Dimanche 21 Mars 2010
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FRANCE
France: Des policiers au-dessus des lois, Retour sur un rapport d’Amnesty InternationalAmnesty International
Lundi 30 Novembre 2009
Après les morts suspectes d’Ali Ziri (69 ans), Hakim Djelassi (31 ans) et Mohamed Boukrourou (41 ans) suite à leur embarquement dans un fourgon de police, et après la médiatisation de l’interpellation brutale et raciste d’Anyss Arbib (21 ans), les grands médias se remettent à évoquer, timidement, le problème de la violence et de l’impunité policière. Nous en profitons, avant que la chape de silence ne retombe comme à l’accoutumée sur cette violence « quasi-légitime », pour livrer quelques éléments au débat, en republiant la présentation d’un rapport réalisé il y a quelques mois par Amnesty International et intitulé : Des policiers au-dessus des lois. /chapo
« Il vaut mieux être policier que simple citoyen. Ils sont couverts. »
L’examen des éléments qui lui étaient soumis a conduit Amnesty International à conclure que les agents de la force publique bénéficiaient couramment, en France, d’une impunité de fait. Dans le rapport, nous avions dégagé plusieurs facteurs qui favorisaient ce climat d’impunité : les lacunes ou les faiblesses de la législation ; l’incapacité ou le manque d’empressement de la police, du ministère public et des tribunaux dès qu’il s’agit de mener des enquêtes exhaustives sur des violations des droits humains impliquant des agents de la force publique et d’en poursuivre les auteurs présumés ; les peines, enfin, sans commune mesure avec la gravité de l’infraction. Amnesty International admet que la tâche des responsables de l’application des lois en France est difficile et dangereuse, qu’elle les expose souvent à des risques importants et que la majorité de ces agents s’acquittent de leurs fonctions de manière professionnelle, dans le respect de la loi. Il n’en demeure pas moins que des erreurs et fautes sont parfois commises, et qu’il est nécessaire de le reconnaître. En cas d’allégation de violations des droits humains, les autorités doivent ouvrir promptement une enquête exhaustive, indépendante et impartiale. Les mesures disciplinaires qui s’imposent doivent être prises, et les agents de la force publique soupçonnés d’actes tombant sous le coup de la loi doivent comparaître en justice dans le cadre d’un procès équitable. Les autorités doivent veiller à ce que les auteurs d’infractions rendent compte de leurs actes et montrer à la population qu’elles y ont veillé. Autrement, la crédibilité des organes chargés de faire respecter la loi en pâtit, à l’instar des relations de ces organes avec la population. Les violences qui ont éclaté à la suite de décès liés à des opérations policières (par exemple les émeutes de novembre 2005 qui se sont produites après la mort de deux adolescents poursuivis par des policiers à Clichy-sous-Bois) en témoignent très clairement. Lors de certaines manifestations pacifiques organisées pour demander justice, par exemple celles qui ont suivi la mort d’Abdelhakim Ajimi à Grasse en mai 2008, on a vu se faire jour des mouvements de colère et de défiance moins spectaculaires mais loin d’être négligeables. Malheureusement, les autorités françaises n’ont appliqué aucune des recommandations essentielles qui visaient à lutter contre les violations des droits humains et le climat d’impunité évoqués dans le rapport publié en 2005 par Amnesty International. Par conséquent, quatre ans plus tard, les problèmes mentionnés en 2005 n’ont toujours pas été réglés. Au fil de ses recherches, Amnesty International a pris connaissance de nouvelles allégations de violations des droits humains commises en France par des agents de la force publique. Les méthodes utilisées pour enquêter sur ces allégations ne sont toujours pas à la hauteur des normes du droit international, et les habitants de la France s’attendent à mieux. Par ailleurs, Amnesty International constate l’accentuation manifeste d’un phénomène inquiétant : les personnes qui protestent ou tentent d’intervenir lorsqu’elles sont témoins de mauvais traitements infligés par des responsables de l’application des lois sont elles-mêmes accusées d’outrage (insulte envers une personne dépositaire de l’autorité publique) ou de rébellion (résistance avec violence envers un représentant de l’autorité). Dans d’autres cas, des personnes qui se sont plaintes d’avoir subi des mauvais traitements sont accusées de diffamation par les agents concernés. Amnesty International pense que ces pratiques peuvent exercer une dissuasion très forte sur les personnes qui essaient d’obtenir justice après avoir été témoins ou victimes de violations des droits humains ; elles risquent donc d’aggraver encore le climat d’impunité actuel. Au cours de ses recherches, Amnesty International a entendu à maintes reprises des victimes et des avocats indiquer qu’ils estimaient avoir des griefs légitimes à l’égard d’un agent de la force publique mais n’avaient pas l’intention de porter plainte, car ils considéraient que les dispositifs d’enquête sur les plaintes (tant au sein des organes chargés de faire respecter la loi que de la juridiction pénale) étaient inéquitables et, partant, inefficaces. Par ailleurs, de nombreuses personnes ne voient pas l’intérêt de faire des réclamations auprès de l’organe de contrôle indépendant, la Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS), étant donné que cette dernière ne peut mettre en œuvre aucune forme de sanction. Si la France veut réellement respecter les obligations découlant des traités internationaux qui lui imposent de prohiber la torture et les autres mauvais traitements et de respecter et protéger le droit à la vie, elle doit prendre des mesures pour réformer ses mécanismes d’enquête sur les allégations de violations des droits humains. Extraits du rapport :
