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Exil et souffrance


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Aliaa Al-Korachi - Al-Ahram/hebdo
Mercredi 9 Décembre 2009

Exil et souffrance
Le plan de partage de la Palestine était aussi le début d’un exode forcé des Palestiniens. Quatre générations ont vécu dans l’exil pour la première fois dans l’Histoire.
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«  Nous devons tout faire pour qu’ils (les réfugiés palestiniens) ne reviennent jamais », dit Ben Gourion, qui a été, à l’époque, président de l’Agence juive. Instaurer un climat de panique pour provoquer le départ spontané de la population arabe, tel était le plan mis par les Israéliens, voire la première conséquence le lendemain du plan de partage en 1947. Et ce, pour se doter de plus de surfaces des terrains palestiniens. C’est Gourion qui a aussi dit : « La Haganah fit bien son Travail... Les Arabes ont commencé à s’enfuir des villes presque dès le début des désordres, dans les premiers jours de décembre 1947... A mesure que les combats s’étendaient, bédouins et fellahs se joignirent à l’exode... ».

Le drame des réfugiés est né cette année puis a pris forme après la déclaration de l’Etat d’Israël, le 14 mai 1948. Une spirale de la violence prendra le pas et les combats se propageront entre la Haganah juive et les Palestiniens. L’escalade de la violence va donner la chance aux juifs, qui craignent un renversement du rapport de forces, de passer à l’étape suivante, à savoir le début des expulsions. Yohanan Retner et Fritz Eisenstadt, deux figures de la Haganah, appellent à « une défense agressive », qui voulait dire : « pour chaque attaque arabe nous devons être prêts à répondre de manière décisive par la destruction des lieux ou par l’expulsion des habitants et en prenant leur place ».

Dès février 1948, la Haganah met en place des plans de destructions organisés, selon d’ailleurs un schéma établi dans le plan Dalet, qui prévoit l’encerclement, la destruction et enfin l’occupation des villages arabes. La ville de Césarée sera la première dont l’attaque sera ainsi planifiée et organisée. La deuxième manière de procéder fut celle des massacres dont le plus connu demeure celui de Deir Yassin, « où l’on massacra toute la population d’un village. » De nombreux autres massacres ont été perpétrés en 1948. 200 villages palestiniens ont aussi été attaqués et pris par les forces sionistes. Une déclaration de Menahem Begin aux Etats-Unis en été 1948 montrait bien cette atrocité. « Nous avons frappé avec force et mis la terreur dans le cœur des Arabes. Ainsi nous avons accompli l’expulsion de la population arabe des régions assignées à l’Etat juif ».

Pour les sionistes, il fallait médiatiser ces attaques pour augmenter la terreur chez les Palestiniens et fuir avant d’être victimes à leur tour de cette violence et de ces expulsions.

Des lois pour l’expulsion

En juillet 1948, Israël a posé une loi sur les « propriétés abandonnées », qui l’autorise à confisquer les biens des expulsés. 750 000 habitants de Palestine furent expulsés durant cette période.

De nombreux rapports font état de l’usurpation, du pillage et de la destruction de villages entiers, sans aucune raison militaire apparente. Le comte Bernadotte, observateur de l’Onu de ce conflit, a affirmé : « Ce serait une violation des principes de justice les plus élémentaires si les victimes innocentes du conflit se voyaient refuser le droit de retourner dans leurs foyers, alors que les immigrants juifs affluent et ferment ainsi la porte au retour des réfugiés arabes dans les terres qu’ils possédaient depuis des siècles ». Le lendemain de la présentation de son rapport, le 16 septembre 1948, le comte Bernadotte est assassiné par les sionistes du groupe Stern.

Fin 1948, l’Assemblée générale adopte sa résolution 194 stipulant « que les réfugiés souhaitant retourner dans leurs foyers et vivre en paix avec leurs voisins pourraient être autorisés à le faire à une date aussi rapprochée que possible, et que ceux qui décideraient de ne pas rentrer devraient être indemnisés de leurs biens ». Un retour qui n’a jamais vu le jour. Des réfugiés ont essayé de revenir dans leur pays à travers les frontières. L’Etat d’Israël cependant les expulsait à nouveau.

L’Unrwa, une institution, est alors créée pour leur porter assistance en 1949. Elle se contente pourtant d’assurer le maintien de l’aide alimentaire aux réfugiés ainsi que la scolarisation et l’encadrement médical. Elle sert de substitut à une nationalité palestinienne non-existante.

En 1954, une loi a été promulguée aussi par Israël, prévoyant des sanctions sévères contre les « infiltrés », pour désigner les réfugiés et pour leur réexpulsion, alors que le droit au retour a été confirmé plus de 110 fois par les Nations-Unies. Celle-ci a concentré toujours ses efforts à faire miroiter aux Palestiniens, et à chaque étape du conflit, l’éventualité de résoudre la question des frontières et donc la création d’un Etat palestinien indépendant, mais sans jamais intégrer la question du retour dans un « plan de règlement ».

