Propagande médiatique, politique, idéologique

France Télévisions, AFP : la normalisation sarkozyste prépare 2012



Olivier Bonnet
Vendredi 1 Octobre 2010

France Télévisions, AFP : la normalisation sarkozyste prépare 2012
Le phénomène n’est pas nouveau mais, dans la perspective de la campagne de 2012, Nicolas Sarkozy raffermit son contrôle sur les grands médias. Deux exemples dans l’actualité, en attendant l’éventuel rachat du Parisien par Serge Dassault : France Télévisions et l’AFP. Soupçonné a priori de sarko-compatibilité*, du fait de sa nomination directement par le chef de l’Etat, Rémy Pflimlin n’a pas tardé à confirmer toutes les craintes. Aude Courtin le résume sur Le Post« Interrogé sur le traitement de l’affaire Woerth-Bettencourt, Rémy Pflimlin a déclaré jeudi à Strasbourg: « L’affaire dont tu parles, peut sortir [sur France Télévisions, NdA], et problablement de façon plus sérieuse, moins émotionnelle, moins manipulatrice et moins publicitaire que sur Mediapart, sur les médias comme les nôtres, mais probablement aussi de façon plus respectueuse par rapport à des éthiques. » Selon le patron de France Télévisions, Mediapart illustre « une dérive à la big brother ». Ajoutant : « On ne peut pas se permettre de sortir des infos qui sont démenties le lendemain. » Problème : à l’image de Woerth, justement, les gens du pouvoir démentent systématiquement toute information gênante, même contre l’évidence, même si les preuves sont avancées. Laurent Mauduit complète d’une autre citation de Pflimlin : « On ne peut pas se permettre de manipuler impunément ». Déclarations scandaleuses, condamnées de toutes parts, comme le recense Le Monde : « Dans un communiqué, la Société des journalistes (SDJ) de Mediapart a dénoncé des propos « diffamatoires, a fortiori quand ils émanent du premier responsable de la télévision publique, fut-il nommé directement par le président de la République ». La SDJ de Mediapart, en première ligne dans l’affaire Bettencourt, s’est « étonnée » de cette « vision méprisante de l’information en ligne ». « Pour mémoire, la justice a (…) validé le travail éditorial de Mediapart dans l’affaire Bettencourt, jugeant que nos révélations relevaient de ‘l’intérêt public’ et de ‘l’information légitime’ des citoyens », a-t-elle conclu. De leur côté, les SDJ de France 2 et de France 3 se sont « désolidarisées » des propos de leur nouveau patron. « Nous n’avons pas cette opinion de nos confères de Mediapart. On espère que c’est une maladresse », a déclaré à l’AFP le président de la SDJ de France 2, Loïc de la Mornais. « On est très surpris par ces accusations de manipulation, d’autant que les antennes de France Télévisions ont beaucoup repris les informations de Mediapart sur cette affaire », a ajouté Yann Fossurier pour la SDJ de France 3. Pour le syndicat SNJ, les « accusations » de M. Pflimlin « ne peuvent qu’inquiéter ». « Un mois après sa prise de fonction, le PDG veut-il donner raison à ceux qui affirment que son mode de nomination par l’Elysée risque d’aliéner son indépendance ? », s’interroge le syndicat de journalistes dans un communiqué. Enfin, le SNJ-CGT de France Télévisions a estimé que le PDG avait « franchi la ligne blanche en s’en prenant avec une violence inaccoutumée pour un premier dirigeant de l’audiovisuel à Mediapart. » Et le syndicat d’avertir « solennellement » M. Pflimlin qu’il « ne le laissera pas toucher à l’indépendance de l’information. » Complétons d’une dépêche de l’AFP : « Le Forum des sociétés de journalistes, qui regroupe les SDJ de 32 rédactions, s’est « indignée » samedi des propos « scandaleux » tenus par le patron de France Télévisions, Rémy Pflimlin, à l’encontre du traitement de l’affaire Woerth/Bettencourt par Mediapart. (…) Le patron du groupe public a « mis gravement en cause le sérieux et le professionnalisme des journalistes de Mediapart » , écrit dans un communiqué le Forum des SDJ, qui juge ses propos « scandaleux ». « Le Forum s’inquiète de voir le PDG du groupe audiovisuel public prendre à son compte des critiques émises contre nos confrères de Mediapart voilà quelques semaines dans l’entourage présidentiel », poursuit-il. »
