Politique Nationale/Internationale

Extorsion et chantage, politique mafieuse des États-Unis



Gordon Duff
Dimanche 16 Février 2020




Ceux qui admettent ce que trafique l'administration Trump, l'annulation du JCPOA avec l'Iran, la saisie des gisements pétrolifères de Syrie, les sanctions sans fin contre nation après nation, l'Europe rackettée, la ‘politique nationale’ de menaces incessantes ou criminellement dingues émanant presque à chaque heure de l'iPhone de Trump, ne sont tout simplement pas regardants.


Il ne semble pas que ce soit de la folie, il y a bien une méthode. Trump et compagnie ont réorganisé le ‘milieu du business mondial’ d'une manière assez familière pour les gens d’ici. Nous appelons ça le ‘crime organisé’.


Actuellement, des représentants de la direction politique étasunienne opèrent dans plus de 60 pays. Ils ne sont pas diplomates, bien que certains le soient en réalité, du moins techniquement. La plupart ne sont que des ‘agents commerciaux’ qui trimballent souvent à leurs basques un orchestre de casseroles.


Ils vendent la ‘bienveillance’ des États-Unis contre tout ce qui a de la valeur, et les acheteurs, les nations terrifiées par l’Oncle Sam, sont prêtes à tout signer, à tout abandonner. Extrait du film, Le Parrain :


Michael : Eh bien, quand Johnny a fait ses débuts, il a signé avec le chef d'orchestre d’un grand groupe de jazz. Et comme tout se passait de mieux en mieux pour lui, il a voulu se libérer. Maintenant, Johnny est le filleul de mon père. Mon père est allé voir le chef d'orchestre et lui a offert 10.000 dollars pour laisser partir Johnny, mais il a refusé. Alors le lendemain, mon père est revenu voir le chef d'orchestre, mais cette fois avec Luca Brasi. En moins d'une heure, le chef d'orchestre a signé la résiliation de contrat de Johnny, avec un chèque certifié de 1000 dollars.


Kay : Comment a-t-il fait ça ?


Michael : Mon père lui a fait une offre qu’il ne pouvait qu’accepter.


Kay : Et c’était quoi ?


Michael : Luca Brasi lui a braqué un pistolet sur la tête, et mon père lui a assuré que son cerveau ou sa signature seraient sur le contrat.



De nos jours, les assassinats grâce aux drones ou peut-être simplement les révolutions colorées via Google et Facebook, ont supplanté Luca Brasi.


Ce que vous lisez est en parti connu de presque tout le monde. Malgré la généralisation de la censure, il est assez connu que les finances précaires personnelles de Jared Kushner ont été généreusement renflouées par des prêts immobiliers de l’Arabie saoudite, mais il y a eu aussi les partenariats tolérants accordés à son beau-père, en particulier le premier bordel officiel du pays des dromadaires.


Il y a aussi le problème de corruption aveuglant de Netanyahou, dont les seuls aspects les plus mineurs sont mis en examen actuellement en Israël. En vérité, avec les contrats militaires, Netanyahou a empoché pour des milliards de pots-de-vin, des États-Unis, d'Allemagne et d'autres nations, mais cela va aussi bien plus loin.


Netanyahou, tout en étant Premier ministre d'Israël, a été employé par le groupe gérant le casino Adelson. En leur nom, il donnait des exposés concernant le commerce de renseignements et de technologies volés aux États-Unis.


La liste des dirigeants politiques du Moyen-Orient ayant bénéficié de l'État islamique et d'Al-Qaïda ferait peur, mais ça a commencé bien avant. L’oléoduc vital Bakou-Kirkouk-Ceyhan, qui dessert 30% des réserves mondiales de pétrole et traverse plusieurs pays, a commencé à acheminer du pétrole volé dix ans avant que l'État islamique ne s’en charge.


L'État islamique n’a fait que reprendre le business des Étasuniens qui occupaient l'Irak, à moins, plus probablement, qu’il se soit associé à eux, ajoutant ainsi de nouveaux acteurs aux côtés d’Exxon et de BP, dans les opérations de piratage que l'Iraq estime lui coûter 1000 milliards de dollars.


Il y a des histoires qui sont racontées, en partie du moins, puis enterrées et considérées sans importance, parce qu’un torrent sans fin de théories du complot dingues, pondues par des ‘sources officielles’, domine le flux d'informations bidons.


Il est impossible pour tout employé non détourné, corrompu ou contrôlée par des services de renseignement, qui travaille dans les secteurs bancaire, pétrolier, de la défense, ou même au sein d’ONG relativement innocentes – bien qu’on n’en trouve guère aujourd'hui –, de ne pas tomber sur de grossiers pillages de ressources dans le monde entier.


Ces derniers jours, les manœuvres entreprises par Trump contre le Nigeria, sont directement liées aux accords pétroliers pour lesquels des politiciens étasuniens demandent de grosses commissions, parfois jusqu'à 3% du prix brut des ventes, dont les cours sont établis par Platts Marketscan.


