Néolibéralisme et conséquences

Frédéric Lordon : "un secteur bancaire privatisé n’est pas tolérable"

Taisez-vous, libéraux cyniques ou imbéciles !



Olivier Bonnet
Vendredi 14 Mai 2010

Frédéric Lordon : "un secteur bancaire privatisé n’est pas tolérable"

Seul un soulèvement populaire mettra fin à la prise en otage de la collectivité par la finance


flDans sa très touffue dernière livraison intitulée Sauver les banques jusqu’à quand ?, l’économiste Frédéric Lordon commence à faire un sort à l’idée que l’Union européenne s’appliquerait à sauver la Grèce : "aucun État n’est jamais mort de faire défaut sur sa dette pour la simple et bonne raison que l’expression « faire faillite » n’a rigoureusement aucun sens à propos d’une entité politique souveraine – et ceci à la différence des banques privées en 2008 qui, n’eussent-elles été sauvées, étaient, elles, promises au trépas. En bonne logique si l’État ne meurt pas de défaut, ce n’est pas l’État qu’on sauve. Alors qui ? Ses créditeurs, bien sûr." Qui sont-ils ? Réponse de Lordon : "Sur la période 2005-2010, la dette publique grecque a été souscrite à 43% par des banques, 22% des fonds mutuels, 15% des fonds de pension, 8% des gérants (asset managers) et 4% des hedge funds. Voilà la population des nécessiteux auxquels il est urgent que les fonds publics du secours européens viennent en aide." Il donne un exemple concret et bien français des véritables bénéficiaires du plan de sauvetage : "Baudoin Prot, président de BNP-Paribas a commencé par promettre qu’il n’avait quasiment pas d’exposition aux risques souverains grecs. Avant d’avouer un milliard d’euros. Puis cinq. Auxquels il faut rajouter trois de créances commerciales. Et ceci dit en oubliant opportunément qu’il est aussi l’heureux propriétaire de Fortis qui est la banque européenne recordwoman de la détention de titres publics grecs (à hauteur de 60% de son actif net)".

Banques, fonds de pension, hedge fonds... pourquoi faut-il voler à leur secours ? C’est ce qu’explique ensuite notre "éconoclaste" : "à rappeler la sympathie spontanée qu’attirent tous ces braves gens, la question vient immanquablement à l’esprit de savoir pourquoi finalement on ne les laisserait pas choir. C’est une question qui vaut mieux qu’un mouvement d’humeur – dont on voit tout de suite la réponse qu’il apportera, non sans légitimité d’ailleurs. Car, ainsi que l’épisode de l’automne 2008 l’a déjà prouvé, la finance a objectivement les moyens de nous forcer à son aide. Il importe alors de mesurer dans quelle mesure exactement, puis de se demander s’il n’y aurait pas quelques conclusions politiques à tirer de cette situation de forçage – qui n’a rien d’imaginaire. (...) En économie capitaliste, l’intérêt matériel commun passe effectivement par cet isolat qu’on appelle le secteur bancaire. Il en est ainsi car les agents économiques du secteur productif ont un besoin vital de maintenir leur accès au crédit pour financer le cycle de production, et bien sûr au delà pour investir. Une atteinte non pas de telle ou telle banque locale mais du secteur dans son ensemble a dans le pire des cas – le meltdown – l’effet de mettre en panne presque instantanément l’économie entière, et dans le moins grave – des pertes importantes sans effondrement d’ensemble – celui de ralentir brutalement la croissance par constriction du crédit (après avoir ramassé une dégelée, les banques ne veulent plus prêter et ne songent plus qu’à restructurer leur bilan). On sait depuis 2008 que laisser aller le système bancaire au tapis n’est pas une possibilité. Lui faire encaisser des pertes demeure envisageable mais, il faut en être conscient, au prix d’un contrecoup qui viendra rapidement ternir notre joie de voir enfin les banquiers déguster. Mais alors, demandera-t-on à ce moment précis, «  nous sommes entièrement dans leurs pattes ?  » La réponse est oui.

bancochonsLe moment de grosse colère qui suit de cette aperception est pourtant dépassable, il peut même être de courte durée. Car l’identification de cette connexion objective porte elle-même sa conséquence politique : la situation de dépendance de l’intérêt commun à un intérêt particulier si précisément localisé et si concentré a pour véritable nom capture, et par suite ne peut être toléré. Ce qui touche à l’intérêt commun concerne le commun et ne saurait être en aucun cas abandonné à des intérêts privés – qui, prévisiblement, réduiront la communauté aux dernières extrémités de la dépendance : «  sauvez moi ou je vous fais mourir, ne me touchez pas ou je vous blesse gravement, qu’il ne m’arrive rien ou vous en pâtirez », le pire étant qu’à chaque fois ces menaces sont vraies  ! Il n’y a pas lieu de se désespérer de cette « vérité », il suffit d’en tirer les conclusions logiques : s’il apparaît que du fait des propriétés très spéciales du crédit en économie de marché capitaliste le secteur bancaire est le détenteur de fait des intérêts matériels supérieurs de la communauté, et qu’il dispose des moyens objectifs de forcer la communauté à lui accorder tout ce qu’il demande, alors il doit être rendu à la communauté.