Post-scriptumCe texte est extrait du rapport d’Amnesty International : Des policiers au dessus des lois ?, dont nous recommandons la lecture intégrale. Le rapport est téléchargeable ici. Sommaire du rapport 1. Introduction..................................................................................5 6. Conclusions et recommandations................................................................39
[1] Index AI : EUR 21/001/2005 Pascal Taïs, Abou Bakari Tandia, Abdelhakim Ajimi, L’insécurité dont on ne parle pas
Autres articles
Pascal Taïs, Abou Bakari Tandia, Abdelhakim Ajimi : trois personnes mortes, dans des conditions non-élucidées, après une rencontre avec la police. Un récent rapport d’Amnesty Inrernational intitulé Des policiers au-dessus des lois, revient sur ces trois morts, et sur leur absence de suites judiciaires. Nous avons choisi de republier les trois extraits. /chapo Pascal Taïs Le 1er juin 2006, la Cour européenne des droits de l’homme a rendu son arrêt dans l’affaire Taïs C. France (requête no 39922/03). Elle a jugé que le décès de Pascal Taïs pendant sa garde à vue constituait une violation du droit à la vie garanti par l’article 2 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales (Convention européenne des droits de l’homme, CEDH). La Cour a également conclu qu’en ne menant pas d’enquête effective sur les circonstances du décès, les autorités françaises avaient aussi violé les obligations incombant au gouvernement aux termes de l’article 2.
Le lendemain matin, vers 7 h 30, Pascal Taïs a été retrouvé mort dans sa cellule, gisant dans une mare de sang mêlé d’excréments. Selon le rapport établi après l’autopsie réalisée le jour même, le corps présentait de nombreuses blessures, dont de multiples ecchymoses et érosions sur le visage et sur le corps, deux côtes fracturées et des lésions à un poumon et à la rate. En conclusion, affirmait le rapport, Pascal Taïs était mort d’une hémorragie causée par une lésion de la rate. Une information judiciaire a été ouverte sur le décès, les parents de Pascal Taïs se constituant partie civile. Cependant, le 28 juin 1996, le juge d’instruction a classé l’affaire en déclarant que rien ne permettait d’affirmer que les policiers de garde au commissariat aient été responsables des blessures qui avaient causé la mort de Pascal Taïs, et il a conclu que l’origine des blessures était inconnue. Le 19 juin 2003, la cour d’appel de Bordeaux a confirmé la décision du juge d’instruction. La Cour européenne des droits de l’homme a précisé dans son arrêt que l’État avait l’obligation de protéger la vie des personnes en garde à vue. En l’occurrence, la Cour a noté une discordance entre le certificat médical établi lors du passage de Pascal Taïs à l’hôpital dans la soirée du 6 avril et le constat fait lors de l’autopsie, ainsi qu’une contradiction entre la feuille d’écrou (qui rend compte de la période d’enfermement en cellule de dégrisement) et d’autres descriptions du comportement du jeune homme. Elle a souligné qu’aucune explication plausible n’a été présentée au sujet des blessures (qui ne peuvent être survenues que pendant la détention). La Cour en a conclu que les autorités françaises étaient responsables de la mort de Pascal Taïs et qu’elles avaient violé l’article 2 de la CEDH, qui garantit le droit à la vie. La Cour a ajouté qu’« une réponse rapide des autorités lorsqu’il s’agit d’enquête sur le décès d’une personne détenue, peut généralement être considérée comme essentielle pour préserver la confiance du public dans le principe de la légalité et pour éviter toute apparence de complicité ou de tolérance relativement à des actes illégaux ». Elle a observé que dans l’affaire Taïs c. France, à l’issue de plus de dix ans d’enquêtes menées par les tribunaux nationaux, la cause du décès n’avait toujours pas été établie. Le juge d’instruction n’a entendu les policiers concernés que quatre ans après les faits et a refusé la reconstitution des faits demandée par la partie civile, alors que cela aurait pu aider à établir la cause de la lésion splénique de Pascal Taïs. Aucune déposition détaillée de la compagne de Pascal Taïs n’a été recueillie, alors qu’elle avait été interpellée en même temps que lui et qu’elle était en garde à vue dans le même commissariat la nuit de la mort du jeune homme. La Cour a par conséquent considéré que l’enquête menée par les tribunaux français n’avait été ni efficace ni prompte et que cela constituait en soi une violation des obligations incombant à la France en vertu de l’article 2. Abou Bakari Tandia Abou Bakari Tandia, Malien en situation irrégulière qui vivait en France depuis treize ans, est mort après être tombé dans le coma en garde à vue au commissariat de Courbevoie, en décembre 2004. Plus de quatre ans après, on ignore toujours la cause de sa mort.
