Politique Nationale/Internationale

Face à la grave crise économique et sanitaire en Algérie, s’impose la solidarité nationale


ALGERIE


Abderrahmane Mebtoul
Lundi 6 Avril 2020

 Face à la grave  crise économique et sanitaire  en Algérie, s’impose la solidarité nationale

CRISE ECONOMIQUE ET SANITAIRE EN ALGERIE

Face à la grave crise économique et sanitaire en Algérie, s’impose la solidarité nationale


Professeur des universités, expert international Dr Abderrahmane MEBTOUL



« Tout groupe humain prend sa richesses dans la communication, l’entr’aide et la solidarité visant un but commun : l’épanouissement de chacun dans le respect de la différence »
Francoise Dolto psychanalyste 1908/1988


1.-Au moment de graves crises , le peuple algérien a su toujours transcender ses différences et se montrer solidaire, ce qui ne saurait signifier unanimisme , signe de la décadence de toute société Je tiens à saluer la décision du Président de la république avec ses collaborateurs ainsi que celle du Premier Ministre et ses ministres, de contribuer à un mois de salaire en signe de solidarité nationale, en espérant que les hauts fonctionnaires de l’Etat de différentes institutions dont le salaire dépasse les 200.000 dinars par mois reprendront cette initiative louable. C’est beaucoup plus un geste moral en ces moments difficiles, facteur de mobilisation de la population algérienne qui a toujours su montrer, une solidarité sans pareille que l’on constate à travers la mobilisation tant de simples citoyens, d’entrepreneurs comme Issad rebrad, Djillali Mehri et bien d’autres sous formes de dons de leurs usines, que de différentes associations caritatives . Mais le pays ne peut s’arrêter de fonctionner, en espérant des jours meilleurs, devant d‘ores et déjà penser à préparer une loi de finances 2020 complémentaire, avec la baisse drastique du cours des hydrocarbures où sur le plan économique Sonatrach c’est l’Algérie et l’Algérie c’est Sonatrach Toutes les lois de finances en Algérie ; notamment ses dépenses et recettes et ses réserves de change ont été fonction des recettes de Sonatrach qui procurent directement et indirectement avec les dérivées environ 98% des devises et dont les prix du pétrole/ gaz échappent totalement à l’Algérie, étant déterminés par des facteurs exogènes tant économiques que géostratégiques. Le redressement du cours dépendra avant tout , du retour à la croissance de l’économie mondiale qui détermine la demande ( l’OPEP, représentant environ 35% de la production commercialisée mondiale), etdes actions des trois plus grands producteurs , l’Arabie Saoudite ( plus de 33% au sein de l’OPEP) et deux pays hors OPEP, la Russie et les Etats Unis d’Amérique plus de 11 millions de barils/j chacun dont pour les USDA, les gisements marginaux de pétrole -gaz de schiste américain, qui ont réduit leurs couts de plus de 50% ne sont plus rentables , pour un cours inférieur à 35/50 dollars le baril ,selon les gisements. Cela été démontré clairement après le discours du président américain le 02 avril 2020, et du président russe le 04 avril 2020 où les cours ont remonté de 7/8 dollars, demandant une baisse de la production d’environ 10 millions de barils jour. Evitons l’euphorie en attendant la réunion reportée en principe pour jeudi 09 avril 2020 en sachant qu’avant la crise, les importations seulement chinoises étaient de 11 millions de barils/j sans compter les autres économies asiatiques et européennes actuellement en récession.. Est-ce que cela sera suffisant si la crise mondiale persiste, le déterminant fondamental, étant le retour à la croissance et pour 2020, il ne faut pas s’attendre à des miracles, et quels pays supporteront le plus cette baisse?


