Géopolitique et stratégie

Frappons l’Iran, regardons tomber le Pakistan et la Turquie


Au moment même où il semblait peu probable que les événements internes et internationaux se déploieraient pour mettre à l’épreuve un gouvernement US déjà incompétent, se présente l'accélération du mouvement pour détruire l'Iran. Cet effort a été bien documenté au cours de ces dernières années, dans une masse d'articles et de déclarations de principes des habituels suspects dans les médias, les groupes d’experts, et Internet. Ce qui est absent dans cette couverture, quoique, c’est la compréhension des conséquences d'une telle action, ou la gestion des conséquence dans le langage du Pentagone. Le plus pitoyable dans cette discussion vient de la connaissance que la majorité des américains réclament l'action militaire – depuis toutes les strates de la société – comme s’ils commandaient en passant une pizza à Dominoes. En prenant juste le téléphone cellulaire et, tout en salivant, commandaient une guerre iranienne spéciale. Adossez-vous et appréciez la pizza tout en observant la guerre à la télévision et dans les horribles vidéos sur Internet. Oooo.. Ahhh, regardez ce Specter Gunship [hélicoptère de combat] au travail ! Whoa ! Regardez ces morceaux de corps volant autour. Passez-moi un autre morceau de pizza !


Mardi 2 Mai 2006

par John Stanton




Cette attitude indique une société en faillite intellectuelle. Est-ce que quelqu’un pense aux USA ? Une attaque sur l'Iran aurait comme conséquence des milliers de victimes pour les USA et le personnel militaire iranien, dont la plupart sont des jeunes. Les victimes civiles seraient par milliers. L'effet multiplicateur d'une telle action causerait une réaction en chaîne d’événements qui se développeraient en spirale hors de contrôle. Sans le pays, ou groupe de pays, capable de désamorcer un tel conflit – sauf la Russie et la Chine - une guerre mondiale pourrait s'ensuivre. Certainement, le gouvernement US n'est pas en position de faire face aux retombées radioactives, en particulier s'il déploie et utilise les armes nucléaires tactiques. Pour des commentaire raisonnable en la matière, on doit compter sur les commentaires lucides de Martin Van Crevald plus que sur ceux d’Israël. Sa pièce intitulée « Vers l'avant », Sait Pourquoi ne pas Bombarder l'Iran est Moitié de la Bataille (forward.com) devrait gaver les tenants de l’invasion iranienne.


Selon un bulletin de Reuters du 20 avril 2006, la Turquie a augmenté de 40 000 la présence de ses troupe au sud-est de la Turquie à dominance kurde, portant le total à 290 000. Le gouvernement turc a entrepris cette démarche parce que le gouvernement kurde, soutenu par les américains au nord de l’Iraq / Kurdistan, est susceptible d’alimenter le « Kurdistan Workers Party » (PPK) en bras et renseignement sur les mouvements militaires turcs à Hakkari, Van, Sirnak et d'autres villes principales du pays. Il est probable que les insurgés en Irak ont formé le PPK à une tactique extrêmement réussie contre les forces US en Irak. La Turquie a été impitoyable dans l’oppression kurdes, comme Saddam Hussein l’était, et cette pratique, selon le Congrès National kurde (kncna.org), continue à ce jour avec la police secrète de l'armée turque, la Jitem, terrorisant la population kurde. Reliefweb.net, rapporte que la langue kurde n'a pas été légalisée avant 1991 et que le gouvernement turc s'était engagé dans des déplacements forcés jusqu’en 2002, disloquant les concentrations des 20 millions de kurdes résidant en Turquie. Les communiqués séparatistes kurdes ou le pourparler pour reconnaître le Génocide Arménien provoque certains moments difficiles dans les prisons turques.

Le gouvernement turc s'est fréquemment plaint au sujet de la duplicité du gouvernement US quand il joue ses cartes kurdes. Les USA sont en grande partie restés loin de la bataille turque contre ses kurdes tout en soutenant activement les groupes kurdes en Iran et en Syrie avec des fonds et des bras. La création du Kurdistan au nord de l’Irak a fâché les dirigeants turcs. Quand aux visites de Condoleezza Rice aux fonctionnaires turcs en avril, ces sujets sont sûrs d'être des matières à discussions.