Sa famille n’a été informée de son arrestation et de son hospitalisation que le 9 décembre. Ses proches se sont alors rendus à l’hôpital accompagnés d’un représentant du consulat malien, mais ils ont dû attendre encore trois jours avant de voir Abou Bakari Tandia car les deux policiers qui gardaient sa chambre ont affirmé qu’il se trouvait toujours en garde à vue. Les membres de sa famille affirment que, pendant toute la durée de son hospitalisation, les policiers et le personnel médical ne les ont pas tenus informés et les ont traités avec animosité. Quand ils ont demandé à connaître les causes de la mort d’Abou Bakari Tandia, le personnel médical leur aurait répondu de s’adresser à la police. Le rapport d’autopsie attribue le décès à une « décompensation viscérale », mais sans préciser ce qui l’a provoquée. Quand les proches d’Abou Bakari Tandia ont enfin été autorisés à aller le voir à l’hôpital, il était déjà en état de mort cérébrale. Ils ont constaté que son corps était gonflé et que sa poitrine présentait une grande blessure ronde, dont il n’est fait état dans aucun rapport médical. Ils ont aussi constaté l’absence de plaies visibles sur le crâne, alors que la police affirmait qu’il était tombé dans le coma après s’être volontairement frappé la tête contre le mur de sa cellule. Ni le rapport d’autopsie, ni les rapports médicaux des deux hôpitaux où il a séjourné ne font état de blessures à la tête. Dans la nuit où Abou Bakari Tandia a été arrêté et admis à l’hôpital, le procureur de Nanterre a été alerté de son état de santé et s’est rendu sur place. En mars 2005, il a classé l’affaire sans suite, n’ayant trouvé dans le rapport de l’IGS sur cette affaire aucun élément justifiant l’ouverture de poursuites. En avril, la famille d’Abou Bakari Tandia a porté plainte pour « actes de torture et de barbarie ayant entraîné la mort » ; l’affaire a donc été rouverte et confiée à un juge d’instruction en juin. À peu près au même moment, les proches de la victime ont appris que la caméra de surveillance de la cellule d’Abou Bakari Tandia ne fonctionnait pas la nuit de son arrestation parce qu’un détenu en avait arraché les fils.
Fin 2008, une nouvelle enquête de l’IGS ouverte à la demande de l’avocat de la famille a révélé qu’il n’existait aucune trace de panne de la caméra de surveillance de la cellule d’Abou Bakari Tandia, qu’aucun technicien n’était intervenu pour la réparer et que, compte tenu de l’endroit où elle se trouvait dans la cellule, elle était hors d’atteinte de quiconque, et il était impossible d’en arracher les fils. L’avocat a donc porté plainte pour faux témoignage contre le policier qui avait affirmé que la caméra avait été vandalisée par un détenu. Immédiatement après la mort d’Abou Bakari Tandia, l’IGS a demandé son dossier médical à l’hôpital, mais on lui a répondu qu’il avait été perdu. Ce n’est qu’en janvier 2009, lorsque l’avocat de la famille a porté plainte pour « destruction de preuves », que l’hôpital a fourni ce dossier, révélant qu’il avait été égaré puis retrouvé deux mois après la mort d’Abou Bakari Tandia mais que personne n’avait alors contacté la juridiction d’instruction pour l’en informer. De même, en août 2008, des radios et des notes médicales ont été remises au juge d’instruction par le parquet, qui a affirmé qu’elles avaient été rangées par erreur dans un mauvais dossier pendant les trois ans et demi écoulés. Des médecins légistes sont en train d’examiner ces documents médicaux afin d’essayer de déterminer les causes de la mort d’Abou Bakari Tandia. Leurs conclusions sont attendues en mai. Le 24 janvier 2009, lors d’une conférence de presse, l’oncle d’Abou Bakari Tandia a de nouveau réclamé une enquête exhaustive. Il a réfuté une nouvelle fois les affirmations de la police selon lesquelles Abou Bakari Tandia serait tombé dans le coma après s’être infligé lui-même des blessures, déclarant : « S’ils nous avaient dit que c’était un accident, ou qu’il y avait eu des violences, nous aurions compris. Nous sommes des êtres humains. Mais qu’ils ne nous disent pas qu’il s’est frappé la tête contre le mur. Cela n’a aucun sens. Nous voulons juste savoir la vérité pour pouvoir faire notre deuil. » Abdelhakim Ajimi Le 9 mai 2008, Abdelhakim Ajimi est mort à Grasse après avoir été maîtrisé par des policiers lors de son arrestation. Les moyens de contrôle utilisés à son égard semblent avoir été similaires à ceux qui ont causé la mort de Mohamed Saoud en 1997.