Une autre formulation de ce principe est : un secteur bancaire privatisé n’est pas tolérable. À mettre bout à bout le nombre des concessions que la finance bancaire aura fait avaler aux corps sociaux depuis trois ans, c’est une idée qui aurait tout pour faire son chemin. Il faut croire que ça n’est pas encore suffisant à en juger par le méga-plan de sauvetage européen du 9 mai qui ne change rien aux structures déterminant le rapport des pouvoirs (dits) souverains et de la finance, et finalement accorde à cette dernière absolument tout de ce qu’elle demande : d’un côté les plans de rigueur pour les populations, de l’autre les garanties pour elle ! Il est vrai que la joie de la finance découvrant le 10 au matin, au gros paquet de 750 milliards d’euros, que Noël est en mai est touchante. Quoique un peu mêlée de quelques envies de cogne si l’on se met à penser que les retraites en France vont gaillardement vers leur démantèlement pour une impasse de 30 milliards à l’horizon de vingt ans. Pour le coup l’interprétation des marchés est la bonne, en tout cas à court terme : toutes les valeurs bancaires sont à la hausse, c’est si bon de se savoir aimées. Si – mais on se demande bien par quel miracle – une secousse politique de grande ampleur venait à se produire, une secousse dont il est de plus en plus évident que les gouvernements ne seront pas l’origine, et qu’une nouvelle donne apparaisse à l’horizon, alors il faudrait y inclure formellement le principe de prohibition de la capture des biens communs – comme la stabilité et la sécurité financière lato sensu – par des intérêts privés, et en tirer la conclusion opérationnelle qui s’en suit logiquement : nationalisation puis socialisation du système bancaire."

Il n’est plus acceptable - si toutefois ce l’eût jamais été - que toute l’activité de la collectivité humaine soit ainsi prise en otage et forcée de pourvoir aux intérêts du secteur financier privé, au détriment des besoins les plus élémentaires des populations. Lordon a raison : ne comptons pas sur nos gouvernants pour y changer quoi que ce soit. A moins que le Front de gauche n’accède au pouvoir, hypothèse plaisante autant qu’invraisemblable. Conclusion : insurrection populaire ! Voilà pourquoi il faut que ça explose, et que ça va exploser. La seule question qui demeure est "quand ?" Le jour où trop de gens subiront une condition insupportable. Aujourd’hui, la somme des égoïsmes individuels (les crédits à rembourser, les études des enfants à payer...) rend impossible l’émergence de ce soulèvement collectif que nous appellons de nos voeux, non par goût pour la violence, mais parce que c’est la seule alternative que nous laisse le système. Mais le jour est sans doute plus proche qu’on ne le croit où suffisamment de désespérés n’auront plus rien à perdre.

P.-S.

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Vendredi 14 Mai 2010


Commentaires

1.Posté par santiago le 15/05/2010 11:32 | Alerter
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Bravo pour votre article, vous etes un marxiste qui s' ignore , mieux encore puisque
vous banalisez la finance contrairement aux economistes experts qui rendent inaccessible la comprehension des rouages et des systemes finaniers. ce sont des articles de se genre qui peuvent reveiller les masses. il faut que cà explose,
mais malheureusement , les premiers concernés ne se soucient de rien et preferent se contenter du peu . vous prenez par exemple les centaines de milliers de gens qui vivent dans la rue et dans des foyers d'urgences ,le pouvoir politique les tiens avec la soupe et le gite plus un petit pecule dans la poche
et le tour est joué. Il faut un soulevement , c'est la seule facon de balayer les classes dirigeantes bourgeoises et fascistes .

2.Posté par ALBIN le 15/05/2010 19:28 | Alerter
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La France pays des lumières doit obliger le monde entier à nationaliser le système financier mondial. Bravo pour votre idée !
On mettra DSK à la tête de cette formidable machine.
Puis on recrutera tous les copains des copains des copains socialos
Puis on fera une mega faillite style Crédit Lyonnais à l'échelle mondiale, mais avec plein de petits copains qui s'en mettent ras les fafouilles comme en russie.
On compte sur vous pour y arriver.



