 2006 quand Israël a demandé aux Occidentaux les mains libres pour "normaliser" le Liban. De passage à Paris, un ministre israélien fut interrogé sur le temps qu´il fallait à Israël pour terminer sa basse besogne. Rice avait d´ailleurs tétanisé le Conseil de sécurité jusqu´au dernier moment en temporisant sur une résolution contre Israël dans l´attente des "résultats" en vain, un petit peuple de patriotes a fait échec à l´armée la plus puissante du Moyen-Orient et une des plus menaçantes au monde.

Même la terminologie est étudiée: on ne parle pas de patriotes luttant pour libérer leur territoire, mais d´activistes ou, pis encore, de terroristes du Hamas, mouvement élu démocratiquement sous l´oeil des observateurs internationaux dont Jimmy Carter, l´ancien président américain. Justement, sous pression américano-israélienne l´Union européenne boycotte le gouvernement légalement élu et arrive à créer une scission entre Mahmoud Abas réputé tolérant -entendons par là- malléable et pouvant être manipulé pour quelques euros acquis lors du show à l´américaine du fameux téléthon pour la vente de la cause palestinienne. Par ailleurs, la mascarade d´Annapolis ressemble à s´y méprendre aux Accords de Munich de septembre 1938 où Neville Chamberlain et Edouard Daladier se sont pliés au diktat d´Hitler pensant sauver la paix en sacrifiant la Tchécoslovaquie. Mutatis mutandis, c´est le même remake, avec Annapolis, Mahmoud Abbas pense sauver la paix en s´alliant à son pire ennemi sur le dos d´autres Palestiniens. La phrase de Winston Churchill s´adressant à Nevil Chamberlain résonne encore dans nos oreilles. "On vous a donné le choix entre le déshonneur et la guerre; vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre". Et les pays arabes dans tout ça? Il sont aux abonnés absents, même l´inamovible secrétaire général, l´Egyptien Amer Moussa, a passé la semaine dernière en vain au Liban à rapprocher les points de vue des "frères libanais" pendant que "d´autres frères" se font trucider, mais ceux-là, sont infréquentables ainsi a décidé l´Occident, car ils ont osé s´opposer les armes à la main à Israël. Par ailleurs et par une véritable réaction de désespoir, les habitants de Ghaza, fuyant la mort, se sont rués sur le passage Rafah vers l´Egypte, ils furent sauvagement réprimés. Les Palestiniens scandaient des slogans favorables au Hamas et exigeaient la réouverture du point de passage, fermé depuis juin. Israël n´y est pas militairement présent, mais son feu vert est nécessaire pour le rouvrir. Voilà: l´Egypte "Oum Eddounia" attend les ordres!!!