2.- La loi de finances 2020 élaborée en décembre 2019 avant crise économique qui a vu le cours des hydrocarbures (pétrole et gaz ) divisé par deux doit être repensée tant pour limiter la baisse des réserves de change que limiter le déficit budgétaire et l’Algérie devra en tirer les leçons pour ne pas dépendre éternellement d’une rente éphémère. Les recettes divisé par eux de Sonatrach donnerait seulement 17 milliards de dollars fin 2020 en référence à l’année 2019 de 34 milliards de dollars (moyenne annuelle du baril 66 dollars) , montant auquel il faudrait retirer 20/25% de cout, ceci dans l’hypothèse d’un cours moyen annuel de 33 dollars le baril Le cadrage macro-économique de la loi de finances 2020 a été établi sur la base d’un baril de pétrole à 50 dollars et un prix de marché à 60 dollars, un taux de change de 123 DA/dollar, un taux d’inflation de 4,08 % et un taux de croissance de 1,8% (contre 2,6% dans les prévisions de 2019). Toutes ces prévisions se seront pas tenues. Dans la présentation de la loi de finances 2019, l’ex Ministre chargé du secteur avait annoncé fin 2020, un niveau de réserves de change de 51,6 milliards de dollars. Les recettes se sont basées sur une augmentation des revenus des exportations des hydrocarbures en 2020 de 2% par rapport à 2019 pour loi atteindre 35,2 milliards de dollars, contre 34,5 milliards de dollars en 2019, en raison d’une augmentation de 2,06 % des quantités des hydrocarbures devant être exportées. Le niveau des réserves de change a été calculé avec l'hypothèse d'un accroissement des recettes de Sonatrach et d’un niveau des importations de biens, de 38,6 milliards de dollars en 2020,devant tenir compte des services, souvent oubliés entre 9/11 milliards de dollars par an entre 2010/2019.. Comment dès sans verser dans le nihilisme de l’action de l’actuel gouvernement, la crise actuelle inattendue touchant tous les pays sans exception, ( la priorité étant la vie humaine qui n’ a pas de prix), il s ‘agit pourtant d’expliquer clairement les impacts économiques et sociaux de la baisse sensible des importations de biens et services, et comment combler l’écart entre la demande et l’offre globale. Une explication s’impose sachant que le taux d’intégration tant des entreprises publiques que privées ne dépasse pas 15% en moyenne, une restriction draconiennes risquant d’étouffer comme au Venezuela, le peu d‘unités productives existantes. Des ministres doivent cesser leurs déclarations euphoriques qui provoquent une névrose collective au niveau des citoyens, qui est consciente de la gravité de la situation, d’où l’urgence d’un langage de la vérité, rien que la vérité sur la situation économique du pays car pour la situation sanitaire, devant rendre hommage à ce corps malgré la faiblesse des moyens, il faut le reconnaitre fait de son mieux. Car, comment avec une entrée en devises de plus de 1000 milliards de dollars ( sans compter les dépenses en dinars) entre 2000/2019 dont pour Sonatrach avec ses dérivées 98% et une sorties de devises concernant les biens et les services (entre 9/11 milliards de dollars/an entre 2010/2019) , ayant dépassé 935 milliards de dollars n’ont permis qu’un taux de croissance, moyenne annuelle, entre 2,5 et 3% montrant un divorce entre la dépense et les impacts économiques et sociaux : mauvaise gestion ou corruption ou les deux à la fois. Comment dès lors créer entre 350.000/400.000 empois par an entre 2020/2025, qui s’ajoutent au taux de chômage actuel nécessitant un taux de croissance de 8/9% par an pour éviter de vives tensions sociales ? Cela a un impact négatif sur le taux de chômage avec une population de 44 millions d’habitants au 01 janvier 2020, une population active d’environ 12,5 millions où selon le FMI ,en raison du ralentissement du taux de croissance, dominée par l’impact de la dépense publique via la rente Sonatrach, avant la crise, prévoyait 12% de taux de chômage en 2020 et 13,5% en 2021, ce taux ne tenant pas compte des emplois rente, faire et refaire les trottoirs . Et l’on devra prendre en compte que d’ici dix ans en attendant la réforme du système des retraites qui sera le grand défi des années à venir ; le vieillissement de la population, où la moyenne d’âge des deux sexes selon le rapport de l’ONU, 2018, est de 78 ans de durée de vie.


3.-Face à, une crise sans précédent touchant toute la planète , le monde ne sera plus jamais comme avant , la crise de 2020 préfigurant , non pas la fin de la mondialisation, mais une nouvelle architecture des relations entre l’Etat régulateur et le Marché encadré pour certains services collectifs (santé, éducation), et d’importants impacts sur les relations politiques et économiques internationales. Pour l’Algérie s’impose la solidarité nationale la revalorisation des compétences, ce savoir dans tous les domaines, souvent oublié, ayant souvent assisté à des nominations, favorisé par les relations de clientèles – acte de soumission alors que s’impose une autonomie relative dans les actes de décisions - et surtout une moralité sans faille des dirigeants. Ce n’est qu’une première épreuve, l’Algérie étant indissociable de l’évolution du monde. Le XXIème siècle sera confronté à de profonds bouleversements et à relever de nombreux défis imposant une nouvelle gouvernance locale et mondiale, liées à la pression démographique, (l’Afrique le quart de la population mondiale horizon 2040/2050 avec 2,4 milliards sur 9,7 , ) : la guerre de l’eau liée à la guerre alimentaire, la guerre biologique, la guerre numérique et la guerre écologique, avec d’importants flux migratoires dus au réchauffement climatique (sécheresse, inondation, vents violents, cyclones) avec des recompositions territoriales, ces quatre guerres, ayant des incidences sanitaires, économiques et sécuritaires. L’on devra penser à l’inévitable transition énergétique mondiale, éviter des calculs micro-économique étroits de l’entreprise appliqués sans tenir compte du contexte social, aux services collectifs et donc réhabiliter la fonction de bien-être collectif.. Les mesures conjoncturelles énoncées précédemment, certes ont un impact sur le niveau des réserves de change, mais devraient ralentir la croissance qui est tirée essentiellement par la dépense publique via la rente des hydrocarbures en baisse. L’Algérie dont la production ne dépasse pas un million de barils jour en 2020, étant très marginale au sein de l’OPEP, doit donc se préparer à de nombreux défis en ces moments difficiles avec les tensions internes inévitables sur les réserves de change (moins de 60 milliards de dollars fin mars 2020) et budgétaires entre 2020/2022. Aussi, les différentes composantes de notre société doivent éviter les division secondaires et trouver les raisons de vivre harmonieusement ensemble et de construire, toujours ensemble, le destin exceptionnel que nos glorieux aînés de la génération du 1er Novembre 1954 ont voulu pour eux.


05 avril 2020
E Mail ademmebtoul@gmail.com

TOUTE REPRODUCTION DOIT CITER L’AUTEUR



Lundi 6 Avril 2020


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