Les accords d’Oslo illustrent parfaitement cette démarche, la question du retour des réfugiés étant différée à des « négociations finales », c’est-à-dire des négociations hypothétiques, car complètement absorbée par les autres questions : Jérusalem et les frontières.

La guerre de 1967 amènera un supplément de 300 000 réfugiés avec l’expansion territoriale israélienne sur la Cisjordanie, Gaza, mais aussi par la suite le Sud-Liban et le Golan en Syrie. Les camps de réfugiés montés dans la hâte de la catastrophe, ou la Nakba en arabe, sont faits des tentes en tissus, qui seront petit à petit remplacées par des maisons en tôles puis des maisons en dur, créant de véritables structures de villages au sein de chaque camp. Ces camps sont considérés comme le lieu de transmission de la mémoire et des traditions. Aujourd’hui, ces camps dispersés dans divers pays arabes : la Jordanie, le Liban, la Syrie, l’Iraq, un trait commun les regroupe toujours et on peut le décrire en deux mots : l’exil et la souffrance. Selon le HCR, « les Palestiniens ont été déplacés plus longtemps que n’importe quel autre groupe réfugié de taille comparable ».

Les 750 000 réfugiés de 1948 sont devenus cinq millions aujourd’hui, et enregistre quatre générations de réfugiés, un cas unique dans l’Histoire.

Aliaa Al-Korachi

La Palestine depuis le plan de partage

29 novembre 1947 : L’Onu adopte un plan de partage de la Palestine en deux Etats, un israélien et un arabe. Jérusalem est placé sous régime international.

14 mai 1948 : A la fin du mandat britannique sur la Palestine, David Ben Gourion, président du Conseil national juif, proclame l’indépendance de l’Etat d’Israël. Le 15, éclate la première guerre israélo-arabe. Début de l’exode forcé des Palestiniens.

Octobre 1959 : Premier congrès du Fatah, créé au Koweït.

28 mai 1964 : Création de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), présidée par Ahmad Koucheiry.

5/10 juin 1967 : Israël déclenche la troisième guerre israélo-arabe dite des « Six jours », et occupe le Sinaï, la bande de Gaza, la Cisjordanie, Jérusalem-Est et le plateau du Golan.

22 novembre 1967 : Le Conseil de Sécurité de l’Onu adopte à l’unanimité la résolution 242 qui prévoit l’évacuation des territoires occupés, en échange de la reconnaissance mutuelle de tous les Etats du Proche-Orient.

6 octobre 1973 : Quatrième guerre israélo-arabe ; l’armée égyptienne pénètre dans le Sinaï occupé par Israël pour libérer son territoire.

28 novembre 1973 : La Ligue arabe reconnaît l’OLP en tant que seul représentant du peuple palestinien.

6 juin 1982 : L’armée israélienne envahit le Liban - opération « Paix en Galilée » - et chasse de Beyrouth les organisations palestiniennes.

1er octobre 1985 : L’aviation israélienne bombarde le quartier général de l’OLP à Tunis et fait 70 morts.

7 décembre 1987 : Début de l’Intifada, « soulèvement des pierres » dans les territoires occupés.

15 novembre 1988 : A Alger, le Conseil National Palestinien (CNP, Parlement en exil), proclame l’Etat palestinien indépendant et accepte les résolutions 242 et 338, reconnaissant ainsi implicitement l’existence d’Israël.

30 octobre 1991 : Ouverture à Madrid d’une conférence de paix sous le parrainage de George Bush et de Mikhaïl Gorbatchev.

13 septembre 1993 : Israël et l’OLP signent à Washington un accord de principe (Oslo I) sur une autonomie palestinienne transitoire de cinq ans.

25 février 1994 : Un extrémiste juif, Baruch Goldstein, massacre 29 Palestiniens en prière au Caveau des patriarches à Hébron.

4 mai 1994 : Accord du Caire sur l’autonomie de la bande de Gaza et de la ville de Jéricho. L’Autorité palestinienne s’installe dans les zones nouvellement autonomes.

1er juillet 1994 : Retour de Yasser Arafat à Gaza.

28 septembre 1995 : Israël et l’OLP signent à Washington l’accord négocié à Taba (Oslo II) étendant l’autonomie en Cisjordanie et prévoyant une série de retraits israéliens par étapes.

20 janvier 1996 : Yasser Arafat est élu président de l’Autorité palestinienne.

29 mai 1996 : Les Israéliens élisent comme premier ministre Benyamin Netanyahu, opposé aux accords d’Oslo.

15 janvier 1997 : Netanyahu et Arafat concluent un accord sur un retrait partiel israélien de la ville d’Hébron.

23 octobre 1998 : Arafat et Netanyahu signent à Wye Plantation un accord destiné à sortir le processus de paix de l’impasse.

4 septembre 1999 : Signature, à Charm Al-Cheikh, d’un accord fixant les dates des retraits israéliens de Cisjordanie.

11-25 juillet 2000 : Echec du sommet israélo-palestinien de Camp David.

28 septembre 2000 : La visite du chef du Likoud, Ariel Sharon, sur l’Esplanade des mosquées à Jérusalem provoque une deuxième Intifada.