3.Posté par papou le 15/05/2010 19:51 | Alerter
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Retirez votre fric des banques, laissez y le minimum, faites leur payer le bordel qu'ils ont provoqué. Moi c'est fait

4.Posté par Alcide le 15/05/2010 20:19 | Alerter
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Bon article.
Je me permettrai toutefois de rajouter deux éléments que je pense indispensable :
1) l'interdiction de l'usure
C'est-à-dire l'interdiction de l'intérêt.
Par les phénomènes de création monétaire les banques créent de la monnaie hors de l'air, les banques prêtent l'argent qu'elles n'ont pas.
Lorsque vous sollicitez un crédit à une banque, par un simple jeu d'écriture les banquiers vous accordent une certaine somme qui est inscrite au crédit de votre compte, cette somme il ne l'ont pas ! Cette somme ils l'inventent . Mais il est autorisé par la loi.
Simple
Un organisme d'État peut faire la même chose avec des critères d'accès aux crédit clairs et pour tout le monde et sans intérêt !
Sans intérêt, sans argent à gagner facilement, il est peu probable que des organismes privés souhaitent créer des banques !
Ou par la charité de quelques anciens dirigeants, ce qui serait nouveau et pour tout dire inattendu.
L'absence d'intérêt permettrait immédiatement à tout à chacun un meilleur accès au logement et des conditions de vie plus agréable.
2) Abrogation immédiate de la loi du 3 janvier 1973 précisant :
dans son article 25 que "Le trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l'escompte de la Banque de France". "Ce qui signifie que notre pays tout comme les pays signataires du traité de Lisbonne (article 123), s'est interdit !!! de permettre à la Banque de France de financer le Trésor Public, c'est-à-dire de créer la monnaie dont il a besoin pour son développement (écoles, routes, ponts, aéroports, ports, hôpitaux, bibliothèques, etc.).
Ce sont les banques privées qui prêtent à l'État l'argent qu'elles n'ont pas, tout droit sorti de leur réserve fractionnaire par un simple jeu d'écriture .
Ces dispositions ont été reprises par le traité de Maastricht puis par l'article 123 du traité de Lisbonne et généralisé à l'Europe par des gouvernements qui sacrifient délibérément l'intérêt et le niveau de vie des peuples, pour le plus grand bénéfice du cartel bancaire mondial.
Ces dispositions sont totalement anticonstitutionnelles et donc totalement illégales et il est paradoxal et lourd de conséquences ,de ne voir aucun parlementaire s'en émouvoir.
Cette dette qui nous étrangle est illégale et sans fondements.
Le peuple doit ouvrir les yeux et se renseigner. C'est un devoir de citoyen.
Toutes ces informations sont accessibles sur Internet.
Je me permets de recommander la lecture et l'étude de cette page Internet , qui comporte de nombreux liens pour comprendre les phénomènes de création monétaire.
http://wiki.societal.org/tiki-index.php?page=Arnaque+dette+2
La dette est virtuelle, elle n'existe que par la trahison de tous les hommes politiques de gauche comme de droite qui se sont succédés depuis 1973.
Cette dette dont les intérêts représentent la totalité de l'impôt sur le revenu est un vol scandaleux du peuple par des banquiers avec la complicité active des politiques.
Tous les politiciens de gauche comme de droite et les banquiers complices de cette spoliation doivent être poursuivis pour haute trahison et leurs biens saisis.
Ces gens-là nous ont fait une vie de merde depuis plus de 40 ans.

5.Posté par David C. le 31/05/2010 02:45 | Alerter
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Connaissez vous la loi Giscard Pompidou et le Traité de Maastrich ?

Alors que les bourses chutent, que l'Euro est à l agonie, que les plans d'austérités se multiplie à travers l'Europe, il serait sage de connaître les vrais raisons de l'augmentation de la dette !

Le bon sens commun voudrait que la dette soit du à trop de sociale, trop de santé, trop de services publiques, trop de fonctionnaires, trop de retraites. Nos responsables politique se font l'écho d'un tel message et mettent en œuvre des plans sensés répondre aux problèmes de la dette !

Mais tout ceci est une arnaque : L'arnaque de la dette !

Jusqu'au 3 janvier 1973, la Banque de France avait le droit d'émettre du crédit à très bas taux d'intérêt afin de financer les besoins de l'état et d'investir dans les projets d'avenir !

Mais sous prétexte d'inflation, le gouvernent Giscard Pompidou a cru bon empêcher la Banque de France de faire son travail en transférant de fait le pouvoir aux banques privés. Et oui depuis cette époque la France s'endette auprès des marchés financiers avec des taux d'intérêts élevés et c'est obligatoire pour tous les pays membres depuis Maastrich et les traités suivants!

En claire, ce sont les taux d'intérêts imposés sur la dette qui créer l'augmentation folle des dette publique !

L'alternative

Un retour au crédit publique productive, redonner le pouvoir au nation de battre monnaie afin de l'investir non dans les bulles spéculatives ou dans les jeux des casinos financiers mais bien dans l'économie physique au service de la population et du travail humain.

Nous devons dire Non au chantage de l'empire de la finance de la City de Londre et de Wall Street à New York

Si tu veux rejoindre la bataille pour changer le système économique rejoins moi sur mon groupe : http://www.facebook.com/group.php?gid=104166076293247&ref=ts

David CABAS
david.cabas.over-blog.fr

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