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Flash-ball suspendu par le préfet : mais comment la police pourra-t-elle éborgner les jeunes ? Avec les tirs tendus de lacrymo, pardi !


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Olivier Bonnet
Samedi 16 Octobre 2010

Flash-ball suspendu par le préfet : mais comment la police pourra-t-elle éborgner les jeunes ? Avec les tirs tendus de lacrymo, pardi !
Répression. Geoffrey, 16 ans, élève au lycée Condorcet de Montreuil (Seine-Saint-Denis) blessé jeudi matin par un tir de flash-ball au visage, ne sera pas opéré comme prévu aujourd’hui, l’œdème n’étant pas assez résorbé, explique Libération. La véritable agression à main armée dont il a été victime de la part d’un CRS s’est déroulée devant son lycée, qu’il bloquait avec des camarades. La vidéo est accablante : Geoffrey pose les mains sur la poignée d’une poubelle sur roulettes pour la déplacer quand il est tiré comme un pigeon. Le flash-ball est censé n’être utilisé qu’en cas de légitime défense et il est interdit de viser la tête. Le lycéen souffre de fractures de la pommette, du nez et de l’orbite oculaire avec un décollement de la rétine. On ignore encore s’il va perdre un œil. Il ne serait pas le premier. En mai 2009, nous récapitulions dans Œil pour œil : « Et de quatre ! Le 27 novembre 2007, un lycéen manifestant mineur perdait un œil à Nantes, par la faute d’un tir de flash-ball. Rebelote à Toulouse, le 19 mars dernier, où la victime est un autre manifestant, étudiant cette fois, éborgné par un nouveau tir d’un policier équipé de cette « arme à létalité atténuée », suivant sa définition officielle. Arme de défense, censément. Pas sûr que le lycéen ni l’étudiant menaçaient le policier au point qu’il lui ait fallu « se défendre » en leur tirant dans l’œil… Avec l’affaire de Villiers-le-Bel du 9 mai, la liste s’allonge dangereusement, les CRS ayant réussi un joli doublé : deux nouveaux borgnes d’un coup !«  Las, nouveau billet en juillet de la même année : « Joachim Gatti est la cinquième victime éborgnée par un tir de flash-ball. (…) Son père, le réalisateur Stéphane Gatti, rapporte la version des faits de son fils : « Il n’y a pas eu d’affrontement. Cinq personnes ont été touchées par ces tirs de flash-ball, tous au dessus de la taille. Il ne peut être question de bavures. Ils étaient une trentaine et n’étaient une menace pour personne. (…) Joachim Gatti, un réalisateur de 34 ans, a reçu une balle de flash-ball en plein visage alors qu’il manifestait pour soutenir des squatteurs expulsés. Il a perdu un œil du fait de la brutalité policière. » Où en sommes-nous aujourd’hui ? Le policier ayant fait feu sur Joachim Gatti a été mis en examen, comme son collègue de Nantes coupable d’une semblable exaction. Pas d’information pour les trois autres, les investigations internes n’étant pas terminées ou… s’étant soldées par un classement sans suite. Pour Geoffrey, une enquête a été ouverte. « Il est urgent que l’ensemble des personnes et mouvements attachés à la démocratie se saisissent de ce problème urgent, le nouvel armement de la police et les graves mutilations qu’il peut causer sur des innocents, problème encore actuellement placé au second plan dans le débat public« , écrivaient en 2007 les parents de Pierre Douillard, le jeune Nantais. « Pour Luc Douillard, père de la victime et professeur d’histoire, «la responsabilité de la hiérarchie policière et préfectorale est écrasante dans ce dossier» , ajoute Libération. Dommage qu’il ait fallu six victimes pour que les choses bougent enfin.
