Politique Nationale/Internationale

France : Cascade de défections et virage à droite du Parti socialiste


Par Antoine Lerougetel


Antoine Lerougetel
Samedi 15 Septembre 2007

La défaite du Parti socialiste (PS) aux élections présidentielles puis législatives de mai et juin dernier ont mis le parti en plein désarroi. Confronté à une profonde crise interne, le PS a réagi en amorçant un virage à droite encore plus prononcé.

Une section du parti est en train de déserter, tête baissée, dans le camp du président Nicolas Sarkozy, dirigeant du parti de droite gaulliste UMP (Union pour un mouvement populaire.) Cela ne se limite pas aux personnalités en vue du PS qui ont accepté des postes dans le gouvernement de Sarkozy et des postes dans des commissions gouvernementales, mais on compte aussi des défections dans de plus bas échelons du parti.

L’ensemble du groupe PS du conseil municipal de Mulhouse (dans l’est de la France), à l’exception d’un seul conseiller, sera sur la liste UMP aux prochaines élections municipales de 2008. Le PS a dû disperser sa section de Mulhouse et présenter une autre liste, conduite par son unique conseiller restant. Le maire PS en place, Jean-Marie Bockel, fait partie de ceux qui ont rejoint le gouvernement de Sarkozy dans lequel il occupe le poste de ministre de la coopération. Bockel a déclaré qu’il a « beaucoup plus de points d’accord avec le gouvernement actuel » qu’avec le Parti socialiste.

Une autre section du PS, conduite par la candidate présidentielle Ségolène Royal et les soi-disant rénovateurs, cherche à faire du PS un parti bourgeois conservateur de plus, en alliance avec François Bayrou et son MoDem (Mouvement démocratique) de centre droit. Cette faction propose de changer le nom du parti en abandonnant toute référence au socialisme.

Il y a enfin ceux qui entourent le premier secrétaire, François Hollande, qui bien qu’il n’ait aucun désaccord politique majeur avec Royal ou ceux qui désertent pour le camp Sarkozy, pensent que l’étiquette « socialiste » ne devrait pas être abandonnée.

L’université d’été annuelle du parti, discussion de trois jours qui s’est tenue du 31 août au 2 septembre à la Rochelle et qui a réuni plus de 1000 membres du parti, a fourni l’occasion de mettre sur la place publique la désintégration du parti.

Il n’y a pas eu de discussion ou de débat sérieux sur la vague de défections dans le camp Sarkozy des personnalités du parti. De nombreux poids lourds du parti, tels Laurent Fabius (ancien premier ministre), Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn (proposé par Sarkozy pour diriger le Fonds monétaire international) ne se sont même pas donné la peine d’y assister.

Michel Rocard, le dernier en date à accepter de travailler avec Sarkozy dans une commission gouvernementale sur la politique éducative, était présent à l’université d’été et, mis à part quelques sifflets de l’assistance, il a reçu un accueil plutôt chaleureux. Et tout cela se passe au moment où le gouvernement accélère ses attaques sur les droits démocratiques et sociaux en général, et plus particulièrement dans l’éducation.

Libération rapporte que lorsque Rocard s’est levé pour prendre la parole lors d’un atelier, « la moitié de la salle hue, l’autre l’applaudit. » L’article poursuit, « André, la soixantaine, militant du Rhône, saisit le micro et demande des comptes : "Que va-t-on faire pour balayer les traîtres qui sont chez nous ?" A la tribune, tous font le dos rond. »

Dans son discours de clôture, le dirigeant de nom du PS, Hollande, a résumé l’état dans lequel se trouve le parti: « Je connais tous nos défauts, les divisions artificielles, les compétitions d’orientation, les indisciplines, les égotismes, le manque de rigueur…Nous sommes dans une perpétuelle mauvaise conscience, dans l’équilibrisme, le ni-ni ou dans les formules incantatoires. »

Un député PS du parlement européen, Vincent Peillon, a parlé de « La gauche dans l’état où nous la trouvons aujourd’hui, divisée, fragilisée, repliée, méfiante et sans perspective réelle novatrice et mobilisatrice. »

L’éditorial du Monde du 27 août disait, « Le Parti socialiste est en pleine dépression… il souffre d’une triple panne, de leadership, de stratégie et de projet. » Et de poursuivre, « Ses courants, qui ont longtemps vivifié les débats internes, sont sclérosés et atomisés. Ses alliés historiques, communistes et Verts, sont plongés dans une introspection encore plus morbide. »

L’éditorialiste exprimait ses craintes pour la stabilité de la démocratie parlementaire en ces termes, « Il n’y a pas de bonne démocratie sans alternance. Cela suppose une opposition dynamique et crédible. »

Un appui du régime capitaliste

Le Monde exprime la peur que le quasi-effondrement du Parti socialiste ne crée un vide dans lequel pourrait s’engouffrer un mouvement de la classe ouvrière qui échappe aux canaux politiques traditionnels et assume une trajectoire révolutionnaire.