Pendant ce temps en Iran, il y a approximativement quatre millions de kurdes qui ont souffert un destin semblable à celui de leurs compatriotes turcs. Les kurdes en Iran sont partagés sur le type de révolte qu'ils veulent mener. Un groupe, qui a formé en janvier 2006 le Front Uni Kurde, veut travailler dans le système iranien pour obtenir l'égalité des droits. Il reçoit probablement des fonds du gouvernement US par l'intermédiaire du KNC et d'autres débouchés. Un groupe insurgé kurde connu sous le nom de Pejak -- soutenu par le gouvernement US et travaillant avec les forces US et les agences de renseignement spéciales sur le terrain -- plaide pour le renversement violent du gouvernement islamique iranien.


Le retour en Turquie des kurdes n’est pas le seul problème. Il y a les accusations des adversaires du Président turc Recep Ergodan comme quoi la Turquie devient un théocratie. Faisant face à l’élection de 2007, la dernière chose dont Ergodan a besoins est d’être perçu comme un islamiste radical, encourant la colère des adversaires soutenus par les militaires turcs, c’est-à-dire les militaires US. Le World Peace Herald, wpherald.com, a rapporté une histoire intitulée, « Premier Ministre Turc Lié aux Forces Islamiques ». « En des échanges verbaux de plus en plus amers avec le Président Ahmet Necdet Sezer, M. Erdogan a rejeté l’accusation qu'il emmène le système séculaire de la Turquie vers le fondamentalisme islamique. Le dernier flanc de M. Sezer était un rapport à l'académie de guerre, selon lequel 'le fondamentalisme religieux avait atteint des proportions dramatiques. Le fondamentalisme islamique essayant d'infiltrer la politique, l’éducation et l'état, il érode systématiquement les valeurs... ' »

Ainsi, comme les bombes volent au-dessus de l'Iran, les kurdes serait susceptible de saisir la chance et de combattre pour la reconnaissance d’un état kurde qui empiète sur des parties de la Turquie, de l'Iran, de la Syrie et de l'Irak actuels ( http://www.kncna.org/docs/map.asp ). Ce n'est pas un de la carte rêvée. Le KNC assis par les américains plaide publiquement pour le Kurdistan Libre Uni. Un jour, il y aura un état kurde. Cela pourrait être fait d'une façon non-violente plutôt que le résultat d’une aventure militaire malencontreuse contre l'Iran. Finalement, une invasion de ce pays impliquera probablement des capitaux turcs d'une quelconque nature. Comme membre de l'OTAN, la Turquie abrite des armes nucléaires tactiques et, comme rapportées par Ramin Jahanbegloo dans le Daily Star, « La participation de la Turquie à une opération militaire américano-israélienne est aussi un facteur concernant l'Iran, résultant d’un accord conclu entre la Turquie et Israël. »

L’Asie Centrale et le Moyen-Orient deviendront un bain de sang une minute après l’attaque de l’Iran.


Au Pakistan, les USA ont leur gâteau qu’ils mangent aussi. Des armes et la technologie US sont utilisées par à la dictature pakistanaise du Président Musharraf pour supprimer une révolte pour l'indépendance par le peuple du Baluchistan ( http://www.bdd.sdnpk.org ), qui était aussi la zone des essais nucléaires du Pakistan en 1998, une province riches en énergie. Les Etats-Unis placent aussi des groupes insurgés anti-pakistanais au Baluchistan afin d'infiltrer les opérations de drogue, le marché noir de l’armement nucléaire, les restes talibans, et les groupes islamiques de résistance variés, comme Al Qa'da, qui ont élu résidence dans l’arrière-pays du Baluchistan. Le rapport sur le Pakistan en 2004, du Département d'Etat US, était exubérant dans son éloge pour le Pakistan, disant que c'était l'allié principal dans la Longue Guerre contre le Terrorisme et que le Pakistan a ses affaires internes sous contrôle. Pourtant la situation sur le terrain est tout à fait différente