Pourquoi ce silence assourdissant des médias? La meilleure preuve opposable est que les pays arabes ne bougent pas, par une politique de l´autruche. On objectera qu´il y a d´autres sujets plus importants que la mort d´enfants, que la mort lente d´un peuple. On a vu des gouvernements se mobiliser pour n´importe quoi! La vérité est que les médias occidentaux sont "pris en charge" et des lignes rouges à ne pas dépasser leur sont signifiées. Par contre, ils ont le droit de verser des larmes de crocodile sur la situation humanitaire sans se poser la question de savoir pourquoi en est-on arrivé là? Paradoxalement, des journalistes israéliens tentent d´alerter l´opinion. La journaliste bien connue, Amira Hass, publie dans Ha´aretz un témoignage poignant:"Le bouclage total imposé depuis cinq jours à la Bande de Ghaza par Israël sera légèrement allégé pour permettre des livraisons limitées de fioul et de médicaments. Mais la menace d´une crise humanitaire n´est pas pour autant écartée."(1)
"Resserrez l´étau autour de la Bande de Ghaza! Mettez les Palestiniens en tenaille! Coupez-leur tout! Voilà les directives d´un président en fin de course au Premier ministre d´un régime occupant!" Aussitôt, après son entretien avec le président américain, le leader du Likoud, Benyamin Netanyahu, a confié au journaliste de la radio du régime sioniste que les promesses de Bush d´apporter un soutien tous azimuts aux opérations militaires contre Ghaza, avait rassuré les autorités de Tel-Aviv. "Si cette affaire était confiée au président américain, il ne laisserait même pas vivant un seul Palestinien", a t-il ajouté. "Israël a le droit de bloquer Ghaza pour se défendre", a déclaré Zalmay Khalilzad, lundi 21 janvier, lors d´une conférence de presse, le représentant des Etats-Unis au Conseil de sécurité.(2)
Après un concert de protestations mondiales et des mises en garde contre une crise humanitaire dans un territoire pauvre de 1,5 million d´habitants, Israël a décidé, lundi soir, de desserrer le blocus pour permettre des livraisons de carburants. A Berlin, la secrétaire d´Etat américaine, Condoleezza Rice, a confirmé, mardi, être intervenue auprès d´Israël à la demande de l´Egypte. On remarquera que les Etats-Unis ne se sentent pas concernés directement par le drame. L´Unrwa, l´agence de l´ONU pour les réfugiés à Ghaza, a mis en garde contre les "effets dévastateurs" de la poursuite du blocus. "Priver les gens de choses fondamentales comme l´eau revient à les priver de la dignité humaine. Il est difficile de comprendre la logique qui consiste à faire souffrir des centaines de milliers de personnes pour rien", a lancé son porte-parole, Christopher Gunness. Le secrétaire général adjoint de l´ONU aux affaires humanitaires, John Holmes, a, pour sa part, dénoncé une "punition collective visant la population de Ghaza". Les Palestiniens n´y trouvent plus de ciment pour construire des tombes et "les hôpitaux distribuent des draps parce qu´on ne trouve pas assez de linceuls", a-t-il ajouté. Pour sa part, le rapporteur spécial de l´ONU pour les droits de l´Homme dans les territoires occupés, John Dugard, a dénoncé, samedi 19 janvier, les crimes de guerre qu´il a qualifiés de "lâches" commis par le régime israélien dans la Bande de Ghaza lors des raids de la semaine écoulée. "Les responsables d´actes aussi lâches se rendent coupables de graves crimes de guerre et doivent être poursuivis et sanctionnés". Il a estimé que les Etats-Unis et les autres pays engagés dans le processus de paix d´Annapolis avaient "une obligation à la fois légale et morale" de forcer le régime israélien à mettre fin à son intervention. Le nombre de Palestiniens victimes d´arrestations et d´exécutions, à Ghaza mais aussi en Cisjordanie, ne cesse d´augmenter. Israël peut lancer sa guerre totale contre le Hamas en toute tranquillité, interdire aux camions de l´ONU qui transportent des produits de première nécessité d´entrer à Ghaza en manque de médicaments, d´eau, au bord de la famine. Israël a, pour cela, le fervent appui des Autorités corrompues de Ramallah et des grandes puissances. Depuis novembre 2007, le sort des habitants de Ghaza et de Cisjordanie, est devenu encore plus terrible. Il n´y a pas de doute: la guerre lancée par Israël, qui frappe depuis plusieurs semaines toute la population de Ghaza, a été programmée dans le cadre d´une collaboration entre les services secrets israéliens et le gouvernement illégitime de MM. Abbas et Fayyad. "Les pays donateurs qui ont participé à la Conférence de Paris (...) ont promis d´apporter à l´Autorité palestinienne des aides financières qui s´élèvent à sept milliards et demi de dollars. Soit deux milliards de plus que celle réclamée. Cet élan de générosité suscite beaucoup de doutes et bien des interrogations quant au prix qu´aura à payer le peuple palestinien en échange", écrivait Abdel Bari Atwan dans un article intitulé: "Des milliards pour liquider la résistance"(3)

"Depuis plusieurs mois, écrit Sylvia Cattori, rapportant les propos de Palestiniens de Ghaza, leur tactique est de rentrer quelques km à l´intérieur de Ghaza avec des unités de chars et bulldozers, de s´approcher des habitations pour contraindre les forces de police du Hamas à sortir, à aller vers eux, en défense. Il est ensuite facile aux drones et aux hélicoptères qui les appuient, de massacrer tous les combattants, avant de se retirer. Ici tout le monde sait que les pilotes et leurs services d´interception peuvent contrôler les mouvements des gens par les téléphones portables même quand ils sont fermés. Avec les portables ou pas, pour bien viser et attaquer avec précision leur cible, les pilotes ont besoin de s´appuyer sur les espions qui vivent parmi nous ici à Ghaza. Je désapprouve le lancement de ces roquettes. On parle de 3500 roquettes lancées sur Sderot, qui ont blessé quelques personnes et tué une femme qui est morte de peur. Ces roquettes ne servent qu´à faire peur. Mais pour chaque lancement de roquette, le prix à payer pour les gens de Ghaza est catastrophique. Notre peuple, en sa majorité, résiste par son attitude d´insoumission face à l´oppression qui s´intensifie. C´est ce que les autorités israéliennes ne comprennent pas. Jamais les Palestiniens ne se mettront à genoux; quitte à devoir mourir. L´occupant ne pourra pas nous empêcher de nous battre pour notre survie, ils peuvent toujours nous couper l´eau, la contaminer, ne nous laisser que de l´eau salée, priver nos enfants de nourriture, nous n´allons pas flancher".(4)

