Conflits et guerres actuelles

Faut-il craindre que la famine ne déclenche une révolte mondiale?


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Le 12 avril, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) ont achevé leur session par une déclaration commune. Dans cette déclaration, ils invitent les institutions internationales à faire face à la famine survenue – ou perçue – subitement en mettant à disposition immédiate au moins USD 500 millions. Simultanément, le dircteur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, affirme que la famine est beaucoup plus dangereuse que la crise financière survenue récemment aux Etats-Unis.


Jeudi 1 Mai 2008

Faut-il craindre que la famine ne déclenche une révolte mondiale?
par Heinrich Scholler, professeur à la Faculté de droit de l’Université de Munich
Que faut-il faire des USD 500 millions? Ne s’agit-il que de juguler les troubles politiques qui ont éclaté à Haïti à la suite d’une révolte contre la famine? Non, le problème est plus ample, car il y a pénurie de pain dans de nombreux autres pays. Dans d’autres Etats (telle l’Egypte), les soldats distribuent le pain à la population affamée. Aux Philippines et dans de nombreux autres pays également, il y a pénurie de denrées alimentaires et la révolte contre la famine a éclaté.

Graduellement, l’information se propage que la faim règne dans 33 Etats et que des troubles ou des révoltes liés à la famine sont à craindre. Quelle en est la raison? Les prix des aliments de base, tels le pain, le riz et le maïs, sont montés. De janvier à mars, le prix d’une tonne de froment exportée des Etats-Unis est passé de USD 375 à USD 440. Durant la même période, le prix du riz exporté de Thaïlande est monté de USD 365 à USD 562. Les raisons mentionnées sont la population croissante des pays récemment industrialisés et, surtout, des mégasystèmes tels que la Chine et l’Inde, lorsque ceux-ci disposent subitement d’un grand pouvoir d’achat. Il faut aussi mettre en exergue, comme cause essentielle, la transformation massive de riz et de céréales en éthanol, qui permet à des machines nécessitant beaucoup d’énergie d’être actionnées par un biocarburant, mélange d’essence et d’éthanol.

Comme les Etats-Unis ne peuvent couvrir qu’environ 30% de leurs besoins en pétrole dans le pays ou par des sources sûres, ils figurent parmi les principaux acheteurs de biocarburants et, partant, parmi les intéressés à la transformation de céréales en alcool. Les discussions à propos du mélange de biocarburant destiné aux automobiles ne sont pas terminées en Allemagne. En effet, dès que le nombre d’anciennes voitures descend à près d’un million, le mélange s’élève de nouveau à 10% de biocarburant au moins. Le directeur général du FMI s’est exprimé ainsi à ce sujet: notre main doit se diriger non vers le porte-monnaie, mais vers la bouche.

Il entend par là que nous devons produire du pain ou du maïs dans les champs de céréales, et non du biocarburant, par lequel on ne se nourrit pas, mais accroît son profit.
Le FMI est-il disposé à modifier ou à supprimer les conditions structurelles appliquées aux pays du Tiers-Monde? On entend par là les conditions appliquées aux pays endettés du Tiers-Monde lorsqu’ils reçoivent des crédits. Elles les obligent à cultiver du café, du cacao ou des denrées analogues, que l’on peut vendre vite et avantageusement sur le marché mondial. Ainsi, la propre culture de denrées alimentaires est rendue plus difficile, réduite ou empêchée. Ce facteur explique aussi pourquoi la faim augmente. Finalement, il convient de mentionner les méthodes de dumping agricole, qu’applique surtout l’UE.

On comprend ainsi, avec Jean Ziegler («L’empire de la honte», 2005, ISBN 978-3-570-55019-9), les exportations en Afrique de produits agricoles européens sous prétexte d’aide au développement. S’il ne s’étend pas partout, le dumping agricole est très répandu. Malgré mes réticences, ce qui suit doit être dit: allant avec sa famille en Afrique plein d’enthousiasme, il y a quelque 30 ou 40 ans, et passant les premières semaines à l’hôtel avant de louer une maison, on descendait dans le simple établissement au beau nom d’«Afrique». J’avais pris le risque que mes propres enfants soient assaillis par les puces. Ce qui surprenait cependant, c’était de se voir servir chaque matin, au petit déjeuner-déjeuner, du beurre bavarois ou danois en emballage d’origine. Conclusion: acceptant de coucher avec des puces, on ne saurait éviter le dumping agricole.

Traduction Horizons et débats


Mercredi 7 Mai 2008


Commentaires

1.Posté par Zorro mythological destroying system le 01/05/2008 22:39 | Alerter
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Un système se meurt, la souveraineté alimentaire dans le cadre de la souveraineté nationale jalousement gardées par les élites aboutit à ce qu un territoire défini, ne peut nourrir qu un nombre limité d êtres humains...la spéculation alimentaire de ces 40 dernières années est tout simplement un crime, le retour en arrière se paiera cher.

2.Posté par Raminagrobis le 19/06/2008 13:08 | Alerter
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Attention avant d'attaquer une culture comme le café. A priori on peut se dire, si il ne cultivaient pas du café pour l'export, ils pourraient faire des cultures vivirères à la place, mais c'est sans doute trop simpliste.

Le café est bien adapté à la montagne. Regardez en Haiti. Ils avaient du café dans les montagnes, comme il y avait des famines les ont arrachés pour mettre des cultures vivrières (igname, mais, pomme de terres). Mais alors que le café protégeait bien la terre, avec ces cultures là ça s'est affreusement érodé, le sol est parti dans la mer et maintenant ils ne peuvent plus rien faire pousser du tout !

En plus, au niveau mondial, ça représente pas grand chose : le café c'est 12 millions d'hectares, les céréales 660 millions. Donc même si on pouvait remplacer le café par des céréales sans que le sol s'érode, ça augmenterait de 2% la production de céréales dans le monde, en un ou deux ans ce gain est absorbé par l'augmentation de la population et la perte de terres face aux désert!

Notez aussi que l'Afrique a plein de terres inutilisées, en particulier l'angola n'utilise que 3% de ses terres cultivables. Pour en cultiver plus, faudrait améliorer la productivité sur les terres déjà cultivées (pour libérer de la main d'oeuvre) et surtout avoir des capitaux, et des moyens de transports : les terres inulisées n'ont aucun infrastructures routières ou ferrovières, ce qui empêche de les mettre en cultures, les cultures destinées à l'exportation peuvent aider à améliorer ça.

Bref, rien n'est jamais aussi simple qu'on le croit

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