En février 2006, une pièce rapportée par sindhtoday.net/bs.htm avait le titre suivant : « Gaz Chimique, Gunship Copters Utilisé Contre Le Peuple Baluch ». « Le Baluchistan, la province la plus grande et riche en ressources de la République islamique du Pakistan, a récemment subi un autre bain de sang dans lequel beaucoup de gens innocents ont péri dans l’action de l'armée pakistanais. Aftab Sherpao, le ministre de l’Intérieur pakistanais, a demandé qu'aucun enfant ou femme ne soit tué dans la récente opération, mais les photographies diffusées prouvent que beaucoup d'enfants innocents ont été brutalement tués dans le bombardement, pourtant ils ne peuvent pas être désignés comme des terroristes. »

Le Pakistan étouffe les nouvelles sur la gravité de son combat contre les baluchs. Le nombre de tués dans l'action, que son armée a subi pour combattre la révolte baluch, est bien plus de 100 avec des milliers de blessés. Ces soldats sont décrits par Musharraf comme des victimes du combat contre le terrorisme étranger, alors qu’en fait cela s’apparente à une guerre civile : Les baluchs combattent pour l'indépendance.

India Monitor a rapporté en janvier 2006 que le « Sénateur baluch Sanaullah, un membre influent du Parti National du Baluchistan qui sait se faire entendre... a dit que si les conditions continuaient à être oppressives pour les habitants de sa province, nous n'aurons aucune option autre que d’user de notre droit national à l'autodétermination pour un état séparé... Aujourd'hui chaque baluch sait que le Pakistan est un état viable uniquement grâce au Baluchistan... Pointant les ressources naturelles et l'importance stratégique de la province dans la région, il a dit que la révolution de l'information avait rendu le monde très petit, et aujourd'hui le peuple baluch, qui ne pouvaient plus être dupées, demandait ses droits. » (La dynamique du Cachemire, qui menace la stabilité du Pakistan, est en dehors de la portée de cet article).


Pendant que l'Iran est pilonné par des attaques aériennes US, et que les kurdes entreprennent leurs démarches, que feront les baluchs ? Comment les groupes rebelles comme Al Qa'da ils répondront-ils ? Se rallieront-ils à leurs camarades iraniens ? Les militaires pakistanais useront-ils de bombes nucléaires tactique pour éliminer tous ses problèmes au Baluchistan ? Quelle sera la réaction de l'Inde ? Que feront le Turkménistan et le reste des « Pays-stans » ? L'Arménie prendra-t-elle le parti des kurdes turc ? Comment les troupes US en Irak prendront-elles en main les retombées radioactives ?

Dans un autre exemple d'incompétence astronomique, l'affaire indo-américaine de coopération nucléaire amenée par le Président Bush au Premier Ministre Singh en mars passé était supposé être le signal que les USA sont tout-puissants pour la Russie et la Chine. Les USA n'ont apparemment eu aucune pensée sur ce qu’une affaire avec un pays qui a refusé de signer le Traité Nucléaire de non-Prolifération pouvait créer. Le Pakistan s'est voué à augmenter ses possibilités d'armement nucléaire. La Chine a offert de construire des réacteurs pour le Pakistan et peut bricoler avec la prospérité de l'Amérique par l'intermédiaire de la manipulation de devise. Des forces nucléaires russes sont améliorées. L'Arabie Saoudite est présumée avoir les bombes nucléaires tactiques achetées et commence ses propres possibilités nucléaires commerciales et militaires. En Amérique du Sud, le Brésil a poussé la production de ses capacités nucléaires et il n’autorisera pas d’inspecteur dans certaines installations de bombes nucléaires. Et il n’y a aucun doute que le Venezuela développera un programme de bombes nucléaires ou, comme l'Arabie Saoudite, achètera juste des armes toutes faites au marché noir.


Vous dites que vous voulez une révolution

Des facteurs nationaux US doivent être ajoutés à ce mélange déjà explosif. La révolte Rouge, Blanche et Bleue, des généraux militaires retraités US tels que Gregory Newbold et Anthony Zinni, mise en exécution dans les principaux médias US est fascinante. Leur appel pour la démission du Secrétaire de la Défense, Donald Rumsfeld, sans précédent dans l'histoire américaine en temps de guerre, indique que la seule opposition crédible à une direction civile folle est dans la grande corporation militaire. Car l’autre Parti, appelée Démocrate, fait partie du problème et non de la solution. Quant au Président Bush ; il se décarcasse à exécuter ce que lui disent Cheney et Rumsfeld.