Depuis sa formation en 1969 par le regroupement de plusieurs tendances sociales-démocrates et la prise de direction de François Mitterrand en 1971, le PS a servi d’appui essentiel pour le maintien du régime capitaliste en France qui avait été profondément ébranlé par la révolte étudiante et la grève générale des travailleurs en 1968. Mitterrand avait créé les conditions permettant au Parti communiste stalinien, qui avait depuis longtemps abandonné une perspective révolutionnaire, mais jouissait encore du soutien considérable de la classe ouvrière, de s’intégrer au gouvernement.

Mais la capacité de cette « gauche » officielle à contrôler et désorienter la classe ouvrière, en étroite collaboration avec les syndicats, n’est plus ce qu’elle était.

Comme Henri Emmanuelli, dirigeant de « l’aile gauche » du parti l’a fait remarquer avec irritation lors d’un échange à la Rochelle, le PS a officiellement adopté le marché capitaliste dès 1983, juste après que Mitterrand ait été élu président pour la première fois.

Le Monde rapporte: « Les socialistes se disent excédés de l’éternel "procès" qui leur est fait sur leur acceptation de l’économie de marché. "Ils l’ont fait, que nos contempteurs prennent note, le vendredi 23 mars 1983 à 11 heures du matin", s’est agacé Henri Emmanuelli, député des Landes, "en acceptant après un vif débat, de rester dans le système monétaire européen, matrice du futur euro, et en mettant en œuvre un plan d’austérité sévère. " »

La politique droitière des gouvernements successifs conduits par le PS a miné de façon continue l’influence du PS et de ses alliés du Parti communiste et des syndicats. En 2002, après avoir dirigé le gouvernement pendant cinq ans en qualité de premier ministre, Lionel Jospin, le candidat du PS, avait subi une défaite humiliante au premier tour des élections présidentielles, arrivant en troisième position après le président sortant, le gaulliste Jacques Chirac et le candidat du Front national Jean-Marie Le Pen.

Cette année, la candidate présidentielle du PS Ségolène Royal a fait campagne sur un programme qui était, en grande partie, difficile à distinguer de celui de Sarkozy. C’était un programme anti-immigrés, nationaliste, militariste et insistant sur la nécessité pour la France de maintenir son arsenal nucléaire. Royal proposait de placer les jeunes délinquants sous le contrôle de l’armée et insistait pour qu’il n’y ait pas de « droits sans devoirs », ce qui est un appel à obliger les chômeurs à accepter le travail qu’on leur propose sous peine de perdre leurs allocations, et représente depuis longtemps un slogan de prédilection de Sarkozy.

A l’université d’été du PS, Royal et ses partisans ont non seulement défendu la campagne électorale droitière de cette dernière, mais ont aussi longuement glorifié le programme politiquement réactionnaire et socialement répressif de Sarkozy.

Manuel Valls, le leader des rénovateurs a dit: « Nous pouvons faire un bout de chemin avec la majorité à condition qu’elle nous entende sur des sujets qui peuvent faire consensus. Je pense aux moyens qu’il faut donner à la justice, à la lutte contre la criminalité ou encore au dossier de l’immigration. » Se faisant l’écho de Sarkozy et Royal, il a dit que le Parti socialiste devrait « admettre définitivement » le fait d’être dans une économie de marché et dire également qu’ils ne sont pas favorables « à une société de l’assistanat ».

Royal est d’accord avec Valls, comme le démontre un discours qu’elle a prononcé quelques jours auparavant à Melle. Elle a fortement encouragé les partisans à ne pas « caricaturer le pouvoir, » et déclaré, « il y a dans ce nouveau pouvoir une sincère volonté de réforme… et qu’aujourd’hui la majorité de nos concitoyens le reconnaissent ».

Royal a poursuivi en critiquant le gouvernement par la droite, l’accusant de ne pas aller assez loin : « Mais annoncer la réforme, ce n’est pas l’accomplir. » Elle a critiqué le fait que les 110 propositions en faveur des entreprises et pour lever les freins à la croissance, rédigées par l’ancien directeur général du Fonds monétaire international Michel Camdessus, et dont Sarkozy a dit qu’il était son livre de chevet durant la campagne électorale, ont été supplantées par d’autres.

Elle s’est plaint de ce qu’on n’accordait pas de fonds suffisants à la sécurité et à la construction de prisons. Elle a pris la défense de la loi sur le service minimum de Sarkozy, qui représente une attaque contre le droit de grève, tout en accusant Sarkozy de mener une « politique qui, pour l’instant, ne prépare pas la France et les Français à relever le défi de la croissance et de la mondialisation », ainsi que de la dette nationale.

Déclarant que « notre pays prend du retard », elle s’est plaint qu’« il y a un risque d’immobilisme », et a fortement encouragé « Nicolas Sarkozy et son gouvernement, au-delà des annonces et des lois sans moyens, [à] maintenant prendre leurs responsabilités et réformer en profondeur pour faire revenir la croissance. Le rôle de la gauche c’est de pousser à agir et dans le bon sens et sans tarder. » Tel est le sens de sa déclaration selon laquelle il faut que « nous nous comportions comme si nous étions en responsabilité ».