Au Soudan, par exemple, beaucoup de personnalités du gouvernement actuel font toujours face à des accusations criminelles internationales, en lien avec les atrocités commises au Darfour. De plus, figurant toujours sur la ‘liste des terroristes’, le Soudan est étouffé financièrement par les sanctions imposées par les États-Unis.


Plus récemment, des représentants, bien que ‘privés’, de la Maison Blanche, ont demandé et reçu pour 350 millions de dollars de diamants de ce pays frappé par la pauvreté. C’était en échange de ‘démarches’ en faveur des dirigeants confrontés à des poursuites judiciaires, qui demandent l’intervention des États-Unis.


En fait, à l’origine, la scission de ce pays, la séparation du Soudan du Sud, a été décidée lors de négociations entre Washington, Khartoum et les Émirats arabes unis, à propos de la radiation du président Omar el-Béchir pour crime de guerre. J'ai joué le rôle d'intermédiaire dans ces négociations et je discute toujours avec le gouvernement de Khartoum.


Des rackets sorties du même tonneau se trament en Malaisie, en Indonésie, au Sri Lanka, en Éthiopie, en Égypte, en Libye, en Algérie, au Maroc… la liste n’en finit pas. Au moment où ça arrive dans l'hémisphère occidental, en Amérique centrale, en Amérique du Sud, les paroles de Smedley Butler nous sont encore utiles. De nos jours, rien de ce qui se fait ne sort du contexte historique.


Extrait d'un discours prononcé en 1933 par Smedley Butler, général de division du Corps de Marine :


« La guerre n'est que racket. Un racket se décrivant mieux, je pense, comme un événement qui, pour la majorité des gens, n’a pas l’air d’être ce qu’il est. Seul un petit groupe d’initiés savent de quoi il retourne. La guerre fait rage dans l’intérêt de quelques-uns, aux dépens des masses.


« Je crois à une défense adéquate sur le littoral et à rien d'autre. Si une nation s’aboule ici pour en découdre, alors nous nous battrons. Le problème avec les États-Unis, c’est que quand le dollar ne rapporte que 6%. Devenant alors agités, ils traversent les océans pour en tirer 100% à l’étranger. Puis, le drapeau suit le dollar, et les soldats emboîtent le pas au drapeau.


« Je ne partirais pas encore en guerre, comme je l'ai fait pour protéger les mauvais investissements des banquiers. Il n'y a que deux raisons pour lesquelles nous devrions nous battre. L'une est la défense de nos maisons et l'autre la Déclaration des droits. Pour toute autre cause, la guerre n’est que racket.


« Rien dans ce qui et racketté n’éblouit l’armée. L’armée comporte des ‘hommes-doigt’, ceux qui montrent du doigt l’ennemi, des ‘hommes-muscle’, ceux qui dessoudent l’ennemi, des ‘hommes-cerveau’, ceux qui planifient les préparatifs de guerre, et enfin le ‘big boss’, le génial capitalisme nationaliste.


« Il peut sembler étrange qu’un militaire, moi en l’occurrence, fasse de pareilles comparaisons. L'honnêteté m'y oblige. J'ai passé trente-trois ans et quatre mois dans le service militaire actif, dans les rangs des membres de la force militaire la plus alerte de ce pays, le Corps de Marine. J'ai servi sous tous les grades, de sous-lieutenant à général de division. Et pendant cette période, j'ai été la majeure partie du temps un ‘homme-muscle’ raffiné servant les grandes multinationales, Wall Street et les banquiers. Bref, j'étais un racketteur, un gangster du capitalisme.


« À cette époque, je soupçonnais à peine appartenir à une entreprise de racket. Aujourd’hui j'en suis sûr. Comme tous les militaires, je n'ai jamais pensé à moi avant de quitter le service. En obéissant aux ordres des supérieurs, l’activité de mes facultés mentales cessait. C'est typique chez tout le monde pendant le service militaire.


« En 1914, au Mexique, précisément à Tampico, j'ai contribué à assurer les intérêts pétroliers des États-Unis. J'ai aidé à faire d'Haïti et de Cuba des endroits convenables [dépravés, NdT] pour que les boys de National City Bank en tirent des revenus. Pour le compte de Wall Street, j'ai contribué à forcer au pied-de-biche une demi-douzaine de républiques d'Amérique centrale. Le dossier Rackets est épais. De 1909 à 1912, j'ai aidé à assainir [bordéliser, NdT] le Nicaragua pour la banque internationale Brown Brothers (où ai-je déjà entendu ce nom ?). En 1916, pour les intérêts de l’industrie sucrière des États-Unis, j'ai apporté la lumière [du napalm, NdT] en République dominicaine. En Chine, j'ai aidé à faire en sorte que Standard Oil fasse son chemin sans trébucher.