Notons que les généraux sont acteurs principaux de sociétés d'investissement comme Globesecnine (Newbold est co-fondateur de Globesecnine.com) et Anthony Zinni est membre du conseil de Veritas Capital (avec d'anciens chefs militaires US). Les assistants de Wall Street financent ces groupes et ils ont pu calculer, en définitive, que Rumsfeld est mauvais pour les militaires et les affaires (Lire Jeffrey St Clair de counterpunch.org pour plus sur ce rapport). Des agences de renseignement US comme la CIA sont toujours impliquées ouvertement ou secrètement dans les affaires commerciales en placements/actions, et probablement ont des participations dans ces sociétés de placements. Ils disent quelque chose de trop : la vengeance est douce.

Avec la rébellion dans les rangs militaires et corporatifs, et le potentiel pour plus d'actes d'accusation des initiés de l'administration Bush (Karl Rove ?), et dans le cas de la CIA, Valerie Plame/Joe Wilson, on doit se demander comment il serait possible à ce groupe de gens de gérer les réalités du jour d’après l’assaut sur l’Iran.

Les USA fonctionnent comme si elle était vraiment une superpuissance incontestée. Quel genre de superpuissance a la pauvreté croissante, de sans logis, de chômage, et ne peut même reconstruire l’une de ses premières villes - la Nouvelle-Orléans - après un ouragan ? Quel genre de superpuissance refuse de faire des concessions, pour négocier, et qui traite les autres nations comme la Chine et la Russie comme des entités inférieures ? Quelle nation est le tigre de papier maintenant ? Il n’aurait jamais dû en être ainsi.

Alors, que se passe-t-il avec l'Iran ? La simple réponse, en deux parties, à toute cette folie est de diriger la matière iranienne au-dessus de l'Organisation de Coopération de Shanghaï (SCO), une coalition de sécurité, comme l’OTAN, menée par la Chine et la Russie. L'Iran deviendra bientôt membre de ce groupe de toute façon. Laissons le SCO contrôler Iran, comme il construit ses capacités nucléaires commerciales et militaires. L'Iran veut être acteur clé de l'énergie dans une région qu'il sait être dominée par la Russie et la Chine. Les USA veulent que l'or noir aille à l'Ouest en contrôlant la géopolitique de l'Asie centrale. Cela n’arrivera jamais. Il est inévitable que les kurdes et les baluchs auront leur état indépendant, les iraniens et les brésiliens auront leur puissance/armes nucléaires, les chinois auront leur autorité, les russes reviendront sur la scène mondiale, et les palestiniens auront une surprise agréable un jour.


Deuxièmement, négocions. Plus que jamais, les USA ont besoin de retourner à la table de négociation. Peut-être quelque grand cerveau là dehors devrait lire le NSC-68, Sec IX, écrit en 1950 et conçue pour traiter l'ancienne Union soviétique. « Les pays libres doivent toujours, donc, être préparés pour négocier et doivent être prêts à prendre l’initiative à temps en cherchant la négociation. Ils doivent développer une position de négociation qui définit les questions, les étapes et les limites, sur lesquelles elles se prépareront à adhérer aux accords... Les conditions doivent être justes aux vues de l'opinion populaire... Ceci signifie qu'elles doivent être cohérentes avec un programme positif pour la paix – en harmonie avec la charte des Nations Unies et en prévoyant, au minimum, le contrôle efficace de tous les armements par les Nations Unies ou une organisation héritière. »

Parlons ? Négocions ? Pourquoi pas le SCO ?

Quelle pensée aliénée.


John Stanton habite en Virginie. Il est spécialiste en Sécurité Nationale et sujets politiques, auteur de « Un Pouvoir Mais Non Super », et coauteur du « Cauchemar de l'Amérique ». Adresse internet : cioran123@yahoo.com


Tête du source : http://english.pravda.ru/opinion/columnists/79463-iran-0
Traduction de Pétrus Lombard


Mardi 2 Mai 2006

Géopolitique et stratégie | Diplomatie et relation internationale

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