Palestine occupée

Formation Du Cabinet Ministériel Libanais : Entente Nationale Avec Un Partenaire Incontournable, Le Hezbollah.


Dans la même rubrique:
< >

Contrairement à la désinformation circulant dans les médias occidentaux dont Bakchich*, le Hezbollah en modérant ses ambitions politiques et en jouant la carte de l'unité nationale sort renforcé des dernières élections. Compte rendu par Sami Moubayed, analyste politique syrien, de la formation du cabinet ministériel libanais.


Dimanche 2 Août 2009

Formation Du Cabinet Ministériel Libanais : Entente Nationale Avec Un Partenaire Incontournable, Le Hezbollah.

De larges sourires entourent la formation du cabinet libanais

Damas - Après une longue période de délai, mercredi dernier on a annoncé à Beyrouth que le premier ministre désigné du Liban, Saad Hariri, avait réussi à former un cabinet d'union nationale qui comprend deux membres du Hezbollah.

Bien que les noms n'aient pas encore été officiellement annoncés, ils le seront le 1er Aout 2009. Des alliés de la Syrie, de l'Iran, de l'Arabie Saoudite, de la France et des US seront tous inclus dans le cabinet d'Hariri. Beaucoup pensent que cette percée est le résultat direct de l'amélioration des relations entre la Syrie et l'Arabie Saoudite d'un côté, et de celles de la Syrie et des US de l'autre.

Cela survient seulement quelques jours après que Georges Mitchell, l'envoyé spécial pour le Moyen Orient du président Barack Obama ait accompli une visite réussie en Syrie et l'annonce que les US levaient quelques sanctions contre la Syrie ( La majeure partie des sanctions restent en vigueur selon ce que vient de décider Obama, donc ce point est à relativiser ndlt) imposées par l'ancienne administration US de George W. Bush en 2004.

Cette semaine, Mitchell a rencontré le président syrien Bashar al-Assad et a décrit l'entretien comme "positif". Le même jour, le porte parole du département d'état, Andrew J. Laine, a dit que les US avaient décidé d'exempter la Syrie des sanctions " liées aux technologies de l'information et aux équipements de télécommunications et aux pièces et composants liés à la sécurité civile de l'aviation".

La réduction des sanctions comme prélude à l'amélioration des relations US Syrie a été discutée pendant des mois. Les US ont pris l'initiative en Juin en annonçant qu'ils envoyaient un ambassadeur à Damas pour prendre le poste resté vacant, sur ordre de Bush depuis 2005.

Et maintenant il y a une avancée politique au Liban qui satisfait les US. Hariri, 39 ans, était absolument déterminé à former son cabinet. C'est sa première tentative comme premier ministre, et comme tout politicien ambitieux il ne voulait pas échouer.

Refuser une offre du président Michel Suleiman aurait été catastrophique pour sa carrière politique, de même que tout échec pour rassembler tous les partis dans la formation du cabinet car sans le Hezbollah c'est l'assurance que ce cabinet courre à l'échec dés le premier jour.

Pendant un mois, Hariri n'a pas réussi à rallier le Hezbollah à cause de la question controversée du pouvoir de veto qu'ils voulaient dans le gouvernement. L'opposition menée par le Hezbollah, qui contrôle 57 sièges au parlement, demandait un pouvoir de veto "d'1/3 de blocage" ce qui lui fournirait le droit de fait obstruction à toute législation sensible, spécialement celle liée aux armes du Hezbollah, et le tribunal international crée pour s'occuper du meurtre de l'ancien premier ministre libanais, Rafik Hariri, à Beyrouth en 2005.

Des sources dans la coalition d'Hariri pro occidentale du 14 Mars ont accusé le Hezbollah du blocage, certains même affirmant que puisque l'opposition n'avait pas une majorité au parlement, elle ne pouvait avoir de pouvoir de véto dans le prochain cabinet.

Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a répliqué vendredi dernier, niant que la question du "dilemme du 1/3 de blocage" soit à l'origine du retard pris dans la création du cabinet. Mais, en réalité, le Hezbollah s'inquiétait d'une nouvelle crise avec Hariri, spécialement après la publication d'un article dans le journal allemand, Der Spiegel, affirmant sans ménagement que des membres du Hezbollah étaient impliqués dans l'assassinat de Rafik Hariri, le père de Saad.