D’après les informations publiées dans les médias, plusieurs témoins ont déclaré qu’ils avaient été choqués par la façon dont les policiers traitaient Abdelhakim Ajimi et que la force utilisée contre lui paraissait excessive. Après que le jeune homme eut été menotté, ont précisé ces témoins, il a été maintenu à plat ventre sur le sol par trois policiers pendant une période prolongée. Un témoin affirme que l’un des policiers a donné deux coups de poing à Abdelhakim Ajimi pendant qu’il était plaqué au sol. Un autre policier appuyait sur son dos avec son genou, tandis qu’un troisième pratiquait une clé d’étranglement. Selon des témoins, le visage d’Abdelhakim Ajimi est devenu violacé ; de toute évidence, il ne pouvait pas respirer. Des services de secours sont arrivés sur les lieux et le policier blessé a été conduit à l’hôpital. Toujours selon des témoins, les policiers ont dit aux secouristes qu’il était inutile de s’occuper d’Abdelhakim Ajimi, car ils maîtrisaient bien la situation. Abdelhakim Ajimi a été embarqué dans la voiture de police et emmené au poste, où il a été déclaré mort à 16 h 30. Selon les déclarations de la police, Abdelhakim Ajimi était vivant, mais dans un état de grande faiblesse à son arrivée au poste. Les policiers affirment qu’ils ont tenté de le ranimer mais que leurs efforts et ceux des secouristes appelés au poste sont restés vains. Cependant, plusieurs témoins de son arrestation pensent qu’il était déjà mort quand il a été placé dans la voiture de police. Deux jours après le drame, le préfet des Alpes-Maritimes a fait une déclaration aux médias, dans laquelle il a affirmé : « Aucun élément ne permet actuellement de mettre en cause l’action des fonctionnaires ». Le 13 mai, le procureur de la République à Grasse a néanmoins ouvert une enquête pour « homicide involontaire ». D’après les informations fournies par les médias, le rapport d’autopsie initial n’a pas permis d’aboutir à une conclusion. On y trouvait la double mention de « possibles signes d’asphyxie » et de « possible pathologie cardiaque ». Fin novembre, une expertise médicale a été remise au juge d’instruction. Selon ce rapport, la mort a été causée par une « asphyxie mécanique » due à l’association de la pression prolongée exercée sur le thorax de la victime plaquée au sol et de son étranglement par une clé de bras. Les deux policiers soupçonnés d’avoir tué Abdelhakim Ajimi ont été convoqués devant le juge d’instruction le 16 décembre, mais ils n’ont pas encore été mis en examen. Leur avocat a affirmé qu’ils avaient agi conformément à la formation qu’ils avaient reçue, en utilisant les techniques en vigueur. Tous les policiers impliqués dans l’affaire continuent à exercer leurs fonctions à Grasse tandis que l’enquête se poursuit.
Post-scriptum
Sur « l’affaire Pascal Taïs », on lira aussi la monographie que lui a consacrée Maurice Rajsfus aux Éditions L’Esprit Frappeur. Josyane, Salif, Albertine, Évelyne et Patricia, L’insécurité dont on ne parle pas
Un récent rapport d’Amnesty International dénonce les brutalités policières et leur impunité. Voici quatre exemples de cette insécurité dont les élites gouvernantes et les grands médias ont beaucoup plus de mal à parler que de l’ « incivilité » des « jeunes de banlieue ».
Josyane Ngo Le 17 juillet 2007, en début de soirée, Josiane Ngo, alors enceinte de huit mois, a été interpellée par trois policiers dans le quartier de Château-Rouge, à Paris. Ils lui ont dit qu’elle enfreignait le règlement sur le commerce ambulant, car elle avait disposé des cartons dans la rue. Elle leur a répondu que ce n’était pas le cas et qu’elle ne faisait que livrer des marchandises. Les policiers lui ont demandé ses papiers, mais elle a expliqué qu’elle n’avait pas sa carte de séjour, qui était entre les mains de son compagnon, Souleymane Traoré. Selon le récit fait par Josiane Ngo à Amnesty International, l’un des policiers l’a alors prise par le bras et lui a annoncé qu’ils allaient se rendre au poste de police. Elle lui a demandé de la lâcher et a voulu connaître le motif de son arrestation. L’un des policiers lui a alors donné un coup de poing sur le nez, qui s’est mis à saigner, et l’a poussée, si bien qu’elle est tombée à terre. La scène se déroulait devant une foule rassemblée dans la rue ; plusieurs personnes ont réagi devant la façon dont la police traitait une femme manifestement enceinte. Les policiers ont appelé des renforts. Ceux-ci ont entouré Josiane Ngo, qui était toujours couchée à terre. Le compagnon de Josiane Ngo est arrivé à ce moment. Mais quand il a essayé de remettre la carte de séjour de la jeune femme aux policiers, ces derniers l’ont aspergé de gaz lacrymogène, qui a atteint son fils âgé de trois ans. Josiane Ngo a également respiré du gaz. Les policiers, raconte-t-elle, l’ont forcée à monter dans un car de police en la traînant par les cheveux et l’ont frappée. Un policier se serait assis sur son dos alors qu’elle était allongée sur le sol du véhicule et lui aurait donné des coups de poing sur la tête. Elle ajoute qu’elle a reçu des coups de pieds lorsqu’elle est arrivée au poste de police, où on lui a dit qu’elle serait mise en examen pour outrage. Josiane Ngo a indiqué à Amnesty International qu’elle n’avait pas été autorisée à voir un avocat pendant sa garde à vue, ni à téléphoner. Son compagnon est venu prendre de ses nouvelles et lui apporter ses chaussures (qui étaient restées sur les lieux de son arrestation), mais il rapporte qu’il n’a pas été autorisé à la voir et qu’il n’a obtenu aucune information sur son état. Elle n’a été examinée par un médecin que