4 décembre 2001 : Israël lance des raids d’une ampleur sans précédent dans les territoires palestiniens. Yasser Arafat est encerclé par Tsahal dans La Mouqataa, son quartier général à Ramallah.

29 mars 2002 : L’Etat hébreu attaque les territoires occupés. La Mouqataa est partiellement détruite et le leader palestinien est coupé du monde.

29 avril 2003 : Publication de la « Feuille de route », plan de paix international prévoyant la création d’un Etat palestinien d’ici 2005.

22 mars 2004 : Cheikh Yassine, le fondateur du Hamas, est assassiné par un raid israélien devant une mosquée à Gaza.

17 avril 2004 : Le nouveau chef du Hamas, Abdel-Aziz Al-Rantissi, est également assassiné par un raid aérien israélien à Gaza.

11 novembre 2004 : Décès de Yasser Arafat à Paris. Sa dépouille est inhumée à Ramallah.

9 janvier 2005 : Mahmoud Abbass est élu à la tête de l’Autorité palestinienne.

12 septembre 2008 : Retrait des derniers soldats israéliens de la bande de Gaza. Les forces de l’ordre palestiniennes entrent dans les 21 colonies démantelées.

25 janvier 2006 : Le Hamas remporte la majorité absolue aux élections législatives. Le premier ministre Ahmad Qoréï démissionne.

27 juin 2006 : Le Hamas accepte de signer le document d’« entente nationale » reconnaissant implicitement l’existence d’Israël.

28 juin 2006 : Début d’une vaste offensive terrestre et aérienne dans la bande de Gaza. L’armée israélienne arrête huit ministres, des dizaines de députés et autres responsables du Hamas.

1er-8 novembre 2006 : Une offensive terrestre et aérienne israélienne provoque la mort de près de 60 Palestiniens.

8 février 2007 : Le Hamas et le Fatah signent en Arabie saoudite un accord sur la formation d’un gouvernement d’union censé mettre un terme aux violences interpalestiniennes.

28 octobre 2007 : Israël impose des sanctions économiques à la bande de Gaza décrétée « entité ennemie ».

26-28 novembre 2007 : Conférence internationale à Annapolis. Ehud Olmert et Mahmoud Abbass s’engagent à conclure un traité de paix avant la fin 2008.

Février-mars 2008 : Offensive de l’armée israélienne contre la bande de Gaza. Elle provoque la mort de près de 130 Palestiniens.

14 décembre 2008 : Khaled Mechaal, dirigeant en exil du Hamas, annonce la trêve avec Israël.

27 décembre 2008 : Israël lance une attaque aérienne massive contre la bande de Gaza.

3 janvier 2009 : Début de l’offensive terrestre à Gaza.

17 janvier 2009 : Cessez-le-feu. En trois semaines, la guerre israélienne a fait 1 330 morts palestiniens, dont plus de 430 enfants et 5 450 blessés.

15 septembre 2009 : Un rapport de l’Onu sur la guerre de Gaza en janvier 2009, conduit par le juge Richard Goldstone, accuse Israël de « crimes de guerre » et de possibles « crimes contre l’humanité ».

16 octobre 2009 : Le Conseil des droits de l’homme de l’Onu adopte une résolution approuvant le rapport Goldstone et renvoie de facto le dossier au Conseil de sécurité.



Aliaa Al-Korachi - Al-Ahram/hebdo

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Al-Ahram/hebdo - Semaine du 9 au 15 décembre 2009, numéro 796 (Dossier)


Mercredi 9 Décembre 2009


Commentaires

1.Posté par Al damir le 10/12/2009 09:48 | Alerter
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La Résolution du partage par l'ONU constitue non seulement une violation flagrante de la Charte des Nations Unies, mais un déni et un mépris total à l'endroit des Droits légitimes et inaliénables à disposer des peuples à disposer pleinement de leur souveraineté. Il appartient aujourd'hui à cette institution de réparer cette erreur monumentale qu'aucun pays de la planète ne saurait admettre ou accepter, pour mettre tout en oeuvre afin de restituer aux Palestiniens la totalité de leurs terres et leur pays ancestral.
On ne peut accepter de légitimer cette spoliation de Droits tout en faisant table rase sur les terribles souffrances et le génocide rampant que subit ce peuple depuis plus de 60 ans, et la destruction de plus de 480 villages, de nombreux vergers et terres cultivables. On ne peut en aucun cas accepter que ce crime soit légitimé en parlant aujourd'hui , tel que l'Union Européenne le fait, par un partage de Jérusalem. Si la recherche d'une solution équitable est l'objectif final de l'UE, elle devrait commencer à inviter tous les pays dont les citoyens se sont installés en dépossédant les palestiniens de leurs terres et en les massacrant à les recupérer en assutrant leur retour dans leurs pays d'origine respectif. Les Etat-Unis qui veulent être partie et juge dans ce conflit, pourront de leur côté accepter la proposition faite par Rockeffeler de leur attribuer l'Arizona pour s'installer. Ainsi une grande partie de la Justice aura été rendue

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