Face à cette levée de boucliers, Porcinet Pflimlin « affirme, dans le JDD dimanche, avoir répondu « de manière maladroite » sur le traitement de l’affaire Woerth-Bettencourt par Mediapart. Le PDG de France Télévisions a dit avoir voulu « d’abord défendre les rédactions de France Télévisions. » Il n’arrange pas son cas avec ce timide recul, comme le souligne Laurent Mauduit : « Il y a tellement d’insinuations, de contrevérités, de parti pris colériques et même de sorties injurieuses dans le propos de Rémy Pflimlin, qu’il ne faut assurément pas y passer trop de temps. D’abord, n’en déplaise au patron du groupe public, la justice a tranché. Par deux fois. (…) Il n’y a d’ailleurs pas que la justice qui en a donné acte à Mediapart. Beaucoup de nos confrères aussi, qui, s’appuyant sur les premières révélations de notre journal, ont conduit leurs propres investigations et ont contribué à démêler cette ténébreuse affaire d’Etat. C’est tout particulièrement le cas des journalistes de France 2, qui, pas plus tard que lundi, ont consacré une longue et minutieuse enquête à l’affaire Bettencourt dans le cadre de l’émission Complément d’enquête. Une enquête – et ce n’est évidemment pas indifférent à notre histoire – qui reprenait de nombreuses informations de Mediapart et les validait, tout particulièrement celles de la comptable Claire Thibout sur les versements à Eric Woerth pendant la campagne présidentielle. » Mauduit cite Jean-François Téaldi, le secrétaire général des journalistes du SNJ-CGT de France Télévisions : « Plutôt que de s’en prendre à la presse indépendante, il ferait mieux de donner aux journalistes du service public des moyens pour conduire des vraies investigations. Il semble prendre la roue des Tontons flingueurs de l’UMP qui se déchaînent contre les journalistes qui sortent les affaires embarrassantes pour l’Elysée ou les milieux d’affaires. »
Après France Télévisions, l’AFP, que l’on pourra bientôt surnommer Agence France Propagande, à en croire le communiqué coup-de-poing mis en ligne par Acrimed, cri de révolte des journalistes du SNJ-CGT de l’agence : « Cela fait des mois et des mois que ça dure, et ça ne peut plus durer. La rédaction est confrontée à une entreprise méticuleuse de caporalisation et de mise sous l’éteignoir dirigée par la rédaction en chef France. Cette situation est sans précédent à l’Agence. Tout est fait pour neutraliser, non pas ceux qui travaillent mal, mais ceux qui « pensent mal » et n’entrent pas dans ses schémas de pensée et ses a priori, à coloration politique ou non. Cette rédaction en chef mène, et de plus belle depuis la rentrée, une politique de harcèlement à l’égard de services et bureaux entiers, en pratiquant un interventionnisme débridé et tatillon. Elle bloque des dépêches, refuse des idées de papiers qui n’entrent pas dans son prêt-à-penser, ordonne à l’inverse de traiter tel ou tel sujet que le service concerné juge peu intéressant ou parfaitement secondaire (…). Elle met à la poubelle des papiers qui ont demandé des heures et parfois même des semaines de travail et d’enquête, exige réécriture sur réécriture, intime l’ordre de voir le lead d’un papier aussitôt qu’il a été rédigé et bien avant qu’il ne soit envoyé, n’hésite pas à le changer si les producteurs sont récalcitrants. Tous les moyens sont bons et, quand l’ukase ne suffit pas, on emploie la ruse. On agit en sous-main, non pas en envoyant des notes visibles par tous, les mails c’est tellement plus pratique ! (…) L’attitude de la « haute » hiérarchie, qui s’est muée en tour de contrôle politique, crée de fortes tensions internes, déstabilise les équipes, désorganise la rédaction, nuit gravement à la sérénité et à la qualité du travail, décourage et écœure jusqu’aux plus motivés. Voici quelques exemples récents des pratiques de la rédaction en chef. On pourrait en citer bien d’autres (rappelons tout de même qu’en octobre 2009, le chef des Infos sociales avait mis sa démission dans la balance dans un conflit avec la même rédaction en chef concernant la présentation par l’AFP des chiffres du chômage), mais certains rédacteurs préfèrent ne pas rendre publics leurs démêlés avec le troisième étage.
Cachez ces Roms que je ne saurais voir
Le 31 août au matin, les infos sociales envoient un papier annoncé la veille au soir dans ses prévisions et intitulé : Les Roms en France pour « se poser et travailler » comme d’autres migrants. Ce papier était à notre connaissance le premier à parler de cette communauté autrement qu’en termes de sécurité. Il a fallu quatre jours de discussions et d’échanges parfois orageux, de décisions et de contre-décisions, et enfin l’intervention d’un chef de service auprès du directeur de l’Information (!) pour que ce papier passe. Encore a-t-il été édulcoré. (…) Sur l’affaire des Roms toujours, le 10 septembre, le bureau de Rennes a envoyé une dépêche, suivie d’un développement, cosignés de la détachée de Nantes et de la directrice régionale, intitulée