Le préfet de police de Paris, Michel Gaudin, a en effet « suspendu » aujourd’hui l’usage de l’arme : il a « donné l’instruction aux forces de police de ne plus tirer avec des flash-balls« , rapporte le site de France 2, qui relaie aussi la réaction du ministre de l’Intérieur : « Compte tenu de la spécificité de ce type de manifestations, j’attire votre attention sur la nécessité d’être particulièrement vigilants sur les conditions d’intervention et de limiter l’usage de la force au strict nécessaire« , a écrit aux préfets Brice Hortefeux. Il serait bien temps de calmer les troupes ! Parce ce qu’en réalité, à qui incombe la responsabilité de tels agissements ? Aux seuls tireurs, à leur hiérarchie, à Michèle Alliot-Marie, qui a la première équipé la police française de flash-balls, ou encore à un climat global instauré par le chef de l’Etat lui-même ? C’est notre position, que nous exprimions en mai 2009 : « Faut-il que le sentiment d’impunité soit grand chez ceux qui se permettent de commettre ce matrackgenre de bavures. Puissant révélateur des dégâts causés par l’idéologie sécuritariste utilisée par Sarkozy comme attrape-lepénistes, avec son discours de matamore et ses attitudes belliqueuses constantes, ses gesticulations, ses postures autoritaires et ses déclarations de « guerre aux voyous ». Pas étonnant que certains flics jouent les caïds, s’ils se mettent en tête de « nettoyer la racaille au karcher. » Les voilà donc – provisoirement et dans la seule région parisienne – privés de flash-balls. Mais, comme le rappelle notre titre provocateur, il leur reste le tir tendu des grenades lacrymogènes ! Bien qu’en principe formellement interdite, cette pratique est en effet couramment utilisée par certains cowboys en bleu.
Comme mardi, à Caen devant le siège du Medef, ce qui fait protester l’Intersyndicale, reprise par Le Monde : « Nous condamnons l’agression policière et les arrestationsLe pouvoir a ainsi consciemment mis en danger les jeunes et pris le risque de les blesser par tir tendu ». L’un d’entre eux n’a pas été loupé : « Thierry Lepaon, secrétaire régional de la CGT, affirme que le jeune homme souffre d’une « fracture du crâne » et a « huit points de suture ». Le manifestant a été ensuite évacué, conscient, un bandage et du sang sur la tête. « Il a pris une cartouche à la suite d’un tir tendu de bombe lacrymogène. Il a été procédé à un acte interdit par la réglementation policière », seuls les tirs en cloche étant autorisés, indique M. Lepaon. « Il a saigné abondamment. Heureusement un médecin était à ses côtés et l’a soigné et il a pu être évacué par des militants puis par les pompiers. Les tirs tendus sont dangereux, on peut y perdre un œil ». L’affaire pourrait avoir des suites : « L’Inspection générale de la police (IGPN) a été saisie pour enquêter sur les échauffourées entre policiers et manifestants, mardi, à Caen, annonce Le Parisien, à 15 h 40 dans sa chronologie quotidienne de l’évolution du conflit social. Selon le procureur adjoint Jean-Pierre Triaulaire, c’est le père d’un manifestant grièvement blessé qui a porté plainte. » D’action en justice, il est aussi question à 17 h 20 : « La maire de Montreuil, Dominique Voynet (Verts) annonce qu’elle a l’intention de porter plainte après qu’un lycéen a été blessé jeudi dans sa ville par un tir de flash-ball lors d’une manifestation. Elle a en outre saisi vendredi de ces faits la Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS). » La même s’est illustrée au Sénat (vidéo ici), s’adressant au ministre du Travail en brandissant une munition de flash-ball : « Que vaut un pouvoir politique quand il en est réduit à tirer sur ses enfants ? » Bonne question.
La première photo de victime des forces de l’ordre est tirée du reportage sur le mouvement de lutte contre la loi Pécresse à Nantes, publié par le magazine de photographes indépendants Contre-faits, et la deuxième illustre l’article du Monde sur les événements caennais.




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Samedi 16 Octobre 2010


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