« Pendant ces années-là, comme auraient pu dire les boys de l’officine, j’avais un sacré coup de racket [ils jouent au tennis avec des rackets, NdT]. En y repensant, je pense que j'aurais pu donner quelques bons tuyaux à Al Capone. Le mieux qu'il pouvait faire, c’était de racketter dans trois districts. J’ai racketté sur trois continents. »



Le général Wesley Clark est le personnage actuel le plus proche du général Smedley Butler. En 2007, Clark, ancien commandant suprême des forces alliées de l'OTAN, a balancé ceci :


« Environ dix jours après le 11 septembre, passant au Pentagone, j'ai vu le secrétaire Rumsfeld et le secrétaire adjoint Wolfowitz. Descendant juste pour dire bonjour à quelques membres de l'état-major interarmées qui travaillaient pour moi, l'un des généraux m'a appelé. Il a dit : "Monsieur, entrez donc une seconde pour parler". Moi : "N’êtes vous pas trop occupé". Lui : "Non, non. Nous avons pris la décision de partir en guerre contre l’Irak". C'était aux environs du 20 septembre. J'ai dit : "Nous allons faire la guerre à l'Irak ? Pourquoi ?" N’en sachant rien, il a répondu, "Je suppose qu'ils ne savent que faire à part ça". Moi : "Auraient-ils trouvé des informations reliant Saddam à al-Qaïda ?" Lui : "Non, non, il n'y a rien de nouveau à ce sujet. Ils ont simplement pris la décision guerroyer contre l’Irak. "Je pense que nous ne savons que faire au sujet des terroristes, mais nous avons une bonne armée et nous sommes capables de démolir les gouvernements". Il a rajouté : "Je suppose que si le seul outil dont on dispose est un marteau, chaque problème doit ressembler à un clou".


« Revenant le voir quelques semaines plus tard, à l’époque où nous bombardions l’Afghanistan, j'ai demandé : "Allons-nous toujours faire la guerre à l'Irak ?" Et il a dit : "Oh, c'est pire que ça". Tendant la main sur son bureau pour prendre un morceau de papier, il a dit : "Je viens d’avoir ça d’en haut aujourd'hui" – c'est-à-dire du bureau du secrétaire à la Défense. "C’est une note qui décrit comment nous allons éliminer sept pays en cinq ans, en commençant par l'Irak, puis la Syrie, le Liban, la Libye, la Somalie, le Soudan et, pour finir, l'Iran". J'ai demandé si c’était classé confidentiel, et il a dit oui. J'ai dit : "Eh bien, ne me le montrez pas". L’ayant revu il y a environ un an, je lui ai dit : "Vous souvenez-vous du mémo ?" Il a dit : "Monsieur, je ne vous ai pas montré cette note de service ! Je ne vous l'ai pas montrée !" »



Conclusion



Il n’y a pas que les États-Unis ou Israël qui s’adonnent à l’extorsion ou au racket, au prétexte de protéger, comme Murder Incorporated de Meyer Lansky ou Al Capone à Chicago dans les années 1920. Ce ne sont pas que les États-Unis, ce sont essentiellement les États-Unis.


Représentant les intérêts privés de la Maison Blanche, du Pentagone et du Congrès, une petite armée d’aventuriers avides – totalement soutenue par la CIA, les médias sociaux et les géants d'Internet militarisés qui savent –, ont, nation après nation, mis maintes et maintes fois dans les rues des milliers d'émeutiers soudoyés – et les tireurs d'élite pour les tuer.


Armements, listes terroristes, sanctions, armes avancées contre voisins hostiles et, désormais en tête de liste, dévaluation de monnaie nationale, comme nous l'avons vu au Liban, en Syrie, en Iran, mais aussi au Pakistan.


Sans oublier le Venezuela, l'Argentine, la Turquie, le Brésil, l'Inde et les Philippines. Mais les pays vulnérables incluent tous ceux qui sont lourdement endettés, dont la monnaie est dévaluée, qui sont grevés de sanctions, où est orchestré le lancement de la guerre des médias sociaux… Ensuite y sont envoyés les marioles avec les valises, ceux qui ramassent le fric pour l’Oncle Sam.


Tout ça pour dire que la politique étrangère des États-Unis n’existe plus. Il ne reste plus que la force et l’intimidation, le blanchiment d'argent, les comptes bancaires aux îles Caïmans, et un pays où la direction politique et même le commandement militaire en avaient marre de travailler pour des gangsters.


Ils ont donc décidé d'être les gangsters.



Gordon Duff, ancien combattant de la guerre du Viêt-nam ayant travaillé durant des décennies sur les questions relatives aux anciens combattants et aux prisonniers de guerre, est consulté par les gouvernements confrontés à des problèmes de sécurité. Rédacteur en chef et président du conseil d'administration de Veterans Today, il écrit en particulier pour le magazine en ligne New Eastern Outlook.


Original : "Mobbed up" American Policy, the Global Shakedown

Adaptation en Français de Petrus Lombard






Dimanche 16 Février 2020


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