Expulsions : les Roms ciblés par une circulaire du ministère de l’Intérieur. On sait que l’histoire fit grand bruit dans la presse et suscita une vive polémique, en France, en Europe et dans le monde. Ces envois ont été retenus pendant trois heures et quart. Une dépêche (et une seule !) est finalement tombée sur le fil à une heure tardive (20H05). Voilà comment la rédaction en chef a banalisé une information sensible, sur laquelle nous étions les premiers. (…) La journée sur les retraites… Ou comment organiser un rideau de fumée. Le rédacteur en chef France a exercé une pression maximale sur le service Infos sociales pour connaître le lead du papier général diffusé en fin de journée, et cela avant même qu’il ait commencé d’être rédigé. Il a modifié l’attaque du papier de sa propre autorité (mais sans mettre ses initiales !), et sans en référer au service concerné. « Je décide, vous exécutez ! » Tout est centré sur la bataille de chiffres entre syndicats et gouvernement, exit les « manifestations imposantes ». Voilà comment on instille la confusion dans l’esprit du lecteur, qui ne sait quoi penser (« p’têt’ ben que c’était un succès, p’têt’ ben que non, va savoir, hein ! »). Il faut se bagarrer pour obtenir que figure au menu un papier donnant la parole aux manifestants (d’autant que la réd’ chef ne veut plus de reportage sur une grosse manifestation). Lors d’une journée d’action avant l’été, les notes des bureaux régionaux répondant à une demande de la réd’ chef sollicitée par le Social sont allées directement au panier, parce que l’officiante du jour dans le bocal ne voyait pas l’intérêt d’un tel papier. (…) l’impasse est faite sur des sujets de fond : toujours pas une ligne sur les fils de l’AFP (et nous savons que ce n’est pas la faute de l’Eco, qui n’en peut mais) concernant le Manifeste des économistes atterrés publié pour le 2e anniversaire de la chute de Lehmann Brothers, rien sur le dernier essai de sociologues et chercheurs reconnus, Monique et Michel Pinçon, Le président des riches. (…) Dans son allure générale, le fil France ressemble de plus en plus à une mutualisation d’infos venues d’autres médias, dont le traitement de l’affaire Woerth-Bettencourt est un parfait exemple. L’AFP a quelques centaines de rédacteurs en France, mais elle en est réduite à citer des médias bien plus petits qu’elle et qui n’existaient pas il y a trois ans. Comme c’est commode ! Et quand certains ramènent des infos après un travail de fourmi, c’est direction poubelle pour ne pas faire de peine à un élu supposé bien en cour à l’Elysée. Nous n’en dirons pas plus, mais la direction sait bien de quoi nous parlons… (…) Contre cette politique de pressions, de défiance et de mise au pas de la rédaction, organisons la résistance ! (…) nous demandons solennellement à la direction de prendre les mesures qui s’imposent pour restaurer de toute urgence un fonctionnement rédactionnel normal, conforme aux missions de l’agence et assurant le respect du pluralisme des sources et des points de vue. Faute de quoi nous proposerons à la rédaction le vote d’une motion de défiance à l’égard de l’ensemble de la hiérarchie rédactionnelle. » L’on reste groggy à la lecture de ce communiqué : c’est donc ainsi que les choses se passent à l’AFP ! Quand on sait à quel point tous les médias s’abreuvent à cette source, le pire est à prévoir concernant la couverture de la future campagne présidentielle. On se souvient d’à quel point Sarkozy avait bénéficié de la complicité des grands médias dans sa victorieuse entreprise de manipulation de l’opinion en 2007. Bis repetita ?
*Relire notre dernier papier sur France 2 : A NOUS de juger sur les retraites : Chabot et Boissonnat, porte-paroles de l’UMP
L’illustration Information libre provient de ZEC plus ultra.




PS : Chat vidéo jeudi 30 septembre à 13 h 45, Eric Woerth répond à vos questions sur la retraite des femmes. Ça se passe ici et nous vous invitons à vous y rendre nombreux, histoire de rire !




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Vendredi 1 Octobre 2010


Commentaires

1.Posté par pistache le 01/10/2010 12:29 | Alerter
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quand on se prend un branlée comme vient de se prendre sarkozy avec les sondages , on se pose des questions ; concernant les médias à la botte de ce faux président , ils travaillent contre eux ; les français ont cette fois ci compris que sarkozy ne leur apportera que des malheurs et rien ne les détournera de cette idée ;

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