dans la nuit, à 1 heure du matin. Josiane Ngo a été relâchée par la police le 18 juillet à midi. La procédure engagée contre elle a été classée sans suite. Elle s’est immédiatement rendue dans un hôpital, l’Hôtel-Dieu, pour y consulter un médecin qui lui a accordé dix jours d’incapacité totale temporaire en raison de ses blessures. Le 7 septembre 2007, Josiane Ngo a porté plainte pour mauvais traitements auprès du ministère public. De plus, elle a déposé directement une plainte auprès de l’IGS, et demandé la saisine de la CNDS. En juillet 2008, Amnesty International a appris que le parquet avait classé la plainte sans suite, sans ouvrir d’enquête. La déclaration de Josiane Ngo a été enregistrée sur vidéo par un journaliste du journal français Libération. Salif Kamate Le 26 mai 2007, Salif Kamaté, Malien en situation irrégulière, devait être expulsé de France. Une fois à bord du vol Air France AF796 Paris-Bamako, à l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle, une bagarre a éclaté entre Salif Kamaté et les trois policiers qui l’accompagnaient. En se débattant, Salif Kamaté a mordu l’un des policiers. Il a par la suite été mis en examen pour « violence sur personne dépositaire de l’autorité publique ». Salif Kamaté assure qu’il était monté à bord de l’avion tranquillement et s’était assis à sa place. Il a demandé qu’on lui retire ses menottes ; une policière a accepté à condition qu’il prenne un « médicament ». Elle lui a donné un comprimé et un verre d’eau, puis lui a retiré ses menottes. Salif Kamaté ne connaissait pas la nature du comprimé. Après l’avoir avalé, il a commencé à ressentir des nausées et a demandé à voir un médecin. Sa demande a été refusée. Salif Kamaté s’est alors levé pour attirer l’attention du personnel de cabine et faire appeler un médecin. Les policiers ont alors tenté de le forcer à se rasseoir et la bagarre a commencé. Salif Kamaté a déclaré que deux policiers l’avaient frappé pendant que le troisième tentait de lui attacher les jambes. Un policier le tenait par le cou en l’étranglant. Plusieurs passagers ont protesté et dit aux policiers présents que leur façon de traiter Salif Kamaté était inacceptable. Un témoin, M. D., croyant qu’il s’agissait d’une bagarre entre passagers, leur a demandé d’arrêter. Il dit avoir vu un policier étrangler Salif Kamaté, pendant qu’un autre le tenait par les jambes et le frappait au ventre. Un autre témoin a rapporté les mêmes faits. Les deux témoins ont été surpris de la violence extrême utilisée, pendant un temps prolongé. Au bout de plusieurs minutes, Salif Kamaté, qui souffre d’asthme et de diabète, a eu l’écume aux lèvres, ses yeux se sont révulsés et il a perdu connaissance. Les policiers l’ont transporté hors de l’avion ; une équipe médicale d’urgence s’est occupée de lui à l’extérieur. Après que Salif Kamaté eut débarqué, d’autres policiers sont montés à bord de l’avion et ont demandé à M. D., qui avait été témoin des faits, de les suivre. Il a été conduit au poste de police et informé qu’il risquait d’être poursuivi pour incitation à la rébellion, obstruction à une opération de police et entrave à la circulation d’un aéronef. Au bout d’environ quatre heures, il a cependant été libéré sans que des poursuites soient engagées. Il attribue la rapidité de sa libération à la vaste couverture médiatique de l’affaire, qui a été rapportée presque immédiatement par les médias. Le 29 juin 2007, le tribunal correctionnel de Bobigny a reconnu Salif Kamaté non coupable d’avoir agressé un policier, au motif que la force utilisée par les policiers pour le maîtriser avait été excessive et dépassait les méthodes professionnelles approuvées dans de telles situations, ce qui constituait une agression contre lui. Par conséquent, Salif Kamaté avait agi en état de légitime défense lorsqu’il avait mordu le policier qui l’étranglait. Hormis la déclaration de Salif Kamaté lui-même, il n’était mentionné nulle part que l’un des policiers lui avait donné un tranquillisant, ce qui aurait constitué une infraction grave au règlement. Cependant, le ministère public a interjeté appel de la décision de relaxer Salif Kamaté et, le 18 mars 2008, la cour d’appel de Paris l’a condamné pour blessures volontaires sur un policier. Il a été condamné à cinq mois d’emprisonnement et à une amende de 1 200 euros, à verser directement au policier. L’avocate de Salif Kamaté a déclaré à Amnesty International qu’elle ne savait pas où il se trouvait, car il avait disparu pour ne pas être envoyé en prison. En juin 2007, elle a porté plainte en son nom auprès de l’IGS pour mauvais traitements mais indique qu’aucune suite n’a été donnée à sa démarche. Albertine Sow
D’après les témoignages examinés par Amnesty International, les policiers ont immédiatement menotté Jean- Pierre de façon violente et agressive, car il n’avait pas ses papiers d’identité sur lui. La cousine de Jean- Pierre, Albertine Sow, qui était alors enceinte de six mois, a vu se dérouler la scène par la fenêtre. Selon le récit qu’elle a fait à Amnesty International, elle est sortie pour demander à la police ce qui se passait. Les policiers n’ont pas répondu et, comme elle insistait pour recevoir des explications, l’un des agents s’est adressé à elle en criant, se comportant de manière agressive et menaçante. Il lui a dit de s’en aller, sans quoi il la frapperait. Albertine a demandé au policier de se calmer, mais il l’a bousculée agressivement et elle a essayé de se défendre. Au cours de l’altercation, elle a déchiré le tee-shirt du policier, qui lui a donné un coup de poing sur la bouche. L’autre