Saad Hariri et son équipe ont essayé en 2006-2007 de s'attaquer à la question de l'armement du Hezbollah, affirmant qu'ils voulaient imposer la Résolution 1559 du CSONU de 2004 qui, entre autres choses, appelait au " démantèlement et désarmement de toutes les milices libanaises et non libanaises."

Nasrallah avait même accusé Hariri, juste après la guerre Hezbollah Israël de 2006, d'avoir encouragé les US et Israël à continuer sa guerre contre le Liban, dans le but de détruire la résistance libanaise. A un moment donné, en Mai 2008, le Hezbollah et des membres du 14 Mars se sont même affrontés militairement dans les rues de Beyrouth. Ceci était le résultat d'une tentative avortée du premier ministre, Fouad al-Siniora, de démanteler le réseau de télécommunications du parti du Hezbollah à l'aéroport international de Beyrouth.

C'était seulement naturel, avec ces inquiétudes en tête, que le Hezbollah demanderait un pouvoir de blocage au tiers dans tout cabinet, compte tenu du fait qu'ils étaient sortis du cabinet Siniora en 2007 précisément à cause du fait qu'ils n'avaient pas suffisamment de pouvoir pour bloquer toute législation qu'il considérait comme dangereuse pour le futur politique et militaire du parti.

Le problème du tiers de blocage a maintenant été résolu de façon créative, garantissant à Saad Hariri de sauver complètement la face. Tous les partis maintenant sont d'accord pour que l'équipe d'Hariri ait 15 sièges dans le nouveau cabinet, 10 sièges iront à l'opposition et le président indépendant, Michel Suleiman, en nommera 5. Le président devra désigner les ministres de la défense et de l'intérieur, de même que 3 ministres d'état, un Sunnite, un Shi'ite et un Chrétien.

Il y a maintenant accord, dans le cadre d'un consensus, que l'opposition choisira le ministre Shi'ite du bloc du Président. Ce qui veut dire que techniquement, bien que n'ayant que 10 sièges, l'opposition a effectivement 11 ministres qui seront à ses ordres. 11 ministres cela veut en fait dire que l 'équipe du Hezbollah à son tiers de blocage, tant que sa relation avec Suleiman reste forte. En tout cas c'est une avancée pour le Hezbollah qui actuellement remporte une nouvelle victoire dans le système politique libanais.

Les portefeuilles shi'ites dans le cabinet Hariri sont divisés en conséquence entre deux partis pro syriens. Le Hezbollah, qui doit nommer deux ministres, et le parti Amal qui en obtient au total 3. Amal a déjà choisi les ministères des affaires étrangères et de la santé et de l'industrie. Le Hezbollah doit encore nommer ses ministres. 5 sièges sunnites iront à l'équipe d'Hariri, et 3 iront au dirigeant druze, Walid Jumblatt, dont le ministère de l'information.

Le prince Talal Arslan, un protégé du Hezbollah et un poids lourd druze a été écarté du cabinet suite à un consensus entre le Hezbollah et la coalition du 14 Mars. Ziad Baroud, un Maronite, conservera son poste comme ministre de l'intérieur - après avoir fait un travail immense - en assurant la sécurité des élections parlementaires de Juin.

Elias al- Murr, un Chrétien de l' église orthodoxe romaine, va aussi conserver son poste de ministre de la défense. Hariri aura d'importants portefeuilles tels celui de l'Economie, de l'Education, de la Culture et de la Justice. Samir Gaegea, un poids lourd chétien de Mars 14 qui a critiqué haut et fort le Hezbollah aura à nommer deux ministres, un Orthodoxe comme ministre des affaires publiques et un Maronite comme ministre des affaires sociales. Son collègue dans la coalition de Mars 14, l'ex président Amin Gemayel, obtient deux postes pour la Phalange libanaise et probablement nommera son fils membre du parlement, Samir Gemayel.