A la Rochelle, Royal a exprimé son soutien à l’impérialisme américain en Irak en faisant les louanges du « remarquable » rapport James Baker et les positions « fermes et courageuses » prises par la présidente démocrate de la Chambre des représentants Nancy Pelosi, qui a, en fait, immanquablement soutenu le financement de l’occupation néocoloniale de l’Irak.

Jean-Marc Ayrault, partisan de Royal et président du groupe PS à l’Assemblée nationale, a attaqué, tout à fait dans le style de Sarkozy, l’égalitarisme et a ciblé les sections les plus déshéritées de la société. Il a déclaré, « Là où les catégories populaires demandent la reconnaissance de leurs efforts, de leurs mérites et de leurs aspirations à évoluer socialement, nous avons trop souvent assimilé la politique sociale à la lutte contre l’exclusion. » Il a appelé à un allongement des années de travail avant d’avoir le droit de toucher sa retraite et a accusé « le poids toujours croissant des dépenses qui assaillent notre protection sociale et sont une cause de notre atonie économique ».

Des désaccords tactiques

Les adversaires de Royal, conduits par son ancien compagnon Hollande, sont pour une grande part d’accord avec sa perspective politique. Hollande a soutenu de façon explicite son discours de Melle, cité plus haut. Il a dit, « son discours était parfaitement en phase avec ce que je pense ». Il a rejoint l’offensive de Sarkozy contre la semaine de 35 heures et les droits de retraite en déclarant, « La France doit globalement travailler plus… Le temps n’est plus à la diminution uniforme du travail. »

L’essentiel des dissensions politiques au sein du PS, mis à part les récriminations personnelles et les règlements de compte, est de nature tactique. Le groupe autour de Royal préfère abandonner toute référence au socialisme et est en faveur d’une alliance avec le MoDem (Mouvement démocratique) de centre-droit de François Bayrou, alors que certains de ceux qui restent à la direction préfèrent conserver la référence au socialisme et poursuivre l’alliance avec les anciens partenaires de coalition, c’est-à-dire le Parti communiste, les Verts et le PRG (Parti républicain de gauche), dont aucun n’a obtenu plus d’un ou deux pour cent des voix aux dernières élections.

Hollande a défendu l’adhésion nominale au socialisme et la conservation de l’actuel nom du parti au motif que quelqu’un d’autre pourrait s’engouffrer dans le vide. D’après le Nouvel Observateur, « Il s’est référé à une remarque de François Mitterrand "pleine de sagesse" : "Réfléchissez bien, ça fait cent ans que nous essayons d’imposer la marque. Si nous laissons tomber, il y en aura bien un pour la ramasser" aurait dit l’ancien président. »

Cependant maintenir la « marque » est rendu quasiment impossible du fait du besoin obsessionnel des dirigeants PS de nier leur opposition au marché capitaliste, d’exorciser constamment le spectre qui les hante, celui d’une économie planifiée et d’un socialisme authentique.

Tout comme Emmanuelli, Hollande a ressenti le besoin de se plaindre de ce que « Cela fait vingt-cinq ans qu’on nous explique que le parti doit faire son aggiornamento sur le marché … ainsi je ne peux pas accepter l’incantation sur le capitalisme … on ne va pas raconter des histoires, dire qu’à l’horizon de cinq ou dix ans si on est au pouvoir on va en terminer avec le capitalisme… c’est ça qu’il faut expliquer : c’est fini le grand soir… »

Rocard, sans être contredit par les « socialistes » présents l’a dit de façon plus succincte: « Politiquement nous sommes des libéraux. »

La question de savoir avec qui faire alliance et comment être populaire tout en proposant une politique qui ne diffère pas fondamentalement de celle de l’UMP et de Sarkozy est ressentie de façon très aigue par ceux qui se présentent devant les électeurs aux élections municipales de mars 2008. Cela a représenté un facteur important dans les débats du rassemblement du PS.

De nombreux membres du PS sont des représentants du gouvernement ou de la municipalité et s’inquiètent de savoir quels accords locaux leur permettront d’être élus aux postes lucratifs à pourvoir parmi les quelque 36 000 communes.

Assistait aussi à l’université d’été du PS un représentant de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), parti qui a annoncé son intention de se transformer en un large parti « anticapitaliste ». Jean-Marie Benaben, collaborateur étroit du porte-parole de la LCR Olivier Besancenot, a participé à une table ronde organisée par le Mouvement de la jeunesse socialiste (MJS). Libération a rapporté qu’« il a été applaudi quand il a déclaré "nous avons lutté ensemble dans la rue" contre le Contrat nouvelle embauche ».

La présence de Benaben confirme que, mis à part le ravalement de façade, la LCR continuera à présenter le PS comme faisant partie intégrante de la gauche et continuera à fournir au PS une couverture et une crédibilité de gauche en participant avec lui à des protestations sur des questions ponctuelles.

http://www.wsws.org http://www.wsws.org



Samedi 15 Septembre 2007


Commentaires

1.Posté par Anton le 15/09/2007 17:14 | Alerter
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