policier, bien qu’apparemment choqué par le comportement de son collègue, n’a rien dit. À ce moment, le frère d’Albertine Sow, Yenga Fele, est arrivé en courant, ayant vu ce qui se passait depuis un immeuble voisin, et a demandé au policier s’il se rendait compte qu’il venait de frapper une femme enceinte. D’après les témoins, l’un des policiers aurait demandé à l’autre s’il devait asperger le jeune homme de gaz lacrymogène, et obtenu une réponse affirmative. Lorsque Yenga Fele a répété sa question, le policier a fait usage de gaz lacrymogène contre lui et Albertine Sow. D’autres policiers sont arrivés à ce moment-là ; Albertine Sow et Yenga Fele ont alors été frappés à coups de matraque. Albertine Sow, dont la grossesse était pourtant visible, a reçu un coup de matraque près du bas-ventre. Selon son récit à Amnesty International, elle est tombée et a perdu connaissance. Lorsqu’elle a repris connaissance, elle était, déclare-t-elle, couchée sur le ventre, menottes aux poignets. Comme elle s’était blessée à la tête en tombant, une policière a demandé qu’on lui enlève les menottes. Elle a été conduite à l’hôpital Lariboisière, où elle est restée sous surveillance policière pendant quarante-huit heures, accusée de « violences en réunion » contre les policiers. Elle s’est vu reconnaître une incapacité totale temporaire de trois jours et, après cet épisode, elle a commencé à ressentir des contractions ; elle a toutefois accouché à terme d’une fille, Safi-Jeanne. Son frère, Yenga Fele, lui aussi interpellé, a passé plus de trois mois en détention provisoire. Selon la version des faits donnée par les policiers concernés, Albertine Sow serait intervenue violemment pour les empêcher d’arrêter Jean-Pierre, aurait injurié les policiers et se serait jetée sur l’un d’entre eux, en déchirant son tee-shirt, en lui donnant des coups de pied dans la jambe et en le griffant au visage. Toujours selon les policiers, lorsque Yenga Fele est arrivé, il aurait enlevé son tee-shirt et menacé de tuer les policiers avant de s’en prendre à eux. Selon cette version des faits, Yenga Fele, Albertine Sow et Jean-Pierre avaient continué à les agresser et ils avaient dû se servir de leurs matraques et de gaz lacrymogène pour se défendre. Après l’arrivée des renforts de police, Albertine Sow, « hystérique », se serait jetée sur un autre policier qui était couché par terre, évanoui, elle aurait essayé de lui arracher ses vêtements et aurait tenté de le frapper. Toujours selon ce récit, ce policier se serait défendu en lui donnant un coup de matraque, et elle aurait alors été interpellée. Le 19 août, le procureur de Paris a ouvert une enquête concernant Yenga Fele et Albertine Sow, accusés de « violences en réunion » contre les policiers. Le 28 août 2006, Albertine Sow a porté plainte contre les policiers auprès de l’IGS, pour mauvais traitements. Le 21 septembre 2006, elle a également déposé une plainte pénale pour mauvais traitements auprès du tribunal de grande instance de Paris. Cependant, malgré les nombreux témoignages (dont celui de Halima Jemni, conseillère régionale et de l’arrondissement, qui a témoigné de l’« insolence » des policiers présents) et les certificats médicaux présentés à l’appui de sa plainte, le dossier a été classé sans suite le 27 novembre, par décision du procureur, l’examen de cette procédure n’ayant pas, selon le procureur, « permis de caractériser suffisamment l’infraction ». Quant au rapport présenté par l’IGS sur les faits, il indiquait : « Mme Sow a elle-même généré la situation qu’elle dénonce. Sa démarche auprès de l’inspection générale des services, avec en filigrane, un climat de menaces et intimidations sur les victimes, s’inscrit dans le cadre d’une démarche reconventionnelle. » Le rapport a servi d’élément de preuve dans l’information judiciaire contre Albertine Sow. Albertine Sow, dont la plainte avait été classée sans suite par le procureur en 2006, a cependant été convoquée le 19 novembre 2008 devant un juge d’instruction qui avait visiblement rouvert ce dossier. Elle s’est présentée à ce juge qui a procédé à son audition, mais elle n’a pas eu de nouvelles de sa plainte depuis lors. Le juge lui aurait laissé entendre au cours de l’audition que l’enquête aboutirait sans doute à un non-lieu faute de preuves. Alors que le parquet avait recommandé sa relaxe, le 27 janvier 2009, Albertine Sow a été reconnue coupable d’avoir agressé les policiers et s’est vu infliger une peine d’un mois d’emprisonnement avec sursis. Son frère Yenga Fele a été condamné à six mois d’emprisonnement et à verser à chacun des policiers une somme de 1 500 euros en réparation du préjudice subi. Ils ont interjeté appel de ce jugement. Évelyne et Patricia
Évelyne dit s’être mise à pleurer et avoir demandé au policier pourquoi il se conduisait d’une manière aussi agressive. Sans répondre, il lui a passé des menottes aux poignets et l’a emmenée dans le véhicule de patrouille. Patricia est sortie de la voiture et a demandé au policier de ne pas se montrer aussi violent ; ce dernier, au lieu de lui répondre, lui aurait donné un coup de poing dans le bras. Deux autres policiers l’auraient alors attrapée fermement, tandis que le policier X lui remettait un éthylotest et lui criait de souffler dans le ballon. Elle a obtempéré ; le résultat était positif, mais elle a alors tenté d’expliquer qu’elle n’avait pas pris le volant. Le policier X a regagné la voiture de police. Patricia dit avoir entendu Évelyne hurler qu’il la frappait à la tête ; Patricia s’est donc dirigée vers le véhicule pour voir ce qui se passait. Selon elle, le policier