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Exercices en Géorgie: la Russie prête à sanctionner l'OTAN


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La Russie est prête à sanctionner unilatéralement l'OTAN, si ses exercices de juin en Géorgie ne sont pas annulés. Mais il ne s'agit pas de sanctions vraiment sévères: selon le représentant de la Russie auprès de l'OTAN, Dmitri Rogozine, si l'Alliance ne renonce pas à ses projets, la Russie ne participera pas à la rencontre des chefs d'Etats-majors généraux Russie-OTAN.


Jeudi 23 Avril 2009

Exercices en Géorgie: la Russie prête à sanctionner l'OTAN
Par Ilia Kramnik et Dmitri Kossyrev, RIA Novosti

Les exercices sont organisés dans le cadre du programme de Partenariat pour la Paix. Prévus depuis longtemps dans le cadre d'un des programmes les plus "anodins" de l'OTAN, auquel la Russie avait en son temps participé activement, ces exercices ne représentent aucune menace pour Moscou du point de vue militaire. Surtout lorsqu'on sait qu'ils se dérouleront sous forme de jeux virtuels, au moyen d'ordinateurs et de téléphones, sans utiliser de matériels militaires ni d'armements.

Cependant, l'imprévisibilité des dirigeants géorgiens actuels étant ce qu'elle est, un certain facteur de risque existe tout de même. Compte tenu de cette circonstance et de la tension dans les rapports entre la Russie et la Géorgie, ces exercices ne pouvaient pas ne pas susciter de réaction de la part de Moscou: l'armée russe, par exemple, prévoit d'effectuer simultanément des exercices dits "préventifs". Ils doivent prévenir des gestes trop graves de la part de Tbilissi et stabiliser la situation.

Pour Moscou, on le voit, ces exercices ne présentent pas de danger en eux-mêmes. Le problème se situe ailleurs: la machine bureaucratique de l'OTAN et, pour être plus précis, une partie de l'opinion européenne n'ont pas bien compris certaines choses après la crise d'août de l'année dernière. Et si elles ne les ont toujours pas comprises, il serait quelque part absurde de vouloir rétablir les rapports qui existaient entre la Russie et l'OTAN avant août 2008, rapports qui était faux et vides de sens.

Nous sommes en été 2008. La Géorgie, dont les dirigeants aspirent ardemment à adhérer à l'OTAN, prépare, d'abord, puis lance, le 8 août, une action militaire massive contre l'Ossétie du Sud, autonomie qui s'est détachée d'elle. Tbilissi s'apprête également à faire irruption en Abkhazie, une autre entité autonome, dont les dirigeants et la population souhaitent, eux aussi, depuis plus d'une décennie, ne plus rien avoir en commun avec la Géorgie. Les troupes géorgiennes pilonnent et tuent des militaires russes, qui se trouvaient à Tskhinvali en application d'accords internationaux. Cela ne laisse pas d'autre choix à Moscou que d'intervenir. Et même si un autre choix avait été possible, le massacre de civils par les soldats géorgiens aurait obligé le pays voisin à intervenir d'urgence et à mettre fin à l'effusion de sang.

Examinons tout d'abord la provocation en tant que méthode. Le régime de Tbilissi a placé la Russie et les pays membres de l'OTAN dans une situation très difficile, ce qu'aucune des parties ne souhaitait. Il convient de mentionner à ce propos la déclaration faite il y a deux semaines par le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, devant l'Assemblée du Conseil pour la politique étrangère et de défense de la Russie. Le sens de son intervention peut se résumer à ceci: même si la Géorgie avait été déjà membre de l'OTAN, la Russie aurait agi de la même façon (le sens de ces propos est clair). Il y a là matière à réflexion. Mais l'OTAN n'a pas annulé ses exercices en Géorgie.

Venons-en au génocide. Les Russes n'ont pas oublié que les opinions publiques européenne et américaine, ainsi que certains gouvernements, n'ont pas voulu croire, pendant presque deux mois, que c'était la Géorgie qui avait déclenché la guerre. Ils n'ont pas voulu le croire parce qu'ils sont habitués à accuser la Russie de tout et n'importe quoi. C'est un problème des Européens et des Américains, et pas seulement des Russes.

Mais nous sommes au printemps 2009. Il y a les photos prises par les satellites, d'autres clichés, des cassettes vidéo, des rapports du renseignement militaire des pays de l'OTAN. Des délégations du Parlement européen et d'autres institutions ont effectué des visites en Ossétie du Sud: personne ne peut avoir de doutes sur l'extermination massive par les soldats géorgiens de civils à Tskhinvali, ville où des tombes sont apparues en août 2008 presque dans chaque cour. Le nombre de 1.500 à 2.000 tués, selon les évaluations préalables sud-ossètes, n'a pas été confirmé? Combien faut-il qu'il y ait de morts?

Les faits du génocide, les noms de ses responsables (ils ont été cités lors de l'enquête parlementaire en Géorgie): tout cela est bien connu depuis longtemps. Ce n'est pas un secret.

Une question se pose: quelles conclusions en a tirées l'OTAN? D'aucuns jugent-ils possible de revenir aux anciens rapports Russie-OTAN après avoir fait un simple geste désapprobateur envers ce qui est arrivé? Croient-ils qu'il vaut mieux oublier rapidement ces événements? Il est impossible de revenir à ces relations et d'oublier ce qui s'est passé. Un crime doit être appelé un crime, au lieu d'employer des formules ambiguës dans les documents du sommet de l'OTAN et autres. Ceux qui ont traîné vers l'OTAN le régime de Saakachvili et obtenu en retour l'assassinat de civils à Tskhinvali en sont responsables. Il faut s'engager avec sérieux à ce qu'il n'y ait plus de provocateurs ni de provocations. Une chose intéressante, pour finir: les exercices prévus il y a trois ans par l'OTAN en Géorgie sont préparés d'après le scénario initial, comme s'ils n'étaient pas un soutien apporté aux assassins et aux provocateurs.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.


Jeudi 23 Avril 2009


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