Sylvia Cattori a raison d´écrire à propos de cette ville martyre: "Ghaza est injustement et illégalement emprisonnée par Israël, soumise aux tirs meurtriers de ses missiles et réduite à la faim. L´étranglement économique de Ghaza a été décidé par les Etats-Unis et l´Union européenne, sous la pression d´Israël, et avec l´assentiment de ces Palestiniens corrompus que les alliés d´Israël qualifient de "modérés". La "communauté internationale", à laquelle chacun de nous appartient, doit répondre de "crime d´indifférence" face à l´abandon de ce peuple menacé par les crimes de guerre incessants de l´armée israélienne. Pourquoi n´entendons-nous jamais les "French Doctors" et nos élus protester, obliger Israël à desserrer l´étau qui étrangle et affame 1, 5 million de personnes?"
"Voici ce que nous disait déjà, en novembre 2007, une mère palestinienne: "Je ne sais pas où on va! Les Israéliens nous affament, empêchent les produits de nos paysans de sortir. Nous sommes enfermés. Tout est très cher. La majorité des gens est sans travail et souffre du manque d´argent. C´est le malheur. Il n´y a plus rien; certains produits ont disparu des rayons. Et maintenant les Israéliens font entrer leurs fruits, légumes, produits laitiers qu´ils nous vendent à des prix exorbitants. -Les pays arabes collaborent avec Abou Mazen (Mahmoud Abbas) et Israël. Mazen ne nous donne rien. Il ne donne qu´à ceux qui sont membres de son parti. Il encourage Israël à nous maintenir enfermés pour nous affamer. Il attend que nous soyons mis à genoux. Les Israéliens ont annoncé qu´ils préparent une grande opération militaire contre Ghaza. Le pire viendra dans les jours prochains. J´éprouve une immense douleur, surtout en pensant aux enfants et aux malades qui meurent ici faute de soins suffisants. Quand j´ai entendu Moussa, (le chef de la Ligue arabe ndt) dire qu´il va envoyer 250.000 dollars pour aider le Darfour, j´ai pleuré. Nous qui sommes ses frères et soeurs, et alors que la situation ici est vraiment affreuse, pourquoi nous ignore-t-il? Ici, rien ne rentre, rien ne sort. Les pauvres ne peuvent pas se nourrir normalement". "Les membres du mouvement Hamas n´ont rien. Je pense que, même si les autorités du Hamas se disaient vaincues, même si elles sortaient le drapeau blanc et suppliaient le monde de nous aider, même là, rien ne changerait: Israël ne cessera jamais de nous martyriser. Sortir le drapeau blanc ne suffira pas. Les Israéliens vont encore et encore continuer d´exiger de nous autre chose. Les gens du gouvernement Hamas sont privés de toute aide. Ils ne peuvent rien faire, eux aussi sont victimes de notre emprisonnement. Même l´aide financière versée par l´Iran en 2006 pour des raisons humanitaires et par d´autres pays, pour soulager nos souffrances, a été séquestrée par l´Egypte à la demande d´Israël. Israël nous maintient suspendus à une corde! Il suffirait que les grandes puissances demandent à Israël de relâcher la corde sur laquelle il tire pour nous asphyxier pour que Ghaza puisse vivre. Il suffirait de couper cette corde!(5)

Nous laissons à Abdelkrim Djaâd le mot de la fin résumant la réalité: "Dans ces conférences people, où il y a tout de même du grain à moudre et de la mondanité à bon marché, le caractère de ce qui a forgé le combat palestinien s´est fortement émoussé. Finie l´intransigeance dans les négociations, finie la détermination d´un peuple à récupérer toute sa terre. Les dignitaires de Ramallah s´inventant des paix, échafaudant des stratagèmes avec leurs mentors américains pour quelque mirifique Etat-confetti, voyagent, discourent et s´enrichissent alors que le sort de leur peuple est des plus tragiques".(6)


1.Amira Hass: Une population sans électricité, sans eau et sans espoir. Ha´aretz. 22 janv. 2008
2.Bush embrase Ghaza. 22 janvier 2008 http://rench.irib.ir
3.http://www.ism-france.org/news/article.php?id=8014type=analyse&lesujet=Initiatives Paix
4.Silvia Cattori http://www.alterinfo.net Samedi 19 janvier 2008 RIA-Novosti
5.Silvia Cattori Ghaza: "Sortir le drapeau blanc ne suffira pas" site Alterinfo 20 01 2008
6.A.Djaâd: Bons baisers de Abbas. L´Expression du 10 décembre 2007

Pr Chems Eddine CHITOUR
Ecole Polytechnique Alger




Jeudi 24 Janvier 2008

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