X l’a attrapée par le cou et l’a traînée jusqu’à sa propre voiture, puis il l’a poussée violemment contre le véhicule et il a regagné sa voiture de service. Patricia a demandé à un autre policier de l’aider, mais il n’aurait pas répondu. Lorsqu’elle a tenté d’utiliser son téléphone portable, il lui a pris son appareil. Le policier X l’aurait ensuite menottée et fait asseoir sur le trottoir en attendant l’arrivée d’une autre voiture de police, qui l’a conduite au poste. Quand Évelyne est arrivée au poste de police de la rue des Orteaux, elle était, dit-elle, blessée à la bouche, aux épaules et au dos, et incapable de marcher seule. Son chemisier était arraché et sa poitrine, partiellement découverte. Patricia raconte qu’elle a vu les policiers faire avancer Évelyne en la poussant si fort qu’elle est tombée par terre. Enfin, les deux femmes ont été assises sur un banc l’une à côté de l’autre. Les policiers ont décrit Patricia, ressortissante espagnole qui ne parle pas bien le français, comme une « Espagnole de merde ». Quant à Évelyne, ils l’ont qualifiée de « vieille pute, en plus de lesbienne ». Ils ont tenu à propos des deux femmes des propos insultants à caractère homophobe. Évelyne étant physiquement mal en point, un policier a ordonné qu’elle soit conduite à l’hôpital. Selon le récit de Patricia, elle est restée seule au poste de police, le poignet menotté à un banc. Elle aurait demandé en espagnol et en français l’autorisation de téléphoner, mais les policiers lui auraient répondu qu’ils ne parlaient pas espagnol et qu’ils ne comprenaient pas son français. Après une nuit passée au poste de police, Patricia a été conduite à l’hôpital le lendemain matin. Là, on a mesuré sa tension artérielle. Elle précise qu’aucun médecin n’a examiné ses blessures. Elle a ensuite été ramenée au poste et interrogée. Elle a demandé à bénéficier de la présence de son avocat, mais les policiers ont refusé. Elle a fait une déposition qui a été traduite par un policier. On lui a dit de signer le document, alors qu’elle a précisé qu’elle ne pouvait pas le lire (puisqu’il était rédigé en français). Patricia assure qu’elle n’en a pas reçu de copie. Les policiers lui ont infligé une amende, le motif donné étant « piéton ivre sur le trottoir ». Elle a été libérée vers 14 heures, sans constat officiel de sa garde à vue. Quelques heures plus tard, Évelyne a été mise en examen pour outrage, rébellion et conduite en état d’ivresse, puis relâchée. Elle a déclaré à Amnesty International qu’après s’être rendue à l’hôpital pour faire traiter ses blessures, elle avait été reconnue atteinte d’une incapacité totale temporaire de vingt et un jours. Quelques jours plus tard, Évelyne et Patricia ont porté plainte auprès de l’IGS pour les faits dont elles avaient été victimes. En janvier 2008, les deux femmes ont été convoquées devant l’IGS pour une audition en présence des policiers accusés. Selon leur témoignage à Amnesty International, 10 agents de police étaient présents. On leur avait demandé de se présenter séparément à l’audition, ont-elles précisé, et elles ne pouvaient pas bénéficier de la présence de leur avocat. Évelyne a identifié deux des policiers accusés et Patricia, quatre. Selon elles, les six autres policiers n’avaient pas participé à l’épisode. En raison de la peur que leur inspirait encore la police, elles ont demandé que les policiers se présentent séparément, plutôt qu’en groupe, mais leur requête a été rejetée. Évelyne a rapporté à Amnesty International que les policiers parlaient constamment entre eux durant l’audition et qu’elle avait vu l’un des policiers quitter le bâtiment pour téléphoner, puis modifier sa déclaration au retour. À la fin de l’audition, a indiqué Évelyne, les deux femmes estimaient que la procédure avait été inéquitable, intimidante et empreinte de partialité en faveur des policiers. La procédure sur la plainte de mauvais traitements a été classée sans suite par le procureur en septembre 2008, malgré l’existence de certificats médicaux et de photographies qui confirmaient les déclarations d’Évelyne. L’avocat d’Évelyne a ensuite porté plainte avec constitution de partie civile, ce qui entraîne la réouverture du dossier et son examen par un juge d’instruction. À la date de la publication du présent rapport, aucune suite n’avait été donnée. Le 4 décembre 2008, Évelyne a été traduite devant un tribunal pour outrage, rébellion et conduite en état d’ivresse. Quand la juge a présenté les faits, a-t-elle expliqué à Amnesty International, celle-ci s’est rendu compte que de nombreuses informations ne figuraient pas au dossier. Évelyne a donc donné sa version des faits à la juge. La magistrate s’est aperçue qu’elle n’avait pas la copie de nombreux documents, dont le rapport de l’IGS, les certificats médicaux d’Évelyne, les photographies de ses blessures. Elle a ordonné le renvoi de l’affaire à une date ultérieure, lorsque des éléments supplémentaires lui auraient été soumis. Post-scriptumCe texte est extrait du rapport d’Amnesty International : Des policiers au dessus des lois ?, dont nous recommandons la lecture intégrale. Le rapport est téléchargeable ici.Fatimata M’Baye, Lamba Soukouna, L’insécurité dont on ne parle pas
Un rapport récent d’Amnesty International dénonce l’impunité dont bénéficient en France une part importante des violences policières, qu’il s’agisse de coups et blessures ou d’homicides. Il met également en cause le recours aux poursuites pour outrage ou rebellion ou violences contre les témoins de leurs violences, afin de se protéger contre toute mise en cause. Voici deux exemples.