Le porte parole du parlement, Nabih Berri a attribué cette percée au Liban au rapprochement entre la Syrie et l'Arabie Saoudite, qu'il a appelé le facteur S-S. En début d'année, le ministre des affaires étrangères syrien, Walid al-Mouallem, a rendu visite à Riyadh et a accepté de travailler avec son homologue saoudien, Saud al-Faisal. Les résultats des élections du 7 Juin ont joué en faveur du rapprochement Syrie Arabie Saoudite.

De même que l'accroissement du dialogue entre la Syrie et les US, ce qui veut dire qu'il n'y avait plus vraiment de raison pour les Saoudiens de continuer à ne pas parler aux Syriens. La Syrie a pris le dessus lorsque le Hamas n'a pas été éliminé à Gaza en Décembre dernier, ce qui impliquait que les puissances mondiales voulant trouver une solution au conflit israélo arabe viennent frapper aux portes de Damas, à cause de ses excellentes relations avec le Hamas.

Le désengagement graduel d'Obama en Irak a été une raison de plus pour les Syriens et les Saoudiens de coopérer, car ils ont des agendas identiques pour le futur de Bagdad. Quand les Syriens et les Saoudiens coopèrent, ils peuvent contribuer au calme dans les zones sunnites d'Irak, ce qui joue positivement en faveur d'Obama.

La seule raison pour laquelle ils n'avaient pas réussi à percevoir un intérêt commun en Irak était due aux désaccords sur la question du Liban. Avec Hariri fermement installé au pouvoir, et le Hezbollah obtenant le pouvoir de veto qu'il a toujours demandé, l'ère des désaccords Syrie Arabie Saoudite est, semble t-il, maintenant de l'histoire ancienne. Certains observateurs s'attendent maintenant à une visite du roi saoudien Abdullah à Damas, où il sera accompagné par Saad Hariri, clôturant ainsi tous les désaccords régionaux de la période Bush.

Sami Moubayed 31/07/09 Copyright www.atimes.com

Information complémentaire

Il n'est pas fait mention dans cet article du parti d'opposition de Michel Aoun, le Free Patriotic Movement, allié au Hezbollah, qui selon le décompte des sièges pour l'opposition aura 5 sièges. A l'heure où nous publions, nous ne disposons pas encore de la liste officielle des noms des ministres. Nous actualiserons cette information dès que nous la connaîtrons. Dans sa dernière intervention publique, le dirigeant du Hezbollah, Sayyed Nasrallah, a réaffirmé l'engagement de son parti dans le processus de réconciliation et de gouvernement d'union nationale et réitéré la nécessité pour les Libanais de se concentrer exclusivement sur la défense des intérêts du Liban, qui expriment les intérêts du peuple libanais, d'en faire la priorité des priorités politique, en écartant toute nouvelle tentative de vouloir faire passer des intérêts extérieurs - sous entendu américains et israéliens - dans la gouvernance du pays


* Bakchich, "Grand Maître" de la presse alternative sur le net a publié un article sur le Liban d'Anne Giudicelli, le 30/07/09 intitulé " Le Hezbollah en petite forme". Il suffit de lire l'introduction de cette pseudo analyse géopolitique pour comprendre le degré de nullité de celle qui a rédigé ce navet :

"Entre les dernières élections législatives au Liban qu’il a perdu et une situation régionale qui lui échappe, le Hezbollah est dans une mauvaise passe...."

Ou bien Bakchich fait de la propagande pour la "vision sioniste" de ce qui se passe au Liban - les Sionistes enragent de voir ce cabinet d'union nationale prendre forme - comme il a déjà fait la propagande pour les pélerinages en Israël, ou bien il fait preuve d'un sectarisme "laïque" anti musulman (plus précisément Shi'ite, puisque Saad Hariri est Sunnite) ) dissimulé sous une pseudo analyse géo politique marquée par une incompétence flagrante.

Bakchich pris la main dans le bénitier sioniste
http://www.planetenonviolence.org
Mireille Delamarre : titre traduction info complementaire


Dimanche 2 Août 2009


Nouveau commentaire :

Actualité nationale | EUROPE | FRANCE | Proche et Moyen-Orient | Palestine occupée | RELIGIONS ET CROYANCES

Publicité

Brèves



Commentaires