Fatimata M’Baye
Le 11 mars 2008, Fatimata M’Baye a embarqué à bord du vol 765 d’Air France au départ de l’aéroport Charles de Gaulle et à destination de Nouakchott, en Mauritanie. Elle a remarqué que plusieurs policiers étaient à bord, mais cela ne l’a pas intriguée davantage jusqu’à ce qu’elle et les autres passagers entendent les appels au secours d’un homme au fond de l’avion. Celui-ci criait : « Aidez-moi, s’il vous plaît, ils vont me tuer, détachez-moi ! » Fatimata M’Baye raconte qu’elle a alors vu un jeune homme les bras sanglés le long du corps au moyen d’une ceinture, entravé par des agents de la Police aux frontières (PAF) qui essayaient de le faire taire. Elle et un autre passager, un médecin, ont demandé aux policiers de détacher cet homme, protestant contre les traitements inhumains et dégradants qui lui étaient infligés. Le commandant de bord a demandé aux policiers de détacher le jeune homme car c’était interdit pendant les vols. Comme ils refusaient, il leur a ordonné de descendre de l’avion. Les passagers l’ont alors applaudi. Quelques minutes plus tard, une vingtaine d’autres policiers sont montés dans l’avion, et l’un d’eux a ordonné à Fatimata M’Baye et au médecin de descendre. Fatimata M’Baye a répondu qu’elle n’en ferait rien tant qu’on ne lui aurait pas expliqué pourquoi. Le policier lui aurait alors répondu qu’il « avait les moyens de
Post-scriptumCe texte est extrait du rapport d’Amnesty International : Des policiers au dessus des lois ?, dont nous recommandons la lecture intégrale. Le rapport est téléchargeable ici.Justice pour Hakim Djelassi, Mort après avoir rencontré la police
Par Collectif pour la Justice, 26 novembre
Personne ne sait réellement ce qui s’est passé durant le voyage mortel d’Hakim dans le fourgon de Police. Une marche pacifique a eu Lieu à Lille Mardi 29 septembre à 10h00 jusqu’au palais de justice de Lille. La famille a été reçu par l’adjoint du procureur : le parquet de Lille a précisé que l’autopsie ne permet pas d’identifier de causes évidentes de la mort. Et d’ajouter que l’examen exclut aussi la présence de « traumatismes internes ou externes » qui auraient pu entraîner le décès. Plus simplement, l’autopsie n’aurait pas révélé de coups (a fortiori donnés par les policiers) directement responsables du décès du jeune homme. « C’est trop tôt pour le dire avec certitude », a précisé l’avocat de la famille, pour qui toutes les hypothèses restent ouvertes. Que s’est-il réellement passé ? Trop de flou entoure les circonstances de ce drame. En effet, de nombreuses questions restent sans réponses et l’enquête ne devrait éluder aucune d’entre elle. Les membres du collectif sont décidés à se battre aux côtés de la famille pour exiger que toute la lumière soit faite sur la mort d’Hakim. Le collectif considère que trop d’incohérences entourent l’enquête préliminaire et que ceci est de nature à compromettre sérieusement la véracité des faits. Par ailleurs, le collectif dénonce la multiplication des homicides « excusables » dans un climat de contrôle social extrêmement tendu. Dans notre beau pays des « droits de l’homme ». Trop nombreuses sont les interpellations qui finissent par la mort d’êtres humains à qui l’on nie les droits les plus élémentaires : le premier d’entre eux, le droit à la vie ! Dans un contexte de délabrement social symptomatique d’une société à bout de souffle, les liens qui unissent les hommes entre eux se désagrègent inexorablement. Nous affirmons avec force que la justice n’appartient à aucune classe, « caste » ou catégorie d’individus et que l’on ne peut réduire ainsi la mort d’un être humain à un épiphénomène comme appartenant à l’ordre des choses. Personne ne peut l’accepter ! C’est insupportable ! A ce jour l’enquête est toujours en cours. Nous avons dans l’espoir que Justice soit rendue devant les juridictions compétentes et nous avons besoin de toutes et de tous sans exclusive.
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